Chapitre 716
« C’est un mensonge éhonté !!! »
Le prince Charles Aethelmont se leva brusquement et cria, furieux.
Son éclat soudain attira l’attention de plusieurs étudiants.
Certains se tournèrent vers lui, tandis que d’autres regardaient tour à tour les deux princes.
La discussion était déjà tendue, mais la réaction de Charles montra clairement qu’il n’avait pas l’intention de laisser passer l’accusation de Tristin sans répondre.
« Nous, au Cercle doré, ne nous abaisserons jamais à faire une chose pareille. Cette fille ne fait même pas partie de notre faction. Comment pourrions-nous être mêlés à une affaire comme celle-ci ? »
Il fit un pas en avant et pointa le prince Tristin Aethelmont du doigt.
Il continua de le désigner ainsi, son doigt tendu vers son frère cadet.
Il avait du mal à dissimuler sa colère, et quelques étudiants du Cercle doré froncèrent les sourcils. Eux non plus n’appréciaient pas l’accusation, mais c’était Charles qui se tenait devant tout le monde pour y répondre.
« Tu ne trompes personne, Charles. »
Tristin répliqua sèchement, un sourire narquois aux lèvres, en regardant son frère.
« Enfin, réfléchissons-y tous sérieusement. »
Il se tourna de nouveau vers la foule et ouvrit les bras.
Il ne prêtait déjà plus attention à Charles.
Inutile de continuer à se disputer avec son frère quand il pouvait s’adresser à toutes les personnes présentes. Après tout, c’étaient les étudiants qui les écoutaient qui finiraient par voter.
« En ce moment, si vous allez sur la page Linsta du Groupe de radiodiffusion Fair Tellers et que vous cherchez l’article, vous ne le trouverez pas. Cela signifie que les Ashenlocke les ont forcés à le supprimer. Et ça ne peut vouloir dire qu’une seule chose, mes camarades de l’Académie royale. »
Tristin marqua une pause pour laisser ses paroles faire leur effet.
Plusieurs étudiants échangèrent des regards.
Certains semblaient peser son explication, tandis que d’autres regardaient les membres de la famille Ashenlocke présents.
La disparition de l’article était devenue un nouveau sujet de discussion, et Tristin veillait à ce que tout le monde comprenne la conclusion à laquelle il voulait les mener.
« Ezra Ashenlocke est coupable de ses crimes, et c’en est la preuve irréfutable. Mais savez-vous ce qui m’inquiète vraiment dans cette histoire ? »
Il baissa la voix, donnant à ses paroles un ton plus préoccupé.
« Pour une raison ou une autre, ce meurtrier à deux visages s’est rapproché de nos précieuses Fleurs du royaume. »
Tristin lança ces mots avec légèreté en promenant son regard sur les étudiants.
Beaucoup échangèrent des regards.
Les admiratrices réunies autour de Selena Galehart se tournèrent toutes vers elle.
Une légère inquiétude se lisait sur leurs visages, comme si elles cherchaient à comprendre ce que les paroles de Tristin impliquaient pour la dame qu’elles admiraient.
Selena ne bougea pas.
Willow fronça les sourcils, les mains posées avec élégance sur les genoux.
Son regard se posa sur Vera, qui semblait toujours s’ennuyer de ce discours.
Vera ne réagit pas et ne laissa paraître aucune émotion face aux accusations que Tristin lançait contre Ezra.
Elle se contenta de rester assise à observer.
Un bras posé sur la table, elle appuyait sa joue dans sa paume.
Ses yeux sombres et ternes restaient fixés sur le prince, mais sans grand intérêt.
Elle ne prit même pas la peine de changer d’expression lorsqu’il traita Ezra de meurtrier à deux visages.
Peut-être attendait-elle quelque chose.
Mais nul ne pouvait le savoir.
Willow, en revanche, s’irritait de plus en plus des paroles du prince Tristin Aethelmont.
Ses doigts reposaient sur ses genoux et ses sourcils demeuraient froncés.
Pourtant, elle garda le silence et continua d’observer le spectacle.
Elle n’allait pas l’interrompre.
« Il a raison ! »
Un noble de première année cria en levant la main.
« Il ne cesse de se rapprocher des Fleurs. C’est dangereux, non ? »
Il regarda les étudiants autour de lui, comme s’il s’attendait à ce qu’ils approuvent.
« Ouais, comment peut-on laisser quelqu’un d’aussi dangereux rôder si près des Fleurs ? »
Un autre garçon prit part à la discussion.
« Vous êtes juste jaloux que ce ne soit pas vous. »
« Voilà qui est répugnant. Quelle jalousie ! »
« Et s’il finissait par faire du mal à l’une des Fleurs ? »
« Qu’est-ce qui te permet de dire ça ? »
« La preuve est là ! C’est un meurtrier ! »
« Non, ce n’en est pas un ! »
La dispute éclata presque aussitôt après la prise de parole de Tristin.
Des voix s’élevèrent de tous côtés dans la foule.
Certains étudiants soutenaient les accusations, tandis que d’autres défendaient Ezra.
Quelques garçons, restés silencieux jusque-là, se mirent à leur tour à parler, et la discussion gagna bientôt les étudiants qui se tenaient au-delà des abords immédiats de l’estrade.
Les étudiants ne se contentaient plus d’écouter le candidat.
Ils se disputaient entre eux.
« Silence !! Tout le monde !! »
Clive Morgan cria d’une voix ferme.
Le vacarme de la foule retomba presque aussitôt.
Certains s’interrompirent au milieu d’une phrase.
D’autres se tournèrent vers Clive, qui resta attentif à la foule jusqu’à ce que le bruit s’éteigne.
« Inutile de vous disputer. »
Tristin s’avança davantage avant que Clive ait le temps d’ajouter quoi que ce soit après avoir fait taire la foule.
« Je comprends que certains d’entre vous le croient bon. Je ne blâme pas seulement la Faction du Cercle doré, mais aussi les Fleurs et les personnes qui gravitent autour de lui. »
Il haussa de nouveau la voix.
« Lady Vera Ashenlocke compte beaucoup aux yeux de nombre d’entre nous, pourtant, pour une raison ou une autre, elle fréquente ce meurtrier. Des vidéos de Lady Willow Derlis circulent aussi, où on la voit tout près de lui. C’est pareil pour Lady Selena Galehart, et même Lady Diane Bergwyn. »
Il marqua une nouvelle pause.
Son regard parcourut les étudiants, leur laissant le temps de réfléchir aux noms qu’il avait cités.
Vera gardait la main contre sa joue.
Quand Tristin mentionna Willow, elle tourna légèrement les yeux vers elle, puis reporta son attention sur le prince.
Son expression n’avait pas changé.
Willow fronça davantage les sourcils.
L’accusation ne visait plus Ezra seul.
Tristin se servait maintenant des liens qu’entretenaient les filles avec lui pour mettre en doute leur jugement et l’influence qu’elles exerçaient sur les étudiants.
« Et à force de le fréquenter… elles ont contribué à lui forger cette réputation. Beaucoup d’entre vous le voient maintenant comme le seul à pouvoir approcher les Fleurs, à cause de son calme, de son sang-froid… enfin, de la personnalité que vous lui prêtez. Certains garçons en ont même fait leur idole. »
Il désigna quelques garçons qui avaient défendu Ezra pendant la dispute.
« Tout le monde a l’esprit embrumé à cause de ça. Voilà pourquoi vous devriez réfléchir à deux fois avant de voter pour Lady Vera et Lady Willow. Toutes deux ont été dupées par le beau masque de ce meurtrier. »
Tristin baissa légèrement la main avant de poursuivre.
« Quant à mon frère Charles… »
Il regarda Charles avec un léger sourire narquois.
« Ce n’est qu’un faible, incapable de défendre ce qui est juste. »
Il lança cette pique d’un ton moqueur.
Charles serra les dents, furieux.
Sa mâchoire se crispa tandis qu’il fixait son frère.
Il voulait lui répondre, mais ne pouvait rien dire, car cela lui était interdit d’interrompre le temps de parole de Tristin.
Et il l’avait déjà fait une fois.
Cette interruption lui avait valu un avertissement d’Eleanor Tempest.
Il ne voulait donc pas risquer d’en recevoir un autre, surtout sous le regard des membres du conseil étudiant.
Tristin poursuivit sans même lui accorder un regard.
« Les autres sont tout aussi indifférents et ne se battraient pas pour la justice. Mais moi, le prince Tristin Aethelmont, je me battrai pour la justice et la paix de mes camarades de première année !!! »
Il leva la main droite.
« OUAIS !!!!!! »
Certains étudiants, surtout ceux de la Faction royale bleue qui soutenaient Tristin, poussèrent des cris enthousiastes.
« Prince Tristin Aethelmont !! »
« Prince Tristin Aethelmont !! »
« Prince Tristin Aethelmont !! »
Ils scandèrent son nom à tue-tête.
Les acclamations gagnèrent le groupe de ses partisans.
Certains levèrent les mains, tandis que d’autres reprenaient son nom avec toujours plus d’enthousiasme.
Leurs voix résonnèrent dans toute l’assemblée et attirèrent l’attention des étudiants qui suivaient la dispute de loin.
À cause de cela, quelques étudiants d’autres factions se mirent eux aussi à réfléchir aux paroles qu’il avait prononcées.
Tous n’étaient pas convaincus, mais le malaise que suscitait la présence d’Ezra à l’Académie persistait.
S’il était capable de tuer sa propre famille, qu’est-ce qui l’empêcherait de les tuer, eux aussi ?
C’était l’Académie royale.
Et la lutte pour devenir le meilleur n’avait rien d’une partie de plaisir.
Les étudiants se disputaient la reconnaissance, le statut et les occasions d’avancer.
Certains étaient prêts à tout pour prendre l’avantage sur leurs camarades.
L’idée qu’un étudiant puisse comploter la mort d’un autre n’avait rien d’invraisemblable, surtout compte tenu des affaires similaires qui avaient déjà secoué l’Académie.
Pour certains étudiants, cette accusation suffisait à les faire douter de pouvoir côtoyer Ezra sans danger.
Le prince Aldric Aethelmont jeta un regard à Ezra, puis aux étudiants qui scandaient le nom de Tristin.
Il observa la scène un instant avant de reporter les yeux sur la foule.
Eleanor Tempest regardait la situation avec un sourire amusé.
Elle se réinstalla sur son siège en observant les étudiants.
Les autres membres du conseil étudiant présents suivaient également la scène avec intérêt.
La dispute avait dépassé le simple échange habituel entre candidats.
Tristin avait réussi à recentrer le débat sur Ezra, le Cercle doré et plusieurs filles dont les noms avaient du poids auprès des étudiants.
Puis…
Clap !
Clap !
Des applaudissements résonnèrent dans la foule.
Plusieurs étudiants se tournèrent vers leur origine.
À mesure qu’ils le faisaient, les personnes alignées sur son passage s’écartèrent pour laisser la voie libre à celui qui applaudissait.
« Tu as bien parlé, mon frère cadet. »
Le prince Daniel Aethelmont lança ces mots avec un sourire satisfait.
Ses quatre principaux partisans l’accompagnaient, à ses côtés et derrière lui.
Daniel s’avança, les yeux rivés sur l’estrade.
Son arrivée attira les regards de plusieurs étudiants, et les applaudissements qui l’avaient fait sortir de la foule s’éteignirent peu à peu.
L’attention ne semblait pas le déranger.
« Et vous voyez tous que la Faction royale bleue a choisi le candidat idéal pour vous représenter, vous, les étudiants de première année ! »
Sa voix s’éleva avec assurance.
« Tristin est un prince, le fils d’Alexander et d’Althea Aethelmont. Le sang royal coule dans ses veines, tout comme l’intégrité de la lignée royale. S’il n’est pas digne de vous diriger, alors personne ne l’est. »
Il regarda les étudiants autour de lui.
Ses paroles avaient l’assurance de quelqu’un qui pensait que la chose aurait dû être évidente depuis le début.
Quelques partisans de la Faction royale bleue hochèrent la tête, tandis que d’autres l’observaient attentivement.
« Quant à ce roturier qui a troublé le cœur de mes chers étudiants, et aux manigances de la Faction du Cercle doré… »
Daniel se tourna vers Aldric, un sourire narquois aux lèvres.
« Le Cercle doré devrait retirer toutes ses candidatures et payer dix mille dals pour avoir tenté de salir le nom de ma faction, mais aussi de ruiner la réputation d’un héritier potentiel de la maison du comte d’Evermont, et… »
Il marqua une pause.
Son regard se posa sur Ezra, froid et calculateur.
« Le conseil étudiant devrait demander au conseil de l’Académie l’expulsion d’Ezra Ashenlocke. Un meurtrier ne mérite pas de rester dans la même Académie que nous. Qu’il aille devenir Garde de Cendre ou même garde local, ça m’est égal. Mais nous devons nous débarrasser de cette souillure qui ternit la réputation de notre Académie. »
Il prononça ces mots d’un ton glacial.
Les acclamations qui avaient retenti quelques instants plus tôt s’éteignirent complètement, et tous les étudiants sentirent la tension monter.
L’expulsion d’Ezra Ashenlocke.
Ce n’était pas une décision à prendre à la légère.
Exiger des excuses ou une amende, c’était une chose.
L’expulsion en était une autre.
Cela signifiait renvoyer un étudiant de l’Académie, et Daniel venait de l’exiger devant tout le monde.
Plusieurs étudiants regardèrent de nouveau Ezra.
D’autres se tournèrent vers les membres du conseil étudiant, dans l’attente de leur réaction.
L’atmosphère avait changé, et même les étudiants qui acclamaient Tristin quelques instants plus tôt semblaient comprendre la gravité des paroles de Daniel.
Felix n’arrivait vraiment pas à s’empêcher de sourire devant toute cette situation.
Il avait enfin placé Ezra dans une position dont il ne serait pas facile de se tirer.
De son point de vue, les pièces se mettaient en place.
Tristin avait joué son coup, et l’exigence de Daniel mettait encore plus de pression sur Ezra et le Cercle doré.
Il observait la scène avec satisfaction.
Merci à la personne qui a monté cette accusation.
Haha…
Je t’ai enfin eu, vermine de roturier.
Grand-père sera si fier.
Felix se félicita intérieurement.
Il gardait son sourire en regardant l’estrade.
À ses yeux, Ezra avait enfin été acculé.
L’accusation était devenue une arme, et la demande d’expulsion avait ajouté une nouvelle pièce sur l’échiquier. Felix attendait depuis longtemps de voir la situation prendre ce tour.
Eleanor se réinstalla sur son siège.
« Le temps de parole de Tristin est écoulé. Nous avons entendu tout ce que vous aviez à dire. »
Elle parla calmement, puis se tourna vers le prince Daniel.
« Vous demandez l’expulsion d’Ezra Ashenlocke. »
Elle le dit d’un ton léger.
« Eh bien… c’est pour cette raison que nous l’avons fait venir afin qu’il s’explique. Alors… »
Eleanor se tourna vers Ezra, le visage neutre.
Son attention se fixa sur lui, et les étudiants suivirent peu à peu son regard.
Le deuxième prince avait formulé sa demande.
À présent, celui qui se trouvait au cœur des accusations avait la possibilité de répondre.
« Que pouvez-vous répondre à tout ce qui entoure cet article, Ezra Ashenlocke ? »
demanda-t-elle calmement.