Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Pourquoi mes dramas deviennent-ils toujours des succès !? ◈
Chapitre 28 : Le scénariste qui a écrit ça, c’est ton frère (3)
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Ma sœur et moi, on n’avait rien de spécial. On était ce qu’on appelle des frères et sœurs tout ce qu’il y a de plus ordinaires.
Dès que nos regards se croisaient, on se lançait des regards noirs, et chaque conversation commençait par des paroles acerbes pour finir en échange d’insultes.
La dernière fois qu’elle m’avait appelé « oppa » avec tendresse, ça devait remonter à l’école primaire. Une fois adultes, mon prénom avait laissé place à des façons de m’interpeller plus brutales : « Hé », « toi », « taré » ou « dégage ».
En bref, on était pratiquement ennemis. Pourtant, cette ennemie-là était maintenant agenouillée docilement à mes pieds.
« … »
« Seo-yoon. Qu’est-ce que tu fabriques ? »
Après avoir entendu toute l’histoire de Ji Seo-yoon, je ne pus que rire, incrédule.
Le jour où je lui avais prêté mon ordinateur, elle avait donc confondu mon texte avec un scénario qu’elle avait reçu d’un autre scénariste.
Ensuite, elle l’avait remis à un chef de département de sa boîte, et voilà qu’ils lui mettaient la pression pour qu’elle leur amène immédiatement le véritable auteur.
« Tu tournes une comédie ou quoi ? Quel genre de productrice-réalisatrice confond les scénarios et leurs auteurs ? »
« J-je savais les distinguer ! Mais le nom du fichier ressemblait vraiment à celui du scénario de l’écrivain Kim… L’un s’appelait [Super Super Super Final], et l’autre [Vraiment Vraiment Final]… »
« Bon sang, espèce de folle. Tu sais bien que les scénaristes enregistrent toujours leurs fichiers avec des noms comme ça ! Haa… Sérieusement, qu’est-ce que je suis censé faire de toi ? »
Je posai une main sur mon front et poussai un profond soupir. Ji Seo-yoon prit alors la parole avec prudence.
« Euh, mais, oppa… »
« Quoi, morveuse ? »
« Pour ce scénario… une autre société de production n’a pas déjà accepté de le prendre, hein ? Tu n’as encore rien signé… ? »
« Pourquoi j’aurais signé ? Je ne l’ai encore montré à personne. »
À peine eus-je fini ma phrase que le visage de Ji Seo-yoon s’éclaira comme un cerisier en pleine floraison.
« V-vraiment ?! Tu ne l’as montré à personne ?! »
« Ouais. À part Dong-woo. »
« Oui !! C’est génial ! Alors, on peut le faire ensemble ! Tu connais Studio Miracle, oppa ! »
Elle sautillait comme si elle venait de gagner le monde entier.
Mais de quoi parlait-elle ? Faire quoi ensemble ?
Elle fêtait déjà la victoire alors que je ne lui avais rien proposé. C’était absurde.
Je baissai les yeux vers elle et lui répondis sèchement :
« Pourquoi je ferais ça ? »
« … Hein ? »
« Pourquoi je travaillerais avec toi ? Je n’ai jamais dit que j’accepterais. »
Les lèvres de Ji Seo-yoon, qui s’agitaient sans arrêt, se refermèrent brusquement et se mirent à trembler.
« M-mais tu viens de dire que tu n’avais rien signé… »
« Oui. Ça veut dire que je n’ai envie de signer avec personne. Ni chaîne de télévision ni société de production. »
« M-mais pourquoi ?! »
Je haussai les épaules, indifférent. À vrai dire, il n’y avait pas de raison particulière.
Comme le suggérait son titre désinvolte, Sans titre, c’était un scénario que j’avais abandonné à mi-parcours. Je n’avais aucune envie de le reprendre sérieusement maintenant.
Mais comme je n’avais pas envie de lui expliquer tout ça, je la taquinai avec une excuse.
« Ah, quelqu’un m’a dit d’arrêter de rester chez moi à pianoter sur un clavier et de trouver un vrai boulot. »
« … !! »
« Plus j’y réfléchissais, plus je me disais qu’elle avait raison. Je suis trop vieux pour perdre mon temps avec un passe-temps. Mm-hm. »
Le visage de Ji Seo-yoon blêmit.
On dirait bien qu’elle avait quand même mauvaise conscience.
« Franchement, c’est vrai, non ? Comme quelqu’un l’a dit, qui va me payer ou me nourrir juste parce que je gribouille quelques mots ? Pas vrai, Seo-yoon ? »
« O-oppa… ! »
J’enfonçai le clou, puis me dirigeai vers ma chambre sans hésiter.
Mais alors…
Hop !
« Oppaaaa !! Je suis désolée ! J’ai commis un péché impardonnable !! »
« Q-Qu’est-ce que tu fous ? Espèce de tarée ! »
Ji Seo-yoon se jeta par terre, s’agrippa à mon pantalon et se mit à sangloter désespérément.
« Lâche-moi ! T’es folle, pourquoi tu pleures ?! »
« Ouin ! Je ne peux vraiment pas m’en sortir sans ça ! Mon chef de département va me tuer ! S’il te plaît !! »
« Bon sang, lâche-moi. J’ai dit, lâche-moi. »
« Non ! Je ne peux pas ! Je ne te lâcherai pas tant que tu n’auras pas changé d’avis !! »
Elle s’agrippait si fort à mon pantalon de survêtement qu’il commençait à glisser.
J’étais à bout de nerfs.
Je me débattis de toutes mes forces pour la faire lâcher prise, mais l’instinct de survie de Ji Seo-yoon la rendait bien plus tenace que prévu.
« Hé, hé !! Mon pantalon ! Il tombe ! Lâche-moi deux secondes, espèce de psychopathe !! »
« Ouin !! Sauvez-moi, scénariste ! Je vous en prie… !! »
« D’accord ! J’ai compris, alors lâche-moi d’abord !! »
Mon caleçon était sur le point d’être à moitié dévoilé quand je finis par lever les deux mains en signe de reddition.
« Vraiment… ? »
« Haa… d’accord. Je vais y réfléchir. »
Studio Miracle méritait au moins qu’on s’y intéresse.
C’était une société de production assez importante, qui travaillait aussi bien sur des projets pour le câble et les plateformes OTT que sur des productions sous-traitées pour les grands réseaux nationaux.
« Tu ne vas pas changer d’avis ? »
« Surveille ton langage. »
« Tu ne vas pas changer d’avis… s’il te plaît ? »
« D’accord. Mais je ne te promets rien. Je dis seulement que je vais y réfléchir. Je ne sais pas encore ce qui va se passer. »
« Ah, d’accord, d’accord… ! Alors, on en discutera et on décidera ! »
Comme si elle n’avait jamais pleuré, Ji Seo-yoon sécha aussitôt ses larmes et m’adressa un grand sourire.
Elle savait vraiment changer d’attitude en un clin d’œil.
« Euh, mais… oppa, tu crois que tu pourrais écrire le prochain scénario quand… »
« Tu me tutoies ? »
« Q-quand est-ce que tu penses pouvoir remettre le prochain scénario ? Je ne veux absolument pas te presser… ! Je dois juste prouver à mon chef de département que j’ai retrouvé le véritable auteur… »
En la regardant, incapable de bouger, je compris enfin la douce saveur du pouvoir.
Je me curai l’oreille d’un air hautain et lui retournai la question :
« Hmm. Tu en as besoin de combien d’épisodes, à peu près ? »
« … Quoi ? »
« Pourquoi tu me demandes ça ? Je t’ai demandé combien d’épisodes il te fallait. »
Ji Seo-yoon cligna bêtement des yeux. Après m’avoir dévisagé un moment, elle ouvrit et referma la bouche.
« Q-qu’est-ce que tu veux dire, combien d’épisodes… ? Tu en as écrit d’autres ? Tu en es où ? »
« Eh bien, ce n’est pas terminé, mais j’ai écrit jusqu’à l’épisode six. »
« … !!? »
Elle resta là, la bouche grande ouverte, à ne produire qu’un son tout dégonflé.
Qu’est-ce qui lui prenait encore ?
#
Le parfum âcre et épicé de la soupe de gueule de bois aux os de porc emplissait le restaurant.
De tous côtés, des répliques familières de dramas se mêlaient aux bavardages des clients.
« Tu l’as regardé, hier ? Ça faisait une éternité que je n’avais pas suivi un épisode en direct. »
« Ah, Vivre avec mon ex, c’est pas si mal ? C’était sympa. J’ai même passé la nuit à regarder des Shorts. »
« C’est dingue, franchement ! Regarde. Cha Ye-rin et Do Jae-hyun vont super bien ensemble. Comment ça se fait qu’il soit le second rôle masculin ? »
« Le prochain épisode, c’est quand déjà ? Samedi ? »
Les clients attablés devant la télé fixée au mur, même la serveuse âgée qui transportait des bols en terre cuite, ne cessaient de jeter des coups d’œil à la rediffusion de Vivre avec mon ex, c’est pas si mal.
Dire que tout le pays était accro au drama n’aurait pas été exagéré.
« Tiens. »
Nam Tae-jin, producteur-réalisateur chez Studio Miracle, avait naturellement surpris les conversations autour de lui.
En claquant des lèvres, il lança le sujet d’un ton désinvolte.
« En ce moment, on entend parler de Vivre avec mon ex, c’est pas si mal partout. Vous l’avez regardé en direct, hier, vous aussi, chef de département ? »
« Avec tout le bruit qu’on en fait, comment j’aurais pu y échapper ? »
« Pas vrai ? C’est incroyable. On dit que le scénariste est débutant, mais quel débutant peut écrire un scénario aussi monstrueux ? Si notre équipe de développement mettait la main sur un projet pareil et lançait le tournage, ce serait un énorme succès. »
Ce drama mythique caracolait chaque jour en tête des classements de popularité, tandis que sa courbe d’audience grimpait à une allure vertigineuse.
tvM, qui avait obtenu sa diffusion, faisait dernièrement l’envie de toute l’industrie télévisuelle.
« En interne, ils disent qu’il dépassera facilement les 20 % et battra le record absolu d’audience du câble. Vu à quelle vitesse il devient viral, ça semble vraiment possible. »
« … Tss. »
Le chef de département Park Ho-seong claqua la langue, mécontent.
Le directeur Tae doit avoir le sourire jusqu’aux oreilles, maintenant.
Pour être honnête, quand tvM avait confié les commandes d’un drama événement à un scénariste tout juste débutant et l’avait soutenu, il avait cru que la chaîne avait perdu la tête.
Mais ce débutant avait peut-être vraiment quelque chose de spécial.
Il avait apparemment fait bien plus qu’écrire un bon scénario : il s’était personnellement occupé de tout, du casting des acteurs à la mise en scène sur le plateau.
Pour tvM, qu’un scénariste pareil lui tombe tout cuit dans le bec, c’était comme décrocher le gros lot.
« Qu’est-ce qu’il y a, chef de département ? »
« J’ai mal au ventre tellement je suis jaloux, petit con. »
« Ahaha. Pourquoi être jaloux ? Je n’imagine même plus qu’on puisse rivaliser. »
Nam Tae-jin poursuivit en mâchant un cube de radis fermenté.
« Cette année, Vivre avec mon ex, c’est pas si mal va tout rafler. Il va évidemment balayer les récompenses de fin d’année et, peut-être même, n’aura aucun rival dans la grille des programmes de l’année prochaine. »
La voix enthousiaste de Nam Tae-jin résonna dans le restaurant.
Le chef de département Park Ho-seong, qui avait écouté sans mot dire, sentit son sourcil tressaillir.
Sa main se resserra autour de sa cuillère.
… Aucun rival, hein.
Bien sûr, il reconnaissait sans réserve que Vivre avec mon ex, c’est pas si mal était un drama incroyablement bien ficelé.
Mais il ne pouvait pas être d’accord avec Nam Tae-jin, qui affirmait qu’aucun drama capable de le défier ne verrait le jour.
Bon sang, je n’aurais jamais dû lire ce scénario.
Un scénario lui revint brusquement à l’esprit.
Le scénario d’une qualité exceptionnelle que la plus jeune productrice-réalisatrice, Ji Seo-yoon, lui avait apporté — un texte qui n’avait même pas encore de titre définitif.
Il n’en avait lu que quelques pages, mais son pouvoir d’attraction phénoménal donnait l’impression que les mots s’animaient sur le papier.
Le chef de département Park en était certain.
Si ce scénario Sans titre tombait entre les mains d’un réalisateur compétent et obtenait une case de grande écoute…
Il aurait largement de quoi engloutir tout cru Vivre avec mon ex, c’est pas si mal.
Non, il deviendrait une espèce invasive, capable de bouleverser toute l’industrie télévisuelle.
Mais le problème, c’était qu’il n’avait aucune idée de l’identité de l’auteur de ce scénario insensé, ni de l’endroit où il pouvait bien se cacher.
« Cette fichue tête de linotte m’a fait monter mes exigences pour rien. Tss, tss. »
« Oh, ça recommence. Ne sois pas si dur avec la petite dernière. Elle essayait juste de faire de son mieux, à sa manière. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Lis ce scénario et perds-le ensuite, pour voir. Tu crois que tu trouverais encore quelque chose de gentil à dire ? »
Le chef de département Park maugréait en tendant la main vers son verre d’eau posé sur la table quand…
Bzzzz ! Bzzzz !
Le smartphone qu’il avait posé sur la table se mit à vibrer bruyamment.
À la vue de l’identité de l’appelant, les sourcils du chef de département Park se froncèrent.
[Tête de linotte]
C’était Ji Seo-yoon.
« Ha. Je me doutais bien que cette tête de linotte ne tiendrait pas en place. »
« C’est qui ? La petite dernière ? »
Le chef de département Park appuya sur le bouton d’appel en fronçant les sourcils.
Avant même d’entendre sa voix, il gronda férocement :
« Hé, petite merde. Je t’ai dit de ne pas piper mot avant d’avoir retrouvé ce scénariste ! Et maintenant, tu… ! »
Ses lèvres se figèrent au beau milieu de ses récriminations habituelles.
Puis celles du chef de département Park se rouvrirent lentement, tremblantes.
« Q-Quoi… ? Tu l’as retrouvé ? T-tu as retrouvé qui ?! »
La voix du chef de département Park se brisa comme s’il venait d’être frappé par la foudre.
« … !! T-tu en es sûre ?! Putain, si tu as encore confondu comme la dernière fois, tu vas… ! Quoi, quoi ?! Un premier jet ? Jusqu’où ?! »
Une seconde. Deux secondes. Trois secondes.
Le téléphone collé à l’oreille, le chef de département Park ouvrit peu à peu les yeux à un point presque anormal.
Puis…
Bang !!
Le chef de département Park bondit de sa chaise comme un ressort, faisant violemment trembler la table.
Nam Tae-jin sursauta, mais toute l’attention du chef de département Park était rivée sur son smartphone.
« Hé, hé ! Tae-jin ! Je file devant ! »
Après avoir raccroché à la hâte, le chef de département Park attrapa le manteau accroché à sa chaise et l’enfila.
« Quoi ? Où tu vas, tout à coup, en plein repas ? »
« Espèce d’idiot ! Tu crois que c’est le moment de penser à manger ? Je file ! »
« Non, tu pourrais au moins m’expliquer ce qui se passe avant de… ! »
Sans prêter attention aux protestations affolées de Nam Tae-jin, le chef de département Park Ho-seong poussa la porte du restaurant et s’élança dehors comme le vent.
Quelques instants plus tôt, il enviait encore l’immense succès de Vivre avec mon ex, c’est pas si mal.
À présent, le chef de département Park semblait plus enthousiaste que n’importe qui.
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