Chapitre 66
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Traducteur/éditeur : Dionysus
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◈ Xianxia Cultivation with a Dragon Heart ◈
Chapitre 66 : L’image d’un Éveillé libéré
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Do Muwon, administrateur junior de deuxième rang de la Maison impériale et médiateur du monde martial.
Han Yujin ne pouvait pas savoir exactement pourquoi cet homme avait ordonné l’assassinat d’Eun Miryeong. Toutefois, s’il devait émettre une hypothèse, il était peu probable que cela fût dû à une rancune personnelle ou à Eun Miryeong elle-même.
« Un poste de junior de deuxième rang, ce n’est pas rien. Quelqu’un comme lui aurait du mal à seulement s’approcher d’un talent prometteur comme Eun Miryeong. »
Comme Han Yujin l’avait deviné, un poste de junior de deuxième rang équivalait à celui de vice-ministre sur la Terre moderne.
« Il est tout aussi peu convaincant de dire que cela a un rapport avec la Secte Hyeonbaek. Eun Miryeong a beau être célèbre, elle n’est encore qu’un talent prometteur. »
Au bout du compte, il ne restait qu’une explication plausible.
« C’est à cause de moi. »
Il n’y avait pas d’autre explication : quelqu’un avait voulu obtenir quelque chose en provoquant le Vénérable martial du Lotus d’or, un maître du Royaume de la Vie et de la Mort. Et même s’ils avaient engagé un assassin exceptionnel, ils n’avaient nullement cherché à dissimuler qu’il s’agissait d’un assassinat…
« Si les choses s’étaient déroulées comme prévu, je n’aurais pas pu laisser tranquilles les organisations d’assassins, même en sachant que quelqu’un tirait les ficelles. Or, la plupart d’entre elles appartiennent à la faction hérétique. »
Du point de vue de la Maison impériale, plus les forces du monde martial étaient divisées et s’affrontaient, mieux c’était.
« À moins que l’administrateur de la Maison impériale ait simplement accepté le contrat parce que ses intérêts concordaient avec ceux de quelqu’un d’autre. »
Il y avait aussi le Culte du Démon de l’Ombre noire, qui aurait eu tout à gagner d’un affrontement entre le Vénérable martial du Lotus d’or et la faction hérétique, et qui aurait ainsi été naturellement considéré comme faisant partie de la faction orthodoxe.
En combinant son pouvoir divin et l’Art du rêve illusoire qui ravit le cœur, il avait découvert qui avait engagé le Roi des tueurs impitoyable. Il lui était donc beaucoup plus facile d’en déduire certaines choses. Il pourrait vérifier plus tard si ses suppositions étaient justes, lorsqu’il irait réclamer son dû.
Mais l’essentiel était ailleurs.
« Puisque la Maison impériale m’a attaqué la première, je serai beaucoup plus à l’aise pour exiger une compensation plus tard. »
Il avait vraiment hâte de découvrir quels manuels d’arts martiaux se trouvaient dans le Dépôt de la Maison impériale.
Le Roi des tueurs impitoyable l’intriguait aussi beaucoup.
L’assassin avait été trop étrange et dangereux pour qu’il puisse le capturer vivant ; il l’avait donc tué. Cela dit, il y avait quelque chose qu’Han Yujin voulait tenter lorsqu’il trouverait Nuit éternelle, l’organisation d’assassins.
Maintenant qu’il avait compris un art secret du sens divin lié aux émotions, pourrait-il leur rendre leurs émotions ? Cette expérience lui donnerait-elle une piste pour surmonter la Tribulation sans cœur ?
« Bien sûr, pour ça… il faut que je parvienne à tirer quelque chose de la Peinture des Six Voies du samsara. »
Sur cette pensée, il fit un dernier tour du Dépôt des soutras.
Une quinzaine de jours s’étaient écoulés depuis l’attaque du Roi des tueurs impitoyable.
Il avait mémorisé toutes les écritures liées aux Six Voies du samsara et les avait comprises autant que possible. Il avait également rempli son esprit de tous les enseignements complémentaires nécessaires à cette compréhension.
À moins de vouloir véritablement se consacrer au Temple bouddhique de la Bouddhéité du samsara, cela devrait suffire. En fait, Han Yujin se demandait combien de fidèles du temple connaissaient autant de doctrines que lui, désormais.
« Il est temps. »
Enfin décidé, il quitta le Dépôt des soutras.
L’heure était venue de percer le secret de la Peinture des Six Voies du samsara.
* * *
L’Abbé Hyegak guida en personne Han Yujin, venu seul.
Même sans la culpabilité d’avoir laissé le Roi des tueurs impitoyable s’infiltrer dans leurs défenses, ni la gratitude qu’il éprouvait envers quelqu’un qui ne leur en tenait pas rigueur, l’Abbé Hyegak serait venu en personne.
La Peinture des Six Voies du samsara était protégée par un réseau de formations, tout au fond du temple. À proximité se trouvait également un Pavillon des Écritures renfermant des manuels d’arts martiaux secrets ; impossible, dans ces conditions, de ne pas comprendre l’importance du lieu.
Le bâtiment portant la plaque « Salle de la Roue du Dharma » était remarquablement haut. D’après les explications, il n’avait pas d’étages distincts : c’était simplement la peinture qui était aussi grande.
Après l’avoir conduit jusque-là, l’Abbé Hyegak lui expliqua que les repas seraient livrés chaque jour à heure fixe.
Han Yujin secoua naturellement la tête.
« Ce n’est pas nécessaire. En fait, je préférerais que personne ne vienne me chercher avant la fin du délai. »
« … Très bien. Il devrait y avoir une petite cloche à l’intérieur. Si quelque chose d’urgent se produit, n’hésitez pas à la faire sonner. »
« Merci de votre attention. »
Après avoir pris congé de l’Abbé Hyegak, qui semblait penser qu’Han Yujin avait ses propres moyens, celui-ci entra dans le bâtiment.
L’intérieur était net, sans doute parce qu’il était entretenu régulièrement. La peinture, recouverte d’un tissu de soie ivoire brodé des symboles du Temple bouddhique de la Bouddhéité du samsara, était véritablement immense.
Elle faisait plus de dix mètres de haut et plus de sept mètres de large.
Han Yujin s’assit sur le coussin de méditation placé au centre. Il prit le temps d’apaiser son esprit et de se concentrer.
Lorsqu’il se sentit parfaitement prêt, il utilisa l’Art de Manipulation des objets pour retirer la soie qui recouvrait la peinture, puis la plia et la posa sur le côté.
Enfin.
La Peinture des Six Voies du samsara se dévoila.
Un être sombre, dont les traits restaient indistincts, tenait entre ses bras écartés six mondes séparés, emportés dans un cycle perpétuel.
La silhouette sombre portait une robe bleu-noir brodée de nuages blancs et dorés. Les couleurs n’étaient pas uniformes : leur intensité variait du haut vers le bas. Des chaînes de montagnes semblaient remplir l’arrière-plan, mais à y regarder de plus près, elles paraissaient être autre chose.
Au-dessus de la tête de la silhouette, les contours d’une autre forme lumineuse scintillaient. Au premier regard, elle semblait humaine, peut-être un arbre, ou encore un corps céleste dans l’univers.
Les six mondes en cycle étaient le Royaume de la Félicité céleste, le Royaume du Désir humain, le Royaume des Âmes défuntes, le Royaume des Bêtes, le Royaume des Insectes étranges et le Royaume des Abysses, tels que les décrivait la doctrine du Temple bouddhique de la Bouddhéité du samsara. Ils donnaient l’impression d’une mosaïque, mais il suffisait de les observer avec la moindre attention pour voir qu’ils représentaient des mondes infinis, comprimés de force dans la peinture.
Sans même s’en rendre compte, Han Yujin examina la peinture avec son sens divin à pleine puissance. Il songea aussi à utiliser l’Art de la Vision spirituelle, mais, pour une raison obscure, il sentit instinctivement que cela ne ferait que le gêner et s’en abstint.
Son regard se porta naturellement vers la première des Six Voies du samsara, le monde du bonheur suprême. Puis il passa au monde de l’attente, ensuite à celui du chagrin, avant de traverser les mondes de la colère, du dégoût et du désespoir.
« Félicité céleste, Désir humain, Âmes défuntes, Bêtes, Insectes étranges, Abysses. »
Ils étaient comme les Cinq Éléments — feu, foudre, vent, eau et terre — qui permettaient d’expliquer les éléments. Ils n’étaient pas des entités distinctes et absolues, mais des représentations.
Le temps s’écoula ainsi.
À un moment donné,
au sein de la conscience de Han Yujin, qui suivait le courant, les contours d’un monde commencèrent à se dessiner. Bientôt, les cinq autres prirent forme à leur tour.
Au même instant, d’innombrables images qui sollicitaient ses cinq sens surgirent rapidement, avant de s’effacer de nouveau.
Un ciel infini, bleu et limpide. La brume matinale, traversée d’une faible lueur dorée. Des plaines couvertes de plantes fraîches et de fleurs éclatantes. Des animaux qui se reposaient fièrement, parés de cornes et de crinières élégantes. Dans les arbres, le chant de petits oiseaux adorables. Des rivières d’un vert jade limpide, remplies de poissons aux couleurs vives. De hauts pics de pierre magnifiques, drapés de végétation et enlacés par les nuages.
Un solide et majestueux rempart gris. À l’intérieur, une ville aux palais, aux manoirs et aux autres édifices somptueux. Des marchés animés, pleins de gens sans visage qui déambulaient dans des rues propres. Dans toutes les ruelles sombres, quelque chose émettait une lueur inquiétante, semblable à l’éclat d’un œil, avant de disparaître. Des murmures empreints d’espoir et de cupidité flottaient en bruit de fond.
Une brume bleue teintait légèrement les alentours. Le ciel gris, complètement vide, était d’un creux absolu. Une lumière faible et lugubre provenait d’une source inconnue. Entre les arbres anciens et desséchés s’étendait une terre désolée. Des ombres épaisses s’étiraient et se déplaçaient, comme des sanglots, au gré de la lumière mouvante. Le vent faible portait de pitoyables chuchotements et des soupirs.
Des plaines accidentées et des forêts d’une densité excessive. Dans le ciel, des nuages noirs zébrés d’éclairs tourbillonnaient avec fureur. Des montagnes rocheuses d’où jaillissaient des rugissements tonitruants et de la lave. Des cris perçants et des rugissements à glacer le sang, voués à résonner éternellement. De toutes parts, du sang rouge brûlant coulait sans fin d’une source inconnue et imprégnait la terre. Des plantes toxiques poussaient et dépérissaient en livrant une guerre invisible.
Un sol aussi collant qu’un marécage, qui s’écrasait facilement sous les pas et s’y agrippait. Un ciel entièrement masqué par des feuilles pendantes, des nids d’insectes et des toiles d’araignées. Des vers emmêlés se tortillaient et nageaient dans des mares de glu. D’innombrables bruits humides semblaient ronger le cerveau. L’odeur humide et suffocante de tout ce qui pourrissait et s’effondrait.
Des ténèbres si profondes qu’on n’y distinguait rien. Des barrières acérées, rongées par la rouille, barraient tous les chemins. À chaque pas, le sol hérissé de pointes grinçait et tanguait dangereusement. Des cris saturés de terreur étaient portés par des rafales glaciales. Au-delà des barrières, quelque chose rampait en traînant des chaînes et poussait des gémissements de douleur. Des éclairs s’abattaient à intervalles irréguliers, lui déchirant les oreilles. Dans leurs éclairs, un ciel rouge sang apparaissait brièvement.
Tout était si vivant qu’il avait l’impression d’avoir réellement visité ces mondes.
C’était justement pour cette raison que Han Yujin, les yeux rivés sur la peinture, fut bientôt trempé de sueur froide.
« Comment… comment ont-ils pu contempler une chose pareille… et obtenir un art secret du sens divin… ? »
Alors qu’il luttait contre le pouvoir terrifiant de la Peinture des Six Voies du samsara, qui dépassait de loin ses attentes, il se posa une question et évalua le danger.
Cet objet n’appartenait en rien au monde martial.
Il venait forcément du monde de la cultivation, ou d’un monde d’une envergure comparable.
Heureusement, ce n’était qu’une peinture, dépourvue de toute spiritualité. Pourtant, le fait qu’elle puisse produire un tel effet sans posséder la moindre spiritualité était inquiétant à sa manière.
S’il le souhaitait, il pouvait encore détourner son attention et échapper à cette tempête de sensations insoutenable.
Mais s’il fuyait maintenant…
Il savait aussi, par intuition, qu’il ne parviendrait plus jamais à s’immerger aussi profondément.
Tandis qu’il hésitait, les paroles de l’Abbé Hyegak lui revinrent soudain à l’esprit. L’abbé l’avait averti qu’une contemplation de plus de trois mois pouvait le faire sombrer dans un démon intérieur.
À présent qu’il voyait la peinture, il lui semblait que la durée n’était pas le véritable problème. Malgré tout, l’idée qu’il puisse courir un tel danger l’effrayait naturellement.
À cet instant, une deuxième anomalie se manifesta.
Parmi les innombrables images qui apparaissaient puis s’évanouissaient, des émotions intenses se mirent à jaillir, emportant le peu de sang-froid qui lui restait.
Chaque fois que l’image du Royaume de la Félicité céleste apparaissait, il était heureux comme s’il avait obtenu toutes les richesses de l’univers et compris la vérité ultime. Toutes les émotions positives — joie, plaisir, amour, amitié — semblaient devoir déferler sans fin.
Mais dès que l’image du Royaume du Désir humain apparaissait à son tour, il redevenait aussitôt un homme ordinaire. Même dans la frustration, il ne pouvait abandonner tout espoir. Il s’adaptait aux circonstances et finissait par trouver de petits bonheurs. Puis, dès que les choses semblaient s’arranger un peu, il se laissait consumer par une avidité nourrie de croyances vaines, avant de retomber dans la frustration.
Quand l’image du Royaume des Âmes défuntes apparaissait, tout perdait son sens et devenait vide ; seuls demeuraient un chagrin et une douleur sans fin. Le monde entier s’effaçait, privé de toute valeur. Rien ne pouvait combler ce sentiment de perte ni apaiser cette angoisse.
Quand l’image du Royaume des Bêtes apparaissait, il explosait d’indignation et de rage, avec l’envie de brûler et de tuer le monde entier. Même s’il déchirait tout ce qui se trouvait sur son chemin, s’il mâchait chaque être vivant jusqu’à le tuer avant de l’avaler, rien ne pourrait apaiser la haine qui bouillonnait en lui comme un volcan.
Quand l’image du Royaume des Insectes étranges apparaissait, il ne supportait plus le caractère répugnant et dégoûtant de toute chose, lui compris. Il voulait échapper pour toujours à cette répulsion infinie, mais ne pouvait supporter sa chair de poule permanente ni la nausée qui montait en lui.
La dernière image, celle du Royaume des Abysses, plongeait tout dans un désespoir sans fin. La peur de n’être qu’un minuscule grain de poussière dans l’univers, quels que soient ses efforts, se changeait en frustration et en défaite, puis en une résignation sincère qui suppliait qu’on mette fin à tout, par pitié.
Une fois qu’il s’était résigné, l’image du Royaume de la Félicité céleste réapparaissait, lui apportant le bonheur extrême opposé : celui d’obtenir toutes les richesses de l’univers et de comprendre la vérité ultime.
Le fait qu’il traversât la Tribulation sans cœur semblait presque insignifiant. C’était une tempête émotionnelle dévastatrice qu’il ne pouvait tout simplement pas endurer.
Au moment où il allait renoncer,
soudain,
il vit l’être sombre qui tenait dans ses bras les Six Voies du samsara, où se reflétaient toutes les émotions que les humains ne pouvaient maîtriser.
L’Éveillé et le Libéré.
Il eut l’impression que son regard croisait celui de cet être.
Non, leurs regards ne s’étaient pas croisés.
C’était comme s’il se contemplait lui-même à travers les yeux de cet être transcendant.
Comme s’il observait un être sensible ordinaire, prisonnier des afflictions et des illusions du monde, luttant dans la souffrance.
À partir de cet instant, il put observer toutes les sensations et les émotions des Six Voies du samsara, qui lui avaient paru impossibles à endurer, comme s’il s’agissait des affaires de quelqu’un d’autre.
Et il commença à percevoir, presque à portée de main mais impossible à saisir, ce qu’il devait vraiment voir et ressentir dans la Peinture des Six Voies du samsara.
Dans un monde composé d’éléments et reposant sur le fondement des dimensions.
Sous le destin qui détermine la vie et la mort, et le cycle de la vie et de la mort qui forge le destin.
- J’ai atteint l’éveil soudain et contemplé directement le dao. Dans l’univers auquel j’appartiens, seul l’esprit indivis peut être éternel, immortel, absolu et immuable.
Pendant un instant,
ce fut comme si la pensée d’un être grand et sublime résonnait dans son esprit, telle la cloche d’un immense temple.
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