Chapitre 21
Chapitre 21 - Un front après l'autre
Dans les niveaux intermédiaires de la ruche, loin du vacarme extérieur provoqué par Jack et des profondeurs où Stark affrontait désormais un garde d’élite, Tely menait son propre combat dans un dédale de galeries suspendues, de passerelles organiques et de chambres alvéolaires vibrantes. Le lieu lui était défavorable. Les couloirs étaient étroits par endroits, immenses à d’autres, et surtout remplis de surfaces irrégulières permettant à son adversaire d’utiliser chaque angle, chaque mur et chaque plafond comme point d’appui. Là où un terrain ouvert aurait favorisé la magie à distance, la ruche transformait l’espace en terrain de chasse. Face à elle, l’abeille d’élite tournoyait sans cesse. Ses ailes vibraient à une fréquence si élevée que son déplacement produisait plusieurs images résiduelles trompeuses. Par moments, elle semblait apparaître à trois endroits différents avant de n’en choisir qu’un seul à la dernière seconde. Tely gardait son bâton devant elle, respiration lente, regard fixe. La moindre erreur serait fatal. L’abeille sourit. « Je vais commencer par ton visage. Une peau aussi pure mérite d’être ouverte délicatement. » Elle disparut. Tely frappa immédiatement le sol de l’extrémité de son bâton. Un cercle magique bleu s’ouvrit sous ses pieds et six miroirs de glace jaillirent autour d’elle en demi-cercle. L’instant suivant, les dagues de l’abeille frappèrent l’un des miroirs, pensant atteindre un angle mort. La surface éclata. Mais ce n’était qu’un piège. Des éclats gelés explosèrent à bout portant, forçant l’ennemie à reculer en protégeant ses yeux. Tely profita de l’ouverture pour lancer trois pics de glace compressée. Deux furent esquivés, le troisième entailla l’épaule de la créature. Une goutte de sang tomba. L’abeille toucha la blessure du bout des doigts. Puis sourit davantage. « Bien. Je vais te faire souffrir longtemps. » Elle revint plus vite encore, utilisant les murs cette fois. Elle frappa une paroi, changea brutalement de trajectoire, toucha le plafond, redescendit en vrille et apparut dans le dos de Tely. Les deux dagues plongèrent simultanément vers la nuque. Tely se baissa d’un réflexe parfait et fit tourner son bâton horizontalement. La hampe heurta les côtes de l’abeille avec un bruit sec, mais la créature absorba le choc et profita de la proximité pour lacérer le bras gauche de Tely. Le sang coula immédiatement. Tely recula de trois pas et leva la main libre. « Gel instantané. » Une vague de froid jaillit de sa paume et recouvrit le sol entre elles. L’abeille tenta de bondir, mais une aile effleura la glace fraîche et perdit légèrement son équilibre. Cela suffit. Tely invoqua une lance glacée qui partit droit vers le thorax ennemi. L’abeille dévia le projectile d’un coup de dague, mais une seconde lance suivait déjà derrière la première. Celle-ci traversa son flanc. La créature poussa un cri de rage. Le combat changea alors de rythme. L’abeille cessa de jouer. Son corps se pencha vers l’avant, ses ailes vibrèrent au point de devenir presque invisibles, puis elle fonça en ligne droite. Tely lança quatre sorts successifs : mur de glace, pluie de pointes, chaînes givrées, explosion froide. Tout fut percé. L’ennemie traversait les sorts en encaissant partiellement, en déviant, en brisant, en contournant à une vitesse folle. Elle arriva au contact et planta une dague dans la cuisse de Tely. La mage étouffa un cri, mais attrapa le poignet adverse avec sa main libre. « Tu m’as touchée. Mauvaise idée. » Le givre remonta instantanément le long du bras de l’abeille. La créature abandonna sa propre arme, trancha elle-même une partie de la glace avec l’autre main et recula avant que la congélation n’atteigne l’épaule. Elle respirait plus lourdement désormais. Tely aussi. Leurs vêtements et carapaces étaient marqués, coupés, fissurés. Cette fois, aucune ne bougea immédiatement. Le silence pesa quelques secondes dans la galerie éventrée. Puis elles partirent en même temps. Tely lança un cercle magique multiple un sort de rang 7, trois anneaux superposés tournant autour de son bâton. L’abeille plongea en rotation basse, dagues croisées. Une tempête de lames et de glace remplit l’espace. Les murs furent tranchés, les plateformes gelées puis brisées, plusieurs alvéoles explosèrent sous la pression. Tely reçut une entaille au ventre. L’abeille perdit une partie de son aile droite. Elles se séparèrent brutalement. Puis reprirent. Le combat continua encore plusieurs minutes sous forme d’échanges plus sauvages. Tely transformait les galeries en terrain glacial, ralentissant les mouvements adverses. L’abeille utilisait chaque ouverture pour apparaître là où elle n’était pas attendue. Le plafond céda à deux reprises. Des essaims secondaires furent pris dans la bataille et détruits sans même être considérés. Peu à peu, pourtant, l’avantage semblait basculer. Tely fatiguait. Ses incantations demandaient plus de temps. Son souffle devenait irrégulier. Son bras blessé tremblait légèrement. L’abeille le vit. Elle sourit. « Enfin. » Elle monta brusquement vers le plafond, disparut derrière une structure de cire, puis piqua droit vers le bas avec toute sa vitesse concentrée en une seule attaque. Tely leva trop tard son bâton. La dague traversa son ventre. Le choc la cloua contre une paroi fissurée. Le silence tomba. L’abeille haletait, le visage proche du sien. « Je vais prendre tes yeux maintenant. » Du sang coula aux lèvres de Tely. Puis elle sourit. Un sourire, presque moqueur. « T’as vraiment cru… qu’une mage se bat au corps à corps par accident ? » Les yeux de l’abeille s’écarquillèrent. Trop tard. Depuis le début du combat, chaque goutte de sang versée, chaque impact, chaque déplacement, chaque éclat de glace laissé sur les murs formait un immense schéma invisible. Le terrain entier avait été préparé. Tely posa sa main sur la dague plantée dans son ventre. « Domaine glacé… Requiem blanc. » Le monde devint blanc. Une explosion de froid absolu jaillit dans toute la galerie. Le givre se propagea sur les murs, le plafond, le sol, les tunnels voisins, figeant l’air lui-même dans une brume scintillante. Les vibrations de la ruche cessèrent sur plusieurs dizaines de mètres. L’abeille fut prise au centre. Son corps entier se retrouva gelé instantanément, figé dans sa posture de victoire avortée, les yeux encore grands ouverts. Tely retira lentement la lame de son ventre et la laissa tomber. Elle chancela, puis s’adossa au mur. Devant elle, la statue de glace craqua. Une fissure. Puis cent. Puis mille. Le corps de l’abeille éclata en fragments cristallins qui se dispersèrent dans les airs avec la glace qui l’emprisonnait. Pendant quelques secondes, une neige artificielle tomba doucement dans la galerie détruite. Des flocons brillants dérivèrent autour de Tely. Elle releva difficilement la tête. « Et voilà pourquoi… on ne rush pas une mage. » Puis elle glissa assise contre la paroi, respirant lourdement, pendant que les derniers éclats de glace fondaient lentement autour d’elle. —------- À l’extérieur de la ruche, le champ de fleurs n’existait déjà presque plus. Ce qui, quelques heures plus tôt, ressemblait à un havre coloré perdu dans Cartharof n’était désormais qu’un terrain ravagé, retourné par les impacts, couvert de pétales brûlés, de tiges broyées et de carcasses d’abeilles éventrées. Au centre de cette destruction, Jack continuait de se battre contre les trois gardes d’élite qui avaient été envoyés pour l’arrêter. Et contrairement à ce qu’il laissait paraître d’ordinaire… Le combat était difficile. Le tank avançait comme une forteresse vivante, encaissant presque tout. L’archer couvrait chaque angle mort avec une précision terrifiante. Quant au guerrier à quatre bras, il imposait un rythme infernal avec ses lames multiples. Même Jack ne pouvait plus simplement jouer. Le tank ouvrit l’assaut en chargeant de front. Son corps massif traversa les débris floraux comme un bélier vivant. Jack bondit de côté, mais l’épéiste à quatre bras arrivait déjà dans son angle mort. Deux lames frappèrent haut, une visa la jambe, la dernière chercha les côtes. Jack para deux coups, encaissa le troisième sur la cuisse et recula en grognant. La flèche arriva immédiatement derrière. Elle lui transperça l’épaule gauche avant d’aller se planter loin derrière lui. « Ahahah… ouais… vous êtes relous. » Le tank frappa du poing. Jack bloqua avec les deux bras, mais ses talons s’enfoncèrent dans la terre sur plusieurs mètres. Jack cessa de sourire normalement. Ses pupilles se rétrécirent. Il fonça cette fois sur le tank, évitant les lames du guerrier et deux flèches de l’archer par des mouvements instinctifs. Il arriva au contact et planta ses griffes énergétiques dans la carapace du colosse. Le tank résista. Jack poussa davantage. Un craquement monstrueux retentit. Puis il ouvrit littéralement la poitrine de la créature avec une violence animale, arrachant plaques et chair d’un même mouvement. Le tank chancela. Jack attrapa sa tête à deux mains. « T’es lourd. » Il l’écrasa contre le sol avec une force telle qu’un cratère se forma sous l’impact. Le colosse ne se releva pas. Mais à peine la mise à mort terminée, le guerrier à quatre bras lacéra le dos de Jack de plusieurs entailles profondes, pendant qu’une flèche traversait son flanc. Le sang jaillit. Jack trembla légèrement. Puis se mit à rire plus fort. Plus il prenait de coups… Plus quelque chose changeait. Son corps se contractait différemment. Ses mouvements devenaient moins humains, plus instinctifs. Ses griffes d’énergie s’allongèrent naturellement. Ses cheveux se hérissèrent, presque comme crinière. L’archer recula d’un pas. Le guerrier fonça pourtant. Les quatre lames pleuvaient en continu, cherchant à saturer la défense de Jack. Cette fois, Jack ne bloquait presque plus. Il prenait certains coups sur la peau, en esquivait d’autres d’un mouvement minimal, puis contre-attaquait brutalement. Il attrapa un bras. Le brisa. Évita une lame. Mordit presque l’épaule ennemie avant de le projeter sur plusieurs mètres. L’archer tira trois flèches successives. Jack en attrapa une au vol, en laissa une traverser son bras, et évita la troisième en se baissant. « Encore ! » Les deux abeilles restantes comprirent qu’il fallait terminer vite. Leur coordination augmenta encore. Le guerrier à quatre bras repartit à l’assaut tandis que l’archer utilisait désormais des traits chargés de mana capables d’exploser au contact. Le terrain entier devint une zone mortelle. Jack fut touché au visage. À la hanche. Au ventre. Ses blessures s’accumulaient. Mais son sourire grandissait. Il bondit en tournoyant et trancha deux bras supplémentaires du guerrier d’un seul passage. Puis il lança une carcasse d’abeille morte sur l’archer pour masquer sa vision avant de lui apparaître au contact. Un coup de griffe lui ouvrit le torse. L’archer hurla. Jack le termina d’un coup de genou sous la mâchoire qui brisa la nuque. Le corps tomba. Jack haletait désormais lourdement, le guerrier mutilé restait encore debout, le duel final fut sale, sans élégance. Deux bêtes blessées cherchant à tuer avant de tomber. Le guerrier à quatre bras, désormais réduit à deux membres encore fonctionnels, maniait toujours ses lames avec une précision redoutable. Jack, couvert de sang, avançait en encaissant. Lame dans l’épaule. Griffe dans le ventre. Coude dans la gorge. Coup de tête. Poing dans la carapace. Les deux finirent par se percuter une dernière fois dans une onde de choc sèche. Puis le guerrier s’effondra. Jack resta seul debout. Il cracha du sang sur le côté. « Pff… terminé. » Il se redressa lentement. Puis quelque chose bougea derrière lui. Le guerrier à quatre bras se releva une dernière fois, mutilé, déchiré, à moitié mort. Et sans un son… Il enfonça son bras restant dans le dos de Jack. La main ressortit de l’autre côté. Le temps sembla se figer. Jack cracha une gerbe de sang. Ses jambes cédèrent, il tomba à genoux, puis au sol. Le guerrier retira son bras, tituba, ramassa une lame et s’approcha pour l’achever. Alors… Une chaleur monstrueuse envahit la zone. Le corps de Jack explosa en aura brûlante. Une vague de flammes projeta l’abeille sur plusieurs dizaines de mètres. Le sol s’embrasa. Jack se releva lentement, sa silhouette avait changé. Sa taille avait augmenté. Ses muscles semblaient densifiés. Sa crinière, désormais flamboyait comme un brasier vivant. Ses griffes d’énergie mêlaient vert sauvage et rouge incandescent. Même la cicatrice sur son torse venait de se refermer sous la chaleur. Il souriait. Un sourire prédateur. « Forme Lion de Feu. » L’abeille tenta de reculer. Trop tard. Jack ramena son bras en arrière. Une flamme spiralée s’enroula autour de ses griffes, tournant toujours plus vite jusqu’à hurler dans l’air. Puis il frappa horizontalement. Des lames d’énergie enflammées traversèrent toute la zone. Elles coupèrent les restes du champ floral, sectionnèrent les corps, éventrèrent la terre et dépassèrent même les limites de la clairière. À la lisière, un arbre gigantesque fut entaillé si profondément qu’il se pencha dangereusement avant de rester miraculeusement debout. Derrière les lames principales, des tornades de feu jaillirent, balayant les soldats restants avant d’exploser en chaîne. Lorsque tout se calma… Le paradis floral n’existait plus. Seulement une mer noire et rouge, brûlée, meurtrie par la guerre. Jack souffla longuement. Les flammes quittèrent son corps. Il retrouva progressivement sa forme normale, vacilla un peu, puis se gratta la nuque. « J’ai trop donné… » Il s’allongea au milieu des ruines encore chaudes. Croisa les bras derrière la tête. Et s’endormit presque instantanément. —------ Dans les profondeurs de la ruche, le combat entre Stark et le garde d’élite avait déjà dépassé le simple affrontement entre deux guerriers. Chaque impact faisait vibrer la structure entière, chaque échange détruisait des passerelles, fendait des murs organiques ou faisait s’écrouler des niveaux complets. Ce n’était plus une salle de stockage : c’était un champ de bataille vertical qui menaçait de s’effondrer sur lui-même. Stark venait d’esquiver de peu un coup de lance qui avait traversé trois parois successives avant d’aller se planter dans une colonne de cire renforcée. Il se réceptionna sur une plateforme suspendue, glissa de quelques mètres puis releva la tête. En face, l’abeille soldat retira sa lance d’un mouvement sec. Même après plusieurs échanges, sa respiration restait stable. Sa posture, solide. Stark essuya un filet de sang au coin de sa lèvre puis sourit légèrement. « T’es clairement pas un garde lambda. » L’abeille inclina la tête. « Zalhym. Premier Fer de la Reine. Gardien des réserves impériales et exécuteur des intrus. » Sa voix était grave, sans arrogance cette fois. Il pointa ensuite sa lance vers Stark. « Et toi ? » Stark redressa les épaules. « Stark Mazd. Aventurier et joueur… je crois. » Un silence passa. Puis Zalhym hocha lentement la tête. « Bien. Mourir avec un nom vaut mieux que mourir sans. » Il disparut. La vitesse de la charge fit exploser la plateforme entre eux. Stark se jeta de côté, sentit la lance frôler ses côtes, puis contre-attaqua d’un coup de poing chargé de lumière. Zalhym bloqua avec l’avant-bras et le choc projeta les deux combattants sur des niveaux différents. Ils repartirent immédiatement. Stark frappa depuis les airs. Zalhym bondit depuis une paroi. Leurs coups se croisèrent au centre du vide intérieur de la ruche dans une onde de pression qui fit remonter la colonne de miel comme une vague. Ils retombèrent chacun sur un appui instable. Puis repartirent encore. Le combat dura ainsi plusieurs minutes, traversant étage après étage. Stark utilisait sa mobilité aérienne, ses impulsions lumineuses et des frappes explosives. Zalhym répondait par une maîtrise absolue de la lance, des charges imprévisibles et une lecture du rythme adverse digne d’un vétéran. Aucun des deux ne dominait réellement, puis Stark fut frappé de plein fouet au ventre par un revers de hampe. Le choc le projeta à travers plusieurs cloisons. Il traversa un couloir, heurta une galerie secondaire et s’écrasa finalement dans une salle éventrée. Lorsqu’il releva la tête… Il vit Tely. Assise contre un mur, le visage pâle, le ventre couvert de sang séché, endormie d’épuisement après son combat. Des éclats de glace fondaient encore autour d’elle. Stark resta immobile une demi-seconde. Puis il se releva et s’approcha rapidement. « Tely. » Aucune réponse. Il posa sa main sur sa blessure et laissa circuler sa lumière. L’énergie dorée pénétra la plaie, ralentit l’hémorragie, referma partiellement les tissus et stabilisa son état. « Ça suffira pour dormir sans crever. » Une ombre tomba sur eux. Zalhym venait d’atterrir à l’entrée de la salle. Il observa la scène sans attaquer, puis, calmement, il tendit un doigt vers une galerie plus loin. Stark suivit la direction. Javed s’y cachait tant bien que mal derrière des caisses renversées, protégeant désespérément les récipients de miel pendant que toute la structure tremblait. Zalhym reprit : « Dépose-la. Mets l’érudit en sécurité. Puis reprenons. » Stark resta silencieux. Il porta Tely sans discuter, rejoignit Javed, la déposa près de lui et lança : « Garde-la vivante. Et garde surtout le miel, sinon tout ça n’aura servi à rien. » Javed acquiesça frénétiquement. Quand Stark revint au centre de la salle détruite, il n’avait plus ce sourire moqueur habituel. Son regard avait changé, il y avait désormais du respect. Zalhym l’avait remarqué. « Bien. Maintenant tu combats comme un homme. » Stark tendit la main. Son épée apparut dans sa paume. « Et toi comme un vrai monstre. » Ils repartirent. L’affrontement changea immédiatement de nature. Stark maniait désormais l’épée avec les bases apprises auprès des chevaliers vagabonds, mais transcendées par ses réflexes absurdes. Chaque coupe était renforcée de lumière. Chaque parade déviait la lance avec des gerbes dorées. Zalhym, lui, pivotait autour de son arme comme si elle faisait partie de son corps. Les pointes, balayages, percussions et feintes s’enchaînaient sans temps mort. Leur duel détruisait les derniers étages intacts. Puis Zalhym recula soudainement. Son corps se mit à vibrer. Des arcs lumineux parcoururent sa carapace. Ses ailes changèrent de teinte. Ses plaques sombres se fissurèrent pour laisser passer une lueur bleue aveuglante. L’instant suivant, la ruche entière fut éclairée. Zalhym avait évolué. Une seconde forme. Ses membres étaient plus fins, plus nerveux. Sa lance crépitait de foudre pure. Chaque mouvement laissait derrière lui des traînées électriques. « Forme de Guerre : Tempête Royale. » Il disparut. Stark reçut un coup au flanc avant même de voir l’attaque. Une décharge traversa son corps. Il roula au sol, se releva, bloqua un second assaut avec son épée, puis fut repoussé par l’explosion de courant. Trois échanges suffirent à montrer la différence. Premier échange : Zalhym frappa trente fois en une seconde, Stark para à peine assez, son bras entier engourdi par les décharges. Deuxième échange : Stark lança trois rayons lumineux, Zalhym les traversa en accélération pure et lui entailla l’épaule. Troisième échange : Stark réussit enfin à lire une trajectoire, trancha une aile partiellement et envoya un coup de pied qui brisa une plaque thoracique. Les deux reculèrent. Blessés. Essoufflés. Mais encore debout. Zalhym planta sa lance dans le sol. L’électricité monta en spirale autour de lui, absorbée par l’arme jusqu’à ce que celle-ci ressemble à un pieu de tonnerre condensé. Stark, lui, leva son épée. Il y insuffla sa lumière. Encore, encore et encore. Jusqu’à ce que la lame métallique disparaisse presque, remplacée par une matière dorée pure. L’arme semblait désormais forgée d’énergie vivante. Zalhym parla le premier. « Honneur. » Stark répondit. « Pareil. » Puis ils partirent. Zalhym lança sa lance en thrust final. Mais la vitesse était telle qu’on eut l’impression que mille lances de foudre naissaient en même temps et fonçaient sur Stark. Stark inspira profondément. Ses pieds glissèrent. Son épée traça autour de lui une série de mouvements d’escrime circulaires, si rapides qu’une spirale lumineuse apparut dans son dos. Puis il frappa. « Technique de lumière… Cyclone solaire. » Une immense tornade d’énergie dorée jaillit de sa lame. Elle pulvérisa les lances électriques, engloutit la charge de Zalhym et continua sa route sans ralentir. La moitié de la ruche fut arrachée net, vaporisée dans une explosion de cire, de miel et de lumière. Au loin, la tornade d’énergie percuta l’immense arbre déjà entaillé par Jack. Le tronc colossal trembla violemment, ses racines gémirent sous la pression, et toute la masse se pencha dangereusement avant de réussir à se stabiliser dans un craquement lugubre. Il ne restait aucune trace de Zalhym. Aucune trace non plus de la moitié du nid. Stark planta un genou au sol. Sa respiration était lourde. Ses bras tremblaient. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas poussé aussi loin dans ses réserves. Puis un bruit retentit dans sa tête. Clac. Comme un cadenas qu’on ouvre. Instantanément, une vague d’énergie remonta en lui. Ses blessures se refermèrent à grande vitesse. Son souffle revint. La fatigue disparut comme si elle n’avait jamais existé. Stark regarda ses mains. Puis comprit. Limit Breaker ne lui donnait pas juste plus de puissance. Il brisait ses plafonds… puis reconstituait son corps à un niveau supérieur. Un sourire lent apparut. « Ah… donc c’est comme ça que tu marches... »