Chapitre 203
« Toc, toc, toc. »
Une série régulière de coups retentit soudain de l’autre côté de la porte.
Le bruit n’était pas fort, mais dans la pièce silencieuse, il était d’une netteté remarquable.
« Hein ? »
Ayla se réveilla en sursaut.
Par réflexe, elle inspira brusquement. Dans un bruit de succion, elle ravala de force la bave luisante qui lui pendait au coin de la bouche.
Se faire réveiller en plein rêve agréable n’avait rien de plaisant.
Surtout pour une jeune louve au fort instinct territorial : son humeur matinale était deux fois plus redoutable.
À peine réveillée, Ayla avait encore l’esprit complètement embrumé. Elle avait totalement oublié le personnage « déprimé » qu’elle s’était appliquée à jouer ces derniers jours.
« Tu sais pas que je dors ?! »
Le nez froncé, Ayla hurla sur la personne qui se tenait dehors.
Dans le couloir, Lance avait levé la main droite, prêt à frapper de nouveau.
Son geste se figea à mi-chemin.
Il dévisagea, interdit, la jeune louve pleine d’énergie qui se tenait devant lui.
À voir son teint rose, sa voix vigoureuse et sa silhouette un peu plus ronde depuis qu’elle mangeait à sa faim…
Lance se dit soudain que toute la compassion qu’il avait éprouvée, en se demandant s’il n’était pas allé trop loin, avait été parfaitement inutile.
Ces derniers jours, cette jeune louve avait manifestement mené une vie bien plus confortable que lui, enfermée dans sa chambre.
Et après avoir poussé cette exclamation…
La colère matinale d’Ayla se dissipa en grande partie au contact de l’air frais du couloir.
La première chose qui lui vint à l’esprit fut de reconnaître son visiteur.
Devant la porte se tenait ce Sang de dragon pervers qui aimait donner des tapes sur le front des gens.
Puis, sans pouvoir s’en empêcher, elle s’attarda quelques secondes sur son visage.
Ce fut sa deuxième réaction.
Pour une raison qu’elle ignorait, cet homme qu’elle avait jusqu’alors trouvé tout à fait quelconque lui plaisait soudain beaucoup plus, après seulement quelques jours.
Un homme aurait peut-être eu du mal à remarquer un tel changement, mais Ayla le repéra aussitôt.
Son visage était toujours le même, familier.
C’était plutôt quelque chose dans son aura qui avait changé.
Ce qui la captivait le plus, c’étaient ses yeux. Ils évoquaient un bassin profond où l’on avait l’impression de tomber dès le premier regard.
Le cœur d’Ayla manqua un battement malgré elle.
Elle eut même envie de se rapprocher pour le regarder de plus près.
Mais très vite…
Un courant d’air effleura ses pieds nus.
Ce fut sa troisième réaction.
Ayla frissonna violemment, et le voile de somnolence qui lui restait dans l’esprit se dissipa aussitôt.
Oh non !
Ces derniers jours, elle était censée jouer les jeunes louves déprimées, qui avaient perdu toute confiance en la vie après avoir subi un grand choc !
Presque instinctivement…
La colère et la surprise disparurent du visage d’Ayla en un dixième de seconde.
Sa posture, jusque-là bien droite, s’affaissa aussitôt.
Ses oreilles grises retombèrent mollement.
Elle regarda Lance d’un air extrêmement fragile et abattu, puis prit une voix plaintive.
« Qu’est-ce que tu veux ? Tu es encore venu me tyranniser ? »
Son ton était douloureux et tragique, comme si elle avait subi la pire injustice au monde.
Devant cette performance digne d’un numéro de changement de visage…
Lance leva une main, impuissant, et se couvrit fermement le front.
Sans la moindre pitié, il démasqua son petit jeu.
« Ça suffit. Arrête de faire semblant. »
S’il n’avait toujours pas compris qu’elle avait simulé son état ces derniers jours pour éviter d’étudier, autant dire que tout ce cerveau qu’il avait développé au cours de sa vie n’aurait servi à rien.
« Je suis juste venu t’emprunter un miroir. »
En voyant son déguisement percé à jour sans détour, Ayla comprit qu’il ne servait à rien de continuer son numéro.
Elle abandonna aussitôt son air pitoyable et le foudroya du regard.
« Non ! »
Les mains sur les hanches, Ayla montra les dents à Lance et exhiba sans retenue ses deux petites canines acérées.
Elle n’avait pas oublié l’humiliation d’avoir été traitée comme un chien errant, trois jours plus tôt.
S’il voulait son miroir, il pouvait toujours rêver !
Face à ce refus catégorique, Lance ne se mit pas en colère.
Il se contenta de la regarder calmement dans les yeux et lui proposa une condition d’un ton égal.
« Un sachet de viande séchée. »
C’était un en-cas qu’il avait spécialement acheté au marché la veille après-midi, à l’origine pour Petite Noire et Doubao.
« Marché conclu ! Je vais le chercher tout de suite ! »
Le regard arrogant d’Ayla s’épanouit instantanément en un doux sourire.
Puisqu’il l’avait démasquée, son quotidien allait bientôt redevenir misérable de toute façon.
Elle accepta aussitôt la réalité.
Pour de la viande séchée, qu’importait la fierté ?
C’était précisément grâce à cet optimisme qu’elle avait pu aller et venir seule avec tant d’entrain, sans nourrir la moindre rancœur envers le monde.
Cependant…
Au moment exact où Ayla se retourna pour aller chercher le miroir…
Une notification système apparut soudain sur la rétine de Lance.
【La créature vicieuse a manifesté envers vous un compromis et une concession. Vous avez obtenu 3 points de dressage.】
Le cœur de Lance manqua aussitôt un battement.
Oh non !
Presque au même instant que la notification système…
Ayla, qui venait de lui tourner le dos, s’immobilisa brusquement.
Sans prévenir, une sensation de picotement extrêmement étrange se répandit à la base de sa queue.
Le léger fourmillement remonta le long de sa colonne vertébrale, puis jaillit jusqu’à l’arrière de sa tête.
Accompagnée par cette étrange stimulation…
Sa queue grise, qui pendait jusque-là légèrement, se mit soudain à bouger contre sa volonté.
Elle semblait prendre vie.
Elle se mit à battre énergiquement d’un côté puis de l’autre en direction de Lance, derrière elle.
« Hein ? »
Sur le seuil, Lance regarda la queue s’agiter avec tant d’ardeur qu’elle semblait prête à balayer le sol.
Il ne ressentit qu’une profonde impuissance.
Il se rappela aussitôt le Trait de recherche qu’il avait débloqué trois jours plus tôt, après lui avoir donné des tapes sur le front à répétition.
【Plaisir de la soumission (Trait de recherche) : Selon les lois impitoyables d’une meute de loups, le vaincu doit exposer son ventre, partie la plus vulnérable, au loup alpha en signe de soumission absolue.】
【Chaque fois que la race demi-humaine étudiée — les Loups-garous de la Lune d’Azur — manifeste envers vous la moindre forme de « compromis » ou de « soumission », son comportement contourne directement toute pensée rationnelle.】
【Leur système nerveux central sera guidé par vos phéromones et sécrétera de grandes quantités d’« hormones du plaisir ».】
【Selon le degré de soumission manifesté par la cible, vous obtiendrez un nombre correspondant de points de dressage.】
【Ces points peuvent servir à émettre des « ordres forcés », à effectuer des « ajustements d’état », à pratiquer l’« hypnose » ou à être convertis en « récompenses » concrètes destinées à réconforter la cible.】
【Pour la recherche de niveau 3, les points de dressage consommés servent de condition de progression. Progression actuelle : 0/300】
Lance soupira intérieurement en silence.
C’était le Trait exclusif qu’il avait développé à partir de cette jeune louve.
Il aurait dû s’en douter.
Il n’y avait décidément aucune raison d’attendre quoi que ce soit de normal de ce système de recherche.
Comme il avait été occupé ces derniers jours à préparer son Rituel d’avancement de classe, il avait complètement oublié ce Trait quelque peu pervers.
Il ne s’était pas attendu à ce que les critères d’activation soient aussi faciles à remplir.
Ayla n’avait fait qu’accepter verbalement de céder pour quelques morceaux de viande séchée…
Et cela avait directement déclenché le mécanisme de récompense de son système nerveux.