Chapitre 20
Chapitre 20 - La Ruche Ainsi débuta l’exécution du plan. Sans attendre une seconde de plus, Jack fléchit les jambes puis bondit dans les airs avec une puissance monstrueuse. Le sol se fissura sous l’impulsion et son corps traversa le ciel comme un projectile vivant avant de retomber en plein sur la plus grande fleur de la clairière. L’impact écrasa la plante géante dans un fracas brutal, projetant pollen, pétales et terre dans toutes les directions. Puis Jack rugit. « VENEZ, BANDE D’INSECTES ! » Sa voix résonna dans toute la zone. À peine l’écho retombé, plusieurs abeilles ouvrières se jetèrent sur lui. Jack éclata de rire et entra immédiatement dans la mêlée, frappant les premières arrivantes à mains nues avant d’ouvrir l’espace autour de lui avec de larges attaques de griffes. Des lames d’énergie verte labourèrent les fleurs sur plusieurs mètres, sectionnant les tiges géantes et projetant les monstres qui approchaient. Le chaos prit naissance instantanément. Les patrouilles changèrent de trajectoire. Les gardes extérieurs convergèrent vers la zone attaquée. Des bourdonnements plus graves et plus nombreux sortirent de la ruche centrale, signe évident que les unités de défense internes étaient mobilisées. Jack souriait comme un enfant à qui l’on venait d’offrir un terrain de jeu. Pendant ce temps, Stark lançait sa propre phase du plan. Il avait soulevé Javed dans ses bras avec une facilité déconcertante, tandis que Tely, installée sur son dos avec une mauvaise humeur visible, serrait son bâton magique contre elle. Sans ralentir, Stark s’éleva dans les airs et prit de la vitesse vers une ouverture latérale de la ruche désormais moins surveillée. Javed regarda la bataille au loin. « Vous pensez qu’il va s’en sortir ? » Stark ne détourna même pas les yeux. « T’inquiète pas pour lui. J’en suis sûr. On l’appelle pas le prodige de la force pour rien. » Au même moment, Jack venait d’arracher une abeille massive par les ailes avant de l’utiliser comme projectile contre trois autres. Javed préféra se concentrer sur autre chose. Quelques secondes plus tard, Stark pénétra dans la ruche par une large entrée secondaire et se posa sur une plateforme de cire durcie. L’intérieur était gigantesque. Personne ne s’attendait à une telle structure. La ruche s’élevait sur plusieurs niveaux reliés par des galeries, des ponts organiques et des tunnels verticaux. Au centre, un vide colossal traversait toute la construction, et dans ce puits intérieur coulait lentement une immense colonne de miel doré, descendant étage après étage comme une cascade épaisse et lumineuse. L’air était chaud, dense, saturé d’odeurs sucrées et d’une énergie étrange. Tely descendit immédiatement. « Bon. On y va. » Elle prit la direction opposée sans hésiter. Stark l’interpella juste avant qu’elle disparaisse dans un couloir. « Hé… fais gaffe. » Tely s’arrêta une demi-seconde, surprise par le ton sérieux. Puis elle répondit sans se retourner. « Occupe-toi déjà de survivre toi-même. » Et elle partit. Javed inspira profondément. « La réserve de miel impérial devrait être dans les niveaux inférieurs. Température stable, humidité contrôlée… enfin normalement. » Stark lui fit signe d’avancer. « Normalement me suffit. » Tous deux s’enfoncèrent alors dans les profondeurs de la ruche pendant qu’au-dehors, Jack continuait de transformer la clairière en champ de bataille. —------------- Au même moment, à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le territoire rival du duché de Macron, une rencontre discrète se tenait dans une salle privée du palais secondaire. Le duc Macron, homme connu pour son ambition froide et son goût du contrôle, faisait face à un invité que même ses gardes évitaient de regarder trop longtemps. L’homme était assis de manière relâchée, les jambes croisées, le sourire léger, mais ses yeux dégageaient quelque chose de profondément dérangeant. « Donc… si je comprends bien… vous me demandez d’aller assassiner ce nouveau rang S parce que l’équilibre entre les duchés a changé ? » Sa voix était calme, presque amusée. « À l’origine, Martin avait cinq rang S, dont deux prodiges. Ça restait acceptable, parce que vous en aviez cinq aussi… et surtout moi. » Il ricana doucement. « Mais maintenant un sixième apparaît. Et en plus un prodige de la magie. Ahahah… ça bouleverse le plateau, hein ? » Le duc resta parfaitement impassible. « J’ai besoin que certaines pièces disparaissent avant qu’elles ne deviennent trop importantes. » L’homme pencha légèrement la tête. « Et moi, j’y gagne quoi ? On rappelle que ce type a battu Jack Bestia. Même si Jack est un idiot, ça reste Jack. » Le duc joignit les mains. « Tout ce que tu voudras. Richesse, privilèges… et surtout, je continuerai à fermer les yeux sur certains de tes loisirs quand tu es en mission. » Le sourire de l’homme disparut. Le duc poursuivit d’une voix neutre. « Tu pensais que personne ne reliait les disparitions ? Les corps reconstruits en œuvres grotesques ? Le fameux tueur qui transforme ses victimes en art macabre ? » Une aura meurtrière remplit soudain la salle. Un garde dégaina son épée. « Que crois-tu faire en présence du duc ?! » Mais Macron leva simplement la main pour l’arrêter. L’homme fixa le duc quelques secondes, puis parla d’une voix glaciale. « Écoutez-moi bien. Si je suis resté dans ce duché pourri en tant que rang S, c’est uniquement parce que je l’ai décidé. Si je voulais vous tuer ici et maintenant, personne dans cette pièce ne pourrait m’en empêcher… et je n’aurais qu’à quitter le pays ensuite. » Le silence fut total. Puis il relâcha sa pression et se remit à sourire. « Mais vous savez quoi ? Votre offre m’intéresse. » Il se leva lentement. « Ça sera drôle de voir couler le sang de ce fameux prodige. » Le duc ne répondit pas. Mais lorsque l’homme quitta la salle, même les gardes les plus expérimentés avaient les mains tremblantes. —----------
Retournons à la ruche. À l’extérieur, la clairière n’avait plus rien du paysage paisible découvert quelques minutes plus tôt. Les fleurs géantes et des abeilles étaient éventrées, les tiges arrachées, le sol labouré par les impacts et les traces de griffes. Le pollen flottait partout dans l’air comme une brume dorée, traversée par les silhouettes nerveuses des abeilles en mouvement. Au centre de ce chaos, Jack continuait de se battre avec un plaisir presque insultant. Il venait d’envoyer une ouvrière contre un amas de racines lorsqu’il sentit quelque chose changer. Le bourdonnement ambiant se modifia. Plus lourd. Il tourna légèrement la tête. Trois nouvelles présences approchaient. Puis elles apparurent. La première chargea immédiatement sans laisser le temps d’observer. C’était une abeille d’élite au corps massif, large comme une porte, recouverte de plaques naturelles épaisses semblables à une armure vivante. Ses bras démesurés frappèrent de face avec une brutalité directe. Jack eut juste le temps de croiser les avant-bras devant lui. L’impact le repoussa sur plusieurs mètres, ses bottes glissant dans la terre retournée avant qu’il ne retrouve son appui. Il se redressa en soufflant par le nez. « Ah… voilà enfin quelque chose d’intéressant. » Il prit cette fois le temps de regarder l’ensemble du trio. À gauche se tenait le colosse qui venait de frapper. Une véritable forteresse vivante, gonflée de muscles absurdes, faite pour encaisser et ouvrir des brèches. Au centre, une abeille plus fine, plus élancée, dont les mouvements dégageaient immédiatement une sensation de danger. Quatre bras sortaient de son torse et chacun tenait une lame différente : une longue épée courbe, une rapière fine, une lame large et une courte dague destinée aux angles morts. À droite, légèrement en retrait, se trouvait une troisième unité équipée d’un grand arc organique. Son regard ne quittait jamais Jack et la corde était déjà tendue. Jack soupira. Il voyait parfaitement comment ce combat allait se dérouler. « Tank devant… harceleur au centre… tireur derrière. Génial. » Son sourire se crispa légèrement. « Ça va être chiant. » Le plus agaçant n’était pas leur rôle, mais leur niveau de puissance. Chacun d’eux, pris individuellement, ne représentait pas une menace sérieuse pour lui. Un seul, il l’écrasait rapidement. Deux ensemble demandaient déjà un peu d’attention. Mais trois combattants de ce calibre, parfaitement complémentaires, obligeaient à la prudence. L’épéiste à quatre bras disparut presque de sa position. Il fonça sur Jack avec une accélération brutale puis lança ses quatre lames dans des angles différents, cherchant à saturer ses réflexes. Une lame visa la gorge, une autre les côtes, la troisième les jambes et la dernière arriva avec un léger retard pour punir l’esquive attendue. Jack pencha le buste, pivota, recula d’un pas glissé et écarta un coup du poignet. Deux attaques frôlèrent sa peau et laissèrent de fines coupures sur son bras et son flanc. Il sourit. « Pas assez rapide. » Il lut immédiatement une ouverture dans la garde adverse et balança son poing droit avec l’intention de briser la cage thoracique de l’insecte. Mais le tank était déjà là. Le colosse surgit latéralement et intercepta le coup avec ses deux bras croisés. L’impact résonna comme un marteau frappant une porte blindée. Le sol sous la créature se fissura, mais elle tint bon. Jack cligna des yeux. « Ah bon. » À la seconde même où le tank venait de bloquer, l’archer décocha. La flèche fendit l’air avec une précision monstrueuse. Jack sentit le danger juste avant l’impact et arracha son corps vers l’arrière. Le projectile passa à quelques centimètres de son torse, emportant un morceau de veste et allant se planter loin derrière dans un tronc qu’il traversa presque entièrement. Jack recula de plusieurs bonds et reprit de la distance. Les trois ennemis reformèrent aussitôt leur triangle. Ils recommençaient déjà à coordonner leurs placements. Jack se gratta la joue avec un air fatigué. « Ouais… non. » Il souffla longuement. « Ça va vraiment être chiant. » Puis ses pupilles se rétrécirent lentement, son sourire devint plus sauvage, et une pression brutale commença à se répandre autour de lui. Si ces trois-là voulaient jouer sérieusement… Alors lui aussi allait arrêter de s’amuser. À l’intérieur de la ruche, chaque étage vibrait d’une activité frénétique. Les alarmes naturelles du nid semblaient s’être propagées dans toute la structure depuis l’attaque de Jack, et des essaims entiers changeaient de direction à travers les galeries. Pourtant, malgré cette agitation générale, certaines zones restaient gardées avec une discipline inquiétante. Tely venait justement d’atteindre l’un de ces niveaux intermédiaires. Elle avait commencé à détruire plusieurs réserves secondaires, gelant des conduits de circulation et faisant exploser des parois de cire renforcée, lorsqu’une présence bien plus rapide que les autres s’était abattue sur elle. Une lame passa à quelques centimètres de sa joue. Tely recula immédiatement et pivota, bâton levé. Face à elle flottait une abeille d’élite à l’apparence féminine, plus fine que les soldats massifs extérieurs, mais terriblement nerveuse. Son corps était élégant dans une manière presque malsaine, ses membres longs, ses ailes translucides vibrant si vite qu’elles produisaient un bourdonnement aigu continu. Son visage insectoïde conservait pourtant des traits suffisamment lisibles pour afficher un sourire cruel. Elle tenait deux lames courtes recourbées. Et ses yeux fixaient Tely avec une avidité dérangeante. « Quelle peau étrange… » Sa voix était sifflante, mais claire. « Blanche comme la neige… je vais la déchirer morceau par morceau. » Tely fronça les sourcils. « J’ai connu plus charmant. » L’abeille disparut. Ou plutôt, elle bougea si vite que sa silhouette sembla se dissoudre. Tely sentit immédiatement le déplacement d’air sur sa droite et dressa un mur de glace par réflexe. Les deux dagues frappèrent la surface dans une pluie d’étincelles gelées, puis l’ennemie rebondit déjà ailleurs. Tely ne chercha pas à suivre avec les yeux. Elle planta son bâton au sol. Un cercle magique bleu se déploya sous ses pieds et cinq pointes de glace jaillirent radialement autour d’elle, transformant l’espace proche en zone mortelle. L’abeille surgit par le haut cette fois, esquivant les pics avec une agilité monstrueuse et tournoyant pour attaquer depuis l’angle mort. Tely anticipa à peine assez tôt pour bloquer avec la hampe de son bâton. Le choc la fit glisser sur plusieurs mètres. L’ennemie sourit davantage. « Tes yeux aussi sont beaux… je vais les arracher et m’en faire des perles. » Tely soupira. « Tu parles beaucoup pour quelqu’un qui n’a toujours rien touché. » Elle fit tournoyer son bâton et trois cercles magiques apparurent en éventail devant elle. Des traits de glace fusèrent comme des carreaux d’arbalète. L’abeille accéléra brutalement, zigzaguant entre les projectiles avec des mouvements impossibles, mais l’un des tirs frôla son aile gauche et y laissa une couche de givre. Le sourire de la créature disparut un instant. « Sale humaine. » « Voilà. Là, tu deviens intéressante. » L’abeille repartit à l’assaut, Tely relança ses sorts, et la galerie entière se transforma en duel de vitesse entre l’air vibrant et la glace tranchante. Aucun avantage clair ne se dessinait encore, mais toutes deux avaient compris qu’en face se trouvait une véritable menace. Plus bas dans la ruche, Stark et Javed avaient atteint la zone recherchée. La température y était plus stable, l’air plus lourd, et l’odeur du miel presque entêtante. Devant eux s’étendait une vaste salle de stockage composée d’alvéoles géantes remplies d’un liquide ambré beaucoup plus dense et lumineux que le miel ordinaire. Javed eut immédiatement les yeux brillants. « C’est ça… du vrai miel d’abeille empereur… regardez la viscosité, la teinte, la concentration magique… c’est incroyable… » Il sortit à toute vitesse son matériel, de petits récipients scellés, des filtres spéciaux et plusieurs outils d’extraction. « Ne secouez rien, ne chauffez rien, ne touchez pas avec les mains nues, ne— » « Ouais ouais. » Stark s’éloigna déjà vers l’entrée principale de la salle pour monter la garde pendant que Javed travaillait avec une concentration religieuse. Le silence dura trois secondes. Puis quelque chose bougea. Trop vite. Même Stark n’eut qu’un infime instant de perception avant que la présence ne traverse la pièce. Javed, occupé à remplir ses récipients avec la concentration d’un artisan en pleine cérémonie, n’entendit qu’un souffle brutal derrière lui. Lorsqu’il se retourna, Stark avait simplement disparu de l’endroit où il se tenait une seconde plus tôt. « Hein ?! » Un fracas monstrueux retentit à l’autre bout de l’étage Stark venait d’être saisi par le col à une vitesse absurde puis projeté contre une paroi de cire durcie. L’impact fendit la structure sur plusieurs mètres et secoua toute la réserve. Avant même qu’il ne reprenne totalement appui, la main qui le maintenait le souleva de nouveau comme s’il ne pesait rien. Devant lui se tenait une abeille soldat d’un tout autre calibre. Grande, large d’épaules, bâtie pour la guerre. Son corps était couvert de plaques sombres épaisses marquées de nombreuses cicatrices anciennes. L’un de ses yeux était traversé par une longue balafre blanchie par le temps, tandis que l’autre brillait d’une intelligence glaciale bien plus inquiétante que la simple sauvagerie des autres gardes. Dans sa seconde main reposait une lourde lance organique, usée par les combats. Sa présence seule imposait une autorité naturelle. L’abeille rapprocha son visage de celui de Stark. « Vous. Les humains. » Sa voix était grave, calme, presque méprisante. « Vous ne sortirez pas d’ici vivants. » Stark le fixa quelques secondes sans broncher. Puis son sourire revint. Et il frappa. Son poing partit sans avertissement, chargé d’une énergie dorée si dense qu’elle explosa dès la mise à feu. Un immense rayon de lumière traversa la réserve, perfora plusieurs murs internes de la ruche et jaillit jusqu’à l’extérieur dans une colonne éclatante visible depuis toute la clairière. Dehors, même Jack leva les yeux une demi-seconde. À l’intérieur, la poussière, la cire pulvérisée et la fumée lumineuse retombaient lentement. Stark était toujours debout, poing tendu vers l’avant, son bras encore fumant d’énergie. Mais devant lui… L’abeille n’était plus là. Elle se tenait quelques mètres sur le côté, parfaitement stable, ayant esquivé l’attaque sans difficulté apparente. Pas une éraflure.Stark abaissa lentement le bras. Puis sourit davantage. « Pas mal. »