Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Dionysus
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◈ Cultivation xianxia avec un Cœur de dragon ◈
Chapitre 28 : Un bon à rien
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Comme il n’était pas parti depuis très longtemps, Han Yujin retrouva le nid des monstres singes sans se perdre, en suivant ses souvenirs.
C’était un petit ravin dissimulé dans les hautes herbes, le genre d’endroit qu’on aurait facilement manqué sans l’Art de la Vision spirituelle.
Prêt à toute éventualité, Han Yujin s’y engagea, l’Art de la Peau de jade activé et l’Épée des Cinq Éléments à la main. Quelques minutes plus tard, il atteignit une clairière.
Striiii… ! Couic !
Crî !
Au même moment, il entendit des cris inconnus.
De petits singes, manifestement les petits des monstres singes, paniquaient. Certains fuyaient dans les arbres, tandis que d’autres couraient à l’aveuglette vers les parois du ravin qui entouraient la clairière. Quelques-uns restaient simplement figés sur place, sans savoir quoi faire.
« Hm. »
Tuer même les petits lui laissait un goût amer. Mais il n’avait aucune intention de se charger de les élever et, s’il les abandonnait à leur sort, ils mourraient de toute façon. Autant en finir lui-même.
« Désolé, mais vos gardiens m’ont attaqué les premiers. Je vais faire en sorte que ça ne fasse pas trop mal. »
Une pointe de regret dans la voix, Han Yujin activa aussitôt les restrictions de sort gravées dans l’Épée des Cinq Éléments. Des traînées d’énergie dorée fusèrent devant lui.
Moins de dix secondes plus tard, tous les cris affolés s’étaient tus. Han Yujin rassembla les cadavres des petits singes avec l’Art de Manipulation des objets, puis sortit une boîte de jade.
Ils sont jeunes, et ce sont des primates. Je préfère éviter de les manger. Heureusement que j’ai ça.
Il sortit de la boîte de jade une Graine de bois-sang améliorée. Il lança un sort contenu dans l’Art de fermentation des fruits spirituels de bois-sang et la déposa sur les cadavres à l’aide de l’Art de Manipulation des objets.
Un instant plus tard.
La graine germa à toute vitesse, prit racine dans les cadavres des jeunes monstres singes et grandit à une allure incroyable. On aurait dit une vidéo accélérée.
Le bois-sang était d’un brun rougeâtre sombre, mais son éclat rouge métallique lui donnait un aspect très singulier. Ses feuilles bleu-vert, bordées de couleurs vives, lui conféraient un certain raffinement.
Quand le bois-sang atteignit environ la hauteur de sa poitrine, il produisit un fruit rouge comme le sang. De la taille d’une noix et parfaitement rond, il ressemblait presque à une perle de jade au premier regard.
Avant même que Han Yujin ait le temps de faire quoi que ce soit, le fruit se détacha de lui-même. Dès qu’il l’eut attrapé, l’arbre se flétrit encore plus vite qu’il n’avait poussé et s’effrita en une sorte de terre mêlée de sable.
« … Waouh. »
Impressionné par le mystère et la profondeur du sort, il passa au crible les restes poussiéreux avec l’Art de Manipulation des objets. Il retrouva bientôt la graine qu’il avait utilisée, intacte.
Selon le sort lancé pour la faire germer, elle pouvait donner des fruits, comme cette fois-ci, ou produire une autre graine. Naturellement, il n’avait aucune raison de renouveler un stock de graines dont il ne manquait pas.
Après avoir remis la graine dans la boîte de jade, puis rangé celle-ci dans sa Poche de rangement, Han Yujin examina un moment le fruit avant de le ranger à son tour.
Et enfin.
Il tourna les yeux vers l’arbre noir au centre de la clairière, qu’il observait depuis le début.
Contrairement à la fois précédente, il n’avait pas du tout l’air flétri. L’absence de feuilles était certes étrange, mais les six fruits écarlates, gros comme des poings, suspendus à ses branches attiraient davantage le regard.
En les examinant de près, il comprit vite qu’ils étaient plus particuliers qu’il ne l’avait cru. Ils ne contenaient pas seulement une énergie spirituelle dense : ils émettaient aussi des fluctuations de motifs du dharma.
Autrement dit, c’était une plante spirituelle de grade intermédiaire.
Impossible que ce soit une plante spirituelle de grade supérieur.
À partir du grade supérieur, même les cultivateurs du Stade de la Formation du noyau considéraient ces plantes comme des trésors précieux. Aussi riche en énergie spirituelle que fût cet endroit, il était impensable que d’aussi faibles monstres singes puissent s’y installer.
Qu’ils aient même pu s’emparer d’une plante spirituelle de grade intermédiaire est déjà assez surprenant.
En dehors d’un environnement comme celui-ci, cela aurait été impossible.
Heureusement, Han Yujin avait assisté aux cours d’alchimie de l’étoile de Tianyuan et connaissait donc un sort simple qui permettait de récolter ce genre de plantes spirituelles sans les abîmer.
Après les avoir brièvement testés avec plusieurs motifs du dharma alchimiques et s’être assuré qu’ils ne nécessitaient aucune précaution particulière, il se mit à les récolter.
Une faible lueur dorée s’échappa de sa main. Elle enveloppa délicatement un fruit écarlate, bloquant son énergie spirituelle et les fluctuations de ses motifs du dharma. Le fruit se détacha alors dans un doux plop.
Han Yujin le rattrapa sans effort et le renifla. Il ressemblait un peu à un fruit du dragon, mais son parfum lui rappela les prunes vertes.
Si c’étaient des pêches, elles conviendraient parfaitement aux singes.
Sur cette pensée inutile, il récolta les autres fruits de la même manière et les rangea dans sa Poche de rangement. Tant qu’il renouvelait le sort environ tous les quinze jours, leur puissance médicinale ne risquait pas de s’affaiblir.
Il faudra qu’un jour je récolte plein de boîtes de jade.
Il n’aurait alors plus besoin de renouveler régulièrement le sort.
Il lui faudrait aussi des récipients s’il trouvait des ingrédients spirituels sans forme fixe, comme du miel.
À cette pensée,
l’arbre noir, dépouillé de tous ses fruits, se mit visiblement à se ratatiner. Han Yujin l’observa attentivement, puis hocha la tête.
Au moins, il ne semblait pas mourir.
Il aurait été étrange qu’un arbre meure simplement parce qu’on avait cueilli ses fruits. À son avis, cet aspect-là était son état naturel ; la fois précédente, il avait dû gonfler pour nourrir les fruits.
Il ignorait quand l’arbre donnerait de nouveaux fruits. Il devrait donc revenir à intervalles réguliers pour vérifier.
La récolte terminée, il ne lui restait plus qu’à surveiller les cadavres des monstres singes et à attendre les Lapins-Belettes.
Impatient, mais un peu nerveux, Han Yujin quitta la clairière.
* * *
Sur le chemin du retour, Han Yujin tenta de lancer l’Art de l’Évasion terrestre au lieu de l’Art du Vent et des Nuages. Sur Terre, il n’avait ni endroit approprié ni assez de temps pour s’y exercer, mais ce n’était pas le cas ici. Ses futurs progrès en cultivation passeraient naturellement aussi par la pratique des sorts.
La silhouette de Han Yujin, qui filait à toute vitesse, disparut soudain comme si elle s’enfonçait dans le sol. Une lueur pâle traversa la surface à une vitesse fulgurante. Puis Han Yujin surgit brusquement ailleurs et s’arrêta précipitamment.
« Euh… »
Il avait failli percuter un tronc de la manière la plus ridicule qui soit, comme lors de ses premiers essais de l’Art du Vent et des Nuages.
En bref, la technique était difficile à maîtriser. Elle coûtait aussi énormément d’énergie spirituelle. Il avait l’impression que trois ou quatre utilisations de plus suffiraient à l’épuiser complètement. Si c’était déjà le cas dans un environnement aussi favorable que cette forêt primitive, il serait peut-être à bout de forces après seulement deux ou trois utilisations sur Terre.
Je devrai atteindre le Stade de l’Âme du Dharma avant de pouvoir m’y exercer correctement.
La technique n’en était pas moins excellente. Même cette tentative maladroite lui avait permis d’en mesurer la puissance.
L’Art de l’Évasion terrestre n’était pas réputé pour sa vitesse, mais il lui avait paru incroyablement rapide. La sensation de s’enfoncer dans la terre était mystérieuse, comme s’il était devenu un esprit sans corps.
Pas étonnant que ça consomme autant d’énergie spirituelle.
Il pouvait se déplacer sous terre. Il aurait été absurde qu’une telle technique exige peu d’énergie spirituelle. Et même si un sort pareil existait, il aurait sûrement un autre point faible.
Un peu plus tard.
Quand Han Yujin arriva à l’endroit où il avait massacré les monstres singes, il envisagea de s’allonger parmi eux comme la fois précédente. Puis, jugeant que ce n’était pas nécessaire, il se cacha dans un arbre voisin et attendit l’aube.
En attendant, il réfléchit à la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles.
Malgré ses nombreux avantages, la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles était considérée comme un sort présentant de sérieux inconvénients.
Il y en avait deux, en particulier. D’abord, l’espérance de vie d’une bête spirituelle liée à son maître se synchronisait avec celle de ce dernier. Ensuite, elle ne pouvait progresser qu’à un stade de moins que le royaume de son maître.
En quoi était-ce un désavantage ?
Quand les cultivateurs adoptaient des bêtes spirituelles, ils apprivoisaient généralement de puissants monstres yao, dont l’espérance de vie était extrêmement longue.
Un monstre yao qui avait déjà vécu plusieurs siècles pouvait être transmis à des proches ou à des connaissances après la mort de son maître, à condition d’avoir été correctement apprivoisé. Avec le temps, il deviendrait plus fort et sa durée de vie augmenterait, le rendant toujours plus redoutable.
Naturellement, la Formule d’entraînement des bêtes spirituelles n’offrait pas cet avantage.
Le deuxième inconvénient la rendait également peu commode. Si elle ne pouvait rester qu’en dessous du royaume de son maître, on ne pouvait pas compter sur son aide dans les moments importants, comme au combat. Aucun autre avantage ne pouvait alors la rendre pleinement séduisante.
Mais ça ne me concerne pas.
Il ne cherchait pas à adopter une bête spirituelle pour bénéficier de ce genre d’aide.
S’il essayait plutôt d’en adopter une plus puissante pour obtenir son aide, l’élever ne serait pas du tout facile. Rien au monde n’est dépourvu d’inconvénients.
La Formule d’entraînement des bêtes spirituelles était facile à apprendre et à lancer. Elle rendait extrêmement aisées la perception et la maîtrise d’une bête spirituelle liée.
Elle permettait également au maître de transmettre facilement plusieurs sorts appris grâce à une communication spirituelle. Pour une créature comme le Lapin-Belette, dont l’espérance de vie naturelle ne devait pas être particulièrement longue, voir sa durée de vie se synchroniser avec celle de son maître était plutôt un avantage.
De plus, en échange de son incapacité à dépasser un stade de moins que le royaume de son maître, elle ne nécessitait presque aucune ressource pour atteindre cette limite.
En somme, ce n’était pas pour rien que son nom contenait l’expression « destin partagé ». Si l’on ne comptait pas utiliser une bête spirituelle pour quoi que ce soit d’important, il n’existait pas de meilleur art d’apprivoisement.
Allez, montre-toi enfin.
À cette pensée, l’aube se leva. Les Lapins-Belettes qu’il attendait apparurent enfin.
Ils scrutèrent les alentours avec prudence, sans toutefois repérer Han Yujin, dissimulé dans l’arbre par l’Art de Dissimulation poussé à son maximum. Apparemment rassurés, ils se mirent à grignoter les cadavres des monstres singes.
Lorsque deux d’entre eux commencèrent à manger, deux autres ne tardèrent pas à les rejoindre.
Pourtant, Han Yujin n’avait pas du tout l’air réjoui.
Pourquoi elle ne vient pas… ?
Celle qu’il attendait était introuvable. Ils se ressemblaient tous, mais il avait passé trois ou quatre mois avec elle. Même avec l’Art de la Vision spirituelle activé, il ne pouvait pas ne pas la reconnaître.
Le fameux effet papillon se manifeste maintenant ?
Pourquoi n’apparaissait-elle pas ? Quelle pouvait bien en être la raison ?
Le cœur en tumulte, il resta un moment assis, l’air absent.
« Ah. »
Le son lui échappa avant même qu’il s’en rende compte.
Il sut à l’instant où elle apparut. C’était bien elle.
Son humeur s’éclaircit d’un coup, comme si son esprit n’avait jamais été en désordre et son cœur jamais aussi lourd. Puis une autre pensée lui traversa soudain l’esprit et lui serra de nouveau le cœur.
Sans faire de bruit, il sauta de l’arbre. Il relâcha l’Art de Dissimulation à quelque distance, puis attendit.
Peu après, plusieurs Lapins-Belettes, absorbés par leur repas, le remarquèrent. Ils tressaillirent de surprise, mais ne s’enfuirent pas tout de suite.
Celle que Han Yujin surveillait était parmi eux.
J’aurais dû me coucher au milieu des cadavres.
Il regretta trop tard son choix et ne sut plus quoi faire. Devait-il l’attirer aussitôt à lui avec l’Art de Manipulation des objets, ou l’amener à réduire elle-même la distance, comme la fois précédente ?
J’ai toujours été aussi stupide ?
Alors qu’il était sur le point de s’embrouiller pour une chose aussi insignifiante, une idée lui vint. Il sortit la Gourde de liquide spirituel, ôta son bouchon et laissa tomber quelques gouttes sur le sol.
Le parfum discret, mais distinct, du vin de liquide spirituel se répandit dans l’air. Une bête dotée d’un odorat développé devrait le sentir encore plus nettement.
Mais après l’avoir fait, il se demanda si ce n’était pas encore une mauvaise idée.
Elle ne va quand même pas accourir juste pour ça…
Et si une autre créature, intriguée, s’approchait la première ? Devrait-il la chasser ? Qu’est-ce qu’il fabriquait, à s’agiter autant pour apprivoiser une bête ?
Il se noyait dans des sentiments si subtils qu’il ne parvenait pas lui-même à les distinguer, au point d’en éprouver du dégoût.
Alors, celle qu’il observait fut la première à s’approcher avec prudence, et Han Yujin sentit aussitôt son humeur remonter.
« Voilà ! »
Son exclamation spontanée effraya plusieurs Lapins-Belettes. Même celle qui venait de manifester sa curiosité tressaillit et se figea, faisant se figer Han Yujin à son tour.
« Putain… »
Il ne supportait vraiment plus son propre comportement pitoyable.
« Allez, viens ici, espèce de petite teigne. »
Grâce à l’Art de Manipulation des objets, il l’immobilisa aussitôt et l’attira à lui. Tandis qu’elle se débattait, affolée, il la déposa juste devant lui, puis fit tomber une dizaine de gouttes supplémentaires de vin de liquide spirituel.
« Bois si tu veux, ou ne bois pas. Si tu en bois, on reste ensemble toute la vie. Si tu t’enfuis sans y goûter, c’est terminé. »
Il le lui dit ainsi, mais songea qu’il devait lui faire comprendre qu’il ne lui ferait pas de mal. Han Yujin s’accroupit devant elle et lui caressa la tête.
Il la regarda remuer le nez et faire rouler ses yeux noirs. Lorsqu’il jugea que cela suffisait probablement, il relâcha complètement l’Art de Manipulation des objets.
Un moment passa.
Même après avoir senti que la force qui la retenait avait disparu, elle ne s’enfuit pas. Peut-être ne comprenait-elle pas la situation, ou peut-être était-elle simplement trop effrayée pour bouger sans réfléchir. Elle resta immobile.
« C’est comme ça que tu t’es fait attraper et bouffer par ce lézard de merde ? T’es rapide quand ça ne compte pas, et lente quand ça compte. »
En marmonnant, Han Yujin attira une feuille avec l’Art de Manipulation des objets et y versa du vin de liquide spirituel. Il lui fabriqua même un bol.
« Si tu ne le bois toujours pas, alors franchement… »
À cet instant précis,
croyant sans doute que Han Yujin ne faisait pas attention à elle, elle détala soudain.
Han Yujin la regarda disparaître silencieusement dans les herbes, puis ferma les yeux.
« Putain de petite saloperie… »
On aurait dit qu’il s’y était mal pris.
Il aurait dû agir exactement comme à l’époque. Comment pouvait-on se rapprocher d’un animal sauvage méfiant de cette façon ?
Mais…
Ce n’est pas comme si j’avais fait ça parce que je suis stupide.
Han Yujin le savait, au moins.
Je voulais sentir que c’était bien la même.
Si elle avait aimé le vin de liquide spirituel avec une telle obsession, il se demandait s’il aurait pu s’approcher d’elle de cette manière. Il s’était dit que tout irait bien tant qu’elle ne s’enfuyait pas.
D’un point de vue philosophique, beaucoup s’interrogeaient sur la possibilité de considérer comme le même être un animal de compagnie perdu, si l’on retournait dans le passé pour y rencontrer une version identique.
Et nombre d’entre eux finissaient par conclure qu’il s’agissait d’un être différent. Puisqu’ils ne partageaient pas les mêmes souvenirs, la continuité psychologique et affective propre à cette époque ne pouvait être rétablie.
Mais Han Yujin voyait les choses autrement.
Et s’il ne s’agissait pas d’un animal de compagnie, mais d’un ennemi avec lequel il ne pourrait jamais vivre sous le même ciel ?
S’il retournait dans le passé et trouvait cet ennemi avant qu’il ait commis le moindre crime, pourrait-il simplement le considérer comme une autre personne et le laisser partir ? Pourrait-il le faire en se disant qu’à cette époque, ils n’avaient aucun lien et qu’il était tout à fait possible que, si l’avenir changeait ne serait-ce qu’un peu, cet individu ne devienne jamais son ennemi ?
Je ne crois pas.
Il avait donc essayé d’appliquer le même raisonnement au Lapin-Belette.
S’il ne pouvait pas considérer comme un être différent un ennemi qui ne lui avait pas encore fait de tort dans le passé, alors il devait naturellement appliquer la même règle au Lapin-Belette.
Ils ne partageaient pas les mêmes souvenirs ; leur continuité psychologique et affective pouvait donc être différente. Mais ils avaient toujours le même corps et la même âme, non ?
C’est ce que je pensais, mais…
Il semblait que la raison et les sentiments ne s’accordaient pas toujours.
La voir s’enfuir sans reconnaître le vin de liquide spirituel qu’elle avait tant aimé lui donna, contre toute attente, l’impression presque douloureuse d’avoir reçu un coup de couteau.
Qu’est-ce que j’en ai à foutre, de cette foutue bête ?
Ironiquement, ce sentiment était plus difficile à supporter que lorsqu’elle était morte.
Il resta donc longtemps assis là, l’esprit vide, sans rien faire.
On dit que rien ne se passe jamais comme on le voudrait.
Il envisagea de rentrer et de reproduire à la perfection ce qu’il avait fait à l’époque, mais même s’il le faisait, cela n’effacerait certainement pas ce qu’il ressentait.
Ouais… Au moins, j’ai bien fait de me venger à l’époque.
Il pensa cela et poussa un soupir.
« … »
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il la vit cachée dans les herbes, en train de le regarder. Il n’avait aucune idée du moment où elle était revenue en douce.
Cette petite garce, franchement…
Han Yujin se sentit à la fois vaguement heureux et irrité.
Il y avait des limites à la façon dont on pouvait jouer avec les sentiments de quelqu’un. Pourquoi réapparaître juste au moment où il se laissait gagner par l’émotion, commençait à renoncer et s’apprêtait à en finir ?
« Tu te fiches de moi ? »
Han Yujin gronda délibérément. Le Lapin-Belette tressaillit, mais ne s’enfuit pas. Elle remua simplement le nez et l’observa avec prudence.
Cette scène lui était extrêmement familière. Avant qu’elle ne se rapproche de lui, elle avait toujours tâtonné de cette façon.
Un rire sans joie lui échappa devant cette absurdité.
Ensuite, Han Yujin ne réagit plus et resta simplement assis.
Le temps passa tandis qu’ils continuaient de se regarder.
Alors que l’aube grise faisait place au plein jour, le Lapin-Belette finit par s’approcher à pas furtifs et tenta de lécher le vin de liquide spirituel dans le bol de fortune que Han Yujin avait fabriqué avec une feuille. La voir bondir aussitôt en arrière avant même d’y goûter, comme si elle s’attendait à ce qu’un piège se déclenche, était amusant.
« Quel numéro. »
Sa voix l’effraya de nouveau, mais cette fois, elle ne s’enfuit pas. Elle avait manifestement peur, mais le parfum du vin de liquide spirituel était apparemment trop tentant pour qu’elle y renonce.
Comme lorsqu’elle avait déboulé, l’air glouton, à l’époque.
« Ha… »
Un autre rire sans joie lui échappa. Pendant ce temps, le Lapin-Belette finit par lécher le vin de liquide spirituel pour de bon, avant de bondir de nouveau en arrière.
Son nez remuant s’immobilisa aussitôt. Se léchant les babines, elle regarda tour à tour Han Yujin et le bol de feuilles.
« Je te l’ai dit tout à l’heure. Si tu en bois, on reste ensemble toute la vie. »
D’un ton calme, Han Yujin rajouta du vin de liquide spirituel dans le bol de feuilles. Le Lapin-Belette se remit à remuer le nez et ne parvenait presque plus à en détacher les yeux.
« Tu t’appelles Muyong. Parce que tu ne sers à rien. »
Ce nom n’était pas trop gênant à prononcer, et il l’aimait beaucoup.
Bien sûr, cela ne voulait pas seulement dire qu’il ne servait à rien. Cela signifiait aussi que ce n’était pas grave s’il ne servait à rien, et qu’il devait au moins avoir assez de bravoure martiale pour ne pas mourir aussi bêtement que la fois précédente.
C’était trop embarrassant, alors il n’avait pas l’intention de le dire à voix haute.
Notes de bas de page :
Muyong joue sur des sonorités coréennes proches : l’une signifie « inutile », tandis que 무용 (武勇) signifie « bravoure martiale ».
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