Chapitre 22
TL/ED – Miso
Une dizaine de personnes sortirent de la forêt.
Non, pouvait-on vraiment appeler ça des gens ?
À l’exception de l’homme en tête, les autres avançaient en boitant, le corps entièrement enveloppé de bandages, tels des cadavres ambulants.
« Q-qui êtes-vous ? »
L’un des professeurs fit un pas en avant. Au premier coup d’œil, ils ne semblaient pas être un groupe aux intentions légitimes, mais l’homme qui paraissait être leur chef avait l’allure d’un chevalier ordinaire.
Cheveux roux, visage parfait : c’était l’homme d’hier.
« Je me nomme Parse, mes nobles seigneurs. »
Il se présenta en inclinant la tête avec une courbette sournoise.
Si ce n’est une pointe de moquerie indéniable.
« … »
La situation n’avait rien de rassurant. Échangeant un regard, les professeurs s’avancèrent, repoussant derrière eux les enfants confus qui ne comprenaient pas ce qui se passait.
« Il aurait dû y avoir des chevaliers en faction. »
« Ah, ça ? Vous voulez que je vous montre ? »
Parse claqua des doigts. L’une des momies derrière lui rampa vers l’avant et recracha quelque chose.
« Gweeeek… »
-Roule, roule.
Plusieurs doigts tranchés roulèrent sur le sol. À en juger par leur épaisseur, ils appartenaient clairement à un homme adulte.
« … Tu as perdu la tête. »
Désormais prêts au combat, les deux professeurs frappèrent le sol du pied.
Grondement… Des mains de pierre surgirent de terre comme si elles aspiraient à la liberté, s’ancrant dans le sol avant de se propulser vers le haut.
Plusieurs golems, chacun dépassant facilement les deux mètres, se dressèrent alors.
« Savez-vous seulement à qui vous avez affaire ? »
Lorsque l’autre professeur claqua des doigts, l’air se fendit et un liquide semblable à de l’or fondu s’en écoula.
L’or, comme doué de vie, recouvrit les golems pour former une armure, tandis que le reste se transformait en lances étincelantes.
Trois étoiles flottaient dans leurs yeux.
Bien qu’ils fussent des professeurs de la classe des enfants, comme ils enseignaient à des nobles, ils ne semblaient pas être des mages ordinaires.
Parse se frotta le menton et répondit avec un air contrarié.
« Deux mages 3 étoiles ? C’est assez effrayant, honnêtement. »
« Nous ne sommes rien. Ceux à qui vous avez affaire sont les parents de ces enfants. Révélez immédiatement qui vous a poussé à agir et désarmez-vous. Sinon, vous regretterez que la mort ne soit pas plus rapide… »
« C’est facile, je vais vous le dire. Un. »
Parse coupa la parole au professeur en levant un doigt.
« ? »
« Le Cercle Pourpre. C’est l’organisation qui m’a donné l’ordre. »
« Ce n’est pas le moment de plaisanter. »
« C’est pourtant la vérité. Enfin, je me doutais que vous ne me croiriez pas. Ce n’est pas juste le nom, ils disent que c’est le même groupe… Je ne suis même pas encore totalement convaincu moi-même. »
Haussant les épaules, Parse leva deux doigts.
« Deux. Est-ce que je ferais ce genre de conneries si j’avais peur des nobles ? Ils ne peuvent pas m’attraper de toute façon. »
« … »
« Trois. Vous vous trompez probablement parce que j’ai l’air en bonne santé, mais mourir maintenant serait en fait préférable pour moi. »
Comme si de rien n’était, il déchira la peau de son visage.
Zzzzzick- !
« Kyaaak !! »
« Q-quoi ? ! »
Les enfants, commençant à peine à saisir la situation, hurlèrent en voyant son visage.
Sa peau fondait, suintant de pus. Il ne restait pas une seule parcelle de peau intacte.
On aurait dit le visage d’un lépreux maudit par la non-mort.
Mais Parse, lui, rit aux éclats devant leurs réactions.
« Ce n’est pas que je veuille mourir, cela dit. Supporter ça reste supportable. »
« … Monde Intérieur, c’est donc ce que tu veux dire ! »
« Hé, c’est dur. “Tu veux dire”, dites-vous… J’ai beau avoir cette tête, je suis un jeune homme avec encore beaucoup de vie devant moi. Ah, et quatre. »
En tendant son auriculaire, Parse ajouta joyeusement :
« Je ne sais pas s’il y aura un “après” pour vous, mages élevés sous serre, mais une fois sur le champ de bataille, n’écoutez jamais ce que dit votre adversaire. C’est toujours une tactique pour gagner du temps. »
« Quoi… »
Avant même qu’il puisse finir sa phrase.
Quelque chose commença à saturer mon sens des courants.
Un nombre écrasant. Vingt, trente, cinquante, quatre-vingts…
Ce n’est qu’après avoir largement dépassé la centaine qu’une partie de la masse rampa vers l’avant pour envelopper les enfants.
D’innombrables momies bloquaient hermétiquement toutes les issues possibles. Ce n’est qu’alors que Parse laissa échapper un soupir de soulagement en se grattant la tête.
« Sérieusement, combien de chevaliers ont-ils déployés ? J’ai failli me chier dessus. Ça m’a foutu une trouille bleue. Bref, merci d’avoir attendu. Je m’occuperai du reste, alors livrez-moi juste les gosses. Vous êtes des 3 étoiles ou plus, difficiles à abattre, vous m’êtes inutiles. »
« Espèce de démon immonde… ! Il n’est pas question qu’on te livre les enfants ! »
« Eh. Ne rendons pas ça plus difficile que nécessaire. Honnêtement, à ce stade, vous avez compris, non ? Résister ici signifie juste un ou deux cadavres de plus. Après mon départ, faites-vous quelques blessures superficielles et dites : “Nous avons fait de notre mieux, mais l’ennemi était trop fort… !” C’est gagnant-gagnant… »
Swoosh… Bang !
Avant qu’il ne puisse finir sa phrase, l’un des professeurs tira une fusée éclairante dans le ciel, qui explosa en noir.
Sans aucun doute, c’était un signal de détresse. Quelqu’un devait l’avoir vu.
Parse, en voyant cela, claqua de la langue et cracha d’irritation.
« Ah, il y a une limite de temps maintenant. Hé, enlevez-en autant que vous pouvez et fuyez. »
Au moment où il claqua des doigts,
« Kya, kyaaaah !!! Professeur !!! Aidez-nous !! »
« Ne me touchez pas ! S-savez-vous qui je suis ?? »
Les momies se précipitèrent et commencèrent à attraper les enfants les uns après les autres.
Ceux qui résistaient trop furent assommés d’un coup dans la nuque.
Les professeurs chargèrent, les yeux brûlants face à ce spectacle atroce :
« Les enfants !! »
« Oups, on dirait que vous, les professeurs, allez devoir jouer avec moi. »
« Kh… ! »
Même les golems étaient submergés par les momies.
Comme prévu, le niveau de leur magie était différent. Chaque coup de lance ou de poing envoyait plusieurs momies valser d’un coup.
Mais le nombre était tout simplement trop écrasant.
Même avec deux mages 3 étoiles, impossible d’arrêter les dizaines de monstres qui s’agrippaient à eux.
« Je vais les retenir ! Professeur Yuli, sauvez les enfants ! »
« Compris ! »
Un professeur, prêt à se battre jusqu’à la mort, resta seul face aux momies.
« J’ai dit qu’on allait jouer. »
« Qu’est-ce que c’est… ? ! »
Une scène grotesque se déroula.
Le sang qui coulait de la main de Parse glissa comme s’il était vivant, attrapa la cheville de Yuli et s’y agrippa fermement, affichant un sourire vicieux.
« Je sais que je ne suis pas en position de dire ça… mais ne trouvez-vous pas que ce monde est tout simplement horrible ? »
C’était un sourire vraiment effroyable.
« E-enlève ça… ! Kyaaa !! »
Pendant ce temps, Elysia fut elle aussi enlevée par une momie.
Les momies qui avaient réussi à kidnapper les enfants ne montrèrent aucune hésitation et s’enfuirent rapidement dans la forêt.
Leur vitesse dépassait celle de la plupart des chevaux. Difficile de croire qu’elles avaient été humaines autrefois.
Et maintenant ?
Je croisai les bras. Donc, lors d’une sortie scolaire de gosses de nobles, quelqu’un a réussi à percer toutes les escortes de chevaliers pour réussir un enlèvement de masse ? Je n’aurais jamais imaginé ça.
Mais ça se tient. Tout ça est la pire méthode de suicide possible.
Si les familles nobles endeuillées s’unissent, peu importe la distance ou la vitesse à laquelle ils fuient, ils seront rattrapés et forcés de boire du fer fondu jusqu’à ce qu’ils supplient pour mourir.
Je n’ai aucune idée de pourquoi quelqu’un ferait une chose pareille. Est-il juste malade et désespéré de mourir plus vite ?
Quel que soit le but, ce qui est fait est fait. Le temps pressait, et je devais prendre une décision rapidement.
« … Est-ce que je devrais vraiment ? »
Peut-être que la meilleure chose à faire est de ne rien faire et de rester ici.
Les momies ne m’avaient pas remarqué. Si je restais immobile, il y avait de fortes chances que je m’en sorte sans problème.
Mais.
« S-sauvez-moi !! Papa !! »
« Non… ! S’il vous plaît, aidez-moi !! »
« … »
Je poussai un profond soupir en regardant des enfants de mon âge hurler et résister en pleurant.
… Quand j’y pense, si je laisse l’enlèvement se produire, il ne se passera littéralement rien d’autre non plus.
C’est une perte. Pourquoi ai-je payé le prix du trajet en calèche et les frais d’entrée deux fois ?
Et si ça s’arrête là, ils pourraient découvrir qu’un gosse de noble est arrivé un peu en avance pendant l’enquête.
Elysia ne s’en sortira probablement pas indemne non plus, alors…
Ouais, ce sont des raisons suffisantes.
Me convainquant moi-même, je sortis du trou.
Il était temps de bouger.
*
Je l’ai dit avec assurance, mais ça ne veut pas dire que je peux vraiment battre les momies.
Ça a l’air facile puisque ces deux mages 3 étoiles sont en train de les balayer là-bas, mais vu que la momie mordait le doigt d’un chevalier, il n’y a aucun moyen que je puisse les affronter.
Je n’ai pas vraiment envie de l’utiliser, mais il n’y a qu’une seule méthode qui soit réellement efficace.
« Guuhk ? »
« Salut. »
Je me tins devant une momie qui se précipitait pour kidnapper les enfants.
Quand mes yeux croisèrent ceux de la momie, j’écartai largement les bras.
Regarde, voici un gosse en vêtements de noble.
Essaie de me kidnapper.
« … »
Mais la momie se contenta de me fixer un instant, puis se détourna comme pour partir.
… C’est quoi le problème avec cet abruti ?
« Où est-ce que tu crois aller, espèce d’enculé. »
« Gyeeeek !! »
Whoosh ! Je lui assénai un coup sur la tête avec un sort de vent, et ce n’est qu’alors qu’elle se tourna vers moi avec un cri et m’attrapa.
Puis, avec un mouvement précis, elle me frappa la nuque.
Mais je l’avais vu venir, alors j’avais fourré des brindilles au niveau de mon cou. Ça m’a évité de perdre connaissance.
Et j’ai réalisé quelque chose en même temps.
“Ces momies sont stupides ?”
Elles étaient comme des machines qui ne pouvaient suivre que les instructions précises données. Je pouvais en tirer parti.
Tout en faisant semblant d’être inconscient, j’ai soigneusement mémorisé l’endroit où les momies m’emmenaient.
Pendant environ 30 minutes, elles ont couru sans arrêt, traversant plusieurs montagnes qu’un cheval n’aurait même pas pu franchir, jusqu’à ce qu’elles atteignent enfin un lieu.
Là, la momie a placé une entrave en acier autour de mon cou.
Puis elle est entrée dans un petit puits.
« … ? »
Ils prévoient de me noyer ? Pas besoin, je le ferais moi-même assez vite.
Je me suis préparé à tomber dans l’eau, mais ce n’était pas ça.
Il n’y avait pas d’eau dans le puits.
À la place, il y avait un espace étroit dans le mur près du fond, juste assez grand pour qu’une personne puisse ramper.
Après avoir rampé pendant plusieurs minutes dans le tunnel étroit et puant.
Une prison faite de pierre pourrissante, avec une seule lampe qui semblait sur le point de s’éteindre suspendue au plafond.
La momie m’a jeté à l’intérieur et a scellé l’entrée.
-Thud !
« Gah. Aïe… »
Elle m’avait jeté assez violemment, et j’ai percuté le mur du fond.
Alors que je me frottais la tête, du bruit commença à venir d’un coin.
« L-lumière ! Explose, brûle… »
« Ça ne sert à rien… la magie ne s’active pas ! »
Quand j’ai jeté un coup d’œil depuis le coin vers le centre de la prison.
Les enfants qui avaient été pris plus tôt étaient blottis ensemble, en train de crier.
La magie ne s’active pas ?
Je me suis déplacé dans le coin pour que les autres ne me voient pas et j’ai essayé d’utiliser un sort de vent.
« Souffle. »
Rien n’est sorti.
C’était à cause de cette entrave à mon cou ? Ça ressemble à une sorte d’artefact.
Pour tester, j’ai activé ma détection de courant.
Heureusement, ça fonctionnait toujours. Les courants se sont propagés instantanément et m’ont montré la structure autour de moi.
En l’analysant attentivement, j’ai vu qu’il s’agissait d’une véritable prison souterraine. Vu l’état de délabrement ici et là, elle n’avait pas l’air d’avoir été construite récemment, ils utilisaient plutôt quelque chose qui existait déjà.
« Argh… merde ! Savez-vous seulement qui je suis ?? Ouvrez cette porte immédiatement ! Je vais tout raconter à mon père ! »
« Nous sommes tous morts… »
Voyons voir, que devrais-je faire.
D’abord, peut-être que je vais essayer de faire quelque chose à propos de ces barreaux.
Ils étaient solidement fixés, mais pas assez pour résister au temps. De la poussière tombait à chaque fois que je les secouais.
Si je les frottais juste comme il faut…
« Elysia ! C’est toi qui les as appelés, n’est-ce pas ! »
« Dis quelque chose qui a du sens ! Pourquoi diable les aurais-je appelés ! »
« Tu nous as kidnappés parce que tu ne voulais pas que quelqu’un sache que tu ne pouvais pas utiliser la magie ! »
« Arrête de dire des conneries ! Alors pourquoi aurais-je été kidnappée aussi ? ! »
« Pour éviter les soupçons… »
Oh, ça marche.
J’ai poussé un courant dans les joints des barreaux et j’ai frotté fort. Je pouvais sentir la pierre se desserrer et s’user.
Même principe que pour déverrouiller. La seule différence, c’est que j’utilise la force de l’eau.
L’astuce consiste à verser de l’eau dans les minuscules fissures de la pierre et à les forcer à s’écarter. Même si ce n’est pas vraiment de l’érosion, si je prends mon temps, ça marchera.
« Tu ne comprends toujours pas ? Nous allons tous mourir… »
« D-de quoi tu parles ? »
« Ils nous ont tous kidnappés. Si ce n’était qu’un seul, on pourrait dire que c’était pour une rançon, mais autant… ça veut dire qu’ils ne prévoient pas de nous garder en vie ! C’est juste du terrorisme ! »
« Alors pourquoi ils ne nous ont pas tués tout de suite ? »
« Pour le montrer à nos parents. Pour leur montrer comment nous mourons lentement… Ils vont probablement nous couper les doigts et les renvoyer, sans nous nourrir… »
« Ne dis pas des choses effrayantes ! On peut sortir d’ici, c’est juste une pièce ! »
« Comment ? Si on ne peut pas utiliser la magie, on n’est que des gosses ! »
« … »
Clunk-
La partie inférieure des barreaux s’est détachée.
La partie supérieure était toujours intacte, mais l’arracher prendrait trop de temps.
Quand j’ai tiré, une petite ouverture s’est formée, juste assez grande pour se faufiler. Ça devrait suffire.
« Elysia, laisse-nous sortir tout de suite ! »
« Comment je suis censée vous laisser sortir ! J’ai été kidnappée aussi ! T’es fou ou quoi ? ? »
« Argh… je ne peux pas mourir ici ! »
Clap-
Je suis sorti, j’ai frappé dans mes mains et j’ai attiré l’attention des enfants qui se disputaient encore.
« Hé, tout le monde. »
« … ? »
Tous les nobles ont tourné les yeux vers moi.
Huins, qui agrippait Elysia par le col, et même Elysia elle-même.
Comme je portais des vêtements de noble, ils me voyaient naturellement comme un noble.
Huins m’a fixé avec des yeux écarquillés, comme s’il venait de voir quelque chose tout droit sorti d’un cauchemar, agrippant fermement les barreaux.
« Q-qui es-tu ? Comment t’es-tu échappé ? »
« Ce n’est rien de spécial. C’est vraiment facile. Si vous promettez juste une chose, je vous laisserai sortir aussi. »
« … Quoi ? »
Aux enfants qui s’étaient tus en un instant et qui observaient maintenant ma bouche, j’ai fait une demande.
« Fermez juste vos gueules pendant cinq minutes. S’il vous plaît. »
« ? »
Sérieusement, j’étais sur le point de faire une crise de nerfs.