Chapitre 15
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Pourquoi mes dramas deviennent-ils tous des succès !? ◈
Chapitre 15 : Vous essayez de ruiner le drama ? (1)
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Le décor extérieur de la chaîne SBC pour le drama <Suspect X>.
Le plateau était si immense qu’il en coupait le souffle. Des dizaines de caméras étaient prêtes à tourner, tandis qu’une centaine de membres de l’équipe s’affairaient sur le site.
N’importe qui pouvait voir le faste de ce drama événement sur lequel la chaîne misait tout.
Au milieu de cette agitation se tenait un homme d’âge mûr, les bras croisés, qui observait les écrans à distance.
C’était Han Kang-hee, le tout-puissant producteur en chef du département des dramas de SBC.
Il avait les yeux rivés sur les acteurs principaux, des vedettes de premier plan qui se donnaient à fond dans le cadre, mais il pensait à tout autre chose.
Ha ! Ce salaud croit qu’il sait écrire ? Le type qui n’a même pas tenu le coup comme producteur-réalisateur ?
Peu de temps auparavant, Han avait appris que Ji Yeon-woo était le scénariste principal de <Vivre avec mon ex-petit ami, bon gré mal gré>, un drama concurrent qui serait diffusé sur la même tranche horaire.
À l’époque où il travaillait comme producteur-réalisateur, le type avait toujours aimé gribouiller des scénarios, mais Han n’aurait jamais imaginé qu’il ferait soudain ses débuts comme scénariste chez tvM.
En même temps, ça pouvait bien tourner à son avantage.
Alors que Han se demandait comment écraser cet arrogant salaud, Ji s’était jeté de lui-même dans un piège mortel.
« Oh ? Mon oncle ! Qu’est-ce qui t’amène sur le plateau aujourd’hui ? »
Une voix douce tira Han Kang-hee de ses pensées.
Un jeune homme mince s’approcha d’un pas rapide. Sa coiffure et son maquillage étaient impeccables, et il portait sur les épaules un long manteau matelassé frappé d’un grand logo de luxe.
C’était Kang Min-hyuk, l’acteur qui avait décroché le rôle du deuxième personnage masculin principal dans <Suspect X>. Il était le cadet de Han Kang-hee à l’université et le fils du PDG d’une grande société de production.
« Oh, Min-hyuk. Prêt à tourner ? Tu es encore mieux que d’habitude, aujourd’hui. »
« Haha, évidemment. C’est grâce au soutien sans faille du producteur en chef Han. J’ai lu le scénario, et mon personnage a vraiment de belles scènes. »
Pour parler franchement, Kang Min-hyuk était lui aussi un acteur que Han Kang-hee avait imposé ouvertement à la production.
Le producteur en chef, pourtant très occupé, était venu jusqu’au plateau pour lui donner confiance.
« C’est vrai, c’est vrai. Bref, donne le meilleur de toi-même. Ce drama sera une étape très importante dans ta carrière. Il faut que tu marques les esprits pour pouvoir décrocher des rôles principaux sans hésiter, la prochaine fois. »
« Bien sûr ! Au fait, mon oncle, tu as entendu la nouvelle ? »
« Hmm ? »
Kang Min-hyuk baissa la voix, un sourire mauvais aux lèvres.
« Tu connais Do Jae-hyun, non ? J’ai entendu dire qu’il avait rejoint ce drama de tvM. Le truc qui s’appelle <Vivre avec un ex-petit ami>. »
« Do Jae-hyun ? Ah, l’acteur de théâtre qui t’agaçait. Pourquoi il a accepté ça ? »
« Hé hé, qui sait ? Apparemment, il est venu en rampant pour jouer un figurant sans réplique. »
« Ha, vraiment ? Même pas un petit rôle, juste de la figuration ? Il a l’air d’avoir jeté toute sa fierté aux orties. »
Kang Min-hyuk et Do Jae-hyun.
Tous deux avaient autrefois fait partie de la même troupe de théâtre.
Mais les rôles importants revenaient toujours à Do Jae-hyun et, à chaque moment crucial, Kang Min-hyuk se retrouvait mis de côté, réduit à faire tapisserie.
Son complexe d’infériorité avait grossi comme une boule de neige, jusqu’à ce qu’il décide finalement d’enterrer Do Jae-hyun une bonne fois pour toutes.
Il avait subtilement tiré parti de l’influence de son père et des relations de Han Kang-hee dans le milieu de la télévision pour faire barrage à chacune des occasions de casting de Do Jae-hyun.
Résultat, Do Jae-hyun, autrefois salué comme un génie du jeu d’acteur promis à un brillant avenir, avait été complètement mis à l’écart du milieu. Les contrats s’étaient taris, et il était maintenant tombé si bas qu’il enchaînait les petits rôles de figurant pour joindre les deux bouts.
« C’est pas hilarant ? Avant, il jouait les grands artistes, avec ses airs supérieurs. Maintenant, il se les gèle toute la journée pour cent mille wons, en figurant. Hé hé. Quand je l’ai appris hier, j’étais tellement soulagé, putain. »
Han Kang-hee eut un bref rire à la moquerie malveillante de Kang Min-hyuk.
« Ça suffit. Ça fait longtemps qu’il a été écarté. Arrête de t’occuper de lui et concentre-toi sur ton scénario, Min-hyuk. Compris ? »
« Oui, monsieur ! Je m’en souviendrai. Je vais me préparer, mon oncle. »
Kang Min-hyuk s’inclina devant Han Kang-hee, puis se dirigea vers le plateau sous l’escorte des membres de l’équipe.
Une fois le calme revenu, Han Kang-hee claqua la langue, mécontent.
Les critères de tvM sont vraiment évidents, eux aussi. Tss.
Un scénariste qui n’avait pas tenu le coup comme producteur-réalisateur et s’était enfui pour gribouiller avec un stylo.
Un figurant tellement plein d’illusions artistiques qu’il ne connaissait même pas sa place.
Comment autant de minables avaient-ils pu se retrouver au même endroit ?
Bande de minables. Allez-y, démenez-vous tant que vous voulez.
Puisque les choses en étaient arrivées là, Han allait les écraser sans pitié.
Le coin de la bouche de Han Kang-hee se tordit en un sourire déplaisant.
#
Au même moment, le tournage de <Vivre avec mon ex-petit ami, bon gré mal gré> avait véritablement commencé sur le plateau de tvM.
« Prêts… Action ! »
Les acteurs prenaient vie sur les écrans, tandis que des dizaines de membres de l’équipe retenaient leur souffle pour ne pas manquer le moindre son. Voir le monde que j’avais écrit devenir réalité, de l’autre côté de l’objectif, était plus étrange que je ne l’aurais cru.
Waouh… Mon scénario devient vraiment un drama.
Le premier jour de tournage de mon œuvre de débutant.
Quelque chose remua dans ma poitrine.
De la joie ? De l’extase ? De l’émotion ? Pas du tout.
Je ferais mieux d’éviter Internet pendant quelque temps.
C’était plutôt une vague anxiété.
Assister au tournage d’un drama qui allait à l’évidence échouer n’avait rien d’agréable.
En plus, la gentillesse excessive de l’équipe me mettait encore plus mal à l’aise.
« Scénariste Ji, l’angle de l’écran vous convient ? On peut vous trouver une chaise plus confortable ? »
« Scénariste Ji ! Prenez encore quelques chaufferettes, s’il vous plaît. Il fait froid dehors. »
« Vous n’avez pas l’air en forme. Quelque chose vous tracasse ? »
Les membres de l’équipe, les producteurs-réalisateurs et même les acteurs qui attendaient à proximité ne cessaient de jeter des coups d’œil dans ma direction et de surveiller mon humeur dès qu’ils en avaient l’occasion.
Je n’étais pas un seigneur féodal.
Bien sûr, les scénarios étaient au cœur des dramas, mais tout de même, ils n’en faisaient pas un peu trop ?
À ce rythme, la pression va finir par m’empêcher de respirer.
J’avais l’impression que j’allais faire une crise de panique si je restais ici plus longtemps.
Après avoir trouvé une excuse à peu près crédible, je me levai discrètement.
« Hum. C’est peut-être le stress, mais j’ai la gorge sèche. Je vais acheter une boisson fraîche à la supérette du coin. »
« Oh ! Scénariste Ji, j’y vais ! Dites-moi juste ce que vous voulez… »
« Non, j’y vais. »
« Non, je m’en occupe tout de suite… ! »
« J’ai dit que j’y allais. S’il vous plaît. »
J’eus toutes les peines du monde à me débarrasser du jeune membre de l’équipe qui me barrait le passage comme si sa vie en dépendait, puis je m’enfuis du plateau.
En marchant dans le vent froid de la nuit, je retrouvai enfin l’impression de pouvoir respirer.
Arrivé à une supérette du coin, je pris toutes sortes de boissons énergétiques et de cafés en canette pour l’équipe.
Ding !
Je ressortis avec deux sacs en plastique lourds, remplis de boissons.
J’en avais trop pris ? J’avais juste tout attrapé parce que je ne savais pas ce qu’ils préféraient.
Je me faisais ce genre de réflexions inutiles quand je revins vers le bord du plateau.
« Ah ! C’est vous qui êtes allé chercher le café, pas vrai ?! »
Quelqu’un surgit soudain devant moi.
C’était un grand homme aux traits à la fois avenants et saisissants, qui attirèrent aussitôt mon regard.
Mais qui était-il ?
Avant que je puisse le lui demander, il m’arracha les sacs des mains.
Qu’est-ce que… ? C’était un voleur ?
« Vous êtes en retard, dépêchez-vous ! Il faut qu’on se prépare ! »
« Pardon ? »
« Le responsable des figurants est furieux ! Courez ! »
Des points d’interrogation se bousculèrent dans ma tête.
Il me prenait pour un acteur ?
Sérieusement ? Vous vous moquez de moi ?
On m’avait déjà dit que j’avais parfois l’air d’un acteur, mais je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un me prenne vraiment pour l’un d’eux.
J’aurais peut-être dû devenir acteur au lieu de travailler dans la réalisation.
Je restai là, à rire d’incrédulité, tandis qu’il m’entraînait vivement avec lui.
Peu après, nous arrivâmes au bord du plateau.
L’homme, désormais mêlé aux figurants qui attendaient, s’empressa de distribuer le café et les boissons.
Mais bon sang, c’était moi qui avais tout acheté.
« Ouf, c’était épuisant. Vous voulez un café, vous aussi ? »
« Bien sûr. Je l’ai payé. »
« Pardon ? »
« … Laissez tomber. »
Je bus le café qu’il me tendait en observant la scène devant moi.
Les acteurs principaux répétaient leur texte avant le début du tournage.
Une détermination farouche brillait dans leurs yeux : pas question de faire la moindre erreur.
Ils mettaient autant de passion dans un drama de ce genre. Ça me faisait presque de la peine.
« C’est impressionnant, pas vrai ? »
« … Oui ? »
L’homme m’adressa soudain la parole.
« Ces acteurs chevronnés. Dans ce milieu, il faut vraiment être dingue de son métier pour tenir le coup. »
« … »
L’homme entoura sa canette de café de ses deux mains et poussa un petit soupir admiratif.
Il avait l’air d’un garçon qui contemplait une idole qu’il admirait.
« C’est impressionnant, et un peu enviable, de les voir jouer comme ça devant des dizaines de personnes. »
« Vous voulez être comme eux ? »
« Quoi ? Ahaha ! Non. Ce serait trop demander. »
Peut-être trouvait-il lui-même que ce rêve était inaccessible, car il sourit timidement.
« J’aimerais juste… pouvoir me tenir devant une caméra et prononcer une seule réplique. Ça me rendrait heureux. »
Puis il tendit sa canette et la cogna doucement contre la mienne.
« Mais un jour, ça arrivera, pas vrai ? Je ne sais pas quand, mais si je m’accroche de toutes mes forces, un jour… Ahaha. »
« … »
Un bref silence passa, puis la voix du premier assistant-réalisateur retentit dans un haut-parleur, au loin, sur le plateau principal.
« Tous les figurants qui jouent les clients du café, rassemblez-vous ici, s’il vous plaît ! On va régler les déplacements ! »
L’homme sembla reprendre ses esprits. Il posa précipitamment sa canette vide.
Puis, comme s’il l’avait prévu, il sortit de sa veste un carnet usé, tout déchiré.
Qu’est-ce que c’est ?
Je croyais qu’il allait partir, mais il s’arrêta sur place et se mit à écrire frénétiquement.
Ses doigts étaient crispés autour du stylo.
Incapable de résister à ma curiosité, je me penchai pour regarder à l’intérieur. À cette vue, je ne pus retenir une petite exclamation.
Le vieux carnet ne contenait pas seulement les dialogues des scènes tournées ce jour-là : il était aussi rempli d’analyses de personnages pour presque tous les rôles de <Vivre avec mon ex-petit ami, bon gré mal gré>.
Il avait même pris des notes détaillées sur les déplacements et les émotions fugaces des figurants qui n’avaient pas une seule réplique.
« Vous avez noté les répliques des autres aussi ? Pourquoi ? »
À ma question spontanée, l’homme se gratta l’arrière de la tête et esquissa un sourire gêné.
« Oh, ça ? C’est juste amusant. »
« Amusant ? »
« Oui. Je n’arrête pas de m’imaginer : si j’avais ce rôle, comment est-ce que je respirerais ? Quelles expressions je ferais devant cette caméra ? »
« … ? »
« Ahaha, ça fait prétentieux, non ? »
Il eut un petit rire embarrassé.
« Mais quand je répète les répliques des personnages et que j’essaie de comprendre ce qu’ils ressentent, même un instant, j’ai l’impression d’être le protagoniste de l’histoire. Cette sensation est tellement forte que je n’arrive pas à m’arrêter. »
« … »
« Et puis surtout, le scénario est bon. Les dialogues sont si vivants que ce serait dommage de les laisser filer. Je me retrouve toujours à vouloir creuser davantage. Haha. »
Sa réponse était si idéaliste, d’une pureté presque naïve, que j’en fus bouleversé.
J’avais l’impression d’avoir reçu un coup derrière la tête et je restai sans voix.
Il étudiait avec autant de sérieux mon scénario, celui qui était ouvertement voué à l’échec ? Pourquoi ?
Je le fixais, intrigué par cette sensation étrange, quand quelqu’un m’interpella.
« Scénariste Ji ! Qu’est-ce que vous faites là ? On vous cherche partout ! »
Le premier assistant-réalisateur, qui m’avait aperçu de loin, accourut vers moi, le visage livide.
Au même instant, le grand homme se figea.
« Venez, scénariste Ji ! Le réalisateur Woo vous cherche ! »
« … Scénariste Ji ? »
L’homme promena un regard incrédule entre le premier assistant-réalisateur et moi. Puis ses yeux se mirent à trembler violemment.
« V-vous étiez le scénariste… ?! Oh, je suis désolé ! Je vous ai pris pour un autre figurant qui attendait de jouer un employé de café… ! »
Son visage blêmit et il s’inclina à quatre-vingt-dix degrés.
On aurait dit qu’il aurait voulu que le sol l’engloutisse.
Allons, il n’avait pas besoin d’en faire autant. Je lui adressai un sourire gêné et agitai la main.
« Ce n’est rien. Le plateau est agité, ça peut arriver. Je comprends. »
Je m’éloignai avec le premier assistant-réalisateur, laissant derrière moi l’homme raide comme un piquet.
En chemin, le premier assistant-réalisateur jeta un coup d’œil derrière lui et me chuchota :
« Scénariste Ji. Ce salaud vous a fait quelque chose, tout à l’heure ? »
« Pardon ? »
Sa voix laissait entendre une hostilité et un mécontentement évidents.
Je lui répondis, perplexe :
« Non, rien ne s’est passé. Pourquoi ? »
« Tant mieux. Si possible, évitez ce type. Il a l’air normal, mais il a vraiment un sale caractère. »
« … ? Un sale caractère ? »
« Oui. Il a une réputation épouvantable dans le milieu. Il est tellement blacklisté qu’il pourrait aussi bien être enterré. »
« … »
« J’ai entendu dire qu’il était dans le métier depuis sept ans. Mais s’il en est encore à courir les cachets de figurant après tout ce temps, vous voyez bien son niveau. Il ne vaut rien, rien du tout. On l’a appelé aujourd’hui parce qu’on manquait de monde. D’habitude, on ne l’aurait jamais engagé. »
Aux paroles du premier assistant-réalisateur, je me retournai pour regarder l’homme qui s’éloignait.
Ses épaules s’affaissaient, et il avait l’air complètement différent de celui qui m’avait parlé si gaiement de ses rêves innocents.
Mais il avait mauvaise réputation ?
Ce visage qui souriait joyeusement en regardant les acteurs jouer.
Cette voix pure qui affirmait avec passion que même un rôle mineur pouvait devenir le protagoniste d’une histoire.
À travers ces quelques instants, il ne m’avait pas paru mauvais du tout.
« Vous savez comment il s’appelle ? »
« Pardon ? Son nom ? »
« Oui. C’est juste par curiosité. »
Le premier assistant-réalisateur cligna des yeux, puis répondit à contrecœur :
« Euh, c’est Do Jae-hyun. Bref, scénariste Ji, faites comme s’il n’existait pas. Vous ne récolterez que des ennuis si vous vous mêlez de ses affaires. »
« … »
Do Jae-hyun.
Je fis lentement rouler ces trois syllabes sur ma langue.
Pour une raison quelconque, j’avais envie de retenir ce nom.
Mais le rugissement bestial qui éclata sur le plateau principal brisa mes pensées.
« Bande d’incapables ! Qu’est-ce qu’on est censés faire de ça ?! Trouvez une solution, n’importe laquelle ! »
… Hein ?
#
Après avoir suivi le premier assistant-réalisateur jusqu’au plateau, je m’arrêtai net.
Quelques instants plus tôt, le plateau était animé et grouillait d’activité. À présent, il était glacé et silencieux comme une morgue.
Les membres de l’équipe se tenaient sans un mot, à guetter la réaction des autres. Woo Young-taek se dressait au milieu, le visage si rouge qu’on aurait dit qu’il allait exploser.
« Ça me rend dingue ! On ne peut pas tourner comme ça ! On va perdre toutes les scènes de jour ! Autant tout remballer et rentrer chez nous ! »
« M-monsieur le réalisateur, alors, on pourrait revoir le planning, décaler toutes les scènes de Baek Kang-min et tourner d’abord les autres plans… ? »
« Arrête de dire des conneries ! Le découpage d’aujourd’hui est entièrement organisé autour du personnage de Baek Kang-min ! Sans lui, les scènes ne s’enchaîneront pas ! »
Il s’était passé quelque chose ?
Je me demandais déjà quand Baek Kang-min, le deuxième personnage masculin principal, allait arriver.
Mais au lieu de l’acteur, c’était une catastrophe majeure qui avait débarqué sur le plateau.
« On devrait d’abord contacter l’agence de Baek Kang-min ? »
« Imbécile ! Qu’est-ce que tu veux que je dise à son agence ?! Ce cinglé a bu, pris le volant et renversé quelqu’un ! Un enfant de maternelle de sept ans ! »
« E-et alors, qu’est-ce qu’on fait ? »
« Comment ça, qu’est-ce qu’on fait, abruti ?! On va se coltiner une bombe pareille et se faire tuer avec lui ? Il faut le retirer du casting, tout de suite ! »
Délit de fuite après conduite en état d’ivresse.
Et la victime était un enfant de maternelle de sept ans.
Hmm. C’était un incident bien plus grave que je ne l’avais imaginé.
Baek Kang-min, le deuxième personnage masculin principal.
Et le personnage central de cette scène.
Son absence allait entraîner bien plus qu’un ou deux problèmes.
Il y avait les scènes en extérieur qu’il fallait tourner ce jour-là, ainsi que tout le matériel installé autour de Baek Kang-min.
Si le tournage était annulé, des dizaines de millions de wons de frais de production partiraient en fumée chaque jour.
Et il faudrait au moins plusieurs mois pour réserver à nouveau le lieu.
On était complètement foutus.
« Putain ! Trouvez un remplaçant, tout de suite ! Il n’a même pas besoin de connaître ses répliques ! Amenez-moi n’importe qui, du moment qu’il peut porter une oreillette et jouer comme une marionnette ! »
Le doux réalisateur Woo que j’avais l’habitude de voir avait disparu. À sa place se dressait un démon féroce qui crachait des jurons.
Et il n’était pas le seul.
Le personnel et toutes les personnes impliquées passaient frénétiquement des appels, l’esprit complètement en miettes.
C’était le chaos total.
« Euh… Scénariste Ji, vous avez entendu ? »
« Oui. »
« Ah, vous avez l’air si calme… Ça va, scénariste Ji ? »
Le premier assistant-réalisateur, épuisé, me posa la question d’un air absent.
Est-ce que ça allait ? Qu’est-ce qu’il y avait à dire ? Bien sûr que oui.
Si ça se passe bien, je vais peut-être pouvoir rebattre toutes les cartes.
J’avais été frustré de voir le tournage se dérouler sans accroc.
Mais grâce à la bombe lâchée par Baek Kang-min, je me sentais étonnamment serein.
Après tout, mon œuvre de débutant était vouée à l’échec, de toute façon.
Et maintenant, j’avais l’excuse parfaite : « Ah ! Ça a échoué à cause de ce salaud de Baek Kang-min ! »
On venait de me tendre une solide bouée de sauvetage : je pourrais faire porter tout le blâme sur les risques liés à l’acteur principal, plutôt que sur mon scénario.
Retenant un sourire, je demandai d’un ton inquiet :
« Alors, qu’est-ce qui va se passer ? Le tournage d’aujourd’hui est annulé ? »
« … Ils vont probablement commencer par remplacer l’acteur. Mais trouver quelqu’un de disponible à l’instant, ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. Pfiou, c’est vraiment stressant. »
Comme l’avait dit le premier assistant-réalisateur, toutes les personnes concernées passaient frénétiquement des appels pour trouver un remplaçant.
Mais ce n’était pas un simple rôle secondaire. Trouver le jour même un acteur aussi connu et aussi beau que Baek Kang-min relevait presque de l’impossible.
« Choi Min-seong dit qu’il a un conflit d’emploi du temps, il ne peut pas ! »
« Monsieur le réalisateur ! On a joint l’agence de Park Sung-jun, mais ils disent qu’il leur serait difficile de le faire remplacer quelqu’un sur-le-champ sans en discuter d’abord… »
« Hé ! Min Seong-ho n’a pas le niveau ! J’ai dit de trouver n’importe qui, mais ça ne veut pas dire de m’amener un parfait inconnu, espèce d’abruti ! »
Les noms de vedettes de premier plan défilaient dans la bouche des membres de l’équipe.
Heureusement, beaucoup d’acteurs refusaient à cause de conflits d’emploi du temps, mais je ne pouvais pas exclure que les choses finissent par s’arranger.
Tss… Je ne peux pas laisser faire ça. Pas après une occasion pareille.
Et si une vedette du calibre de Baek Kang-min nous tombait dessus par hasard et réglait toute cette catastrophe ?
Hors de question.
Je voulais que le scandale retentissant de Baek Kang-min ait de lourdes conséquences sur la réussite ou l’échec de ce drama.
Mais alors, qui est-ce que je pouvais mettre à sa place ?
« Ouf, scénariste Ji. Je suis vraiment désolé de vous demander ça, mais… »
Alors que je retournais le problème dans ma tête, le réalisateur Woo s’approcha de moi d’un pas pesant.
« Vous connaissez des acteurs ? Il y aurait quelqu’un qu’on pourrait appeler tout de suite, qui pourrait au moins remplacer Baek Kang-min… ? »
« Hmm… »
Je me posais la même question.
Mais pour une tout autre raison.
« Si possible, quelqu’un de beau. Comme vous le savez, scénariste Ji, le rôle de Han Tae-yoon, celui que jouait Baek Kang-min… »
« C’est un personnage dont le visage justifie à lui seul l’existence. »
Le réalisateur Woo hocha frénétiquement la tête à ma réponse.
« Oui, oui ! Exactement ! Le talent d’acteur passe au second plan. Dès qu’il apparaît à l’écran, les spectateurs doivent être convaincus par sa beauté écrasante. Mais aucun acteur avec ce genre de présence n’est libre en ce moment… Ça me rend dingue. »
Le réalisateur Woo avait tout à fait raison.
Le Han Tae-yoon que j’avais écrit était pratiquement une statue de David vivante, un personnage tellement cheaté qu’il comblait à lui seul toutes les lacunes de l’histoire grâce à son visage.
Hmm…
Je me frottai le menton en réfléchissant.
Il me fallait quelqu’un d’une beauté foudroyante, assez pour justifier qu’on le force à jouer Han Tae-yoon, mais dont le jeu d’acteur était une catastrophe ou dont la filmographie était misérable.
Quelqu’un qui enfoncerait le dernier clou dans le cercueil de ce drama, déjà voué au désastre.
Bien sûr, je ne pouvais pas trouver une telle personne en un claquement de doigts.
Hmm. Aucun acteur ne me vient à l’esprit.
Au moment où cette pensée me traversa l’esprit, je détournai distraitement les yeux et remarquai quelqu’un.
Au bord du plateau en désordre, un homme rangeait ses affaires et s’éloignait d’un air amer, puisque le tournage avait été interrompu.
Le figurant à qui j’avais parlé tout à l’heure.
Attends… ?
Même sous son pull défraîchi, sa grande silhouette bien bâtie attirait le regard.
Même debout dans un coin sombre, loin des projecteurs, ses traits bien dessinés sautaient aux yeux.
Pour ce qui était de la beauté seule, il pouvait facilement écraser quelqu’un comme Baek Kang-min, qu’on avait jadis qualifié d’incarnation même du charme visuel.
Alors que je le fixais sans rien dire, les paroles du premier assistant-réalisateur résonnèrent dans ma tête comme une hallucination auditive.
Il a une réputation épouvantable dans le milieu. Il est tellement blacklisté qu’il pourrait aussi bien être enterré.
Il est dans le métier depuis sept ans, mais il en est encore à courir les cachets de figurant. Vous voyez bien son niveau. Il ne vaut rien, rien du tout.
Les rouages de mon esprit se mirent à tourner à toute vitesse.
La beauté ? Il écrasait Baek Kang-min. Un argument parfait que le réalisateur et l’équipe accepteraient.
La notoriété ? Il était parfaitement inconnu. Personne ne reconnaîtrait son nom dans le public.
Le jeu d’acteur ? Une bombe avérée, incapable de sortir de la figuration même après sept ans.
Quand mes pensées arrivèrent à ce point, un petit cri m’échappa malgré moi.
« Ah ! »
« … !? Q-qu’est-ce qu’il y a ? Vous avez pensé à quelqu’un !? »
Oui.
L’excuse parfaite pour moi, la meilleure carte à jouer pour ruiner complètement mon œuvre de débutant, se trouvait juste là.
« Réalisateur Woo. »
« O-oui ! Je vous écoute ! »
Le réalisateur Woo me regardait avec des yeux désespérés, comme s’il venait de trouver son sauveur.
Sans hésiter, je levai la main et désignai l’homme qui s’éloignait au bord du plateau.
« Le voilà. Un acteur qui conviendrait à Han Tae-yoon. »
« … Pardon ? Cet homme-là ? Je ne l’ai jamais vu. Comment s’appelle-t-il ? »
Son dos solitaire s’éloignait à pas lents et traînants.
D’une voix pleine d’assurance, je prononçai son nom de trois syllabes.
« Do Jae-hyun. »
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