Chapitre 12
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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Pourquoi mes dramas deviennent-ils toujours des succès !? ◈
Chapitre 12 : Pris pour quelqu’un d’autre, sans crier gare (3)
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La vie ne se déroulait pas toujours comme on l’imaginait.
En fixant la feuille posée devant moi, j’en faisais douloureusement l’expérience.
« … »
« Scénariste Ji ? Un problème ? »
Mon regard allait de l’homme assis en face de moi, qui caressait sa barbe broussailleuse, à l’article premier, paragraphe premier du contrat.
[Réalisateur : Woo Young-taek (tvM)]
L’homme en face de moi était bel et bien le même type à côté de la plaque qui avait sué à grosses gouttes et surveillé chacun de mes gestes au restaurant de grillades, l’autre fois.
Mais cet homme était Woo Young-taek ? La star des producteurs-réalisateurs de tvM, celui qu’on disait le plus performant de la chaîne ? Et le type silencieux assis à côté de lui était apparemment le responsable de la production chez Ace Pictures, l’une des plus grandes sociétés de production du secteur.
Mais le vrai choc m’attendait à la page suivante.
« C’est quoi ce bordel… Il y a combien de zéros ? »
La prime à la signature et les honoraires par épisode étaient absurdes.
Et le budget total de production s’élevait à cinquante milliards de won ? Un instant, je crus avoir la berlue et fixai les chiffres comme si j’essayais de distinguer une image cachée dans un stéréogramme.
Bien sûr, les chiffres ne changèrent pas.
« Attends, ce qu’il m’a raconté au restaurant, ce n’était pas du baratin ? »
Bouche bée, je continuai à dévisager le contrat.
Fort de mon expérience de producteur-réalisateur, j’examinai avec soin les clauses pénales, la propriété des droits d’auteur et même les éventuelles petites lignes empoisonnées.
Mais rien à redire.
Non, plus je lisais, plus chaque condition me paraissait outrageusement avantageuse.
« Sérieusement… Ils se sont tous drogués ensemble ou quoi ? »
Ou bien y avait-il une histoire dont je n’étais pas au courant ?
Peut-être que le président de la société de production, un héritier chaebol, avait été tellement bouleversé par mon scénario qu’il s’était mis à jeter l’argent par les fenêtres. Ou peut-être m’avait-on pris pour un scénariste célèbre qui se cachait sous un pseudonyme, plutôt que pour un parfait débutant.
Sinon…
Bref, il devait bien y avoir une autre explication.
Pour tâter le terrain, je m’adressai au producteur-réalisateur Woo Young-taek.
« Ce… ce n’est pas une blague, hein ? »
« P-pardon ?! »
En voyant le visage de Woo Young-taek devenir si pâle qu’il en était presque transparent, je fus celui qui se sentit embarrassé.
Pourquoi blanchissait-il comme ça ? Mal à l’aise, je tentai vite de me rattraper.
« …Non, je plaisantais. »
« Le casting ne vous plaît pas, par hasard ? »
« Non… Euh… »
Cet homme faisait vraiment des efforts pour raconter n’importe quoi.
Je me retins de claquer la langue et tournai mon attention vers la liste des acteurs, au dos de la proposition.
[Rôle principal masculin, Han Seong-woo : premier choix, Choi Tae-kyung / proposition accueillie favorablement, discussion des conditions détaillées en cours]
[Rôle principal féminin, Min A-young : premier choix, Cha Ye-rin / calendrier en attente, date de rencontre en cours d’organisation]
[Casting principal presque confirmé. Réunion finale de coordination prévue avec les deux agences.]
Voilà. Le problème, s’il y en avait un, c’était que les acteurs associés au projet étaient beaucoup trop connus.
Choi Tae-kyung, la nouvelle coqueluche du cinéma coréen, et Cha Ye-rin, la valeur sûre côté audience.
Si le drama se plantait quand même avec un casting aussi prestigieux, le public dirait-il : « Les acteurs n’étaient pas convaincants », ou bien : « Le scénariste a écrit son script avec les pieds » ?
Cent fois sur cent, ce serait la deuxième option.
« Yoon Dong-woo, espèce d’enfoiré. C’est exactement le contraire de ce que tu m’avais dit… »
Je parcourais les noms des acteurs d’un regard absent, l’angoisse montant en moi, quand le producteur-réalisateur Woo Young-taek ajouta prudemment :
« Euh, scénariste Ji. Vous n’avez pas à vous inquiéter pour le casting. Comme vous le voyez, tous les acteurs principaux envisagent le projet favorablement. »
« Ah bon… ? »
« Oui ! Nous avons même prévu des rencontres en personne cette semaine. Sauf gros imprévu, le casting sera confirmé tel quel. »
Woo Young-taek cherchait sans doute à me rassurer, mais, de mon point de vue, c’était presque une condamnation à mort.
« C’est ça, le plus gros problème, espèce d’idiot ! »
Qu’est-ce que j’étais censé faire ?
Mon compte en banque était bien trop maigre pour que je refuse une somme aussi astronomique.
Mais j’étais terrifié à l’idée du désastre qui ne manquerait pas de survenir si je signais le contrat sans réfléchir.
« Putain. Je devrais rire ou pleurer ? »
Alors que je me creusais désespérément la tête…
« ! »
Une idée lumineuse me traversa l’esprit.
« Attends. Il y a des rencontres avec les acteurs ? »
Oui. C’était ça.
Les vedettes, avec leur ego démesuré, avaient généralement toute une liste d’exigences avant d’apposer leur sceau sur un contrat.
Cha Ye-rin, en particulier, était connue dans le milieu pour réécrire les scénarios à sa guise et régner en maîtresse sur les plateaux.
Mais si j’assistais à cette réunion et que je rejetais chacune de leurs exigences ?
Et si j’allais encore plus loin, en négociant leurs cachets à la baisse et en prenant un ton arrogant pour leur dire que je modifierais leur temps de présence à l’écran comme bon me semblerait ?
« Ils se vexeront à coup sûr et partiront d’eux-mêmes. »
Jamais des vedettes qui vivaient pour leur orgueil ne supporteraient les élucubrations d’un scénariste débutant.
Je pousserais ces acteurs hors de prix à partir de leur plein gré, puis je les remplacerais par des inconnus moins célèbres, mais offrant un meilleur rapport qualité-prix.
Comme ça, même si le drama se plantait lamentablement, j’aurais l’excuse parfaite : « les limites du casting ».
« Exactement. Si les acteurs principaux ne sont pas connus, le drama ne fera même pas parler de lui. »
Une fois arrivé à cette conclusion, je sentis enfin le poids qui m’oppressait la poitrine s’alléger.
Réprimant le sourire sournois qui menaçait de me gagner, je pris l’air grave de quelqu’un absorbé par une profonde réflexion artistique et interpellai le producteur-réalisateur Woo Young-taek.
« Producteur-réalisateur Woo. »
« O-oui, scénariste Ji ! »
Tandis que Woo Young-taek et Manager Kim déglutissaient, je joignis les mains sur la table et déclarai calmement :
« Les rencontres avec les acteurs, cette semaine. »
« Ah, oui ! Nous sommes en train de coordonner les horaires. »
« J’y assisterai aussi. »
« … ? »
« Pardon… ? »
Le producteur-réalisateur Woo Young-taek et Manager Kim clignèrent stupidement des yeux en m’entendant.
#
Bureau du responsable de la première division de production du département des dramas de tvM.
Le producteur-réalisateur Woo Young-taek fit glisser le tableau d’équipe complété et le rapport sur l’état du casting jusqu’au producteur en chef Ha Do-woon.
Le producteur en chef Ha ajusta ses lunettes et parcourut les documents.
Sous le nom [Réalisateur : Woo Young-taek], les principaux membres de l’équipe d’Ace Pictures, la grande société de production partenaire, étaient énumérés sur plusieurs lignes serrées.
« Donc, toute la production passe par Ace ? »
« Oui. Les équipes attitrées d’Ace s’occupent du tournage et de l’éclairage. J’ai contacté personnellement d’autres sociétés pour les décors et les effets spéciaux. Nous envisageons de leur sous-traiter ces tâches. »
« L’organisation tient la route. Les acteurs principaux et secondaires ont aussi de bonnes têtes. »
Ace Pictures avait enchaîné les grands succès pour les chaînes hertziennes.
Et de premier à cinquième choix, la liste du casting était remplie de vedettes dont le nom suffisait à les faire reconnaître.
C’était beaucoup trop prestigieux pour le scénario d’une première réalisation, mais dans une société capitaliste, tout devenait possible avec de l’argent.
« On dirait que tout cet argent a été bien investi. »
Le budget était passé de trente à cinquante milliards de won.
Et comme le charme des personnages représentait quatre-vingts pour cent de l’intérêt du scénario, le directeur du bureau avait donné ses consignes en personne.
« Ne lésinez pas sur les acteurs. »
Grâce à cela, l’équipe de production disposait d’assez de fonds pour réunir le casting le plus prestigieux qui soit.
Même ce scénariste si exigeant devrait en être satisfait.
Un sourire satisfait s’étira sur le visage du producteur en chef Ha Do-woon tandis qu’il parcourait la liste du casting.
« Hmm ? »
Mais dès qu’il repéra un nom, les sourcils du producteur en chef Ha se froncèrent lentement.
« Producteur-réalisateur Woo. Tout semble bien, mais vous saurez maîtriser le plateau ? »
« Pardon ? »
« Les acteurs. Vous n’avez recruté que des gens à l’ego démesuré. »
Les acteurs assez célèbres pour faire peser leur influence voulaient que le plateau tourne autour d’eux.
Négocier leur cachet au moment du casting, ce n’était rien.
Ils imposaient régulièrement des exigences déraisonnables à l’équipe et intervenaient directement dans le scénario, se plaignant et réclamant qu’on augmente de force leur temps de présence à l’écran.
Et puis il y avait les luttes de pouvoir entre acteurs.
Avant même de s’inquiéter de leur talent, il fallait se demander si le plateau pourrait fonctionner correctement.
« Celle-ci, surtout, pose problème. »
Toc. Toc.
Le producteur en chef Ha tapota du bout de son stylo le nom du premier choix pour le rôle principal féminin.
C’était Cha Ye-rin, une étoile montante dont la cote ne cessait de grimper.
« Vous vous souvenez du tollé quand elle a rejoint la mini-série de MBS l’an dernier ? Elle est connue pour massacrer les scénarios des jeunes scénaristes afin de les adapter à ses goûts et pour transformer les plateaux en vrais champs de bataille. »
« Ah, oui. C’est une actrice qui a de fortes convictions personnelles. »
« Espèce de petit con. Quelles convictions ? Elle fait simplement tout ce qui lui chante. »
La voix du producteur en chef Ha était pleine d’inquiétude.
« Ce scénario marque aussi les débuts d’une jeune scénariste. Vous croyez que cette fille au caractère bien trempé va rester tranquillement dans son coin ? Elle va évidemment amadouer le scénariste avant même le début du tournage, puis essayer de tout contrôler à sa guise. »
On pouvait toujours répéter que Ji Yeon-woo était le disciple chéri de la scénariste Seo Eun-hye ; pour les acteurs qui n’en savaient rien, il n’était qu’un jeune débutant facile à intimider.
En plus, le scénariste Ji Yeon-woo était un novice studieux qui n’avait même jamais mis les pieds sur un plateau de drama.
Il y avait de bonnes chances que le scénario déraille après avoir été malmené par le comportement possessif de l’actrice principale.
« Producteur en chef. »
Pourtant, la réaction de Woo Young-taek face à ces graves inquiétudes fut tout autre que ce à quoi le producteur en chef Ha s’était attendu.
Au lieu d’avoir l’air préoccupé, il esquissa un sourire en coin.
« Vous n’avez pas du tout à vous en faire. Ce qui vous inquiète n’arrivera jamais. »
« Ah bon ? Vous pensez pouvoir maîtriser Cha Ye-rin ? Elle vous fracassera le crâne, à vous aussi. »
« Non. Pourquoi est-ce que je m’en mêlerais ? Le scénariste établira lui-même la hiérarchie. »
« Quoi ? »
Woo Young-taek se rappela le regard glacial de Ji Yeon-woo et sa déclaration fracassante, quelques jours plus tôt.
« Les rencontres avec les acteurs, cette semaine. J’y assisterai aussi. »
Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire, sinon ?
C’était la déclaration d’un prédateur qui comptait remettre les acteurs à leur place dès le départ.
Bien sûr, les acteurs ne se laisseraient pas faire facilement non plus, mais Woo Young-taek n’imaginait pas une seconde que ce scénariste baisserait les yeux devant leurs mesquines manœuvres territoriales.
« Mais de quoi vous parlez ? Vous dites qu’il a des appuis ? »
« Oui. Si vous rencontriez ce scénariste vous-même, vous comprendriez aussi, producteur en chef. »
Devant l’expression absolument convaincue de Woo Young-taek, le producteur en chef Ha le regarda comme s’il avait perdu la tête.
#
À l’intérieur d’un van noir qui filait le long de Gangbyeonbuk-ro.
Manager Choi, assis sur le siège passager, consulta le programme sur une tablette et prit la parole.
« Ye-rin, tu n’as pas oublié la rencontre en personne avec tvM demain à quinze heures, hein ? »
Cha Ye-rin, assise à l’arrière les yeux fermés comme si elle était fatiguée, répondit d’un ton nonchalant.
« Je sais. Le projet de ce vieux, Woo Jeong-taek ou je ne sais quoi. Mais ce n’est même pas une lecture du scénario. Pourquoi ils en font tout un plat pour une première rencontre ? C’est épuisant. »
« Hé, hé. Je t’ai dit de corriger cette habitude. »
« Qu’est-ce que j’ai fait ? »
« Rah, laisse tomber. Bref, fais attention demain. J’ai entendu dire que le scénariste serait là aussi. »
« Hein ? Vraiment ? »
Cha Ye-rin ouvrit brusquement les yeux.
Au même moment, un sourire intrigué se dessina sur ses lèvres rouges.
« Hé hé. Qu’est-ce que c’est que ça ? Ce scénariste qui fait ses débuts ne manque pas d’aplomb. »
« … Qu’est-ce que tu mijotes encore ? »
« Oh, rien de spécial. Je réfléchis juste à la façon dont je vais cuisiner ce mignon petit scénariste. »
Un parfait débutant, qui n’avait aucune expérience sur un plateau.
Du point de vue d’une actrice, il n’y avait pas de proie plus facile ni plus savoureuse.
En outre, le rapport de force était évident. Pour un jeune scénariste, Cha Ye-rin était un véritable prédateur.
« Hmm hmm. Comment vais-je l’amadouer, cette fois ? »
Comment gonfler mon temps de présence à l’écran ? Comment m’approprier tout le charme de mon personnage ?
Cha Ye-rin fredonnait, plongée dans d’agréables rêveries, quand Manager Choi aperçut son expression dans le rétroviseur et l’arrêta en urgence.
« Ye-rin, je t’ai dit qu’il fallait absolument que tu te retiennes, cette fois. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Ne dramatise pas. Je t’ai dit que je gérais. »
« Non, ce projet est vraiment important. »
La voix de Manager Choi se fit désespérée.
« Cette voyante de génie a dit qu’il fallait absolument que tu décroches ce projet. C’est pour ça que le chef de division nous a répété encore et encore qu’on ne pouvait pas laisser passer ce drama de tvM, même si le ciel nous tombait sur la tête. »
« Rah, tu me casses les oreilles. J’ai dit que j’avais compris, non ? Tu vas répéter la même chose combien de fois ? C’est vraiment pénible. »
« … D’accord. Si tu as compris, laisse au moins la réunion de demain se dérouler sans histoires. Je t’en prie. Il paraît que ce scénariste n’est pas comme les autres. Il y a forcément une raison à ces rumeurs. »
Manager Choi se frotta les mains en la suppliant, mais Cha Ye-rin se contenta de renifler avec dédain.
« Et alors ? Ce n’est qu’un petit scénariste de rien du tout. »
« Non… Malgré tout, mieux vaut rester prudente. »
« Rah, tu es vraiment insupportable. Tais-toi, je m’en occupe. »
Quand elle repérait une proie qui semblait facile à maîtriser, elle la mordait, la déchiquetait et refusait de la lâcher.
C’était son actrice, mais quelle femme terrifiante.
Manager Choi finit par pousser un profond soupir et secoua la tête.
« Hmm. Puisque je m’y mets, autant être un peu plus gourmande, non ? Quand est-ce que j’aurai une autre occasion de me remplir la panse ? Tu ne crois pas ? »
« Rah… laisse tomber. J’ai déjà pitié de ce scénariste. »
Manager Choi pria sincèrement en son for intérieur.
Pour l’âme de ce scénariste, qui allait bientôt devenir une victime.
Notes :
[1] Chungmuro : quartier de Séoul dont le nom sert à désigner l’industrie cinématographique coréenne.
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