Chapitre 7
Chapitre 7
Edris revint à l’atelier peu après la première cloche.
Il n’était accompagné ni de gardes ni du représentant de l’intendance qui l’avait accueilli la veille, mais de la matrone et du commis chargé de consigner l’examen. Ce dernier portait sous le bras une tablette, deux rouleaux de parchemin et une expression méfiante qui donnait l’impression qu’on l’avait envoyé surveiller une maladie capable de falsifier les registres.
Mara les vit approcher depuis la fenêtre.
Elle avait déjà déplacé les panneaux du conseil contre le mur et dégagé la grande table. Elle ignorait ce dont Edris aurait besoin, mais refusait qu’il entre dans un atelier désordonné. La veille, elle avait nettoyé deux fois le sol, rangé les aiguilles par longueur et aligné les attaches de cuivre alors qu’elles n’avaient rien à voir avec l’examen.
Ors se trouvait près de la porte intérieure, penché sur le deuxième panneau terminé.
— L’écart entre ces coutures dépasse la mesure convenue, dit-il.
Mara ne regarda même pas.
— D’un demi-doigt.
— Le contrat indique une régularité complète.
— Le contrat a été écrit par quelqu’un qui ne coud pas.
Ors inclina légèrement la tête.
— Cet argument pourrait réduire considérablement la valeur de tous les contrats.
— Seulement ceux qui ont été mal écrits.
On frappa.
Mara inspira avant d’ouvrir.
Edris semblait avoir dormi, mais pas suffisamment. Ses cheveux encore humides étaient tirés vers l’arrière, et la partie sombre de son visage paraissait presque noire dans la lumière du matin. Il portait le même manteau que la veille, débarrassé de la poussière la plus visible. Le gant métallique enfermait toujours sa main gauche.
La petite cloche sans battant reposait contre sa poitrine.
Son regard passa de Mara à Ors.
— On m’avait dit que l’examen serait privé.
— Maître Ors inspecte un contrat du conseil hydraulique, expliqua le commis.
— À la première cloche ?
— Le réseau d’eau ne consulte pas l’horaire de l’intendance avant de se détériorer, répondit Ors.
Edris le considéra quelques secondes, puis entra.
— Il reste, dit Mara.
Le commis ouvrit la bouche.
— La matrone reste également, poursuivit-elle. Vous vouliez m’examiner ici parce que c’est mon atelier. Dans mon atelier, je décide qui assiste à ce qui s’y passe.
Edris posa son sac sur la table.
— Cela me convient.
— La procédure exige pourtant que le nombre de témoins soit limité, intervint le commis.
— La procédure exige surtout que vous écriviez ce que vous voyez, répondit Edris. Essayez déjà cela.
Mara referma la porte.
La matrone avait gardé le silence depuis son arrivée. Elle évitait toujours le regard de Mara, mais elle avait apporté sa sacoche médicale et la tenait contre elle comme un bouclier.
Edris examina la pièce. Il ne s’intéressa ni aux murs ni au mobilier. Son attention se porta sur la lumière, la distance entre la table et les fenêtres, la position du poêle et le métal visible dans les étagères.
— Quelqu’un a-t-il utilisé une ancienne machine ici ? demanda-t-il.
— Non.
— Une lampe à cellule ?
— Celle du plafond, parfois.
— Éteignez-la.
— Il fait jour.
— Alors cela ne vous coûtera rien.
Mara actionna l’interrupteur. La lampe était déjà éteinte, mais Edris sembla satisfait de la voir vérifier.
Il ouvrit son sac et en sortit un bol de pierre, plusieurs tiges de cuivre, un étui de bois noir ainsi qu’un petit instrument formé de deux anneaux emboîtés. Chaque objet était enveloppé séparément dans un tissu gris marqué de signes à l’encre.
Le commis déroula son premier parchemin.
— Dois-je inscrire l’inventaire complet ?
— Non.
— La provenance des objets ?
— Non.
— Leur fonction ?
— Lorsque j’en connaîtrai une, je vous préviendrai.
Le commis leva les yeux.
Edris ne plaisantait pas.
Il demanda à Mara une longueur de fil non teint. Elle lui en apporta trois sortes.
— Lequel ? demanda-t-elle.
— Celui qui réagit le moins à l’humidité.
— Cela dépend de ce que vous appelez réagir.
Edris releva lentement la tête.
— Se contracter, absorber de l’eau, conduire la chaleur ou se rompre.
Mara prit la deuxième bobine.
— Celui-ci se contracte peu, mais conduit mieux la chaleur. Celui-là absorbe davantage d’humidité et garde sa tension. Le troisième se rompt plus facilement, mais les fibres se séparent avant la rupture.
Elle remarqua qu’il souriait à peine.
— Le deuxième, dit-il.
— Vous testez la chaleur ?
— Entre autres choses.
— Alors vous auriez dû demander un fil conducteur.
— Les gens qui me donnent immédiatement ce que je demande m’inquiètent.
— Vous devez être épuisé par l’intendance.
Le commis fit semblant de ne pas entendre.
Edris déroula le fil sur la table et le coupa en huit longueurs égales. Il demanda ensuite quatre attaches de cuivre. Mara les prit dans la boîte du conseil.
Ors se redressa.
— Ces attaches sont destinées à la conduite est.
— Quatre attaches sur trente-six, dit Mara.
— Trente-deux après soustraction.
— Je sais compter.
— Votre réponse précédente concernant l’écart des coutures introduit un doute raisonnable.
Edris posa les attaches autour du bol.
— Je vous les rendrai.
— Dans leur état initial ? demanda Ors.
Edris regarda sa main gantée.
— Probablement.
— Ce mot n’appartient pas au contrat.
Mara vit les épaules de la matrone bouger. La vieille femme avait baissé la tête, mais elle retenait clairement un sourire.
Edris désigna une chaise au centre de la pièce.
— Asseyez-vous.
Mara obéit.
Il disposa les fils autour d’elle sans les attacher à son corps. Deux passaient devant ses pieds, deux derrière la chaise et les autres formaient un réseau irrégulier entre les attaches de cuivre. Il corrigea plusieurs fois leur position, parfois d’une largeur si faible que Mara ne comprenait pas ce qu’il cherchait.
Puis il ouvrit l’étui noir.
À l’intérieur reposait une plaque de verre sombre, longue comme une main et si mince qu’elle paraissait prête à se briser sous son propre poids. Sa surface ne reflétait pas correctement la lumière. Le visage d’Edris y apparaissait avec un léger retard, comme si le verre devait réfléchir avant de décider ce qu’il avait vu.
La matrone recula.
— Est-ce nécessaire ? demanda-t-elle.
— Non.
— Alors ne l’utilisez pas.
— Rien de ce que nous faisons aujourd’hui n’est nécessaire. Nous pourrions tous rentrer chez nous et attendre la naissance.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.
Edris posa délicatement la plaque près du bol.
— Je ne la sortirai pas de l’étui.
Le commis écrivait avec application.
Mara regarda la cloche suspendue au cou du mage.
— Pourquoi n’a-t-elle pas de battant ?
— Parce que je ne dois pas l’entendre sonner.
— Elle sonne quand même ?
— Parfois.
Mara regretta presque d’avoir posé la question.
Edris versa de l’eau dans le bol. Il plaça ensuite les deux anneaux métalliques à la surface. Ils flottèrent malgré leur poids, l’un tournant lentement à l’intérieur de l’autre.
— Pendant le protocole, personne ne parle sans que je l’autorise, dit-il. Personne ne déplace un objet. Personne ne touche les fils. Si vous entendez une voix venant d’un endroit où personne ne se trouve, vous ne lui répondez pas.
Le commis cessa d’écrire.
— Cela arrive souvent ?
— Non.
— Que devons-nous faire si cela arrive ?
— Ne pas lui répondre.
— Et si elle donne une information importante ?
Edris contempla le fonctionnaire avec une fatigue profonde.
— Les voix inventées par les zones ont rarement pour priorité de faciliter le travail administratif.
Ors leva un doigt.
— Quelle définition utilisez-vous pour « personne ne parle » ?
Edris ferma les yeux un instant.
— Aucun son volontaire produit par une personne présente dans cette pièce.
— La respiration est-elle considérée comme volontaire ?
— Non.
— Les bruits articulaires ?
— Non.
— Les systèmes de refroidissement ?
— Non.
— Une alerte interne audible ?
— Seulement si elle indique un risque immédiat.
— Une correction factuelle ?
— Non.
— Même si elle évite une erreur ?
— Surtout si elle évite une erreur.
Ors baissa la main.
— La définition est suffisante.
Edris se plaça devant Mara.
— Respirez normalement. Lorsque je lève deux doigts, inspirez pendant quatre battements. Lorsque je ferme la main, retenez votre souffle. Je la rouvrirai avant que cela devienne douloureux.
— Vous faites souvent cette précision ?
— Depuis que certains hommes ont préféré s’évanouir plutôt que reconnaître qu’ils avaient besoin de respirer.
Il leva deux doigts.
Mara inspira.
Le silence s’installa peu à peu. Il n’était pas vide. Le bois travaillait dans les murs, le vent frottait une branche contre la toiture et l’eau du bol produisait un bruit presque imperceptible contre la pierre.
Edris fit tourner sa main droite au-dessus des anneaux.
Le mouvement se répétait selon un rythme précis : trois cercles lents, un arrêt, puis deux passages plus rapides. Ses lèvres remuaient légèrement, mais aucun mot n’en sortait. La main enfermée dans le gant restait collée contre son flanc.
Les anneaux ralentirent.
Mara sentit la température changer autour de ses pieds. Le froid ne venait ni de la fenêtre ni du sol. Il suivait les fils, avançant le long de chacun d’eux comme une eau invisible.
Edris ferma la main.
Elle retint son souffle.
Le froid atteignit les attaches de cuivre, puis se divisa autour de la chaise. Mara sentit la chair de ses bras se couvrir de frissons.
Quelque chose gronda dans la pièce.
Un son long et profond.
Edris releva brusquement la tête.
La matrone se raidit.
Ors tourna ses lentilles vers le commis.
Celui-ci devint rouge.
Le grondement reprit, plus court mais tout aussi distinct.
Il venait de son ventre.
Personne ne bougea pendant deux secondes.
Puis Ors leva calmement la main.
— La source du bruit imprévisible a été identifiée.
Le commis serra sa tablette contre lui.
— Je n’ai pas déjeuné.
— Votre état est donc instable, conclut Ors.
— Cela n’a rien à voir avec l’examen.
Edris observa le bol. Les anneaux avaient repris leur vitesse initiale.
— Si, dit-il. Votre corps perturbe le rythme.
— Mon corps ?
— Allez manger.
— Je suis tenu d’assister au protocole.
— Vous êtes également tenu de ne pas le compromettre.
— Je peux rester silencieux.
Son ventre gronda une troisième fois.
Ors inclina la tête.
— Les preuves disponibles contredisent cette affirmation.
Mara porta une main à sa bouche.
Elle tenta réellement de se retenir. La situation était trop sérieuse, Edris trop inquiétant et la honte du commis trop visible. Pourtant, ce fut précisément ce qui brisa quelque chose en elle.
Un rire lui échappa.
D’abord bref, presque douloureux, puis un second le suivit. La matrone essaya de garder son sérieux, échoua à son tour et détourna le visage. Même Edris dut appuyer ses lèvres l’une contre l’autre pour ne pas sourire.
Le commis les regarda comme s’ils venaient tous d’abandonner la civilisation.
— Je vais chercher du pain, déclara-t-il.
— Prenez-en suffisamment, conseilla Ors. Une rechute compliquerait le rapport.
La porte claqua derrière le fonctionnaire.
Mara riait encore.
Elle ne savait plus depuis combien de jours elle ne l’avait pas fait. Le rire lui faisait mal au ventre et monter les larmes aux yeux, mais cette douleur-là n’exigeait aucune explication. Pendant quelques instants, l’atelier ne contint ni grossesse impossible ni survivant de Veyre. Seulement quatre personnes qui avaient expulsé un homme parce que son estomac refusait les ordres de l’intendance.
Lorsqu’elle retrouva son souffle, Edris attendait.
— Le protocole est à recommencer, dit-il.
— Je suis désolée.
— Ne le soyez pas. Je préfère une réaction humaine identifiable.
Ors retourna près du mur.
— Le commis reviendra-t-il ?
— Pas s’il tient à conserver sa dignité, répondit la matrone.
Edris jeta un regard vers elle.
— Vous voyez. Vous êtes encore capable de rire.
La vieille femme cessa de sourire.
Mara comprit qu’il ne parlait pas uniquement de la matinée.
Edris reprit sa place.
Cette fois, le silence s’installa plus facilement. Quelque chose s’était détendu dans l’atelier, mais pas au point de rendre l’examen inoffensif. Mara suivit les mouvements de sa main, inspira lorsqu’il le demanda et laissa le froid revenir le long des fils.
Les anneaux ralentirent de nouveau.
Edris ouvrit les attaches de son gant.
La matrone fit un pas vers lui.
— Vous aviez dit…
— J’ai dit que je n’utiliserais pas la plaque.
Il retira le gant.
Sa main gauche ne ressemblait ni à une brûlure ni à une prothèse. La peau était devenue sombre et lisse sur le dos, presque minérale, tandis que la paume restait humaine, sillonnée de cicatrices pâles. Les articulations étaient gonflées. Deux ongles avaient pris la transparence du verre.
Autour du poignet, la chair portait les marques anciennes des tubes du gant.
Edris approcha la main du bol sans le toucher.
Son souffle changea.
Il prononça trois mots que Mara ne comprit pas, toujours les mêmes, sur le même rythme. Les anneaux cessèrent de tourner.
La surface de l’eau resta immobile.
Puis la chaleur quitta la pièce.
Mara la sentit se rassembler au-dessus du bol, comme si un feu invisible y brûlait sans lumière. Les attaches de cuivre se couvrirent d’une fine buée. Le froid suivit les fils vers la chaise.
Il atteignit ses chevilles, ses genoux, ses mains.
Lorsqu’il arriva près de son ventre, il s’arrêta.
Edris fronça les sourcils.
La chaleur ne fut ni repoussée ni absorbée. Elle demeura là, suspendue autour de Mara, si stable que les fibres des fils cessèrent de trembler.
La main d’Edris s’immobilisa.
Mara remarqua alors qu’elle avait tremblé depuis le début.
Plus maintenant.
Le mage fixa son ventre.
Les lignes sombres de son visage descendirent lentement vers sa mâchoire. Son œil gauche se troubla, puis retrouva sa clarté.
— Edris ? murmura la matrone.
Il ne répondit pas.
Ors fit un pas, mais Mara leva une main pour l’arrêter.
Edris inspira brusquement. Les anneaux recommencèrent à tourner et toute la chaleur retomba d’un seul coup. Le bol se fendit avec un bruit sec.
L’eau se répandit sur la table.
Edris remit aussitôt son gant. Ses doigts obéirent mal aux attaches. La matrone voulut l’aider, mais il recula.
— Votre nom, dit-il.
Mara crut avoir mal entendu.
— Quoi ?
— Votre nom.
— Mara Venn.
Il ferma les yeux.
— Mara Venn.
Il répéta le nom une seconde fois, comme pour le fixer quelque part.
— Quel jour sommes-nous ?
La matrone répondit.
Edris hocha la tête, puis s’appuya contre la table jusqu’à ce que son souffle redevienne régulier.
— Vous oubliez souvent ? demanda Mara.
— Pas toujours les mêmes choses.
— Et aujourd’hui ?
Il regarda la fissure du bol.
— Aujourd’hui, seulement votre nom.
Ce n’était pas rassurant.
Edris inspecta les fils, la plaque restée dans son étui et les attaches de cuivre. Il en rendit trois à Ors. La quatrième avait noirci sur toute sa surface.
Ors la fit tourner entre ses doigts.
— Son état initial n’a pas été conservé.
— Ajoutez-la à ma facture, dit Edris.
— Le conseil n’a pas de contrat avec vous.
— Alors volez-moi.
— Je préfère une procédure claire.
Mara entendit presque le rire revenir, mais Edris se redressa avant qu’il n’atteigne son visage.
— Mara n’est pas contaminée par une zone que je connais, déclara-t-il. Son corps ne montre aucune réaction correspondant aux catégories de Veyre, de l’Orme ou des anciennes mines. La grossesse ne présente pas de menace immédiate.
La matrone expira lentement.
— Et l’enfant ? demanda Ors.
Edris rangea les anneaux.
— Vivant. Stable, autant que je puisse le mesurer.
— Normal ? demanda Mara.
Il prit le temps de replier chaque fil.
— Non.
Le mot ne contenait ni condamnation ni peur. Seulement une limite.
— Qu’avez-vous vu ?
— Rien que je sache nommer.
— Vous avez pourtant réagi.
— Mon pouvoir a réagi.
— Quelle différence ?
Edris referma son sac.
— Une différence assez importante pour que je sois encore en vie.
Le commis revint peu après, une miche entamée dans une main. Il trouva le bol brisé, l’eau sur la table et les visages fermés.
— Qu’ai-je manqué ?
Ors lui tendit l’attache noircie.
— La partie stable.
Le fonctionnaire regarda l’objet, puis Edris.
— Que dois-je inscrire ?
— Absence de contamination connue, répondit le mage. Aucun motif médical ou magique justifiant un confinement immédiat. Surveillance recommandée.
— Et l’anomalie ?
— Réaction non classée.
Le commis écrivit ces mots avec une satisfaction presque visible. Une réaction non classée pouvait entrer dans une case. Pour lui, cela suffisait probablement à remettre le monde en ordre.
La matrone rassembla ses affaires. Avant de partir, elle posa la main sur le bras de Mara.
Mara ne la repoussa pas.
Elle ne lui pardonnait pas encore. Mais le souvenir de leur rire demeurait dans la pièce, fragile et réel, et elle n’eut pas la force de le détruire.
Ors emporta le panneau qu’il devait inspecter ainsi que les trois attaches rendues.
— Je reviendrai demain, dit-il.
— Pour le contrat ?
Ses lentilles se rétrécirent légèrement.
— Entre autres choses.
Lorsque la porte se referma derrière eux, Mara s’aperçut qu’Edris n’était pas parti.
Il se tenait près de la chaise, les yeux fixés sur les fils encore disposés au sol.
— L’examen est terminé, dit-elle.
— Le protocole, oui.
Il ramassa la longueur qui avait entouré ses pieds. Les fibres étaient intactes, sauf à un endroit où elles formaient un nœud si serré qu’aucune main n’aurait pu le produire sans rompre le fil.
Edris le montra à Mara.
— À quoi pensiez-vous lorsque la chaleur s’est arrêtée ?
— À rien.
— Ce n’est pas vrai.
— Vous pouvez lire les pensées maintenant ?
— Non. Seulement voir quand une personne dépense plus d’énergie à éviter un souvenir qu’à suivre mes instructions.
Mara croisa les bras.
— J’étais entourée de fils, de cuivre et d’un homme dont la main pouvait fendre un bol sans le toucher. J’avais plusieurs raisons d’être distraite.
— Vous avez menti dans la salle des contrats.
Le calme qu’elle avait conservé depuis la fin de l’examen se retira lentement.
— Sur quoi ?
— Je ne sais pas encore.
Edris remit le fil dans son sac.
— C’est pour cela que je vais vous poser la question une seconde fois.
Sa main gantée se referma sur l’étui de Veyre.
— Qu’avez-vous entendu cette nuit-là ?