Chapitre 8
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Traducteur/Éditeur : Potter
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◈ Pourquoi mes dramas deviennent-ils toujours des succès !? ◈
Chapitre 8 : Amenez-moi ce scénariste, tout de suite ! (5)
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« Qu’est-ce que vous avez encore fabriqué, bon sang ?! »
À peine eus-je décroché que Han Kang-hee, le chef de département, me hurla dessus assez fort pour me crever les tympans.
Je tins instinctivement mon téléphone à distance et affichai un grand sourire.
Le timing était parfait, et sa réaction correspondait exactement à ce que j’avais prévu.
« Waouh, vous êtes en pleine forme. Toujours aussi énergique, chef de département. »
« Quoi ? Espèce de cinglé ! Vous avez la moindre idée de ce qui se passe à cause de vous, en ce moment ?! »
Bien sûr que je le savais.
J’avais soigneusement posé cette bombe dans le seul but de leur mettre des bâtons dans les roues. Comment aurais-je pu l’ignorer ?
Mais je fis l’innocent.
« Pourquoi ? Il s’est passé quelque chose ? »
« Arrêtez de faire l’imbécile ! La version finale que vous nous avez envoyée, c’était un paquet de vieux brouillons truffés d’incohérences ! Et bon sang, qu’est-ce que c’est que ces dates de réservation des lieux de tournage ? L’emploi du temps des acteurs principaux est décalé d’un jour pour chacun ! »
« Ah bon ? J’ai envoyé un brouillon ? Pourtant, je me souviens très bien avoir envoyé la version Final Final. Ou alors, c’était Final Final Final, la vraie version finale ? Les noms des fichiers se ressemblaient, j’ai dû m’embrouiller. »
« Vous vous foutez de moi ?! Espèce de salaud ! Le tournage est sens dessus dessous à cause de vous, et les agences des acteurs nous tombent aussi dessus ! Comment comptez-vous réparer ça ?! »
Je réprimai un rire de toutes mes forces et répondis sans la moindre honte :
« Hum… Pourquoi est-ce que ça me concernerait ? »
« Quoi ? Hé, Ji Yeon-woo ! Qu’est-ce que vous venez de dire ? »
« Que ça ne me regarde pas. J’ai déjà démissionné, je suis donc un parfait étranger qui n’a plus aucun lien avec SBC, pas vrai ? Pourquoi me parler des erreurs d’une autre chaîne ? Et je ne me souviens plus si le fichier s’appelait Final Final Final ou Really Final Final Final. Fouillez le disque dur et débrouillez-vous. »
« Espèce de… Vous l’avez fait exprès, hein ! Vous avez aussi tout saboté dans le planning, pas vrai ? Vous voulez mourir ?! »
Adossé au mur, je pris la voix la plus navrée possible.
« Allons, ne dites pas des choses aussi effrayantes. Vous savez bien que je ne suis pas doué avec les chiffres, chef de département. »
Un rire m’échappait sans cesse.
Ah, ce n’était pas bon.
Je dissimulai mon rire derrière une fausse toux et poursuivis :
« Hum. C’était étonnamment compliqué de faire correspondre les dates de réservation. Je ne l’ai pas fait exprès, alors soyez indulgent. Mais elles n’étaient décalées que d’un jour ? Dommage. »
« Espèce de salaud !! Argh ! »
Ma provocation exaspérante le fit s’étrangler au bout du fil.
En entendant ce bruit…
Waouh, qu’est-ce que ça fait du bien.
C’était aussi rafraîchissant que d’avaler cul sec une bouteille de soda d’un litre et demi.
Après toute cette viande, j’avais justement envie d’un truc pétillant ; je venais donc d’économiser le prix d’un Coca.
« Vous… Espèce de salaud ! Vous croyez que vous allez vous en tirer comme ça ? Je vous le promets, vous ne pourrez plus jamais travailler dans ce milieu ! Je ferai tout ce qu’il faut pour vous enterrer ! »
C’était une menace féroce, un ultimatum lancé par l’un des producteurs en chef les plus influents du secteur[1], mais au lieu de m’effrayer, elle ne faisait que me donner envie de rire.
On aurait dit une réplique de méchant de troisième zone.
De toute façon, j’avais fait tout ça en sachant que je quitterais le milieu. Qu’avais-je à craindre ?
« Il est trop tard pour regretter ! Je vais m’assurer que vous soyez enterré, vous m’entendez ?! »
« Oui, chef de département ! Vous pouvez le faire ! »
« Espèce de petit… ! »
Clic.
Je lui raccrochai au nez.
« Hum. La vie est belle. »
Je repris le chemin de la salle d’un pas léger, tout en m’efforçant de ne pas éclater de rire.
Quand j’y arrivai, peu après, je m’efforçai de reprendre une expression neutre et ouvris la porte.
Mais la salle me parut étrangement vide.
« Hein ? »
Le producteur-réalisateur barbu qui m’avait couvert de compliments mielleux avec tant d’enthousiasme avait disparu.
Seule la productrice-réalisatrice à lunettes m’attendait, nerveuse et agitée.
« Ah, scénariste Ji, vous voilà ! »
« Où est l’autre personne qui était là ? »
« Eh bien… Il a dit qu’il devait passer un coup de fil. Il sera bientôt de retour, vraiment très bientôt ! »
Il était probablement sorti pour faire son rapport à ses supérieurs.
Un truc du genre : « Ce scénariste ne mord pas à l’hameçon. »
Sans attendre davantage, je pris mon manteau sur la table.
« Je vois. Enfin, je crois qu’on s’est tout dit, alors je vais y aller. Merci pour le repas. »
« Non ! Scénariste Ji, attendez, s’il vous plaît ! »
La productrice-réalisatrice se précipita vers moi, alarmée, et me retint.
« Attendez encore un peu, je vous en prie ! Le producteur-réalisateur Woo va vraiment revenir tout de suite ! »
« Moi aussi, j’ai des choses à faire. Et je ne vois pas ce qu’il nous reste à discuter. »
« E-euh… ! »
Ses yeux tremblèrent comme si un séisme venait de se produire.
Ses lèvres bougèrent tandis qu’elle cherchait une excuse, puis elle finit par s’écrier :
« Vous n’avez pas fini de manger ! Regardez, il reste encore plein de viande ! On a spécialement préparé tout ça pour vous recevoir, alors prenez votre temps et mangez avant de partir ! »
« … ? »
« V-vous allez en reprendre, n’est-ce pas ? Hein ? »
Un instant, je contemplai le bœuf qui grésillait sur le grill en dégageant un parfum savoureux.
C’était du bœuf coréen de catégorie 1++, pas n’importe quel plat.
Je n’aurais peut-être plus l’occasion d’en manger à l’avenir ; ça aurait été dommage d’en laisser.
« Hum… Dans ce cas… »
Je ne réfléchis pas longtemps.
Sans hésiter et avec un naturel parfait, je me rassis.
« Puisque le producteur-réalisateur Woo a dit qu’il revenait tout de suite, je vais patienter encore un peu par politesse. »
« M-merci, scénariste Ji ! Il va vraiment revenir tout de suite ! Excusez-moi ! Deux portions de faux-filet persillé en plus, s’il vous plaît ! »
« Hum. »
« N-non ! Quatre portions ! Ajoutez-en quatre, s’il vous plaît ! »
Je me raclai la gorge et réajustai mes baguettes.
Impossible de dire non à un faux-filet persillé.
#
Au même moment, dans un bureau silencieux de tvM.
Une montagne de propositions s’entassait sur le bureau, derrière lequel se tenait un homme d’âge mûr.
C’était Tae San-hyeok, le directeur du bureau des dramas de tvM, un homme de pouvoir absolu dont l’influence pesait lourd dans le paysage audiovisuel sud-coréen.
Gratte, gratte.
Seul le bruit régulier d’un stylo-plume glissant sur le papier résonnait dans le bureau glacial.
Puis…
Bzzzt ! Bzzzt !
Le téléphone posé sur un côté du bureau se mit à vibrer bruyamment.
L’appelant était [le producteur-réalisateur Woo Young-taek].
Le type qui s’était récemment agité au sujet du scénario d’un jeune scénariste.
« Hum. »
Tae San-hyeok posa son stylo-plume et répondit tranquillement.
« Qu’y a-t-il ? »
Sa voix était grave et profonde.
À l’inverse, celle de Woo Young-taek jaillit du combiné avec une urgence inhabituelle.
« Directeur ! Ces salauds de SBC ont l’air décidés à tout miser ! »
Il avait entendu dire que Woo Young-taek rencontrait un jeune scénariste inconnu.
Pourquoi SBC s’en mêlait-elle tout à coup ?
Tae San-hyeok fronça légèrement les sourcils.
« Calmez-vous et résumez-moi les faits. De quoi parlez-vous ? »
« Eh bien… »
Woo Young-taek lui expliqua toute la situation.
Le jeune scénariste qui n’avait même pas cillé devant des conditions contractuelles sans précédent. Et Han Kang-hee, le chef de département de SBC, qui avait apparemment pris contact avec lui en premier.
Dès qu’il eut tout entendu, l’esprit de Tae San-hyeok se mit à tourner à toute allure.
Han Kang-hee s’est déplacé en personne ?
Han Kang-hee était rusé et n’agissait jamais personnellement sans être sûr de son coup.
En outre, le chef de département était le producteur responsable de trois dramas dont la diffusion était prévue pour le second semestre de l’année.
Et Han Kang-hee trouvait le temps, malgré son emploi du temps chargé, de s’accrocher à un jeune scénariste ?
Il y avait forcément quelque chose derrière tout ça.
Woo Young-taek enfonça le clou :
« Et, directeur, ce scénariste n’est pas un simple débutant. »
« S’il n’est pas un simple débutant, alors qu’est-il ? »
« Je crois qu’il était l’assistant de Seo Eun-hye. »
Pour la première fois, le regard grave de Tae San-hyeok vacilla.
« … Vous en êtes certain ? »
« Oui. Plusieurs détails m’avaient déjà frappé, mais après l’avoir rencontré et lui avoir parlé directement, j’en suis sûr. Absolument sûr. »
Seo Eun-hye, la scénariste numéro un incontestée de l’industrie sud-coréenne des dramas.
Même Tae San-hyeok fut stupéfait d’apprendre l’apparition de son assistant, dont on ne connaissait que les rumeurs.
L’assistant de Seo Eun-hye…
Dans l’esprit de Tae San-hyeok, toutes les pièces du puzzle, jusque-là éparpillées, s’emboîtèrent à la perfection.
Un scénario bien trop maîtrisé pour une candidature à un concours d’écriture, une offre de recrutement directe du producteur en chef Han Kang-hee, ainsi qu’une ambition et une détermination audacieuses, qui ne faiblissaient pas même face à des conditions exceptionnelles.
S’il s’agissait d’un jeune prodige ayant assimilé tout le savoir-faire de Seo Eun-hye, cette situation étrange prenait tout son sens.
« Hum… »
Les yeux de Tae San-hyeok brillèrent d’un éclat perçant.
Il avait déjà terminé ses calculs.
La valeur qu’il attribuait à Ji Yeon-woo avait déjà explosé.
Pendant ce temps, Woo Young-taek poursuivait son rapport anxieux :
« L’ambiance de la réunion est mauvaise. Je ne sais pas quelle carte SBC a abattue, mais le scénariste a l’air prêt à se lever à tout moment. À ce rythme, il pourrait filer tout droit chez SBC. C’est urgent, directeur ! »
Que SBC ait ou non ses propres informateurs, elle avait toujours un coup d’avance.
Se faire souffler des occasions par ces salauds, puis s’en mordre les doigts trop tard, était devenu une amère habitude chez tvM.
Mais cette fois, ils ne pouvaient pas laisser faire.
Perdre ce scénariste ne signifiait pas seulement perdre un projet. Cela revenait à céder l’initiative pour les prochaines années.
« Producteur-réalisateur Woo. »
« Oui, directeur. »
« Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous le rallier à notre camp ? »
« … Honnêtement, je n’en suis pas sûr. Il y a une limite à ce que je peux proposer de mon propre chef. »
« Hum. »
Après quelques dizaines de secondes de réflexion silencieuse, le directeur Tae San-hyeok finit par prendre la parole, comme s’il avait arrêté sa décision.
« Reprenez les conditions à zéro. »
Dans ce milieu, si l’on hésitait avec une offre timide, on pouvait tout perdre sans même s’en rendre compte.
Il fallait écraser la concurrence avec une proposition écrasante.
« Fixez les honoraires d’écriture à cinquante millions de won par épisode et garantissez-lui une case en prime time le samedi et le dimanche. Dites-lui qu’il aura toute autorité sur le réalisateur principal et les rôles clés. Garantissez un budget de production minimum de trente milliards de won et proposez une prime à la signature deux fois supérieure à la meilleure offre actuelle du secteur. Concluez l’affaire. »
« P-pardon ? Même ainsi… de telles conditions sont sans précédent… »
« C’est le double de Seo Eun-hye. Qu’on y investisse des centaines de millions ou plusieurs milliards de won, il en vaut la peine. »
Tae San-hyeok en était certain.
Dans cette lutte acharnée avec SBC, une offre inférieure à celle-ci ne suffirait pas.
Non, il n’y a peut-être pas que SBC.
D’autres chaînes avaient peut-être déjà rejoint la bataille en coulisses.
C’était pour cela qu’ils devaient s’assurer de capturer le gros poisson nommé Ji Yeon-woo, même s’ils devaient y laisser des plumes.
Quel qu’en soit le prix.
Notes :
[1] Producteur en chef : dans l’audiovisuel coréen, cadre supérieur qui supervise les productions.
[2] Producteur-réalisateur : titre utilisé dans l’audiovisuel coréen pour désigner la personne qui conçoit et réalise les programmes.
[3] Bœuf coréen 1++ : catégorie la plus élevée du système coréen de classement de la qualité du bœuf.
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