Chapitre 14
TL/ED – Miso
« De l’a-argent ? »
Je remis mes idées en place en observant le Directeur-nim, qui répétait ma question avec un air ahuri.
Notre orphelinat, l’Orphelinat, peu importe comment vous l’appelez, est une structure incroyablement bien dotée.
C’est le plus grand orphelinat qui soit ; ils nous donnent même de l’argent de poche, et il y a tellement de variétés de repas et d’opportunités éducatives que nous ne semblions pas différents des enfants issus de familles ordinaires.
Au début, je pensais que tous les orphelinats étaient comme ça et j’admirais cette politique, mais après avoir été traîné par Linmel jusqu’à la Capitale et avoir vu les choses malgré moi, j’ai compris que notre orphelinat était tout simplement le meilleur.
Bien sûr, cela ne signifie pas que les autres établissements pratiquaient des abus. J’avais entendu dire que de tels endroits avaient existé, mais grâce à la politique en vigueur, ils avaient tous été fermés et étaient devenus introuvables.
Quoi qu’il en soit. Du système qui veille sur chaque pensionnaire jusqu’à l’argent de poche, nous étions les seuls à bénéficier de tels avantages.
Au début, je me disais simplement : « Waouh, la Princesse doit vraiment aimer notre orphelinat pour nous soutenir autant. »
…Tout ça n’était qu’une façade.
En d’autres termes, le Directeur n’avait pas d’autre choix que de céder. Pas pour lui-même, mais pour notre bien…
« Non. »
« ? »
Ce n’était pas comme ça que ça se passait.
Le Directeur, qui était resté bouche bée, m’assit et, avec une expression rarement aussi sévère, croisa les bras et entama un long sermon.
« Jern, je sais que tu es brillant. Mais utiliser ce talent pour l’escroquerie… c’est quelque chose que tu ne dois pas faire. »
« …Non, ce n’est pas une escroquerie- »
« Ahem. Même si ce n’était pas le cas, je veux que l’argent que je dépense pour t’habiller et te nourrir soit de l’argent propre. »
« … »
Comme prévu, la droiture absolue ne tolère aucun sophisme.
« Mais alors, qu’en est-il de notre Orphelinat ? »
« … »
Alors, il suffisait de le rendre moins « droit ».
L’expression du Directeur-nim vacilla.
« …Tu es au courant ? »
« Un peu. J’ai entendu des choses. Mais même si je n’avais rien su, je m’en serais douté. Tout le monde sait que les finances sont dans un état critique ces derniers temps. »
« Même ainsi, c’est quelque chose que je peux- »
« Vous ne pouvez pas. »
Je fus catégorique.
Si c’était un problème qui pouvait être résolu, on n’en serait pas arrivé là.
Je murmurai comme un démon à l’oreille troublée du Directeur-nim.
« Ce sont de mauvaises personnes. Vous avez entendu dire que certains résidents ont sombré dans le jeu et ont tout perdu ? »
« C-c’est… »
« Directeur-nim. »
Comme je l’ai dit plus tôt.
Le Directeur-nim finit par céder.
« Considérez ça comme étant pour nous. Pour que nous puissions bien manger et grandir correctement. »
Parce que c’était pour nous, pas pour lui.
« … »
Après avoir ruminé longuement, le Directeur-nim inclina profondément la tête.
« Juste une fois… »
« Oui ? »
« Juste une fois. Juste pour rembourser la dette, et assez pour acheter tes manuels. Et ne t’en prends pas à ceux qui jouent. »
Bingo.
Je répondis avec un sourire radieux.
« Bien sûr. Ne vous inquiétez pas, nous ferons en sorte que les escrocs viennent à nous d’abord. »
« Haa, j’ai l’impression de danser au creux de ta main… »
Emmenant le Directeur-nim, qui soupirait, nous nous rendîmes à la boutique de vêtements d’Anelin-ssi pour les essayages.
« Ah, non, Directeur-nim. Qu’est-ce que c’est que ça… »
« …Je suis désolé. Je t’expliquerai tout plus tard. »
Anelin-ssi poussa un cri devant l’accoutrement épouvantable du Directeur-nim.
Un gilet en velours rembourré, une ceinture en cuir, un pantalon qui brillait de façon vulgaire.
Avec une fausse barbe ajoutée pour le déguisement, il ressemblait à la caricature d’un nouveau riche.
« Tenez cette canne, et à l’avenir, ne me parlez pas avec douceur. »
« …Ça ira comme ça ? »
« Vous êtes un peu raide. Parlez avec dédain, comme si vous vous adressiez à un subalterne. »
« C-comme ça ? »
Je corrigeai aussi son ton de voix.
Je m’habillai également en serviteur.
Quant à mon visage, je ne pris pas la peine de le dissimuler. Rares sont ceux qui prêtent attention au visage d’un domestique.
« Je m’adresserai à vous ainsi : Maître. »
« …D-d’accord… »
« Ne soyez pas trop nerveux. Ce sera fini en un instant. »
« Hmm, comment est-ce possible ? Peu importe à quel point tu es doué pour les arnaques, on ne gagne pas de l’argent si facilement. »
J’expliquai étape par étape au Directeur-nim, perplexe.
« Si on mise 1 pièce d’argent, qu’on la transforme en 10, puis en 100, que se passera-t-il ? »
« Je ne sais pas. »
« La réponse est : “on ne peut pas savoir”. Au moment de transformer les 10 pièces, ces types vont tricher, et si je déjoue leurs tours, ils comprendront qu’on n’est pas des amateurs et ils utiliseront la force. Avant que 1 pièce ne devienne 100, on se fera expulser d’une manière ou d’une autre. »
Et je n’étais pas sûr de pouvoir surmonter cette force.
…enfin, j’avais un peu confiance.
Mais le faire poserait problème. Escalader la situation n’est pas le but.
C’est pour cette raison que je n’avais jamais envisagé de gagner étape par étape.
« Alors, que comptes-tu faire ? »
« J’ai déjà trouvé un moyen. »
Quand ces bâtards jetteront l’appât pour nous ferrer-
Je briserai la ligne de pêche avec l’hameçon.
Et avant qu’ils ne comprennent la situation, nous nous enfuirons.
« L’opération est pour demain. On règle ça d’un coup. »
Le temps qu’ils réalisent qu’ils ont été bernés au tripot,
le nouveau riche et son serviteur n’existeront plus dans ce monde.
*
-Goutte, goutte.
…?
Le jour même où nous devions nous rendre au tripot. Le ciel était encore sombre, à l’aube.
Alors que je manifestais le flux de courant à l’intérieur de l’entrepôt, un saignement de nez se déclencha soudainement.
« Tsk, c’est quoi ça ? »
J’avais pourtant bien dormi, alors pourquoi ?
Ce n’est pas un monde où les mouchoirs existent. J’attrapai le sang qui coulait grossièrement avec ma main et l’essuyai avec un chiffon à proximité.
Dans le processus, du sang s’étala sur ma main.
Pour le laver, il faudrait que j’aille jusqu’au puits. Trop paresseux, je fronçai les sourcils à cette idée, quand une nouvelle idée me traversa l’esprit.
« Ça peut marcher ? »
Je pris conscience de mon sang.
Puis, comme une goutte de lait tombant dans l’eau, le sang se dispersa dans l’air.
« Ohhh… »
C’était un spectacle étonnamment mystique. Alors que je fixais béatement le petit nuage fait de sang-
[~~~~~~~~~~~~!]
les courants se mirent à trembler violemment.
Comme s’ils avaient perdu la tête.
Quand je levai les yeux pour voir ce qui se passait, les Créatures des Abysses, qui étaient restées calmes jusqu’alors, se contorsionnaient frénétiquement comme si elles cherchaient quelque chose, nageant à des vitesses inimaginables.
Il était clair ce qu’elles cherchaient.
« Merde. »
Je réalisai immédiatement et laissai tomber le sang.
Ploc, ploc, ploc- le sang qui flottait dans l’air tomba sous l’effet de la gravité et s’imprégna dans le sol.
Peu après, le silence revint en un instant. Les Créatures des Abysses s’enfuirent rapidement, et il n’en resta que bien moins qu’avant.
…Quelque chose semblait étrange. On aurait dit que les Créatures des Abysses s’étaient enfuies par peur.
Je manifestai le flux de courant à l’intérieur de l’entrepôt.
« ……………….. »
Et alors.
Je perçus une créature massive, au-delà de toute description.
Même avec le flux de courant, qui me permettait désormais de sentir les choses à des dizaines de mètres, je ne pouvais percevoir qu’un infime fragment de cet être.
Des dizaines de milliers de dents acérées, faites pour broyer des créatures plus grandes qu’elle-même… une gueule comme un mixeur.
Elle ouvrit cette gueule et engloutit l’orphelinat.
Je ne pouvais même plus respirer.
Si elle fermait sa gueule telle quelle, je-
[Uoooooh…]
Heureusement, la chose ne ferma pas sa gueule et disparut à la place.
…Pas qu’elle se soit vraiment volatilisée.
Elle était simplement sortie de la portée de mon flux de courant.
Elle dérivait probablement encore dans les parages, même maintenant.
Incroyable. Je me grattai la tête et, par précaution, essuyai le sol taché de sang avec un chiffon.
« Est-ce plus dangereux que la pression de l’eau… ? »
La pression, ou la noyade.
Rien de tout cela n’était comparable à l’horreur d’une telle mort.
…Ah, maintenant je comprends un peu. À part les légers tressaillements quand j’utilise les courants, il n’y avait jamais eu de problème, alors j’avais laissé ça de côté. La vérité, c’est qu’ils ne peuvent tout simplement pas me voir.
Peu importe avec quelle intensité ils sentent les courants étranges, ils ne peuvent pas remarquer que je suis là, alors ils se disent juste : « Hein ? C’est quoi ça ? Pourquoi ça arrive tout d’un coup ? »
Mais si je laisse le sang couler comme ça, ils me remarquent.
Et là, je pourrais être complètement foutu.
« Je ne peux pas… utiliser ça, n’est-ce pas ? »
Même si je dispersais du sang dans l’air et que je l’envoyais vers un ennemi, les créatures ne feraient que mordre dans le vide.
Puisque j’existe dans ce monde et dans l’autre, je serais dévoré.
Mais les gens qui n’existent que dans ce monde ne peuvent pas être importunés par les Créatures des Abysses.
Que ce soit une chance ou non, je ne sais pas.
« J-Jern ? »
Alors que je me lavais le visage au puits, le Directeur-nim s’approcha, l’air inquiet.
« Quelque chose ne va pas ? Tu as mauvaise mine. »
« Hein ? Je vais bien. Je suis même en pleine forme. »
Ce n’était pas un mensonge.
Pour une raison quelconque, ces deux derniers jours, raffiner la magie était devenu remarquablement facile.
Les mouvements des courants magiques réguliers étaient devenus fluides.
À tel point que si je combinais cela avec un simple sort de vent maintenant, j’avais l’impression que je pourrais même flotter légèrement dans les airs.
C’était dommage de ne pas pouvoir assister aux cours et apprendre de nouveaux sorts, mais dans l’ensemble, les choses se passaient bien.
« Préparons-nous alors. Combien d’argent as-tu préparé ? »
« Hmm, à peu près ça. Ça ne manquera pas, n’est-ce pas ? »
…
Je regardai dans la bourse et, surpris, je demandai en retour.
« ?? Pourquoi en avez-vous préparé autant ? »
« Quoi qu’il arrive, je ne pouvais pas utiliser les fonds de l’orphelinat pour jouer. Je l’ai emprunté avec le champ comme garantie. »
« Le champ ? Vous ne voulez pas dire cette terre que votre famille se transmet depuis des générations, n’est-ce pas ?? »
« Oh, donc tu savais ? »
« Non, mais… pourquoi feriez-vous ça ? Nous n’avons pas besoin d’autant. »
Alors que j’étais atterré, le Directeur-nim se gratta la joue timidement.
« C’est un peu étrange de dire ça en route pour aller jouer, mais… je crois en toi, Jern. »
« … »
« Même si les choses ne se passent pas bien aujourd’hui, ne sois pas trop déçu. Tes intentions suffisent. »
« …Oui, monsieur. »
Alors le Directeur-nim était aussi un magicien.
Il devait avoir appris un sort qui tue les gens par simple pression.
*
Le tripot n’était, bien sûr, pas un endroit légal.
Naturellement, cela signifiait qu’il n’y avait pas foule, ce qui signifiait aussi que ça ne ressemblait en rien à un casino étincelant.
Le tripot que nous avons visité était un entrepôt déplaisant situé près de la forêt, à la périphérie de la ville.
Sans les hommes musclés à l’air patibulaire bloquant l’entrée, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un bâtiment abandonné comme on en trouve partout.
Alors que nous tentions d’entrer avec désinvolture, un garde qui discutait et ricanait à proximité cracha sur le côté et bloqua l’entrée.
« Jamais vu vos têtes ici. »
« … »
J’attendis derrière, en régulant ma respiration.
Il était temps de voir à quel point notre Directeur-nim pouvait jouer la comédie.
« E-est-ce que je suis venu à un endroit où je ne devrais pas ? »
Bien que je n’en attendais pas grand-chose, à part un léger bégaiement, il s’en sortit bien.
Un visage plein d’irritation, une démarche arrogante, et une insatisfaction subtile comme s’il méritait un meilleur traitement.
Le garde ricana avec dédain et laissa passer.
« Ne t’énerve pas comme ça. Juste une formalité. N’importe qui peut entrer dans notre refuge. »
« Dois-je vous ouvrir la porte, monsieur ? Héhéhé… »
Il fut ouvertement manqué de respect, mais ce n’était pas grave.
Mieux vaut être perçu comme un maquereau dodu qu’un poisson trop gros pour le filet.
« Entrons. »
J’ouvris la porte à la place du Directeur-nim, toujours hésitant, et fis un pas dans le tripot, et, euh, eh bien.
Ça semblait plus légitime que ce à quoi je m’attendais.
« Puuuutain !!!!! Comment c’est possible, bordel ?! C’est truqué, truqué je vous dis !!!! »
« Hé, faut accepter les résultats. Fais pas de conneries. »
« Tu sais quel rêve j’ai fait aujourd’hui ? La faucheuse a passé sa faux autour de mon cou et a tiré. »
« Alors pourquoi t’es venu jouer ici, espèce d’abruti ? »
« Parce que j’ai perdu jusqu’à hier ! La faucheuse a tué mon ancien moi, faible et pathétique. C’est un signe de grande fortune ! »
Au premier coup d’œil, il devait y avoir au moins une centaine de personnes entassées à l’intérieur.
Un lustre tape-à-l’œil qui n’avait rien à faire dans un entrepôt, des sols recouverts d’un tapis cramoisi, des croupiers et des employés en uniforme, et même un groupe jouant de la musique entraînante au bar et autour de la salle.
Bien sûr, il y avait quelques finitions grossières, mais dans l’ensemble, tout ce qu’on pouvait attendre était présent.
Même si ce n’était que pour la forme, c’était étonnamment élaboré. Sifflotant, je regardai autour de moi quand un serveur s’approcha, arborant un sourire figé.
« Bonjour, monsieur. Je ne crois pas vous avoir déjà vus, est-ce votre première fois ici ? »
« Tch, tch… »
Comme prévu, le Directeur-nim fronça les sourcils et fit un geste de rejet, alors je m’avançai.
« Mes excuses. Mon maître… n’apprécie pas les conversations inutiles. Si vous avez quelque chose à dire, dites-le-moi. »
« Euh, ah, oui… »
Le serveur jeta un coup d’œil entre moi et le Directeur-nim avec un soupçon de confusion, mais en professionnel, il reprit rapidement son calme et m’expliqua.
« Notre “Refuge” vise à offrir un lieu de vitalité à tous ceux qui sont lassés par leur rude quotidien. Notre but est de créer un endroit où chacun peut s’amuser. »
« Ah, oui. Ça a l’air merveilleux. Où échange-t-on l’argent ? »
« …Vous voyez ce bar là-bas ? Vous pouvez le faire au comptoir sur le côté. Il y a des frais de change, mais comparé à d’autres endroits, c’est assez raisonnable, alors vérifiez par vous-même ! »
« Y a-t-il des restrictions sur les “jeux” auxquels on peut jouer ? »
« Haha, bien sûr que non ! N’importe où, n’importe quand, vous pouvez rejoindre si vous le souhaitez ! »
Le serveur me parlait, mais il avait ajusté sa voix pour que tous les détails soient clairement audibles par le Directeur-nim.
L’imprégnation du personnage semblait avoir réussi.
Après nous avoir traités avec un sourire obséquieux jusqu’au bout, le serveur s’en alla.
« … »
Avant d’entrer, j’avais déjà dit au Directeur-nim quoi faire. Assez vite, avec des mouvements raides, il commença à scanner les tables de jeu une par une.
Je suivis, en gardant un œil sur les environs également.
« S’il vous plaît, en dessous de 10, s’il vous plaît… ! »
Le jeu le plus courant était les cartes.
Pouvais-je interférer avec ça… ? Ce n’était pas impossible.
Mais la difficulté était trop élevée. La moindre erreur leur ferait comprendre que je manigançais quelque chose.
« Six, six… et un ! Tu as fait faillite ! »
« Khahaha, espèce de bâtard. Même si t’avais tiré ça, t’étais fini. »
Le deuxième plus courant était le jeu de dés.
Mieux que les cartes, mais toujours aussi impossible pour nous.
Mais comme test, c’était parfait. Je donnai un signal. Pour être précis, je tapotai l’épaule du Directeur-nim avec le courant.
« …Ahem. »
Le Directeur-nim, s’arrêtant, sortit une fausse cigarette de sa poche et la mit à la bouche. Je reculai un peu et manifestai le flux de courant pour observer la table.
« D’autres participants pour ce tour ? Le lancer actuel appartient au Joueur 1. »
« La chance est foutue aujourd’hui. Je passe. »
« Hé, tu te pavanais avec suffisance, et maintenant tu pars juste après avoir perdu ? »
« Ferme ta sale gueule… »
En regardant le joueur s’affaisser, la tête basse, je laissai échapper un rire creux.
Parce que je sentais à travers le courant que l’homme qui disparaissait vers les toilettes discutait et riait avec un autre croupier.
« Quoi, personne d’autre ne rejoint ? Juste au moment où je commençais à gagner un peu d’argent ! Quelqu’un, venez ! Hahaha… ! »
Ce type qui ne faisait que perdre était le complice. Celui qui ne faisait que gagner était le pigeon.
Le pigeon bienheureux ne montrait pas la moindre intention de bouger ses fesses.
Ils l’avaient bien dressé. Même si j’allais le voir maintenant pour lui dire la vérité, qu’il se faisait plumer, il se mettrait probablement en colère et me dirait de fermer ma gueule avec mes conneries.
Après avoir fait le tour et vérifié avec le courant à quelques reprises, je découvris que ce manège se produisait à chaque table.
Habituellement, dans les tripots normaux qui gagnent de l’argent grâce à de vraies commissions, les escrocs se rassemblent pour chasser les pigeons.
Mais pas ici. Ici, le tripot lui-même était l’escroc géant, conçu pour pêcher les pigeons.
« …C’est une bonne chose, en fait. »
Je réprimai le sourire qui se dessinait sur mes lèvres.
Ça venait de devenir plus facile. Avec les choses plus ou moins comprises, j’envoyai à nouveau un signal au Directeur-nim. Cette fois, je tapotai l’épaule opposée.
« Ahem ! »
Puis, élevant la voix inutilement pour attirer l’attention, le Directeur-nim me regarda avec une expression grave.
Je me dirigeai vers l’échangeur de jetons que j’avais vu plus tôt et déversai tout l’argent du sac.
Clac, clac… La quantité était telle que les autres joueurs se tournèrent et fixèrent avec surprise.
« …Quoi ? Pourquoi quelqu’un d’aussi riche viendrait ici ? »
« Laisse tomber. Les riches aiment souvent les excentricités. »
Naturellement, les regards furent attirés vers nous.
À quel jeu une personne si riche viendrait-elle jouer ici ?
Blackjack ? Poker ? Ou peut-être…
« … ? »
« Q-qu’est-ce que c’est ? »
Nous avons trahi chacune de leurs attentes.
Nous nous sommes dirigés tout droit vers la roulette, un jeu auquel personne ne jouait.
Le croupier gérant la roulette nous regarda avec confusion.
« Allez… allez-vous rejoindre la partie ? »
« Oui. Numéro 21, mise directe. »
Le Directeur-nim plaça un seul jeton.
« …Je vais lancer. »
Le croupier ahuri fit tourner la roulette, comme s’il s’agissait juste d’un test de fortune.
Toc, tododok…
La bille s’arrêta sur le noir 35.
En regardant le résultat, j’activai le flux de courant.
Maintenant, voyons quel genre de tour ils avaient préparé…
…Hein ?
« Numéro 21, encore. Direct. »
Le résultat était totalement incroyable.
Non, c’est réel ?
Je ne pouvais pas y croire, alors je fis signe au Directeur-nim de confirmer encore et encore.
« Je vais lancer. »
Mais chaque fois que je vérifiais la roulette avec le flux de courant, il me montrait exactement la même information.
En regardant la roulette tourner, ou plutôt la bille, je ne pus m’empêcher de laisser échapper un rire creux.
« …Ha. »
Je le couvris rapidement.
Mais probablement, ça allait finir beaucoup plus vite que je ne le pensais.
*
Au deuxième étage du casino.
Dans un espace surplombant chaque mouvement des joueurs, le gérant monta précipitamment.
Et, face à l’homme chauve massif savourant du vin au centre, il se mit au garde-à-vous.
« K-Krain-nim ! »
L’homme appelé Krain fit rouler les dés posés sur une luxueuse table en bois et répondit avec un regard irrité.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Je t’ai dit de ne pas monter pendant que je travaille. »
« Un gros poisson a mordu à l’hameçon. »
« …Un gros poisson ? »
Krain pencha la tête.
« Personne n’a tenté de jouer récemment. De quoi tu parles ? »
Un gros poisson, c’est-à-dire un pigeon riche, doit bien sûr être cajolé pour déverser tout ce qu’il a.
Parce qu’ils ne sont pas totalement idiots, ils ne jettent pas toute leur fortune d’un coup.
Le gérant répondit avec une expression déconcertée, comme s’il ne comprenait pas lui-même.
« Je ne sais pas trop… ils sont juste arrivés soudainement aujourd’hui et ont commencé à tester la roulette. »
« … ? »
La roulette ?
Krain se leva de son siège et se dirigea vers la rambarde surplombant le premier étage.
Là, un homme habillé comme un nouveau riche plaçait un jeton à la fois sur la roulette, avec un serviteur à sa suite.
Derrière lui se trouvait une montagne de jetons.
Krain fronça les sourcils.
« …Il a échangé tout cet argent juste pour jouer à la roulette ? »
« Oui… je ne sais pas pourquoi. »
« Tsk, il perdra assez vite. Pas besoin de s’en faire, laisse-le juste… »
Mais alors que Krain allait écarter l’idée, son regard se déplaça vers le serviteur derrière le nouveau riche.
« … ! »
Clac- la mâchoire de Krain tomba alors qu’il fixait le serviteur.
puis il découvrit ses dents dans un large sourire.
« Hé, héhahaha… ! »
« Krain-nim ? »
« C’est incroyable. Un Corps Naturel… ! Ils ne doivent même pas savoir qu’il est magicien, l’amenant dans un endroit comme celui-ci… »
Le gérant semblait ne pas comprendre-
mais ce n’était pas une simple question d’attraper un gros poisson.
C’était comme si un poisson doré avait rampé droit dans la marmite.
« Préparez les hommes. Ne les laissez pas partir. »
« O-oui ! »
Pendant que le gérant, ignorant, mettait les choses en branle, Krain regarda en bas avec un sourire s’étirant sur ses lèvres.
Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait un tel coup. Il allait les cuire lentement, pour qu’ils ne réalisent même pas qu’ils étaient piégés dans la marmite avant qu’il ne soit trop tard.
Au moins un mois, et pendant ce temps, ce serviteur serait offert, avec des supplications pour juste une chance de plus…
« 21. Direct. »
« …Hm ? »
Mais quelque chose était étrange.
Le pigeon continuait de parier sur le numéro 21, plaçant des mises directes simples.
Mise à part la stupidité de la chose, il ne posait qu’un seul jeton à chaque fois.
Sûrement, il ne comptait pas continuer à parier comme ça.
…Avait-il remarqué quelque chose ?
Krain claqua des doigts pour appeler le gérant.
« La roulette est truquée ? »
« Oui. Elle a été réglée parfaitement. »
« Une chance qu’ils aient remarqué ? »
Le gérant répondit avec assurance.
« La bille est entièrement remplie d’eau hautement purifiée, impossible à distinguer peu importe comment vous la secouez. Peu importe comment elle tourne, elle se déplacera toujours vers l’emplacement prédéterminé par le poids. »
« Hmm, bien. »
C’était un arrangement parfait. Rassuré, Krain s’étala ouvertement sur sa chaise.
On aurait dit que ça prendrait du temps avant que le pigeon ne soit ruiné…
« 21, je mise tout… euh, je veux dire, je fais tapis sur le 21. »
« ? »
Si ce n’était pour cette dernière phrase qu’il avait entendue.
« T-tapis ? »
« Oui, t’es sourd ? »
Après avoir mis de la petite monnaie sur le même numéro trois fois, soudain, un tapis avec toute la fortune.
Un mouvement sans aucune place pour la libération de dopamine,
« … ? »
« Q-qu’est-ce que ce bâtard fait ? »
Et le tripot éclata immédiatement en murmures.