Chapitre 3
Jin décida de commencer par une question simple.
— Bok. Tu sais ce qu'est un sceau ?
Le garçon regarda le coffret vide.
Puis Sook.
Puis le torchon qu'il tenait entre les mains.
— Un objet qu'on presse sur du papier.
— Très bien.
Bok réfléchit.
— Ou autre chose.
Jin ferma les yeux.
Une seconde seulement.
— Quoi, par exemple ?
Bok disparut dans la cuisine.
On entendit déplacer un pot.
Puis un couvercle grinça.
Quelque chose cogna contre du bois.
Il revint avec une petite boîte grossière et la posa à côté des documents de succession.
Jin l'ouvrit.
Le sceau était dedans.
Bien installé sur un linge.
À côté d'un sachet de sel.
Jin resta silencieux.
Sook, elle, prit immédiatement la pierre.
Elle était sombre, carrée, munie d'une poignée sculptée. Quelques grains de sel s'étaient logés jusque dans les creux de la gravure.
— Le maître l'avait emporté dans la cuisine avant de tomber malade, expliqua Bok. Pour marquer une commande.
Sook leva les yeux.
Bok continua.
— Après, je l'ai trouvé près du fourneau. Alors je l'ai mis au sec.
Jin désigna le sachet.
— Avec le sel.
— Le sel doit aussi rester au sec.
Jin dut reconnaître que l'argument se tenait.
Il aurait préféré le contraire.
Bok pointa ensuite la poignée du sceau.
— Et ça empêchait le couvercle de ma jarre de sauter pendant la fermentation.
Cette fois, Sook releva franchement la tête.
— Tu t'en es servi comme poids ?
— Avec un linge dessous.
Jin récupéra la pierre avant que la discussion ne s'aggrave.
Il la retourna.
Sous la poignée, les caractères gravés du Sentier Vide formaient un carré complexe.
Il rapprocha le sceau de l'ancienne attestation.
Même dessin.
Même disposition.
Même caractère légèrement ébréché dans un angle.
Pendant qu'ils cherchaient de quoi prouver l'existence officielle de leur école, celle-ci avait servi à empêcher une jarre de légumes de déborder.
Jin posa le sceau devant Sook.
— On le nettoie.
Bok hocha la tête.
— Et demain, personne ne cuisine avec.
Bok acquiesça avec gravité.
Puis demanda :
— Même si vous rentrez tard ?
Jin le fixa.
— Surtout si je rentre tard.
Le lendemain matin, Jin descendit seul vers Cheongha.
Bok avait du bois à fendre.
Sook voulait vérifier les attaches de la toile avant le prochain coup de vent.
Le sceau, soigneusement enveloppé dans un linge propre, reposait dans une poche intérieure de son sac.
Jin vérifia sa présence une première fois avant de quitter le pavillon.
Une deuxième fois au milieu du sentier.
Une troisième fois avant d'atteindre les premières maisons.
Il avait également emporté l'acte de succession et tous les papiers trouvés par Sook.
Même ceux dont il ignorait complètement l'utilité.
Son épaule restait douloureuse.
Il avait dormi au sec.
Ce qui améliorait nettement son humeur.
Pas son bras.
L'office local de l'Alliance occupait une maison basse près du pont de pierre.
Jin connaissait déjà l'endroit.
Il y avait livré des lettres plusieurs fois.
Habituellement, il passait par la porte latérale.
Il posait un paquet.
Recevait quelques pièces.
Puis repartait.
Cette fois, il s'arrêta devant l'entrée principale.
Trois marches.
Il les monta.
À l'intérieur, un homme assis derrière un bureau leva les yeux.
Un pinceau était coincé derrière son oreille.
— Les livraisons, sur le côté.
Jin s'arrêta.
— Je viens pour une succession.
Le greffier lui indiqua un banc.
Sans rire.
Sans même paraître particulièrement surpris.
C'était déjà beaucoup mieux que ce que Jin avait imaginé.
Il s'assit.
Un autre jeune homme occupait le banc.
Tenue grise.
Cordon vert à la taille.
Trois saules brodés sur la poitrine.
Jin connaissait cet emblème.
L'École des Trois Saules possédait un domaine à l'ouest de Cheongha, près des vergers. Certains de leurs disciples escortaient régulièrement des marchands jusqu'au relais.
Le jeune homme tenait sur ses genoux un étui à documents parfaitement ciré.
Son sabre était attaché assez haut pour ne pas cogner contre le banc lorsqu'il s'asseyait.
Il jeta un regard au sac de Jin.
— Tu remplaces le vieux porteur ?
— Non.
Le disciple désigna vaguement la porte.
— Il faut attendre dehors quand le bureau est plein.
Jin observa la salle.
Ils étaient deux sur un banc prévu pour quatre.
La moitié de la pièce était vide.
Il regarda de nouveau le garçon.
— Je prendrai moins de place.
Il rapprocha très sérieusement ses genoux.
Le disciple ne sourit pas.
Le greffier termina d'écrire une ligne.
Souffla sur l'encre.
Puis fit signe à Jin.
Jin posa les documents sur le bureau.
— Han Jin. Pour le Pavillon du Sentier Vide.
Le pinceau du greffier s'immobilisa.
— Ma Do-gyeom est mort ?
Jin hocha la tête.
L'homme retira le pinceau de son oreille et le posa avec les autres.
Son attitude changea légèrement.
Il parcourut l'acte.
Vérifia les signatures.
Les témoins.
Puis ouvrit un registre et passa le pouce sur une ancienne annotation.
— Et vous êtes le successeur désigné.
— Oui.
Derrière lui, le banc grinça.
— Lui ?
Jin ne se retourna pas.
Le greffier non plus.
Il poursuivit sa lecture.
Jin décida de l'imiter et fixa un caractère qu'il savait déjà lire.
— Je l'ai vu porter des sacs au relais, reprit le disciple.
Jin soupira intérieurement.
— Ils étaient lourds.
— Tu prétends être maître d'une école ?
Cette fois, Jin se retourna.
Le garçon s'était levé.
Il devait avoir à peu près son âge.
Ses vêtements étaient propres, mais les coudes avaient déjà été repris plusieurs fois.
Ses mains portaient des callosités.
Pas celles d'un fils riche qui portait un sabre pour décorer sa ceinture.
Il s'entraînait réellement.
Jin inclina légèrement la tête.
— Je viens faire enregistrer mon nom.
Il désigna le bureau.
— Tu peux attendre que ce soit fait avant de te fâcher avec lui.
Le disciple eut un sourire sans joie.
— Trois ans dans la cour extérieure, et on me confie encore les courses.
Jin comprit.
Ah.
Voilà.
— Toi, continua l'autre, tu ramasses un papier et tu te fais appeler chef.
Jin comprenait désormais parfaitement pourquoi il était énervé.
Cela ne le rendait pas plus agréable.
Le greffier se leva.
— Je vais chercher le registre de continuation.
Il regarda Jin.
— Posez le sceau sur le linge. Je reviens.
Jin sortit soigneusement la pierre.
La posa au centre du tissu.
Le disciple s'approcha.
— Fais voir.
— Le monsieur vient précisément d'expliquer où il voulait le voir.
Jin rabattit un bord du tissu sur le sceau.
Puis posa la paume dessus.
L'autre tendit quand même la main.
Jin releva les yeux.
— Ne touche pas.
Le disciple lui saisit le poignet.
La pression fut immédiate.
Pouce sur le tendon.
Doigts fermés.
Une torsion courte destinée à faire plier le bras.
Ce n'était pas une prise improvisée.
Jin sentit même une poussée de qi renforcer les doigts adverses.
Il aurait pu tirer en force.
Son épaule lui rappela aussitôt ce qu'elle pensait de cette idée.
Très mauvaise.
Alors il céda.
Juste assez.
Son coude accompagna la torsion.
Son souffle descendit dans ses jambes.
Son pied arrière recula d'une demi-longueur.
Puis Jin tourna son poignet vers l'ouverture laissée par le pouce adverse.
Au même instant, son bassin pivota.
Il tira.
La prise céda.
Jin récupéra sa main et s'écarta immédiatement du bureau.
Le disciple avança.
Une paume partit vers sa poitrine.
Jin leva l'avant-bras.
Le choc résonna jusque dans ses dents.
L'autre avait retenu sa force.
Jin aussi.
Cela n'empêcha pas l'atmosphère de la pièce de changer brutalement.
Jin recula.
— Dehors.
Il se rapprocha volontairement de la porte.
Pas question de renverser les papiers de succession pour une querelle idiote.
Le disciple le suivit.
Un pas serré.
Puis un second.
Jin reconnut trop tard la façon dont l'autre cherchait à lui fermer l'angle avec l'épaule.
Il posa la pointe du pied sur le seuil.
Renforça brièvement son appui.
Pivota.
La main adverse attrapa sa manche.
Le tissu se tendit.
Une douleur sèche traversa son épaule blessée.
Jin arrêta immédiatement sa rotation.
Il rentra le coude.
Accompagna la traction d'un pas.
Puis posa sa main libre sur l'avant-bras de l'autre pour l'empêcher de resserrer sa prise.
Ils se retrouvèrent sous l'auvent.
Côte à côte.
Do Hwan avait les doigts accrochés à sa manche.
Jin maintenait son poignet.
Aucun des deux ne pouvait raisonnablement prétendre que la position avait quoi que ce soit d'élégant.
Le disciple déplaça son pied.
Jin vit venir le balayage.
Il retira aussitôt la jambe visée.
Puis pressa légèrement l'avant-bras adverse pour l'obliger à retrouver son équilibre.
— Lâche.
— Toi d'abord.
— Vous allez surtout lâcher tous les deux.
Ils tournèrent la tête.
Le greffier se tenait dans l'encadrement de la porte.
Un énorme registre contre la poitrine.
Il les regarda.
Puis regarda la manche de Jin.
— Le prochain qui tire dessus paiera la copie du constat que j'enverrai à son école.
Les doigts de l'autre se desserrèrent immédiatement.
Jin recula.
Son poignet était rouge.
Son cœur battait vite.
Et une partie de lui avait très envie de proposer un deuxième essai.
Dans une cour.
Sans bureau.
Sans papiers.
Et avec deux épaules en état.
Son épaule lança.
Jin abandonna l'idée.
Le greffier regarda le cordon vert du disciple.
— Votre nom.
L'autre hésita.
— Do Hwan. Cour extérieure des Trois Saules.
Le greffier acquiesça.
— Vous êtes ici pour déposer un relevé de cotisations.
Il tapa le registre contre sa paume.
— Pas pour décider qui mérite d'entrer dans le mien.
Do Hwan inclina la tête.
Sa mâchoire resta serrée.
Le greffier se tourna ensuite vers Jin.
— Et vous.
Jin se redressa.
— Si je vous enregistre comme responsable du pavillon, les incidents porteront votre nom.
Il désigna les trois marches.
— Pensez-y avant de les déplacer devant ma porte.
Jin regarda le seuil.
Puis les marches.
— J'y penserai.
Il retourna devant le bureau.
Le sceau n'avait pas bougé.
Pour l'instant, c'était probablement l'objet le plus discipliné du Sentier Vide.
Le greffier ouvrit le gros registre.
Puis plaça l'ancienne attestation de Sook à côté.
— Le Pavillon du Sentier Vide possède toujours une charte d'école indépendante.
Jin se pencha légèrement.
— À la mort de son responsable, un successeur désigné peut demander sa continuation jusqu'à la clôture de l'année en cours.
Jin suivit le doigt de l'homme sur la ligne.
— Jusqu'au jour trois cent soixante ?
— Oui.
Le greffier tourna une page.
— Ensuite, le maintien de la charte dépendra de l'activité de votre école et des épreuves de reconnaissance de l'Alliance. Vous devrez consulter leurs conditions.
Jin se redressa.
Une année pour rembourser la dette.
Une année pour sauver l'école.
Exactement la même échéance.
Il aurait apprécié que l'un de ses problèmes ait la politesse d'attendre que l'autre soit réglé.
— Donc jusque-là, on ne peut pas simplement nous fermer parce que Ma est mort ?
— Une fois la succession enregistrée, non.
Le greffier leva un doigt.
— Cela ne vous dispense ni de vos autres obligations, ni de répondre des fautes commises au nom de votre école.
Son regard glissa brièvement vers la porte.
Jin comprit.
Très bien.
Pas de bagarre dans les bureaux de l'Alliance.
Il allait noter cela quelque part entre « acheter du riz » et « rembourser trois cents taels ».
Le greffier prit ensuite le sceau.
Prépara de l'encre rouge.
Puis appuya la pierre sur une feuille d'essai.
Jin retint inconsciemment son souffle.
L'homme compara l'empreinte avec celle conservée dans le registre.
Il examina un angle.
Puis un autre.
Son regard s'arrêta sur l'ébréchure.
Jin sentit son ventre se nouer.
Le greffier hocha finalement la tête.
— C'est le bon.
Jin relâcha son souffle.
— Nous l'avons bien conservé.
Le greffier prit une petite brosse.
Retira un grain blanc coincé dans une rainure.
Jin fixa immédiatement le mur.
Le mur était très intéressant.
On lui demanda ensuite de signer.
De confirmer l'adresse du pavillon.
Puis de régler les frais d'enregistrement et de copie.
Trente pièces.
Jin les compta.
Une par une.
Son sachet passa de quatre cent vingt à trois cent quatre-vingt-dix pièces.
Le greffier apposa une première marque rouge.
Puis une seconde.
La pierre frappa le papier avec un bruit sec.
Étrangement satisfaisant.
— Han Jin.
Le greffier posa le pinceau.
— Responsable du Pavillon du Sentier Vide.
Il fit glisser la feuille vers lui.
— Continuation accordée jusqu'à la fin de l'année.
Jin la reçut à deux mains.
L'encre n'avait rien de majestueux.
Un peu de rouge avait débordé sur le bord du sceau.
Son nom occupait une colonne étroite entre celui d'un mort et une date qui approchait.
Pourtant, Jin relut la ligne.
Une fois.
Puis encore une.
En quittant le bureau, il passa près du banc.
Do Hwan était de nouveau assis.
Le disciple regarda d'abord les chaussures de Jin.
Puis sa manche froissée.
— Un pas de coursier, murmura-t-il.
Jin ralentit.
— Ça mène quelque part.
Il sortit avant de trouver une réponse plus coûteuse.
Sur le chemin du retour, il passa par le Comptoir du Jade.
Madame Gwak était là.
Évidemment.
Il lui tendit les reçus de la veille.
Elle vérifia chaque chiffre.
Nota les achats.
Puis examina la copie délivrée par l'Alliance.
— Bien.
Jin attendit.
— Cela évitera une contestation inutile de succession.
— Donc nous avons jusqu'à la fin de l'année.
— Pour la continuation de l'école.
Elle lui rendit la feuille.
— Le prêt conserve ses propres conditions.
Jin soupira.
— Cette marque rouge ne rembourse aucun argent, je suppose.
— Aucun.
Il contempla l'empreinte.
— Je commence à me demander ce qu'elle fait exactement.
Gwak repoussa les reçus vers lui.
— Elle vous donne le temps de faire quelque chose qui en rapporte.
Jin rangea les papiers.
Au moment où il allait partir, Gwak désigna son poignet rouge.
— Un problème ?
Jin regarda la marque.
— Une présentation entre écoles.
— Tâchez que les prochaines soient moins fermes.
Lorsqu'il remonta au pavillon, Bok voulut voir le sceau avant même de regarder l'attestation.
Jin ouvrit son sac.
Sortit la pierre.
Puis la remit très soigneusement dans le coffret rouge.
Il referma le couvercle.
— Il habite ici.
Bok acquiesça.
— J'ai trouvé une autre pierre pour la jarre.
Jin posa immédiatement les deux mains sur le coffret.
— Elle n'a pas de nom gravé dessous ?
— J'ai vérifié.
— Bien.
Sook prit la feuille de l'Alliance.
Elle alla la lire près de la fenêtre.
Son doigt suivit lentement les lignes.
Puis s'arrêta sur le nom de Jin.
— C'est fait.
Deux mots.
Seulement deux.
Ils firent davantage plaisir à Jin que toute la formule du greffier.
Il s'assit enfin.
La fatigue de la descente, de la confrontation et de la remontée commençait à envahir ses jambes.
Il aurait pu utiliser davantage de qi contre Do Hwan.
Probablement.
Mais il aurait ensuite dû remonter la montagne avec les jambes vides.
Il remua doucement son poignet.
Do Hwan avait de bons appuis.
Et ce deuxième pas...
Jin fronça les sourcils.
La prochaine fois, il ne se laisserait pas fermer aussi facilement.
Bok posa trois bols sur la table.
La soupe sentait le navet.
Jin plongea sa cuillère dedans.
Remua.
Chercha.
Puis regarda Bok.
— Il y a du riz quelque part ?
— Au fond.
Jin chercha encore.
Deux grains apparurent.
Peut-être trois.
— Il en reste beaucoup ?
Bok tourna la tête vers le sac posé près du fourneau.
— Pour demain.
Il hésita.
— Après, il faudra en acheter.
Jin posa sa cuillère.
Sortit le sachet de monnaie.
Trois cent quatre-vingt-dix pièces.
Il les posa à côté de l'attestation.
Sook avait allumé une petite lampe.
Sa lumière faisait briller l'empreinte rouge du Sentier Vide.
Ils avaient désormais officiellement le droit de rester ouverts jusqu'à la fin de l'année.
Jin regarda ensuite le sac de riz.
Lui, manifestement, ne leur accordait pas un délai aussi généreux.