Chapitre 702
« Hein ? »
Veda laissa échapper un souffle stupéfait.
Pendant un bref instant, la salle de réunion sombra dans le silence.
Les membres de la Faction du Cercle doré tournèrent leur attention vers Ezra, tandis que le prince Charles Aethelmont restait assis, complètement abasourdi.
« Je ne vais pas me promener avec des bannières en criant : “Votez pour le Quatrième Prince.” Sans vouloir vous offenser, Prince Quatre. »
Il le dit sans détour et inclina la tête en direction du prince Charles, qui essayait encore d’assimiler ses paroles.
« J’ai déjà fort à faire avec mes propres affaires. Si je m’y prends bien, elles contribueront à affaiblir la réputation des autres factions, ce qui aidera la nôtre. »
Ezra répondit franchement.
Il avait déjà expliqué en quoi sa situation actuelle pouvait profiter à la Faction du Cercle doré.
Il n’avait aucune raison de changer ses plans simplement parce que la discussion s’était orientée vers la campagne de première année.
Il avait ses propres affaires à régler et comptait s’y consacrer.
En gros…
Ce que Veda comprenait des paroles d’Ezra, c’était qu’il ne ferait campagne pour personne.
Veda regarda son ami, cherchant à comprendre sa réponse.
Il connaissait la personnalité d’Ezra, du moins mieux que la plupart des personnes présentes dans la salle de réunion.
Ezra n’était pas du genre à modifier ses plans simplement parce que d’autres attendaient quelque chose de lui.
Mais Veda avait pensé que, puisqu’Ezra avait déjà fait un geste pour aider la faction, il souhaitait s’impliquer pleinement.
J’étais vraiment persuadé qu’Ezra voulait s’impliquer à fond dans la faction.
Veda se le dit intérieurement.
Il avait cru qu’Ezra accepterait d’aider pour la campagne, surtout après la façon dont il s’était attaqué au problème précédent.
Ezra avait déjà montré qu’il était capable d’élaborer un plan qui profiterait à la faction.
Naturellement, Veda s’était attendu à ce que cette bonne volonté s’étende à leurs autres affaires.
Il s’était apparemment trompé.
« Pourquoi ne voulez-vous pas aider pour la campagne du Prince Qua… Pardon, du prince Charles Aethelmont ? »
Chester Kane posa la question d’un ton et d’un air mécontents.
Il ne quittait pas Ezra des yeux.
Le jeune alchimiste venait de préciser qu’il ne participerait pas à la campagne comme prévu, et Chester ne semblait pas satisfait de sa réponse.
« Pourquoi tu m’appelles comme ça ? »
Le prince Charles fixa Chester, marmonnant pour lui-même. Il se sentait gêné de l’avoir presque entendu l’appeler « Prince Quatre ».
« La campagne peut très bien se dérouler sans moi. Je vous aiderai dans la mesure du possible, mais pas de la façon que vous espérez. »
Ezra répondit sans émotion.
Son expression neutre ne changea pas d’un iota.
Il ne refusait pas d’aider la Faction du Cercle doré dans son ensemble.
Il faisait simplement la distinction entre aider la faction et faire personnellement campagne pour Charles.
Quelle que soit l’aide qu’il consentirait à apporter, elle ne prendrait pas la forme que Chester semblait attendre.
« Ce Première Année, il croit qu’il est quelqu’un parce qu’il a accompli quelque chose ou quoi ? On n’a qu’à le virer… »
Chester Kane s’agaça.
« Ça suffit, Chester. »
La princesse Victoria le coupa presque aussitôt.
« Euh… il est classé combien, déjà ? »
Elle se pencha vers Claris pour lui poser discrètement la question.
Claris lui répondit à voix basse, à l’oreille.
Pendant un moment, les deux jeunes femmes restèrent tout près l’une de l’autre.
Puis…
« Ouais, tu n’es même pas quelqu’un, et tu l’ouvres quand même. »
La princesse Victoria se redressa sur son siège et pointa l’index droit vers Chester.
Elle parla sans détour.
Chester écarquilla les yeux.
Il ne comprenait même pas ce que la princesse entendait par « classement ».
Il figurait clairement parmi les cent meilleurs élèves de troisième année. Pourquoi se servait-elle donc d’un classement pour le rabaisser ?
Et pourtant, c’était exactement ce qu’elle venait de faire.
Il avait critiqué un élève de première année, et Victoria avait ramené la discussion à sa propre position.
Quel que soit le chiffre que Claris lui avait soufflé, il avait suffi à la princesse pour balayer sa plainte sans lui donner la réponse qu’il attendait.
Il devait y avoir autre chose.
« Peut-être que c’est à cause de sa relation avec Vera ? »
Bella Ashenlocke hasarda, sans savoir si c’était vraiment le cas.
Son attention s’était détournée de la plainte de Chester pour se porter sur le refus d’Ezra de participer à la campagne.
Une autre possibilité méritait d’être envisagée, surtout vu les personnes concernées.
« Maintenant que vous le dites, mon aînée, c’est peut-être ça. Vu ce que je sais de Vera Ashenlocke, elle s’attend peut-être à ce qu’il vote pour elle. »
Starke Drakes s’exprima calmement.
Cette hypothèse orienta la conversation dans une autre direction.
Ezra avait clairement dit qu’il ne ferait pas campagne pour Charles, mais Vera comptait elle aussi parmi les élèves de première année qui briguaient le poste.
Si elle s’attendait à ce qu’Ezra vote pour elle, sa décision risquait de poser un autre problème à la faction.
« Et s’il ne vote pas pour elle ? »
Le prince Aldric posa la question, visiblement amusé par l’orientation que prenait la conversation.
Sa question ramena l’attention sur Ezra et Vera.
Aldric semblait curieux d’entendre ce que les autres pensaient qu’il arriverait si Ezra ne votait pas pour elle.
« Ouais… Ezra Ashenlocke, tu peux te détendre pour la campagne. »
Un noble de deuxième année lança cette mise en garde avec prudence.
Il avait imaginé ce qu’une certaine Fleur Noire pourrait faire à la faction si un certain jeune artisan tout de noir vêtu, au visage ordinaire, les aidait pendant la campagne.
Ce danger n’était pas à prendre à la légère.
L’implication de Vera compliquait encore la situation.
La faction avait ses propres projets à mener, mais elle devait aussi réfléchir aux conséquences d’une provocation envers quelqu’un qui risquait de les faire échouer.
Le refus d’Ezra de faire campagne pour Charles n’était peut-être pas un problème en soi.
Les ennuis commenceraient si Vera le prenait personnellement.
Même le prince Aldric n’avait pas envie de devoir gérer les caprices de Vera.
Et, d’après les renseignements que leurs espions avaient obtenus auprès de la Faction de l’Écu royal, Vera ne semblait pas vouloir faire campagne.
Cette information rendait la situation moins préoccupante, mais cela ne signifiait pas qu’ils devaient la provoquer délibérément.
« Mieux vaut ne pas provoquer cette Fleur Noire. »
Aldric reprit d’un ton grave.
Il posa de nouveau le menton sur ses mains, les coudes appuyés sur la table.
L’amusement qui avait marqué son expression un peu plus tôt avait laissé place au sérieux.
Il avait écouté la discussion et compris le point de vue des autres.
La faction avait déjà une campagne à préparer ; inutile de s’attirer des problèmes évitables.
« Vous exagérez tous. »
La princesse Victoria le dit d’un ton incertain.
Elle ne voulait pas donner l’impression qu’elle avait du mal à gérer Vera.
Après tout, Victoria était une princesse de la Famille royale Aethelmont.
Elle n’était pas du genre à reconnaître facilement qu’une autre fille, plus jeune qu’elle, lui donnait du fil à retordre, surtout devant toutes les personnes réunies dans la salle.
Mais, en vérité…
Vera était la personne avec laquelle elle détestait le plus avoir affaire, à l’exception de quelques dames et gentilshommes qu’elle préférait éviter.
La réponse de Victoria ne changea guère le cours de la discussion.
Les autres avaient déjà réfléchi à la question, et Aldric avait clairement exposé sa position.
Ezra, lui, n’avait pas changé de réponse.
Il n’avait pas accepté de faire campagne pour Charles, pas plus qu’il n’avait promis de voter pour Vera.
Il avait seulement déclaré qu’il aiderait la faction de son mieux, tant que cela ne gênait pas ses propres projets.
Pour Ezra, cela suffisait.
« Alors, que chacun prenne connaissance de ses responsabilités et rédige ses différentes stratégies. Il ne nous reste plus beaucoup de temps, et nous devons nous mettre à l’œuvre au plus vite. La réunion est terminée. »
Le prince Aldric conclut calmement la réunion.
À peine eut-il fini de parler que tout le monde acquiesça.
Les membres avaient chacun leurs responsabilités à prendre en compte, et la faction ne pouvait pas se permettre de perdre davantage de temps à discuter de questions déjà tranchées.
La campagne exigeait des préparatifs, et les élèves de première année qui aideraient Charles devaient savoir ce qu’on attendait d’eux.
Puis ils commencèrent à partir.
La salle de réunion se vida peu à peu, à mesure que les membres s’en allaient.
La lumière du jour déclinait derrière les fenêtres, et le soleil couchant baignait les jardins de l’Académie d’une lueur chaleureuse.
Ezra partit presque aussitôt, sans attendre pour parler aux membres de la faction.
Il aurait suivi Veda, mais celui-ci était occupé à répartir les tâches entre les élèves de première année qui aideraient le prince Charles pour sa campagne.
Veda en aurait donc encore pour un moment.
Ezra n’avait aucune raison de traîner.
Il avait du travail qui l’attendait et avait déjà clairement exposé sa position pendant la réunion.
Il héla un cab à vapeur pour rentrer directement chez lui.
Quand le véhicule arriva, il y monta et s’installa pour le trajet du retour.
Le cab quitta bientôt la Maison de la Faction du Cercle doré, l’emportant loin de l’Académie tandis que la lumière du jour continuait de baisser.
Dans une partie de la Maison de la Faction du Cercle doré ouverte sur l’extérieur…
La princesse Victoria Aethelmont regarda le cab à vapeur s’éloigner.
« Il s’est échappé vite. »
Elle marmonna à voix basse, les yeux fixés sur le véhicule qui disparaissait.
« Dommage, mais tu ne m’échapperas pas, Ezra Ashenlocke. »
Elle le dit avec un sourire satisfait.
Les heures passèrent, et le ciel s’assombrit complètement, constellé d’étoiles sous la lueur de la lune.
Dans le bureau d’Ezra…
« Vous êtes rentré tard, maître. »
Lucy regarda son maître, les bras croisés.
Ezra venait de rentrer de l’Académie et sortait déjà ses documents de recherche et ses devoirs.
Il posa les papiers sur la table et les tria pour pouvoir se remettre au travail.
« La réunion a duré plus longtemps que prévu. Et puis, il n’est que vingt heures vingt. »
Ezra répondit calmement, sans regarder Lucy.
Il continua de sortir ses documents comme si l’heure n’était pas particulièrement tardive.
« Alors, ils ont parlé de… vous savez quoi ? »
Lucy demanda, curieuse.
Elle s’approcha doucement depuis l’entrée, son roman à la main ; elle l’avait lu en attendant le retour de son maître.
Sa curiosité était évidente.
Elle avait attendu le retour de son maître et, maintenant qu’il était là, elle voulait savoir ce qui s’était passé pendant la réunion.
« Oui, mais le problème a été réglé. »
Ezra répondit sans détour.
« Remercions les Savants, ils ne vous ont pas trop donné de fil à retordre. »
Lucy dit cela avec un air soulagé.
Ses épaules se détendirent en entendant sa réponse.
Quel que fût le problème, son maître avait réussi à traverser la réunion sans que la situation ne s’aggrave.
« Lady Vera Ashenlocke m’a dit qu’elle serait ravie si on vous virait, comme ça elle pourrait vous entraîner dans la Faction de l’Écu royal. Elle priait littéralement pour que ça arrive. Même monsieur Cyrus était le plus bruyant, à espérer qu’on vous mette à la porte. »
Elle raconta cela en retenant presque un rire.
Ezra interrompit ce qu’il faisait et regarda Lucy.
Il imaginait sans peine à quel point ils avaient dû rire en souhaitant que cela arrive.
La pensée que Vera espérait qu’on le chasse pour pouvoir ensuite l’entraîner dans la Faction de l’Écu royal était plutôt amusante.
Le fait que Cyrus espère la même chose rendait la situation encore plus drôle.
« Très drôle. »
Il le dit sans que son expression change, puis s’assit.
« Je vais reprendre mes propres études, moi aussi. »
Lucy annonça cela en sautant sur l’autre chaise du bureau.
Elle leva son roman, l’air détendu.
Un jus de fruits frais était posé sur la table, près d’elle.
Elle posa les jambes sur l’accoudoir et s’adossa à la chaise, prenant une position qui lui convenait.
Sa posture était peu naturelle, surtout avec la chemise de nuit qu’elle portait.
Mais elle la trouvait confortable.
Ezra ne prit pas la peine de la regarder.
Depuis son retour, il s’était déjà rafraîchi et avait mangé.
Ces affaires réglées, il était temps de travailler avant l’heure habituelle de son coucher.
Il devait encore terminer ses devoirs pour le lendemain et ne comptait pas gaspiller le reste de la soirée.
Il voulait aussi revoir les recherches qu’il avait étudiées avec Cyrus.
L’étude du système d’Alchimie et la concrétisation de l’IA, ou intelligence artificielle.