Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : Dionysus
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◈ Cultivation xianxia avec un Cœur de dragon ◈
Chapitre 30 : Un accident d’alchimie
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Dans un coin frais et ombragé, juste à côté de son habitation, des fruits de plantes spirituelles de grade moyen avaient été étalés à intervalles réguliers sur un support de branches grossièrement assemblé. À proximité, quelques tas d’herbes écrasées à l’odeur forte avaient aussi été disposés pour éloigner les insectes.
Assez amusant, Muyong rôdait dans les parages, à portée de vue des fruits. Impossible qu’un goinfre pareil passe simplement devant sans y toucher.
S’il ne l’avait pas fermement mise en garde grâce à la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles, elle en aurait certainement volé au moins un.
Pas question.
Mignon, c’était mignon, et les remèdes spirituels, c’étaient les remèdes spirituels. Han Yujin devait devenir plus fort pour que Muyong profite pleinement de la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles ; il n’avait donc aucune raison de lui en donner.
Malgré tout, il se sentait un peu coupable de simplement la chasser. Il ne l’examina attentivement qu’après l’avoir apaisée avec une ou deux gouttes de liqueur de liquide spirituel.
Merci infiniment, madame Won Baengnyeong.
En se mettant sérieusement à l’alchimie, en préparant de l’alcool spiritueux et en faisant sécher ces fruits, il avait compris bien des choses. Surtout, il éprouvait une profonde gratitude envers Won Baengnyeong, qu’il pouvait considérer comme son enseignante.
Plus il y réfléchissait, plus ces conférences d’alchimie lui paraissaient pratiques. Seulement, les bases nécessaires pour mettre en œuvre ces techniques concrètes étaient déjà assez difficiles à maîtriser.
Il soupçonnait Won Baengnyeong d’avoir soigneusement organisé son savoir-faire pratique pour offrir des cours aussi utiles. Elle avait parlé comme si, une fois qu’elle commencerait à enseigner, elle voulait être reconnue par le plus grand nombre possible ; son hypothèse était donc tout à fait plausible.
Le fait de faire sécher correctement les fruits destinés à la préparation de pilules réduisait légèrement leurs propriétés médicinales, mais augmentait considérablement les chances de réussite : voilà un exemple de ce savoir-faire.
Et apprendre à utiliser l’Art de Manipulation de la terre pour fabriquer un chaudron de pierre provisoire lorsqu’on ne disposait pas d’un véritable four d’alchimie était également très utile à Han Yujin, en ce moment.
Ils n’ont plus besoin de sécher, si ?
Cette conclusion lui vint naturellement tandis qu’il inspectait les fruits. Dans le même temps, il tira inconsciemment plusieurs autres plantes spirituelles de sa Poche de rangement.
Il s’agissait surtout d’herbes, mais il y avait aussi quelques fleurs et champignons. Après plusieurs essais, il avait estimé que ces ingrédients produiraient un effet synergique avec les fruits. Même si leurs effets agissaient séparément, il jugeait qu’ils ne risquaient pas, au moins, de faire échouer la préparation.
Essayons aujourd’hui.
En dehors de la préparation d’alcool spiritueux, ce serait sa première véritable tentative de préparation de pilules, qu’il attendait depuis longtemps. Pour retrouver la forme, il s’assit dans un endroit approprié et commença à faire circuler l’Art du Retour à l’Origine.
Une fois installé, le petit être inutile qui se prélassait au soleil à proximité accourut. Puis, comme si c’était naturellement sa place, Muyong s’installa sur les genoux de Han Yujin.
Il ne s’agissait pas simplement d’une marque d’affection envers son maître. Comme ils étaient liés par la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles, rester près de Han Yujin pendant sa cultivation permettait aussi à Muyong d’en tirer quelques bienfaits.
La preuve : son pelage jaune brunâtre, autrefois tout à fait ordinaire, prenait une douce teinte dorée bien plus vite qu’avant. En même temps, ses parties blanches devenaient encore plus blanches, lui donnant un aspect de plus en plus spirituel.
Peut-être qu’un jour, les gens diraient qu’il ressemblait vraiment à une bête spirituelle d’immortel.
Quoi qu’il en soit.
Après avoir fait circuler l’Art du Retour à l’Origine pendant plusieurs heures et pleinement récupéré,
Han Yujin apporta le chaudron de pierre provisoire qu’il avait préparé à l’avance et disposa à côté toutes les plantes spirituelles, dans l’ordre. Les fruits, son ingrédient principal, en faisaient naturellement partie.
À l’aide de l’Art de maîtrise du feu, il fit naître des flammes sous le chaudron de pierre et le chauffa à la bonne température.
En utilisant l’Art de la Vision spirituelle d’une certaine manière, il pouvait estimer la température sans aucun outil. C’était aussi une technique qu’il avait apprise dans le Manuel d’alchimie ; il pouvait donc y voir une autre preuve de la bonté de Won Baengnyeong.
Lorsque le chaudron eut atteint la bonne température, il déboucha la Gourde de liquide spirituel et en versa un peu du contenu.
Alors que l’odeur de l’alcool en train de bouillir se répandait dans l’air, Muyong, qui se tenait à proximité, s’agita.
« Hé ! »
Après avoir sévèrement chassé la petite créature qui le distrayait, Han Yujin passa à l’étape suivante. Il utilisa l’Art de Manipulation des objets pour broyer soigneusement une petite quantité d’une longue plante spirituelle à l’aspect banal, puis l’ajouta au chaudron.
Après avoir répété des étapes similaires deux ou trois fois, le contenu, qui mijotait doucement, prit une teinte vert vif et épaissit légèrement.
Maintenant !
Il écrasa un fruit et l’ajouta au chaudron de pierre. Aussitôt, un parfum riche et enivrant, différent des précédents, s’éleva tandis que le mélange rougissait. On aurait dit la couleur d’un fruit concentré.
Ensuite, il ajouta les autres ingrédients à intervalles réguliers, en quantités appropriées et au bon moment. Parfois, il faisait circuler l’énergie spirituelle autour de ses doigts, formait des sceaux de dharma et les ajoutait eux aussi.
Fsssh… !
Chaque fois qu’il ajoutait un ingrédient ou un sceau de dharma, des éclats de lumière et des vagues d’énergie spirituelle jaillissaient, provoquant d’étranges réactions. Dans le même temps, l’Art de Manipulation des objets remuait uniformément le mélange.
Le liquide tourbillonnant devint peu à peu plus visqueux et se divisa en trois amas, épousant la courbe subtile du chaudron de pierre. Ravi de voir que tout se déroulait exactement comme prévu, Han Yujin se concentra davantage encore.
À un moment, alors qu’il poursuivait la préparation des pilules et ajoutait de temps à autre des sceaux de dharma,
il trouva soudain que le mélange ressemblait à du vrai sang humain, rouge et éclatant. Il ne s’était pas attendu à une couleur aussi profonde, mais c’était peut-être la preuve que les propriétés médicinales se renforçaient correctement.
Et, à cet instant précis…
Goutte… Goutte…
Un liquide écarlate inconnu tombait par intermittence à l’intérieur et à l’extérieur du chaudron de pierre. Surpris par cette contamination soudaine et par l’odeur de sang qu’il venait de percevoir, Han Yujin leva la tête.
Son regard croisa celui de cette chose, pendue par le cou à une branche en diagonale au-dessus de lui.
Ses yeux étaient entièrement noirs, sans la moindre trace de blanc. Non seulement ses yeux, mais tout son corps était teint d’une obscurité d’encre et ondulait de façon étrange. Pourtant, le sang qui commençait à en goutter avait une couleur d’une vivacité insoutenable.
Les alentours s’assombrirent rapidement, comme si une éclipse était tombée, et une épaisse odeur de sang sembla envahir l’air.
Ses cheveux ébouriffés poussèrent à une vitesse terrifiante, se fondant dans les ténèbres environnantes. Bientôt, le frottement des cheveux contre tout ce qui les entourait emplit les lieux d’un chhhh, chhhh, pareil aux vagues d’un cauchemar.
Wonhui… ?
Il était si stupéfait qu’il ne parvint même pas à crier. Pendant un instant, il se demanda si son cœur ne s’était pas arrêté.
Couic !
Le cri de Muyong, derrière lui, le ramena à lui comme s’il sortait d’un rêve.
Les alentours étaient parfaitement normaux.
Les gouttes de sang éparpillées. La chose pendue par le cou à une branche en diagonale devant lui. L’obscurité semblable à celle d’une éclipse. L’odeur de sang épaisse et suffocante. Les vagues de cheveux qui se rapprochaient, accompagnées de leur crissement.
Rien de tout cela n’était là.
Seule une liane ordinaire pendait naturellement à la branche en diagonale devant lui.
« Putain… c’était quoi, ce bordel ? »
Il jura, par réflexe, pour résister à la peur. Puis il comprit aussitôt.
Une hallucination ?
Il baissa les yeux vers le contenu du chaudron de pierre. Le mélange avait cessé de tourner un bref instant et semblait sur le point de brûler.
Son cœur, qu’il avait cru arrêté, battait maintenant à tout rompre. Pourtant, Han Yujin lança d’abord un sort, incapable de se résoudre à gâcher la préparation des pilules.
Il forma et fit tomber deux ou trois sceaux de dharma adaptés à ce genre de situation, remua rapidement le mélange avec l’Art de Manipulation des objets et dissipa aussitôt la chaleur. Tout en s’efforçant de sauver la préparation, il jeta sans cesse des regards autour de lui.
L’hallucination avait été bien trop vive pour qu’il puisse faire autrement.
Ses pensées s’emballèrent en même temps.
Est-ce qu’une des plantes spirituelles que j’ai utilisées a provoqué des hallucinations ?
Le fruit, ingrédient principal de cette préparation, était le plus suspect. Après tout, s’il pouvait aiguiser les cinq sens, cela signifiait aussi qu’il agissait sur eux d’une façon ou d’une autre.
Et…
Peut-être que cela s’était ajouté à l’effet secondaire de la cultivation dont il devait se méfier avant d’atteindre le Stade de l’Âme du Dharma : on pouvait souffrir de toutes sortes d’hallucinations et sombrer dans la folie à mesure que le taux de sublimation de l’Âme du Dharma augmentait.
Couic ! Couic !
Sentant l’angoisse de son maître grâce à la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles, Muyong s’était serré contre sa jambe et surveillait les environs avec méfiance.
Ridiculement, la chaleur de la petite créature était extrêmement réconfortante. Sans lui, il aurait mis plus longtemps à sortir de l’hallucination. Il aurait peut-être complètement gâché sa première préparation de pilules.
Je ne peux pas prendre à la légère les effets secondaires de la sublimation de l’Âme du Dharma.
Il avait été si bouleversé qu’il n’avait même pas songé à faire circuler l’Art de l’Esprit clair. À mesure que le taux de sublimation de son Âme du Dharma augmenterait, il risquait de subir ce genre d’hallucinations plus fréquemment et avec plus d’intensité.
Ironiquement, l’un des moyens de surmonter ces hallucinations consistait à renforcer encore le corps et à améliorer les cinq sens. C’était précisément l’effet des pilules spirituelles qu’il préparait en ce moment.
… Est-ce que je pourrais considérer ça comme une sorte de vaccin ?
Pour atteindre le Stade de l’Âme du Dharma, il fallait au minimum sublimer quarante pour cent de son âme en une Âme du Dharma. Ce n’était qu’alors qu’on pouvait produire du pouvoir du dharma.
Naturellement, plus le taux de sublimation était élevé, mieux c’était. Non seulement il serait bien plus fort au Stade de l’Âme du Dharma, mais cela lui serait aussi beaucoup plus favorable pour progresser ensuite jusqu’au Stade de la Formation du noyau.
Atteindre le Stade de l’Âme du Dharma avec seulement quarante pour cent de son âme sublimée revenait pratiquement à renoncer à toute progression future.
C’est pour ça que je comptais tout sublimer, mais…
Il semblait qu’il aurait besoin d’une préparation bien plus minutieuse que prévu. Dans le même temps, il ressentit le besoin de maîtriser l’Art de l’Esprit clair au point de pouvoir l’utiliser aussi naturellement qu’il respirait.
À bien des égards, il avait eu de la chance de l’apprendre à l’avance. S’il ne s’en était rendu compte qu’après la dégradation de son état, il aurait peut-être perdu beaucoup de temps.
Le cœur encore ébranlé, il poursuivit la préparation des pilules.
* * *
Han Yujin parvint à préparer tous les fruits sans le moindre échec.
Il pouvait dire qu’il avait eu un peu de chance lors de la première tentative, quand il avait été victime de l’hallucination. Les deuxième et troisième tentatives avaient été légèrement dangereuses, mais il s’en était sorti tant bien que mal grâce aux astuces apprises lors des conférences d’alchimie de Cheonwonseong. Aux tentatives suivantes, il semblait s’y être habitué et tout se déroula sans difficulté.
Il ne consomma pas tout de suite les pilules spirituelles achevées et les laissa mûrir une quinzaine de jours. Cela n’aurait pas été nécessaire avec un véritable four d’alchimie, mais, puisqu’il avait utilisé un chaudron de pierre provisoire, cette étape supplémentaire permettrait de stabiliser leurs propriétés médicinales.
Entre-temps, l’alcool spiritueux avait lui aussi bien mûri et était désormais prêt à être bu.
En temps normal, un vin de fruits ne devait mûrir que quelques mois, sauf dans le cas de certains vins, comme le vin de raisin. De plus, il pouvait réduire encore ce délai en ajoutant de temps à autre des sceaux de dharma pendant la maturation de la Liqueur spiritueuse de fruits spirituels de bois-sang.
Son arôme s’intensifierait avec le temps, mais ses effets, eux, changeraient peu.
Comme il se consacrait à la préparation des pilules et à la cultivation, il ajouta une autre tâche à sa routine. Il commença à patrouiller plus loin à la recherche de matériaux spirituels capables de contrer les hallucinations.
L’idéal serait de trouver quelque chose comme les fruits, qui apporterait une solution durable en renforçant le corps et en aiguisant les cinq sens. Mais les plantes spirituelles de grade moyen ne seraient pas faciles à dénicher ; il cherchait donc des ingrédients qui auraient au moins un effet temporaire.
Heureusement, ses efforts portèrent leurs fruits et il en trouva plusieurs. Le plus facile à récolter était une plante aquatique sans nom, dans le lac qui lui rappelait de si mauvais souvenirs.
Il se mit donc sérieusement à pratiquer l’Art de l’Évasion aquatique. Pas tout de suite, mais dans un avenir proche, il aurait besoin d’une grande quantité de ces plantes aquatiques.
Il faut aussi que je puisse manœuvrer et combattre ces salauds de lézards sous l’eau.
Et même sans parler de ces plantes aquatiques, le lac était à lui seul un véritable trésor de ressources pour accélérer sa cultivation à l’avenir. Préparer de la Liqueur spiritueuse de fruits spirituels de bois-sang avec les puissantes créatures aquatiques qui y vivaient la rendrait bien plus efficace.
Absorbé par ces pensées, Han Yujin s’entraînait de nouveau avec assiduité, aujourd’hui encore, dans un étang près de sa cachette, assez grand pour qu’il puisse y nager librement.
Son corps fendait rapidement l’eau. Une douce lueur bleue l’enveloppait et facilitait ses mouvements dans toutes les directions.
Elle ne l’aidait pas seulement à se déplacer. Elle lui évitait même d’avoir à respirer ; tant qu’il disposait d’assez d’énergie spirituelle, il pouvait tenir longtemps sans avoir besoin de branchies.
Un peu plus tard,
il jaillit de l’eau avec force, comme un poisson volant, et atterrit sans vaciller. Bien qu’il eût nagé sous l’eau quelques instants plus tôt, il était parfaitement sec.
L’Art de l’Évasion aquatique comprenait naturellement les effets de l’Art d’évitement de l’eau. Comme ce dernier était assez simple pour être considéré comme un sort de base, les cultivateurs finissaient rarement dans un état de chien mouillé.
Muyong, qui avait nagé avec lui dans l’étang, en ressortit à son tour et s’ébroua de tout son corps, projetant des gouttelettes d’eau partout.
« Tu n’as vraiment aucun souci. »
Bien qu’il se fût manifestement amusé pendant l’entraînement, Han Yujin réprimanda inutilement le petit être bon à rien et utilisa l’Art d’évitement de l’eau pour sécher son pelage.
Une fois sorti, il prépara un en-cas avec un poisson riche en énergie spirituelle qu’il avait attrapé au passage, puis le mangea.
Il retrouva ensuite ses forces grâce à l’Art du Retour à l’Origine et s’assit confortablement dans son habitation.
Devant lui reposaient dix-huit pilules spirituelles de fruits, dont la maturation était achevée. Elles brillaient d’un rouge éclatant.
Une par semaine devrait suffire.
Cela lui ferait au total dix-huit semaines, soit environ quatre mois de cultivation.
D’ici là, je devrais être assez fort pour découper ces salauds de lézards en sashimi, même sous l’eau.
Sur cette pensée, il prit une pilule spirituelle.
Puis, sans hésiter, il la mit dans sa bouche.
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