Chapitre 198
TL/ED – Miso
« Je réglerai ça en rentrant… »
Pour m'occuper du problème immédiat, j'ouvris l'entrée des égouts et pénétrai à l'intérieur, accueilli par une légère odeur d'eau.
Les égouts sont généralement des endroits sales et étroits. Ce n'était pas un préjugé, mais du bon sens, pourtant celui-ci était éclairé par des lanternes tout le long du passage et suffisamment large pour que dix personnes puissent y marcher sans se serrer.
« Iabon a toujours eu des problèmes avec ses systèmes d'eau et d'égouts. C'est pour ça que la ville n'a pas lésiné sur les moyens pour ses installations souterraines, afin de faciliter la maintenance. »
Le garde me tendit la torche qu'il portait et poussa un soupir.
« Normalement, c'est la compagnie de mercenaires en poste ici qui s'en occupe. Je ne pouvais pas envoyer quelqu'un que le Seigneur nous a spécifiquement demandé de protéger faire une corvée pareille, mais… »
« Disons simplement que rien ne s'est passé ici. Je m'en occupe et je reviens tout de suite. »
« Oui. Ce sont sûrement ces maudits Gobelins de la Terre qui bouchent encore les tuyaux. Je doute qu'ils fassent le poids face à Sir Jern. »
« ? »
Au moment où je terminai cet échange avec le garde à l'air perplexe, j'avais déjà identifié le problème.
Peu importait la longueur et la largeur de ces tunnels souterrains, ils restaient à portée de mon Sens du Courant.
Le souci, c'est que ce que j'avais détecté ne ressemblait pas à un simple accident mineur.
« Excusez-moi, est-ce que des vagabonds vivent aussi dans ces égouts ? »
« Des vagabonds, monsieur ? Non. L'eau inonde les lieux de temps en temps, ce n'est pas un endroit habitable. »
« Je vois. »
L'expression du garde indiquait clairement qu'il ne savait rien, ce qui signifiait que quelqu'un agissait seul.
Quand je commençai à marcher droit vers la source du problème, le garde tendit la main, pressé.
« Attendez, monsieur ! L'intérieur est un vrai labyrinthe. C'est impossible de s'y retrouver seul. Un guide va arriver d'une minute à l'autre, alors… »
« J'ai une carte. Tout ira bien. »
« U-une carte ? C'est impossible qu'une chose pareille existe… »
Ignorant les protestations du garde, je marchai pendant plusieurs minutes dans les égouts résonnants.
Le réseau hydraulique souterrain était effectivement aussi complexe qu'un labyrinthe. Mais il était seulement complexe, pas particulièrement long, donc atteindre la section endommagée fut assez facile.
-Shaaaaa…
« La voilà. »
En moins de dix minutes, je trouvai un tuyau sectionné qui déversait de l'eau violemment sur le sol.
Il était assez large pour qu'une petite personne puisse y passer le torse. La section coupée portait des marques manifestement délibérées, pas le résultat d'une détérioration.
Cela jouait en ma faveur. Je soulevai lentement le tuyau grâce à la pression de l'eau, puis je remis la section sectionnée en place.
-Clac.
Le flux d'eau se rétablit. Cependant, comme le tuyau était toujours coupé, il tremblait de manière instable. Laissé tel quel, dès que je relâcherais la pression de l'eau, il éclaterait à nouveau.
Après un moment de réflexion, je ramassai de la terre aux alentours, je l'humidifiai avec de l'eau et je la tassai autour du tuyau.
Puis je pressai de toutes mes forces.
-Crac… ! La terre humide fut compressée en un instant sous une pression énorme. Je ne pouvais rien faire contre l'eau qui suintait encore, mais au moins, cela servirait d'adhésif pendant un moment.
« Une petite égratignure, ça devrait aller, non ? »
Je marquai une croix sur le mur voisin pour que les autres puissent trouver l'endroit facilement, puis je me dirigeai vers le tuyau sectionné suivant.
Naturellement, il n'y avait pas qu'un ou deux tuyaux coupés. Étant donné que cette immense ville subissait une crise de l'eau soudaine, près de plusieurs dizaines de tuyaux avaient été sectionnés.
Et seulement les plus critiques, qui plus est.
« Quand vont-ils se montrer ? »
J'espérais que le coupable réagirait quand je réparerais le premier tuyau, mais jusqu'ici, ils semblaient se contenter de regarder.
Ils pensaient probablement que c'était une coïncidence.
Alors je continuai à réparer les tuyaux jusqu'à ce qu'ils sortent.
-Crac !
-Clac…
[Qu-quoi ? L'eau revient soudainement ?]
[C'est cette personne qui est entrée pour réparer ?]
[Non, il n'est pas entré pour exterminer… quelque chose ? Il ressemble au fils d'un noble. Comment pourrait-il faire des réparations ?]
Dans les sections relativement peu profondes, je pouvais utiliser mon Sens du Courant pour capter les bruits de l'eau revenant dans la ville au-dessus et les murmures surpris des gens qui jacassaient.
Au moment où le nombre de tuyaux que j'avais réparés dépassa ceux que je n'avais pas encore touchés, une réaction finit par venir de l'autre côté.
Une intention meurtrière flagrante, si évidente que je n'avais même pas besoin de mon Sens du Courant, commença à remplir l'espace.
Mais je l'ignorai nonchalamment et soulevai le tuyau suivant.
« Maintenant ! Feu ! »
-Fwip !
Plusieurs flèches jaillirent de l'obscurité en même temps.
Alors que je percevais leur trajectoire au ralenti, je fus sincèrement surpris par un développement inattendu.
Les flèches elles-mêmes n'étaient pas surprenantes. Je les avais déjà vus tenir des arcs, tendre les cordes et attendre avec le cœur battant l'ordre de leur chef.
Ce qui me surprit, c'était leur trajectoire.
« Je pourrais rester parfaitement immobile qu'elles ne m'atteindraient pas. »
Je décidai de faire confiance à ma Barrière d'eau et de rester sur place, et comme prévu, les flèches chancelantes s'écrasèrent inutilement sur le sol.
Quel exploit. Rater une cible immobile à cette distance. Sûr désormais qu'ils n'étaient pas des archers, j'entendis une voix urgente appeler à une autre salve.
« Qu'est-ce que vous faites ?! Encore, tirez encore ! »
« O-oui ! »
-Fwbwbwk !
Cette fois, contrairement à avant, plusieurs flèches se dirigèrent réellement vers mes points vitaux.
Je hochai la tête avec admiration devant leur amélioration remarquable, et les flèches s'arrêtèrent net dans les airs, précisément à quelques mètres de moi.
« Qu-qu'est-ce que c'est que ce bordel… ? »
Alors que l'homme barbu fixait avec stupeur les flèches suspendues sans mouvement comme si elles étaient épinglées à une cible invisible, son subordonné déglutit difficilement.
« Il est… au moins du Cinquième Cercle… un mage de haut rang… semble-t-il… »
« …C'est impossible ! Pourquoi un mage de haut rang serait-il ici ? ! »
Ils avaient même réussi à arriver à un malentendu assez défavorable entre eux.
À ce rythme, ils allaient s'enfuir. Pensant que ce serait une corvée de traquer les retardataires, je fis un pas en avant, et le chef, qui avait tressailli, tira son épée avec un regard résolu.
« Aujourd'hui, nous mourons ici. Ceux qui veulent fuir, dégagez. »
« N-non, monsieur ! ! »
« …Nous mourrons ensemble ! »
-Cling ! Leurs prises d'épée étaient maladroites, peu importe comment je regardais, mais l'esprit derrière était réel.
Huit d'entre eux entrèrent dans la lumière de la lanterne. Ils portaient des uniformes gris crasseux, comme s'ils jouaient aux artistes martiaux. Il n'y avait pas que leurs vêtements qui n'avaient pas été lavés ; chacun d'eux avait l'air sale de la tête aux pieds.
Leurs cheveux, leurs barbes, poussant dans toutes les directions, irradiaient une sorte de fanatisme que je n'avais même pas besoin de lire dans leurs yeux pour ressentir. L'homme qui avait tiré son épée le premier poussa un cri de guerre et chargea.
« MEURS ! »
« Je vais y réfléchir. »
-CRAC !
« Gkh- »
« K-kghh… »
Tous les huit lâchèrent leurs épées en pleine charge et s'effondrèrent sur les genoux.
Quelques-uns semblaient avoir la colonne vertébrale tordue selon des angles légèrement incorrects. J'envisageai de les traîner tels quels, mais le venin qui n'avait pas encore quitté leurs yeux piqua ma curiosité.
« Alors, est-ce que vous êtes ce qu'on appelle des Gobelins de la Terre ? »
« … ? »
« Si ce n'est pas le cas, mes excuses. Je n'ai jamais vu de Gobelin de la Terre en vrai. Ils s'appellent Gobelins de la Terre, alors peut-être qu'ils ne ressemblent pas aux gobelins ordinaires. Qui sait, ils pourraient ne pas avoir l'air différents des humains. »
« Vous pouvez prendre nos vies, mais vous ne pouvez pas nous insulter ! Nous sommes le Corps d'Entraînement Martial ! »
« Le Corps d'Entraînement Martial. D'accord. Ce n'est pas juste un autre nom pour une sous-espèce de Gobelin de la Terre, n'est-ce pas ? »
« Grrr… ! »
Le chef, qui résistait le plus férocement, s'agita sur ses genoux pendant un moment avant de grincer des dents et de me lancer des malédictions.
« Tu as peut-être gagné aujourd'hui. Mais quand le moment viendra, quand le Cercle Cramoisi recouvrira ce monde, même ta précieuse magie ne te protégera pas ! »
« …Quoi ? »
Cercle Cramoisi. Au moment où j'entendis ça, je montai ma garde d'un cran.
Mais ces gens n'étaient pas des Déchus. Ce n'étaient même pas des mages.
C'étaient simplement le genre de personnes que le Cercle Cramoisi traitait comme moins que du bétail. Il n'y avait aucun moyen qu'ils soient liés de manière significative.
« Qui êtes-vous pour prétendre être sous les ordres du Cercle Cramoisi ? Vous n'avez absolument rien à voir avec eux. »
« Ils ne nous connaissent peut-être pas. Mais nous, nous les connaissons. »
« Non, ces gens ne considèrent même pas des gens comme vous comme des humains. Ils vous tueraient à vue. »
« Nous savons. »
Le chef croisa mon regard, ses yeux sauvages et fiévreux.
« Mais grâce à eux, nous avons pu trouver de l'espoir. »
« Quel genre d'espoir ? »
« L'espoir qu'un jour, un monde sans mages verra le jour. »
Il grinça des dents avec ferveur.
« Un monde juste et égal, où personne ne se tient au-dessus des autres simplement pour être né fils ou fille de mage ! Si ce monde finit par exister, nous sommes prêts à mourir autant de fois qu'il le faudra ! »
« … »
Comment dire.
C'était comme regarder un lapin se prosterner devant un tigre, parce que le tigre a promis de combattre un lion pour lui.
Eh bien, je supposais que l'ignorance pouvait mener à ça. Me rappelant que les organisations criminelles internationales ont tendance à attirer les parias de la société, je poussai un soupir.
« D'accord, donc vous avez coupé les tuyaux de cette ville pour le Cercle Cramoisi ? Je suis sûr qu'ils vous tapoteront la tête et vous appelleront "bons petits gars". »
« …Surveille ton langage ! Nous avons fait ça pour protéger l'ancienne relique d'Iabon… ! »
Quand je lançai une dernière pointe de sarcasme avant de les remettre aux gardes, l'un des subordonnés du Corps d'Entraînement Martial ne put se retenir et explosa.
Le chef lança immédiatement un regard noir à l'homme, et le subordonné réalisa sa gaffe et ferma sa bouche.
Un silence brusque et contre-nature s'installa. Ma curiosité ravivée, je poussai le chef.
« Hé, il y a quelque chose ici en bas ? »
« Tue-moi. »
Il n'avait clairement aucune intention de parler. Ses subordonnés portaient des expressions tout aussi déterminées, alors après un moment de réflexion, je parlai d'un ton décontracté.
« Puisque c'est comme ça, laisse-moi te dire quelque chose. Je suis en fait venu ici pour chercher ça aussi. »
« …Quoi ? »
« Je suis un membre du Cercle Cramoisi. »
Je tapotai autour de mes yeux et lui montrai qu'il n'y avait aucune Étoile dedans. Les yeux des subordonnés s'agrandirent.
« Idiots, ne tombez pas dans un piège aussi évident ! »
Mais le chef du Corps d'Entraînement Martial renifla et me fixa.
« Regarde nos membres suspendus en plein air. C'est de la Télékinésie ! Il nous retient tous avec la seule Télékinésie tout en ayant une conversation décontractée. Il est au moins du Septième Cercle… un mage de haut rang au-delà de toute imagination. Cacher une Étoile dans ses yeux serait un jeu d'enfant ! »
« Ah, ahh… »
« J-je suppose que oui… »
Je me grattai la joue en regardant les subordonnés se dégonfler, quand une pensée me vint.
« Et si… »
Peu importe à quel point le Fardeau de la Mer profonde était appliqué progressivement, si je traînais des gens ordinaires comme eux, qui n'étaient ni mages ni Chevaliers, dans la Mer profonde, même quelques secondes pourraient leur être fatales.
Plus important encore, ils ne pourraient pas voir ce que je vois.
Mais…
« Qu'est-ce que tu essaies de… »
Je saisis l'épaule du chef surpris et commençai à transférer la Barrière d'eau sur lui.
Il n'avait aucune idée de ce qui se passait, mais à travers mes yeux, je pouvais voir la Barrière d'eau se superposer progressivement sur son corps.
Que se passerait-il s'il entrait dans la Mer profonde dans cet état ?
Pourrait-il voir les mêmes choses que moi ?
« Ouvre grand les yeux. Je vais te montrer ce qu'est vraiment le Cercle Cramoisi que tu vénères. »
Barrière d'eau ou non, il restait une personne ordinaire. S'il n'avait pas de chance, il pourrait exploser et mourir.
« D'un autre côté, si quelques adorateurs du Cercle Cramoisi explosent et meurent, et alors… »
Je ne sentais pas que cela pèserait sur ma conscience, alors avec une attitude de "rien à perdre", je fis la transition avec facilité.
L'instant d'après, le monde s'inversa.
Je le regardai avec curiosité. Pouvait-il voir les mêmes choses que moi à l'intérieur de ma Barrière d'eau ? Ou ne verrait-il rien du tout, simplement debout là ?
« … »
Au début, je pensai que c'était la seconde option.
Il fixait le vide sans aucune réaction.
Juste au moment où je pensais que ça avait échoué et que je devrais au moins être heureux qu'il ne soit pas mort…
« C-c'est… »
Regardant les Créatures abyssales nager devant ses yeux.
Regardant le sol, plus sombre que le noir absolu.
Regardant le ciel fait uniquement d'obscurité, la bouche du chef s'ouvrit de plus en plus largement.
« C'est… c'est… le m-monde. »
« Oh, tu peux le voir ? »
« O-oui ! Oui ! Oui ! Je te crois, je te crois ! Je te crois maintenant ! »
Le chef, déblatérant ce qui ressemblait à des versets d'hymne, hocha frénétiquement la tête.
La révérence et la terreur se mêlaient dans ses yeux. Si je le laissais ici plus longtemps, l'homme qui était déjà dérangé perdrait complètement la tête, alors je revins rapidement à la réalité.
« Bien, alors maintenant tu crois que je fais partie du Cercle Cramoisi ? »
« O-oui, ouuuui… »
« M-monsieur ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Il a juste disparu et réapparu… »
Les subordonnés demandèrent à leur chef avec des visages perplexes, mais il tremblait trop violemment pour leur prêter attention.
Je parlai à l'homme en panique doucement et lentement, pour qu'il puisse comprendre.
« Quelle est la relique ? »
« …D-de la terre. »
« Quoi ? »
« Un trésor du Cercle Cramoisi appelé la Terre Sacrée… est enterré sous cette ville… »
Bingo.