Chapitre 3
TL/ED – Miso
Les gens disaient souvent :
Dersia Aspandil, celle qui avait le plus de chances d'atteindre le Royaume Céleste, était la plus grande magicienne de l'Empire.
Ceux qui arpentaient la Voie de la Magie concluaient qu'il s'agissait d'un jugement prématuré, car on ne pouvait être classé uniquement par le stade atteint.
Mais personne ne niait qu'elle était une magicienne de premier plan, et qu'elle continuait à s'entraîner, même à cet instant précis.
Cependant, ceux qui connaissaient l'Elfe appelée Dersia Aspandil donnaient une réponse différente.
« Sia-nim, vous devez cultiver votre sociabilité, pas votre magie. »
« … »
Dersia cessa de tourner la page et fixa avec mécontentement sa servante, qui venait de faire une remarque insolente.
Mais la gouvernante en chef, Ciel, continua de remuer le feu de camp avec un tisonnier tout en la poignardant de mots glacials.
« Au cours de la semaine passée, combien de fois avez-vous parlé à quelqu'un d'autre que moi ? »
« D'innombrables fois. Vous croyez que je me souviens de chacune d'elles ? »
« Je parle de conversations qui n'ont aucun rapport avec la magie. »
« … Il n'y a aucune raison d'engager des conversations inutiles. Ma mission est d'arpenter la Voie de la Magie. »
« J'ai entendu dire un jour : "Avant d'arpenter la Voie de la Magie, arpentez la voie de l'humanité." Je crois que c'est une certaine Dersia-quelque-chose qui a dit ça. »
« Qu'est-ce que tu essaies de dire ? »
Dersia jeta son livre de colère. Ciel, sans même regarder, le rattrapa avec adresse et le fit glisser sur l'étagère avant de répondre.
« Ce que j'essaie de dire, c'est que vous devriez sortir de la Tour de Magie, prendre l'air et parler aux gens. Même si vous atteignez le sommet de la magie, si vous êtes écrasée au plus bas en tant qu'être humain, alors l'ordre des choses est inversé. »
« Tu es fatigante. Tu sais que c'est la quarantième fois que tu me dis ça ? »
« Si je l'ai dit autant de fois, ne croyez-vous pas qu'il est temps d'écouter ? Même ma patience a ses limites. »
« … Comme je l'ai dit, j'ai la mission d'arpenter la Voie de la Magie. Tu sais bien que je n'ai pas de temps à perdre à échanger des émotions avec les autres. »
Dersia comprit que Ciel était vraiment déterminée à la mettre dehors, alors elle tenta de faire appel à ses sentiments. Mais c'était inutile face à quelqu'un qui avait résolu de traîner cette recluse hors de sa chambre, quoi qu'il arrive.
Ciel posa son plumeau, tourna la tête et regarda Dersia avec des yeux vides.
« Votre esprit est en train de pourrir. Il semble que je doive recourir à la force aujourd'hui. Comprenez bien que lever le poing sur ma maîtresse ne vient que de ma loyauté. »
« … Très bien, peu importe à quel point je te suis redevable, cette fois tu connaîtras la différence de niveau entre nous, jusque dans tes os… »
Exactement cinq minutes plus tard.
Dersia se retrouva à errer, l'esprit absent, sur la rue principale de la Capitale, avec pour tout bagage assez d'argent pour acheter un petit château et une robe miteuse, sous l'ordre de ne pas revenir avant une semaine.
« Je ne faisais qu'… essayer d'aider. »
Marmonnant dans le vide, Dersia poussa un soupir et se mit en marche.
Ce n'était pas qu'elle s'était vraiment battue contre Ciel. Sans elle, Dersia serait morte dans une auberge depuis longtemps.
Attaquer sérieusement celle qui vous a sauvé la vie est une chose qu'une bête elle-même ne ferait pas, alors elles avaient réglé ça au pierre-feuille-ciseaux.
« Alors, cette réplique sur le fait de lever le poing, c'était de la guerre psychologique… »
Admettant sa défaite avec admiration pour la ruse de Ciel, qui l'avait inconsciemment poussée à choisir les ciseaux, Dersia se dirigea vers la demeure d'un noble qui lui devait une faveur.
« Ma… »
« Dersia-nim !! S'il vous plaît, restez aussi longtemps que vous le souhaitez, quand vous le souhaitez, et faites tout ce qui vous plaît ! Merci ! »
Avant même qu'elle puisse expliquer sa situation, le Comte s'inclina si bas que son nez toucha presque le sol, lui offrant la meilleure chambre de son manoir.
C'était un traitement naturel pour la plus grande magicienne de l'Empire, alors elle l'accepta, s'allongea paresseusement dans la chambre et tendit la main vers un livre, pour réaliser qu'il n'y avait pas d'étagère.
« Tsk. »
Comment pouvait-il ne pas y avoir d'étagère dans une chambre ? Peut-on même appeler ça une chambre… De telles pensées traversèrent son esprit avant qu'elle n'ouvre la fenêtre et ne saute dehors.
Il y avait un jardin en contrebas, mais l'endroit où elle atterrit était la bibliothèque.
Elle avait initialement prévu de prendre un livre et de le lire dans sa chambre, mais en fouillant, elle en trouva un assez curieux.
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Elle frotta la couverture ; il venait d'arriver, il était encore chaud. Elle s'assit sur un siège au hasard, avec l'intention de lire juste quelques pages, vérifia le sommaire, et puis…
…
..
.
« Excusez-moi… »
« … ? »
Quelqu'un lui avait parlé.
Quand Dersia vérifia son rythme biologique, elle réalisa qu'une heure s'était déjà écoulée.
C'était une heure où quelqu'un pouvait très bien entrer.
Cela va devenir gênant, pensa-t-elle, avec l'intention de répondre brièvement et de retourner dans la chambre du Comte avec son livre. Mais elle entendit alors une voix très étrange.
« Êtes-vous… une bibliothécaire, par hasard ? »
« … ? »
Ce n'est qu'alors que Dersia regarda la personne devant elle.
Cheveux noirs, petite stature, encore des traces de rondeurs enfantines.
C'était un jeune noble qui ne connaissait encore rien du monde.
Dès le départ, Dersia n'avait pas assez d'importance personnelle pour s'offusquer de ne pas être reconnue, et le garçon s'agitait, attendant sa réponse.
Ayant peu d'expérience avec les enfants, Dersia réfléchit à la réponse à donner.
Première option, l'ignorer.
Le garçon souffrirait d'une blessure profonde au cœur, mais rien d'autre ne se passerait, et la situation serait close.
Dersia examina l'apparence du garçon.
Elle avait rarement l'occasion de regarder un enfant humain, mais il était plus mignon qu'elle ne l'avait imaginé. Elle n'avait pas particulièrement envie de lui faire du mal.
Deuxième option, déclarer : « Comment oses-tu me traiter de simple bibliothécaire », et lui faire la leçon.
Le garçon développerait un traumatisme et vivrait timidement le reste de sa vie, et Ciel la tuerait de la manière la plus horrible qui soit.
Elle ne pouvait accepter un futur aussi misérable.
Troisième option, dire qu'elle n'est pas bibliothécaire et partir.
Ce serait la réponse la plus appropriée… mais soudain, Dersia se souvint de la quête de Ciel.
Sortir de la Tour de Magie, prendre l'air et rencontrer des gens.
Elle avait quitté la Tour de Magie. Ça, c'était vrai.
Elle avait pris l'air. Ça aussi, c'était indéniablement vrai.
Rencontrer une personne et avoir une conversation.
Le Comte, en voyant son visage, avait enfoui sa tête comme une autruche et avait été incapable de prononcer un seul mot.
Ce n'était pas une conversation. La quête finale n'était pas encore accomplie.
Dire simplement qu'elle n'était pas bibliothécaire et partir ne constituerait pas non plus une conversation, mais un simple échange de faits.
Ainsi, Dersia choisit la quatrième option.
L'admettre.
« Mes excuses. »
« Pardon ? »
« J'ai commis une impolitesse car on m'avait dit que personne ne viendrait aujourd'hui. Je suis Dersia Aspandil. »
Dersia souleva légèrement sa jupe et fit une petite révérence.
« Comment puis-je vous aider ? »
« Euh, eh bien… »
Voyant le garçon troublé, Dersia ressentit pour une raison quelconque une pointe d'amusement.
Peut-être avait-il mis de l'ordre dans ses pensées, car après avoir dégluti une fois, il demanda :
« J'aimerais lire des livres sur les bases de la magie. »
« Quel genre ? »
« … Pardon ? »
« Études des esprits, Magitech, Élémentalisme, et ainsi de suite. Les branches et les écoles de magie dépassent les centaines. Quel genre de bases souhaitez-vous explorer ? »
« Eh bien, en fait, je ne sais pas. Cela ne fait pas longtemps que j'ai souffert de la Fièvre de l'Éveil. »
« Hm… ? »
Dersia regarda le garçon avec une légère surprise.
Ses yeux décortiquèrent le flux de mana, scrutant profondément en lui.
L'esprit du garçon n'était pas encore du tout habitué au monde dans lequel il était entré.
Comme il l'avait dit, il était probablement un magicien débutant qui avait traversé la Fièvre de l'Éveil au cours de la semaine passée.
En tant qu'aînée, Dersia ressentit un léger sentiment de responsabilité et le guida.
« Suivez-moi. »
Comme la bibliothèque était un lieu où tout noble pouvait entrer, la qualité globale des livres n'était pas très élevée. Dersia n'avait lu qu'environ quatre-vingts pour cent des cent mille livres présents, mais elle savait toujours où chaque type d'ouvrage se trouvait.
Elle attira une centaine de livres vers eux par Télékinésie et les disposa à proximité. Le garçon en ouvrit immédiatement un et lut pendant environ cinq minutes avant de froncer les sourcils.
« Excusez-moi, mais… n'y a-t-il rien sur la façon de ne pas se blesser avec la magie ? »
« … Pardon ? »
Dersia pencha la tête.
Ne pas se blesser ? Avec sa propre magie ?
Pourquoi la magie essaierait-elle de tuer son utilisateur ?
« Je ne comprends pas la question. Que voulez-vous dire par survivre à la magie ? Peut-être avez-vous étudié la magie élémentaire du système de flammes sauvages ? »
« Non, je veux dire ces choses noires… hm ? Elles ne sont pas là. Enfin, à part ça, comment dire… des courants ? Des vagues, ça semble assez dangereux. »
« Des courants… ? Des vagues… ? »
Dersia demanda à nouveau avec une expression perplexe. Le garçon parlait de concepts dont elle n'avait jamais entendu parler de toute sa vie d'étude de la magie.
Le garçon eut alors l'air d'avoir fait une erreur, et baissa bientôt la tête.
« … Non, j'ai dû me tromper. Merci de les avoir trouvés pour moi. »
Dersia observa le garçon alors qu'il ramassait les livres pour partir. Après une hésitation, elle pensa : "Eh bien, je ne peux pas rentrer avant un moment de toute façon. Passer un peu de temps ne devrait pas faire de mal", alors elle le retint.
« Pourriez-vous me montrer votre magie une fois ? »
« Ma magie ? »
« Oui. J'ai quelques connaissances, donc si je la vois, je pourrai peut-être comprendre ce que vous dites. »
« Magie… Magie… Je ne sais pas si on peut vraiment appeler ça de la magie, mais… très bien. »
Le garçon fit une grimace incertaine, puis souleva les livres qu'il tenait dans les airs.
Les livres ne tombèrent pas.
Il continua d'empiler les livres dans les airs. Deux, trois, quatre…
Quand le nombre dépassa trente, Dersia l'arrêta et demanda :
« N'est-ce pas difficile ? »
« Non. Pas du tout. Je peux en gérer plus d'une centaine. »
Les livres flottaient toujours sans le moindre mouvement, ce n'était donc pas de la vantardise.
Si c'était vrai, il était un talent extraordinaire, impossible, de magicien télékinésiste.
Mais quelque chose était étrange.
Le garçon utilisait la magie sans consommer aucun mana.
Il n'y avait aucune sensation de flux de mana. C'était comme s'il les faisait léviter avec des pouvoirs psychiques.
Pour la première fois depuis longtemps, Dersia ressentit un intérêt sincère. Elle appuya légèrement sur l'un des livres.
Le garçon ne ressentit aucune tension et ne fit que pencher la tête. Dersia, le trouvant à nouveau un peu mignon, poussa le livre jusqu'au sol.
« Quel poids pouvez-vous supporter ? »
« Environ le poids d'un livre. Je peux aussi gérer des choses plus légères. »
« Pourriez-vous essayer de les laisser tomber ? »
« Je ne peux pas faire ça. »
« … Vous ne pouvez pas ? »
« Ils tombent s'ils s'éloignent trop. Environ cinquante mètres, à peu près. »
Cela devenait de plus en plus étrange.
Le garçon ne pouvait pas du tout contrôler le phénomène qu'il avait provoqué.
Non, était-ce seulement de la magie ? Il utilisait la magie sans utiliser de mana.
Face à une situation aussi inhabituelle, Dersia resta sans voix.
Le garçon, l'observant, finit par parler.
« Ça ne vous aidera peut-être pas, mais je conçois la magie comme la mer. »
« A-attendez. »
Dersia réalisa instinctivement ce que le garçon allait dire et l'interrompit.
Elle le regarda avec une expression troublée alors que la curiosité de la magicienne se heurtait à sa conscience.
En ce moment, le garçon parlait de l'Illumination.
La loi qui compose le Monde Intérieur du magicien.
Une balle placée sur une colline roule vers le bas, l'eau bout quand elle est chauffée, la glace fond avec le temps…
Ce sont les lois qui définissent le monde.
En d'autres termes, pour que le monde existe, il doit avoir des lois.
Et donc, naturellement, même dans le Monde Intérieur chaotique d'un magicien, il existe des lois qui le définissent.
C'est ce qu'on appelle l'Illumination.
Connaître l'Illumination d'un magicien, c'est connaître le magicien.
Ainsi, les magiciens cachent leur Illumination, car dès l'instant où elle est révélée, leur Monde Intérieur peut être interprété.
Même pour un enfant magicien débutant, l'Illumination reste l'Illumination.
La voler à quelqu'un qui n'en comprend pas encore l'importance serait vil et déshonorant.
Dersia ressentit un lourd conflit, mais sa soif de connaissance brûlait face au phénomène incompréhensible devant elle.
Elle fit un compromis avec elle-même dans son cœur.
Si elle entendait l'Illumination, elle ne le dirait jamais à personne.
Apaisant sa conscience, elle hocha la tête.
« … S'il vous plaît, dites-le-moi. »
« … Oui. Je pense que le monde est la mer, les gens marchent au-dessus, et les magiciens sont ceux qui sont tombés dans la mer. »
« Pourquoi pensez-vous cela ? »
« Parce qu'après être devenu magicien, l'endroit où j'existe ressemble trop au fond de la mer. Ces livres, plutôt que de les maintenir avec force, je pense qu'ils flottent par poussée d'Archimède. »
Dersia activa immédiatement ses Yeux Mystiques et regarda les livres flottants.
C'était certain. Très, très faiblement, les livres coulaient vers le sol.
C'était si faible que personne ne l'aurait jamais remarqué. Même appeler cela "tomber" semblait étrange.
S'il fallait mettre des mots dessus… oui.
Ils coulaient.
« Ça peut paraître étrange, mais c'est pour ça que je ne pense pas que les magiciens soient bien meilleurs que les gens ordinaires. La mer profonde a tellement de dangers, n'est-ce pas ? Je ne sais même pas comment survivre là-bas. »
« … Hmm. »
« Depuis que j'ai souffert de la Fièvre de l'Éveil, je vois constamment des silhouettes noires. Et il est évident qu'elles ne sont pas amicales envers moi, alors je les évite. Et parfois des courants ? Ou peut-être devrais-je les appeler des flux, qui continuent de déferler sur moi. La dernière fois, j'ai même été renversé par l'un d'eux et j'ai failli être gravement blessé. Je voulais savoir comment gérer ce genre de choses. »
« … »
Dersia ne pouvait plus se concentrer sur les paroles du garçon.
Parce que sa maîtrise de la Voie de la Magie, parmi les plus grandes de l'histoire, avait décortiqué le phénomène et révélé la vérité.
Et la vérité était que la nature elle-même pouvait, parfois, être incroyablement cruelle.
Elle réalisa intérieurement qu'elle ne devrait pas dire ce qu'elle avait découvert.
Mais elle n'avait pas assez d'empathie pour dissimuler la vérité.
« Euh… y a-t-il un problème ? »
Pourtant, même Dersia ressentit une pointe de pitié et ouvrit lentement la bouche.
« Très probablement, votre Monde Intérieur est la Mer Profonde, plus précisément la Mer Profonde parmi les Mondes Intérieurs. »