Chapitre 2
Au matin, Han Jin découvrit qu'un toit pouvait continuer à fuir longtemps après la pluie.
Une goutte lui tomba sur le nez.
Il ouvrit les yeux.
Au-dessus de lui, une tache sombre s'étalait lentement sur le plafond.
Jin soupira, attrapa son oreiller et le décala d'une largeur de main.
Une seconde goutte lui atteignit l'oreille.
Il resta immobile.
— Très bien.
La chambre avait manifestement choisi son camp.
Il se leva.
Son épaule protesta lorsqu'il passa un bras dans sa veste. Le choc contre le poteau de l'auvent n'avait pas disparu pendant la nuit, contrairement à ce qu'il avait espéré en s'endormant.
Il fit lentement tourner son bras.
Ça tirait.
Il n'insista pas.
À côté de sa paillasse reposait le rouleau laissé par Madame Gwak.
Jin le ramassa.
Trois cents taels d'argent.
Il déroula suffisamment le document pour vérifier.
Trois cents.
Le sommeil n'avait rien arrangé.
Dans la cour, Bok avait déjà disposé les tuiles récupérées la veille en plusieurs rangées. Les morceaux encore utilisables d'un côté. Les fragments bons à jeter de l'autre.
Tante Sook examinait une latte fendue.
Madame Gwak, que l'averse avait retenue au pavillon pour la nuit, buvait tranquillement de l'eau chaude sous la partie intacte de l'auvent.
Jin vint s'asseoir devant elle et posa le rouleau sur la table.
— Les objets qui sont dans l'inventaire valent bien quelque chose ?
— Certainement.
Jin attendit.
— Combien ?
Gwak posa sa tasse.
— Voilà une meilleure question.
Le râtelier de la salle d'entraînement contenait deux sabres, une lance sans hampe et trois bâtons.
Jin tira sur le premier sabre.
La lame sortit d'une longueur de paume.
Puis s'arrêta.
Il tira davantage.
Rien.
Il changea de prise.
— Doucement, dit Sook.
— Je sais dégainer.
— Le fourreau, lui, ne le sait plus.
Jin examina le bois.
Gonflé par l'humidité.
Il renonça à forcer et reposa l'arme.
Le deuxième sabre sortit sans difficulté.
Une fine couche de rouille couvrait le tranchant, mais la lame était droite.
Jin la pesa.
Pas excellente.
Pas mauvaise non plus.
Il adopta une garde courte et fit descendre un peu de qi dans ses jambes.
Son corps retrouva immédiatement quelque chose de familier.
Pied arrière légèrement ouvert.
Genoux souples.
Respiration basse.
Il effectua une coupe brève, loin des autres, puis arrêta son geste avant que son épaule ait l'occasion de protester davantage.
Bok l'observait avec attention.
— Vous pourriez prendre des contrats d'escorte.
Jin essuya la lame avec un chiffon.
— Pour un marchand qui veut rejoindre le bourg, oui.
Il regarda le sabre.
— Pour traverser une montagne pleine de bandits, il faudrait qu'ils soient très peu.
Il réfléchit.
— Et raisonnables.
Bok fronça les sourcils.
— Les bandits ?
— De préférence.
Jin avait déjà repoussé des voleurs de paquets.
Il existait cependant une différence importante entre transporter un paquet et escorter un homme.
Lorsqu'on vous attaquait pour un paquet, vous pouviez abandonner le paquet et courir.
Un client appréciait généralement qu'on le prévienne avant de faire la même chose avec lui.
Gwak nota l'état des armes.
— Pour l'ensemble, peut-être deux taels chez un revendeur. Il faudrait lui montrer les lames.
Jin regarda le râtelier.
Deux taels.
Il avait imaginé un chiffre légèrement moins insultant pour plusieurs générations de tradition martiale.
— Et le toit ?
Sook lui tendit la latte qu'elle examinait.
— Le couvreur demandait six taels, matériaux compris.
Elle jeta un regard vers la cour.
— Avant que la caisse tombe hier.
Jin regarda par la fenêtre.
Bok avait aligné les morceaux cassés avec tellement de soin qu'on aurait presque pu croire qu'ils allaient se recoller par respect.
Presque.
— On peut protéger les trous pour moins cher, ajouta Sook. Le reste attendra.
Ils poursuivirent l'inventaire.
Une scie.
Deux marteaux.
Des ciseaux à bois soigneusement enveloppés dans un linge huilé.
Une marmite assez grande pour nourrir une vingtaine de personnes, à condition de trouver quelque chose à mettre dedans.
À chaque objet, Jin demandait :
— Combien ?
Et à chaque réponse, il traçait une petite marque sur sa feuille.
Au bout d'un moment, Bok cessa de regarder les objets.
Il suivait désormais le pinceau.
— La grande marmite aussi ?
Jin releva la tête.
— Je compte.
— Elle ne vaut pas beaucoup.
— Tu n'en sais rien.
Bok prit un air grave.
— Elle attache au fond.
Sook le regarda.
Bok observa soudain la marmite avec énormément d'intérêt.
Jin posa son pinceau.
Son regard revint vers la scie.
Puis vers les marteaux.
Les clous qu'ils devraient remplacer.
Les lattes fendues.
Les sabres.
Il regarda les petites marques sur sa feuille.
S'il vendait les outils, avec quoi réparerait-il le pavillon ?
S'il vendait les armes, avec quoi prendrait-il des contrats ?
Il barra une marque.
Puis une autre.
— On garde les outils.
Bok leva la tête.
— Et les armes.
Le garçon passa une main sur le bord de la marmite.
— Même celle-là ?
Jin la regarda.
— Surtout celle-là.
Il désigna l'immense récipient.
— Il paraît qu'elle nourrit vingt personnes.
— Vingt-deux, si deux arrivent en retard.
Jin fixa Bok une seconde.
— Je ne veux pas savoir comment tu as calculé ça.
Gwak retourna sa feuille.
— Il faudra néanmoins trouver de quoi acheter votre protection de toiture.
Jin regarda autour de lui.
Il restait les livres.
Quelques vêtements.
Et des meubles qui feraient probablement de mauvais fagots.
Son regard s'arrêta sur une armoire.
Il alla l'ouvrir.
Le manteau était bleu nuit.
Une étoffe claire doublait l'intérieur et des nuages avaient été brodés autour du col avec un fil légèrement argenté.
Il sentait le bois sec et les herbes utilisées contre les mites.
Jin le sortit avec précaution.
Pour la première fois depuis qu'il avait accepté cet héritage, il tenait quelque chose qui ne semblait pas demander immédiatement de l'argent.
— Le manteau de cérémonie, expliqua Sook. Ma le portait aux assemblées.
Bok s'approcha.
— Essayez.
Jin le regarda.
— Pourquoi ?
— Pour voir.
C'était une raison médiocre.
Jin l'enfila quand même.
Le tissu glissa sur ses poignets.
Les manches étaient légèrement longues, mais le manteau tombait bien sur ses épaules.
Bok recula d'un pas.
Son expression changea.
Pas comme lorsqu'il regardait les tuiles.
Pas comme lorsqu'il regardait le petit déjeuner.
Il regardait Jin.
— Vous ressemblez à un chef.
Jin se tourna vers la vitre sombre de l'armoire.
Un jeune homme en manteau bleu nuit le regarda en retour.
Jin redressa les épaules.
Son épaule blessée le força immédiatement à en rabaisser une.
Il corrigea discrètement.
Avec cette tenue, on le laisserait peut-être terminer ses phrases.
Personne ne lui demanderait à qui remettre son colis dès qu'il franchirait une porte.
Il passa le pouce sur l'un des nuages brodés.
Une goutte tomba derrière lui.
Ploc.
Dans un bol.
Jin ferma les yeux une seconde.
— Combien ?
Sook resta silencieuse.
— Le fripier du marché connaît ce genre de travail.
Jin regarda encore une fois son reflet.
Puis il retira le manteau.
Il le replia soigneusement, en suivant les anciennes marques du tissu.
Et le posa sur la table.
Gwak consulta l'inventaire.
— Je peux autoriser cette vente pour les travaux urgents. Vous devrez rapporter le reçu et les factures des matériaux.
Elle écrivit quelques lignes.
Les relut à Jin.
Puis apposa sa marque.
— Cela ne rembourse rien sur les trois cents taels.
Jin releva la tête.
— J'avais presque réussi à ne plus y penser.
— Vous prenez de mauvaises habitudes très vite.
Gwak rangea son nécessaire à écrire.
Elle annonça qu'elle les accompagnerait jusqu'au bourg. Avant de partir, elle demanda à Sook de rassembler les anciens papiers du pavillon nécessaires à l'enregistrement de la succession.
Jin enveloppa le manteau dans une toile propre.
Bok l'attendait déjà au portail, son panier sur le dos.
— Vous êtes sûr ?
Jin glissa le paquet dans son sac de coursier.
— Prends plutôt les mesures de tante Sook.
Bok cligna des yeux.
— Pourquoi ?
— Si nous achetons une toile trop petite, j'aurai vendu le manteau pour un mouchoir.
Ils atteignirent Cheongha peu avant midi.
Gwak les quitta devant le Comptoir du Jade.
Jin et Bok traversèrent le marché jusqu'à une boutique où des vestes pendaient sous un auvent rayé.
Le fripier déplia le manteau.
Le prit entre deux doigts.
Et fit immédiatement la même tête qu'un homme examinant un poisson dont il n'appréciait pas l'odeur.
— Démodé.
Jin connaissait cette voix.
Les clients l'utilisaient souvent lorsqu'ils examinaient quelque chose qu'ils avaient eux-mêmes commandé.
— Et propre.
Le marchand tira sur une manche.
— Trop large.
— Les bras n'ont pas beaucoup changé cette année.
Le fripier retourna le col.
Examina la doublure.
Palpa la broderie.
— Six cents pièces.
Jin tendit immédiatement la main.
— Très bien.
— J'ai dit six cents.
— J'ai entendu.
Jin attrapa le bord du manteau.
— Je vérifie seulement que vous ne parliez pas de la doublure.
Le marchand retint le vêtement.
Une seconde.
Deux.
Jin attendit.
Il avait livré suffisamment de marchandises dans ce marché pour savoir que le premier à parler perdait souvent de l'argent.
Ils finirent à un tael d'argent et deux cents pièces de cuivre.
Le marchand proposa de payer l'ensemble en cuivre, au compte du marché : mille pièces pour un tael.
Jin vérifia les ligatures de sapèques avant d'accepter.
Douze cents pièces.
Il resta un instant à regarder la somme.
C'était davantage d'argent qu'il n'en avait jamais possédé.
Même si, dans sa tête, il appartenait déjà à plusieurs trous dans un toit.
Le fripier commença à rédiger son reçu.
Jin jeta un dernier regard au manteau.
L'homme l'avait déjà posé sur un portant, bien en évidence.
La lumière du marché glissait sur les broderies.
Jin détourna les yeux.
Ils sortirent.
Bok marcha quelques pas sans rien dire.
— Neuf cents pour la doublure, donc.
Jin lui donna un petit coup de coude.
Du côté où son épaule ne faisait pas mal.
Ils achetèrent une grande toile huilée.
Six cents pièces.
De la corde.
Cent vingt.
Des clous de plusieurs tailles.
Soixante.
Jin compta ce qu'il restait.
Quatre cent vingt pièces.
Il les plaça dans un sachet séparé et fit deux nœuds.
Bok portait la toile et les rouleaux de corde.
Jin garda les clous.
À l'étal suivant, des petits pains farcis cuisaient contre les parois d'un four.
Bok ralentit.
Jin ralentit aussi.
Une odeur de viande chaude et de pâte grillée traversa la rue.
Leurs regards descendirent presque en même temps vers le sachet.
Quatre cent vingt pièces.
Bok avala sa salive.
— Il reste de la bouillie au pavillon.
Jin regarda les petits pains.
Puis Bok.
— Excellente nouvelle.
Il reprit sa marche.
— Elle aura eu le temps de développer son caractère.
La toile refusa d'abord catégoriquement de devenir un toit.
Elle préféra devenir une voile.
Une rafale la gonfla brutalement et l'emporta dans la cour.
Bok disparut jusqu'aux genoux sous l'étoffe.
Jin lâcha sa corde avant que la toile ne décide également de l'emmener.
Quelques secondes plus tard, Bok ressortit de dessous, complètement décoiffé.
Il avait l'air d'un homme qui venait de perdre une discussion personnelle avec un morceau de tissu.
Sook attendit que le vent tombe.
— On fixe un côté avant de déplier l'autre.
Jin récupéra sa corde.
— Je comptais y venir.
Sook regarda vers le potager.
La toile aussi.
Jin toussota.
— Recommençons.
Cette fois, l'échelle reposait sur deux pierres plates.
Les outils se trouvaient dans un panier fermé.
Sook avait repéré depuis l'intérieur les parties solides du toit.
Jin monta sans matériel, une corde passée autour de la taille.
Bok lui faisait parvenir les outils au fur et à mesure.
Jin utilisa son qi avec parcimonie.
Juste assez pour affermir ses jambes lorsque les tuiles humides le forçaient à prendre une position inconfortable.
Il économisait son souffle.
Déplaçait lentement son poids.
Et lorsqu'un coin exigea qu'il tende trop son épaule blessée, il s'arrêta.
Il essaya sous un autre angle.
La douleur revint.
— Je peux prendre celui-là, proposa Bok depuis l'échelle.
Jin regarda le coin.
— Je peux—
Il s'interrompit.
L'image de la caisse tombant sur les marches lui revint.
Les tuiles éclatées.
Bok tiré de justesse hors de la trajectoire.
Jin expira.
Puis redescendit.
— Très bien.
Bok monta à sa place, attaché à la corde.
Il était moins à l'aise sur le toit.
Mais il avait de longs bras.
Et surtout, une épaule intacte.
Jin lui indiqua où poser les pieds.
Sook contrôlait les attaches depuis le sol.
Quand le dernier coin fut fixé, ils montèrent un seau d'eau.
Bok le versa sur la toile.
L'eau glissa.
Atteignit un raccord.
Hésita.
Puis descendit jusqu'à la gouttière avant de se déverser dans la cour.
Ils attendirent.
Une seconde.
Deux.
Trois.
Aucune goutte ne tomba dans la chambre de Jin.
Bok leva les bras.
— Ça tient !
— Descends avant de le célébrer.
Bok baissa immédiatement les bras.
Ils déplacèrent ensuite la paillasse.
Suspendirent les couvertures humides pour les faire sécher.
Vidèrent plusieurs bols qui n'avaient désormais plus de raison d'être là.
Le reste du toit fuyait encore.
Plusieurs lattes devaient être remplacées.
Les tuiles cassées n'allaient pas repousser.
Mais ce soir-là, une pièce serait sèche.
Jin resta sur le seuil.
Il leva les yeux vers la toile.
Le manteau lui revint en mémoire.
Le poids de l'étoffe.
Les nuages brodés.
L'impression étrange qu'il avait eue en regardant son reflet.
— Il vous allait bien, dit Bok derrière lui.
— Je sais.
Bok fit tourner un bol vide entre ses doigts.
— Vous pourrez en racheter un.
Jin regarda encore le toit.
— D'abord, on achètera les tuiles.
Bok hocha la tête.
Puis emporta le bol.
Le soir, Sook avait disposé sur la table principale tous les papiers qu'elle avait pu retrouver.
Un acte jauni.
Plusieurs reçus.
Une ancienne attestation de l'Alliance.
Et un petit coffret de bois rouge.
Jin posa les factures à côté.
Puis le sachet contenant l'argent restant.
Il prit le pinceau.
Écrivit lentement.
Douze cents reçues.
Sept cent quatre-vingts dépensées.
Quatre cent vingt restantes.
Son pinceau accrocha le papier sur l'un des chiffres.
Jin grimaça.
Le recommença plus bas.
Puis relut le tout.
Une fois.
Deux fois.
Cette somme-là, au moins, il pouvait la comprendre.
Il savait combien il avait reçu.
Combien il avait dépensé.
Et il pouvait montrer où était passé chaque cuivre.
Sook poussa le coffret rouge vers lui.
— Il te faudra aussi le sceau pour les papiers de succession. Ma le gardait là.
Jin posa son pinceau.
— Un sceau ?
— Celui du pavillon.
Il ouvrit le coffret.
L'intérieur était recouvert d'un tissu sombre.
Au centre, une cavité carrée marquait clairement l'endroit où un objet avait reposé pendant longtemps.
Jin passa le doigt dessus.
Vide.
— Là où, exactement ?
Sook se pencha.
Son visage changea.
Elle prit le coffret.
Retira le tissu.
Rien.
Ils regardèrent sous les papiers.
Dans les tiroirs de la table.
Sous le coffret.
Jin examina même la charnière.
Il ne savait pas pourquoi.
Un sceau avait peu de chances de s'y cacher volontairement.
Rien.
Sook se redressa.
— Bok ?
Un couvercle claqua dans la cuisine.
— Oui ?
— Tu as déplacé quelque chose dans les affaires du maître ?
Silence.
Un silence légèrement trop long.
Puis Bok apparut sur le seuil.
Un torchon à la main.
— Quand ?
Jin regarda Bok.
Puis le coffret vide.
Il avait désormais une pièce sèche.
Quatre cent vingt pièces de cuivre.
Trois cent cinquante-neuf jours pour trouver trois cents taels.
Et il lui manquait maintenant l'objet qui permettait de prouver à l'Alliance que le Pavillon du Sentier Vide était réellement à lui.