Chapitre 60
Le blindé médical avait déjà quitté plusieurs rues du périmètre lorsque la première secousse remonta par le plancher, assez forte pour faire glisser une boîte de pansements jusqu’au pied de Thalia, qui la bloqua avant qu’elle n’aille heurter la civière fixée contre la paroi ; dehors, la pluie battait la coque sombre du véhicule, mais à l’intérieur personne ne parlait assez fort pour couvrir le roulement sourd qui continuait derrière eux.
Ornella gardait une bande de refroidissement serrée autour des côtes pendant qu’un médecin réglait la pression depuis la surface médicale intégrée à son poignet, et chaque virage lui imposait de reprendre sa respiration avant que la douleur ne descende.
Sira avait retiré une chaussure pour laisser examiner sa cheville.
Issa occupait la banquette arrière, ses lunettes encore de travers, avec la projection tactique de la Commission ouverte au-dessus de son relais.
Les rues évacuées apparaissaient sous forme de volumes pâles, recouvertes par les relevés de chaleur, les signatures de Spirit et les données structurelles que les balises locales continuaient de transmettre malgré les coupures autour du Bâtiment 4.
Au centre, la signature d’Arama grossissait.
À sa base, une seconde activité diminuait.
Issa rapprocha les deux courbes jusqu’à les faire presque se chevaucher, puis revint plusieurs minutes en arrière pour vérifier les mêmes variations au moment où Anna avait réussi à bloquer sa main.
« La partie de sa grille qui réagit quand Anna lui reprend un mouvement perd encore de l’activité à mesure que l’arme monte en charge, et c’était déjà le cas quand il reconfigurait son corps dans le laboratoire. »
Ornella tourna légèrement le poignet pour empêcher la bande de glisser sous ses côtes.
« Tu sais ce qu’elle alimente, cette partie-là ? »
« Non, et si je commence à prétendre le contraire, vous pouvez me retirer le relais ; je sais juste que les deux courbes bougent ensemble et que chaque montée de puissance lui coûte quelque chose autour du sternum. »
Une nouvelle secousse traversa le blindé, plus longue cette fois, et les attaches de la civière vibrèrent contre la paroi.
Ornella observa les lignes superposées avant de reprendre.
« Donc tu vas envoyer à Vane une corrélation et lui demander d’en faire un plan pendant qu’un Rouge charge son arme principale. »
Issa ouvrit le canal de Thiago.
« Je vais surtout lui dire qu’Arama croit encore avoir toute sa réserve, alors que sa propre grille est en train de choisir à sa place ce qu’elle peut garder allumé. Après, Vane décidera ce qu’il en fait. »
Le message partit.
Sur l’avenue évacuée, la structure noire derrière Arama avait continué de se développer jusqu’à dépasser la largeur de son torse, avec un conduit central entouré de plaques emboîtées qui pulsaient à chaque transfert de Spirit ; les quatre appendices restaient déployés autour du canon comme des articulations de soutien, capables de quitter leur position dès que l’un des combattants tentait de profiter de la charge.
La pluie s’évaporait avant d’atteindre le métal.
Thiago reçut le message d’Issa sous la forme d’une ligne lumineuse au-dessus de son relais, mais il n’eut pas le temps de le relire.
Arama était déjà devant lui.
L’un des appendices verrouilla deux chaînes contre l’asphalte, tandis qu’un second repoussa la Cape de Ténèbres de Kei hors de son axe ; dans le même mouvement, le bras humain droit d’Arama partit vers la poitrine de Thiago avec une vitesse qui fit disparaître la pluie autour de son poing.
L’ambre entra dans les os du Capitaine.
« Maillage Interne. »
Trois chaînes se croisèrent devant lui.
Le coup passa au travers.
Thiago traversa la chaussée, éventra la façade d’un immeuble vide et disparut sous plusieurs étages de bureaux dont les planchers s’effondrèrent les uns sur les autres, entraînant avec eux du verre, des cloisons et plusieurs tonnes de béton dans un nuage qui se mélangea aussitôt à la vapeur de l’avenue.
Kaïs fit un pas vers les décombres.
Une chaîne d’ambre sortit de la poussière et s’enroula autour d’un bloc avant de le rejeter sur le côté.
« Bon, il est vivant », dit Kaïs en gardant son bras droit contre le torse, « parce que j’avais vraiment pas envie de vérifier ça de plus près. »
Kei recula hors d’une plaque d’ombre que l’un des appendices venait de labourer.
« Moi non plus, surtout si le prochain contrôle médical consiste à prendre le même coup. »
Les ruines bougèrent de nouveau.
Thiago ressortit entre deux pans de façade, le manteau déchiré et une ligne de sang descendant depuis sa tempe, puis il posa les deux mains contre la chaussée sans chercher à répondre à Arama.
Ses chaînes plongèrent dans le goudron.
Elles descendirent sous les conduites, traversèrent les premières fondations et continuèrent à se répartir sous l’avenue jusqu’à ce que l’ambre disparaisse complètement de la surface.
Arama inclina légèrement la tête.
« Tu viens de consacrer une partie considérable de ton Spirit au sol alors que mon arme est au-dessus de toi, et j’espérais encore que la Commission produirait quelque chose de plus intéressant que de la survie. »
Thiago garda les mains contre l’asphalte le temps qu’une autre chaîne atteigne son point d’ancrage.
« La survie des gens qui viennent de quitter ces rues me suffit largement pour aujourd’hui. »
À quelques mètres, Kei avait déjà compris que l’ambre ne reviendrait pas immédiatement.
Dina aussi.
« Il prépare quelque chose sous nous », dit-elle en laissant seulement une mince flamme azur courir autour de ses doigts, « alors on lui garde les yeux ailleurs jusqu’à ce qu’il ait fini. »
Kei laissa sa Cape s’étendre au pied d’un bâtiment effondré.
« Vu ce qu’il vient de faire à Vane, j’aurais préféré une partie du plan où on reste loin, mais on fera sans. »
Arama ne leur accorda pas davantage.
Le canon continuait de charger.
Kaïs partit par la gauche, en utilisant une petite détonation sous sa chaussure pour gagner de la vitesse sans solliciter son bras droit, pendant que Goman étalait sa pression au-dessus de la rue afin de gêner l’orientation des appendices sans chercher à écraser le corps hybride.
Soura récupéra l’eau qui descendait le long des trottoirs.
Il en avait trop peu pour refaire ce qu’il avait tenté sous terre, alors il la garda proche du sol et attendit seulement qu’un appui d’Arama devienne accessible.
Dina resta la plus loin.
Arama avait cessé de lui offrir une trajectoire directe.
L’un des appendices la suivait à chaque déplacement.
Kaïs frappa le premier.
Son fluide explosa contre l’épaule gauche d’Arama, ouvrit la peau jusqu’au réseau violet et arracha deux plaques noires qui partirent dans la rue.
La plaie se referma avant qu’il puisse revenir.
Arama ne regarda même pas son épaule.
L’appendice inférieur le trouva en plein recul et le força à détoner sous sa propre trajectoire pour éviter d’être envoyé contre une façade.
Goman augmenta la pression au même moment.
Deux appendices furent rabattus vers le sol.
Arama planta les deux autres dans la chaussée, répartit sa masse entre quatre appuis et continua d’alimenter le canon sans céder davantage.
Soura lança alors l’eau autour d’une articulation.
La chaleur apparut exactement sur cette zone.
Le liquide se transforma en vapeur.
« Il connaît vraiment toutes nos mauvaises habitudes maintenant », dit Soura en rappelant la condensation avant de perdre ce qu’il avait réussi à rassembler.
Kaïs retrouva son appui près de lui.
« Ça fait un moment qu’il nous regarde les refaire aussi. »
La remarque resta entre eux, parce que Dina venait d’entrer dans l’angle.
Sa flamme azur partit vers l’une des lignes qui alimentaient le canon.
Arama interrompit immédiatement une attaque destinée à Kei.
Un appendice arracha une plaque d’asphalte et la lança devant le feu, tandis que son corps se déplaçait hors de la trajectoire avant que Dina puisse traverser l’obstacle.
Kei sortit de l’ombre laissée libre.
Thiago rappela une seule chaîne depuis le sol.
Goman referma sa pression.
Pendant une seconde, Arama dut corriger trois directions à la fois.
La grille violette accéléra.
Sa main gauche se ferma contre sa volonté.
Arrête.
Le mouvement resta bloqué assez longtemps pour que Dina comprenne.
« Anna, continue comme ça, même une seconde à la fois. »
Arama força les doigts à se rouvrir.
La lumière sous son sternum diminua encore.
Son canon, lui, devint plus blanc.
Dans le blindé médical, la projection d’Issa changea d’échelle d’elle-même lorsque les balises géologiques locales commencèrent à transmettre.
La courbe du canon monta.
Celle du sternum descendit.
Issa ouvrit le canal de Thiago une seconde fois.
« Vane, ça continue : plus l’arme monte, plus la zone qui réagit à Anna s’éteint, et je peux toujours pas te dire ce qu’elle maintient exactement. »
Le véhicule prit un virage assez sec pour faire glisser la chaussure de Sira sous la banquette.
Ornella la récupéra du pied sans quitter la projection.
« Dis-lui aussi que si ton hypothèse est mauvaise, on le saura probablement depuis l’hôpital. »
Issa transmit quand même.
« Je sais seulement qu’il prend dans la même réserve à chaque montée de charge, et qu’il n’a encore jamais poussé aussi loin. »
Sur l’avenue, le relais de Thiago vibra contre son poignet.
Il lut.
Puis ses chaînes cessèrent définitivement de remonter vers Arama.
Tout l’ambre disponible plongea sous terre.
Kei aperçut le changement.
« Tu vas vraiment le laisser tirer ? »
Sous leurs pieds, une première ligne d’ambre venait de rejoindre une fondation à plusieurs dizaines de mètres.
Thiago enfonça les avant-bras dans le goudron ramolli afin d’allonger encore le réseau.
« Je n’ai rien qui puisse arrêter ce canon de face, alors si Kaneshiro a raison, notre meilleure chance est de choisir ce qu’on protège quand il partira. »
Dina comprit avant Kei.
« Et si Issa se trompe ? »
Thiago fit passer une dernière chaîne sous l’avenue.
« Alors vous restez derrière mes points d’ancrage et vous ne cherchez surtout pas à rivaliser avec le tir. »
Arama les entendit.
Le conduit dorsal s’ouvrit davantage.
« Vous avez finalement compris l’écart entre nous, et votre conclusion consiste encore à limiter les dégâts au lieu de m’empêcher d’agir. »
Thiago ne retira pas ses bras du sol.
« Si tu veux appeler ça une victoire avant d’avoir tiré, fais-toi plaisir. »
La phrase fit bouger quelque chose sur le visage gris.
Les quatre appendices se déployèrent autour du canon et verrouillèrent leur position dans l’air comme des stabilisateurs, tandis que les deux bras humains d’Arama revenaient le long de son corps.
La grille violette changea.
Les lignes des épaules faiblirent.
Celles du ventre suivirent.
Même la régénération autour de la jointure purifiée par Dina ralentit.
Sous le sternum, la lumière qui revenait chaque fois qu’Anna reprenait un mouvement diminua jusqu’à devenir presque invisible.
Arama continua.
« Cent pour cent. »
Le canon fit feu.
La lumière ne produisit aucune explosion sphérique.
Elle entra dans la chaussée.
Le point d’impact disparut sous une colonne blanche assez dense pour effacer les ombres autour d’elle, puis le sol répondit depuis beaucoup plus bas : la première strate rocheuse céda sous l’avenue, la suivante se rompit quelques instants après, et une vibration plus profonde partit sous la ville avec une fréquence que les oreilles ne percevaient pas encore mais que les systèmes de stabilisation enregistrèrent aussitôt.
À trois kilomètres, les lignes de sécurité intégrées aux fondations d’un secteur résidentiel s’allumèrent.
Plus loin, plusieurs dispositifs de compensation se déclenchèrent presque ensemble.
Des relais géologiques situés au-delà de la métropole reçurent la même anomalie quelques secondes après.
Sur l’avenue, le bitume se souleva en longues bandes.
Les bâtiments évacués de part et d’autre perdirent leurs façades, puis plusieurs structures basculèrent lorsque leurs fondations furent prises par la rupture qui progressait sous elles.
La première onde atteignit le réseau de Thiago.
L’ambre s’alluma sous toute la rue.
« Ancrage Spatial Total. »
Le Spirit de Thiago ne rencontra jamais le rayon.
Ses chaînes fixèrent des limites autour de la propagation, imposant des points de géométrie stables là où les strates cherchaient à se déplacer les unes contre les autres.
Le premier ancrage céda du côté ouest.
Thiago fut tiré jusqu’aux épaules contre le sol.
Un second éclata sous une intersection déjà évacuée.
La fracture changea d’axe et plongea plus profondément au lieu de poursuivre sa course vers les avenues habitées.
Un troisième point disparut.
L’ambre remonta jusque sous la peau de Thiago en lignes brûlantes.
Tiens.
Au-dessus de lui, Goman avait étendu sa pression en couche large pour rabattre les débris qui traversaient la rue, sans jamais chercher à toucher le cœur du tir.
Soura maintenait l’eau de pluie autour de leurs jambes et contre les zones du sol qui devenaient assez chaudes pour brûler à travers leurs chaussures.
Kei avait étalé son ombre derrière Dina et Kaïs afin de leur offrir une zone où les projections perdaient une partie de leur vitesse.
Dina gardait son feu éteint.
Il n’y avait rien à purifier dans cette lumière.
La seconde onde tectonique atteignit les ancrages.
Deux chaînes cassèrent sous la chaussée.
Thiago en remplaça une en utilisant ce qui lui restait.
Encore.
L’avenue s’ouvrit sur plusieurs dizaines de mètres, et le cratère du Bâtiment 4 rejoignit une nouvelle fracture qui courait sous la zone industrielle.
Le rayon continua.
Puis la lumière diminua.
Lorsque le canon s’éteignit enfin, la pluie mit plusieurs secondes à recommencer à atteindre le sol sans disparaître en vapeur.
Arama resta au-dessus de l’avenue détruite.
Le conduit dorsal fumait.
Les quatre appendices ne tenaient plus exactement leur position.
Il voulut abaisser son bras droit.
Rien ne suivit.
Ses doigts restèrent ouverts.
Arama renvoya l’ordre.
Sa jambe gauche céda avant la droite, et son corps retomba sur le goudron brûlé avec un genou en premier, tandis que le canon se fissurait derrière lui sous sa propre chaleur.
La lumière du sternum clignota deux fois.
Elle s’éteignit.
« Qu’est-ce que vous avez fait ? »
Thiago arracha ses avant-bras au goudron, emportant avec eux plusieurs fils d’ambre fendus, puis resta courbé assez longtemps pour retrouver une respiration qui ne lui déchirait pas les côtes.
« Rien à ton corps, parce qu’on n’avait pas les moyens de te battre comme ça ; on t’a seulement laissé choisir où tu envoyais ta réserve. »
Arama essaya de refermer sa main gauche.
Les doigts bougèrent dans le mauvais ordre.
« Vous vouliez que je tire. »
Une partie du réseau souterrain de Thiago s’éteignit derrière lui tandis qu’il se redressait.
« Kaneshiro avait vu que la zone qui réagissait chaque fois qu’Anna te reprenait un mouvement perdait de l’activité quand tu augmentais ton arme, et il ne savait pas ce qu’elle faisait, alors on n’avait pas de certitude ; on savait seulement que ton cent pour cent devait venir de quelque part. »
La grille sous la gorge d’Arama tenta de se rallumer.
Une seule ligne répondit.
Thiago continua.
« Tu as pris dans la partie de ton système qui n’alimentait pas directement le canon, et maintenant il n’en reste plus assez pour maintenir ce qu’elle contenait. »
Arama comprit avant que sa main se lève.
Ce n’était pas lui qui la commandait.
La main gauche monta jusqu’à son visage, passa devant ses yeux, puis se posa contre son sternum.
« Anna. »
La réponse utilisa la même bouche avec une voix plus claire.
« Là, tu m’entends mieux. »
Dina laissa sa flamme revenir autour de ses doigts sans avancer trop vite.
« Anna, je suis là. »
Le visage gris tourna par à-coups vers elle.
« Je sais, et j’ai besoin que tu écoutes bien parce qu’il essaie déjà de reprendre les nerfs. »
Arama força son bras droit à bouger.
Il gagna quelques centimètres.
« Lâche mon corps, Anna, parce que si tu casses encore le réseau maintenant, tu vas nous emporter tous les deux avec lui. »
Sa main gauche s’enfonça sous la fente du sternum.
Anna reprit la voix.
« Je sais, et c’est la première chose que tu aurais dû me laisser choisir avec toi. »
Les doigts trouvèrent une matière noire sous la peau.
Arama plia le dos.
Les quatre appendices se contractèrent ensemble, puis deux retombèrent immédiatement contre la chaussée.
« Tu crois que je peux encore nous séparer après ce qu’ils viennent de faire au système ? »
Anna tira.
Une première ligne noire sortit du torse avec du sang sombre et une lumière violette irrégulière.
« Je crois surtout que tu continues à chercher une raison de décider seul. »
La matière résista.
Anna enfonça l’autre main.
Là.
Elle trouva le faisceau qui reliait encore la grille à la circulation hybride et l’arracha assez pour que plusieurs conduits apparaissent sous la peau.
« Je ne te laisserai plus te servir de mon corps pour toucher quelqu’un, alors coupez le réseau autour de nous ; suivez seulement les lignes noires, et ne brûlez pas ce qui reste du corps. »
Dina rapprocha son feu jusqu’à ce qu’il prenne la forme d’un fil étroit.
« Je peux suivre les conduits, mais si ta voix disparaît au milieu, je saurai pas si je touche encore le bon endroit. »
La pluie recommençait à refroidir la chaussée autour d’eux.
Anna tira une seconde fois sur le faisceau.
« Tu continues quand même sur les lignes noires, parce que si je disparais, c’est justement qu’il aura repris assez de contrôle pour essayer de les refermer. »
Thiago ne donna aucun ordre.
Kaïs comprit le premier et lança son fluide uniquement dans une plaque noire ouverte près de l’épaule, où la détonation sépara le conduit de la chair sans chercher à traverser le torse.
Goman comprima les deux lignes qui remontaient vers le dos.
Soura ramena l’eau de pluie autour d’une jambe pour l’empêcher de se replier assez longtemps.
Kei fixa dans son ombre l’appendice qui essayait encore de protéger le sternum.
Dina avança.
Le feu azur suivit la première ligne noire.
La matière blanchit.
Le conduit se désagrégea.
Arama cria avec deux voix superposées.
La reconfiguration partit dans plusieurs directions à la fois, incapable de choisir quelle forme maintenir ; une plaque grise poussa sur l’épaule tandis que la peau du ventre se défaisait, et le canon dorsal se sépara en deux blocs qui tombèrent de chaque côté du corps.
Le deuxième conduit céda sous la pression de Goman.
Le troisième disparut dans l’explosion interne de Kaïs.
Dina suivit le dernier jusqu’au sternum.
Sa flamme s’arrêta avant la chair.
La ligne noire mourut.
Les quatre appendices retombèrent.
La grille violette disparut.
Le corps hybride bascula sur le côté, roula une fois sur la chaussée humide et resta plusieurs secondes sans mouvement pendant que la pluie effaçait la vapeur autour de lui.
Dina conserva la flamme au bout de ses doigts.
Une main grise remua.
Arama prit appui sur le coude.
Sa respiration sortit avec la voix d’Anna mêlée quelque part dessous.
La fissure de son sternum s’était encore élargie, et deux tensions différentes parcouraient désormais la même chair sans parvenir à la maintenir dans une seule forme.
Il posa les doigts sur le goudron.
Puis il se traîna en avant.
Dina le suivit.
Soura arriva à sa hauteur sans rien dire, avec seulement une mince bande d’eau qui courait encore autour de ses chaussures.
Arama gagna quelques centimètres sur la route refroidie par la pluie.
Derrière lui, la fissure de son sternum s’ouvrit davantage.