Une lumière orange s’élevait au-dessus de l’océan.
Nous étions en hiver. Pourtant, le soleil s’imposait déjà dans le ciel, semblable à un phare guidant les navires malgré la tempête.
Ses rayons traversaient les rues encore calmes avant de venir frapper la fenêtre d’une maison située non loin de la plage.
À l’intérieur, un jeune homme était agenouillé devant son canapé, la tête reposant contre les coussins.
Le soleil l’éclairait de plein fouet, pourtant, rien ne semblait capable de le réveiller. Son sommeil n’avait rien de paisible, son visage étant crispé par la douleur, comme s’il luttait contre quelque chose d’invisible, tandis que les minutes passaient.
Peu à peu, l’intensité de la lumière diminua et le jeune homme commença enfin à émerger.
Ce réveil n’avait rien de celui d’un adolescent profitant de son week-end.
C’était le réveil d’une personne qui souffrait.
Ouvrant les yeux, Damien n’était pas d’humeur à commencer cette journée. Mais il n’avait pas le choix.
Se levant, il sentit son corps lui faire mal, mais il devait faire avec. Il quitta le salon pour se diriger vers les escaliers, juste en face de l’entrée.
Arrivé au deuxième étage, il se rendit dans la salle de bain afin de prendre une douche et de se brosser les dents.
Après avoir terminé, Damien devait changer ses bandages, les ayant retirés lors de sa douche. Cela lui avait fait l’effet d’une libération.
Cette infirmière… Comment avait-elle été recrutée ?
Son corps n’avait rien de celui d’un adolescent de dix-huit ans.
Même Alexandre le Grand aurait levé un sourcil à cette vue.
Damien avait énormément renforcé son corps afin de pouvoir facilement faire reculer le professeur Arki lors de leur combat, mais aussi parce qu’il appréciait ça. Aujourd’hui, sa musculature avait atteint un développement incomparable à ce qu’il avait initialement souhaité, mais après tout, il s’entraînait tous les jours.
Il avait plusieurs blessures, une au niveau de l’épaule gauche, une autre sur la jambe droite, ainsi que des éraflures sur ses deux mains, qui avaient raclé le sol plus d’une fois.
Se demandant s’il devrait aussi recouvrir les éraflures sur ses mains de bandages, leur vision lui rappela un vieux souvenir.
Les entraînements effectués chaque jour, les combats entre les différents membres du club… Même si Damien n’avait aucun intérêt pour ces derniers, il ne s’en souvenait pas tant que ça.
Les duels avec Miki ou le professeur Arki, ou encore cette fois où ils s’étaient ligués à deux contre lui… Arki n’aurait jamais imaginé que ses deux élèves les plus talentueux se mettent d’accord pour essayer de le tabasser.
Damien était en première ligne, Miki l’assistait, tandis que tous les autres membres du club observaient la scène avec stupéfaction. La tête d’Arki, elle, montrait clairement sa panique.
C’étaient de beaux jours.
Ressentant la douleur familière dans son corps s’intensifier, il préféra atténuer une partie de ses douleurs. Il appliqua d’abord une certaine pommade que l’infirmière lui avait donnée sur ses blessures, puis les recouvrit de nouveaux bandages. En fin de compte, il laissa ses mains à l’air libre.
Damien était du genre à aimer toutes sortes de choses.
Avec ses parents, ceux de Miki ou même Arki, il partait souvent à la montagne ou dans d’autres endroits.
Il connaissait donc quelques règles de survie. Apprendre de nouvelles choses l’avait toujours intéressé, et en acquérir une meilleure compréhension l’amusait encore plus.
De retour au salon, Damien n’avait pas pris la peine de mettre un haut et ne portait qu’un short.
Il s’assit sur son canapé et alluma la télévision.
Il n’était pas du genre à regarder tout ce qui se passait aux informations, ni à suivre des séries ou des films, mais il chercha quand même quelque chose, faisant défiler les programmes pendant un moment sans rien trouver qui puisse piquer son intérêt.
« … »
Bref, prenons l’air.
⸻ ❖ ⸻
Ayant enfilé des vêtements qu’il avait trouvés dans son placard, Damien se regarda une dernière fois dans le miroir avant de sortir.
Il avait mis un t-shirt sombre sous un pull bleu marine légèrement trop grand, le tout était accompagné d’un pantalon noir, un peu large.
Dans ses mains, il tenait quelque chose qui ne ressemblait pas à un torchon, mais qui n’était pas non plus le produit de luxe le plus recherché.
Se dirigeant vers la sortie, il se retrouva enfin dehors.
Il descendit les quelques marches devant chez lui et avança.
Certes, le soleil était venu bercer le monde de sa lumière, mais la présence du froid prouvait que nous étions toujours en hiver.
Damien comptait donc sur ce qu’il tenait entre ses mains.
Il enfila une long veste bleu nuit qui pouvait presque sembler noir, celui-ci lui tombant jusqu’aux mollets. Les pans étaient irréguliers et beaucoup plus usés par le temps que le reste de la veste. Son tissu épais gardait son porteur au chaud.
Les manches, quant à elles, étaient suffisamment longues pour que, lorsque Damien relâchait les bras, elles descendent jusqu’à ses poignets. Le col recouvrait son cou et était presque semblable aux pans de la veste.
Avec un tel accoutrement, Damien ne semblait pas respirer le luxe, mais conservait un style silencieux.
Certains passants le remarquèrent, et deux voisins entamèrent même une discussion.
« Oh, ce jeune homme… N’est-ce pas Damien ? »
« Oui. C’est l’enfant de nos anciens voisins, ceux qui se sont fait assassiner dans le centre-ville. »
« Pauvre jeune homme… En tout cas, il continue de vivre sa vie. »
« Oui, regarde-le. Ne semble-t-il pas transporter l’hiver avec lui dans cet veste ? »
« C’est ce que je me suis dit aussi. »
Marchant en direction du centre-ville, Damien ne savait pas encore ce qu’il allait faire de sa journée.
Peut-être irait-il à la bibliothèque de l’académie, mangerait dans un fast-food ou regarderait même un film, même s’il savait qu’il en sortirait probablement quelques minutes après le début.
En traversant le chemin longeant la plage, il regarda l’océan.
Quelques jours plus tôt, Damien aurait trouvé sa troisième et dernière justification.
Or, Jia l’en avait empêché.
C’était étrange, en fait.
Damien ne croyait pas aux coïncidences.
Et même s’il ne comprenait pas Jia ni sa logique, elle semblait incapable de mentir. Non pas parce que quelque chose l’en empêchait, mais simplement parce qu’elle ne le voulait pas.
Ils s’étaient donc réellement rencontrés par simple hasard.
Mais tout ce qui concernait la chance ou les coïncidences découlait d’une multitude d’actions menées par d’innombrables personnes, ce qui finissait ensuite par produire un résultat.
Cela suivait une véritable logique.
Le destin et la destinée…
Mmh… Ça devrait être écrit…
Continuant son chemin, Damien avait déjà parcouru une bonne distance. Il était presque arrivé au centre-ville.
En passant par une ruelle, il remarqua que celle-ci était beaucoup plus calme que celles qu’il empruntait habituellement pour se rendre à l’académie.
Les bâtiments étaient silencieux, les fenêtres fermées, tandis que les rayons du soleil, dont la bataille contre l’hiver semblait se poursuivre, étaient masqués par les constructions, tamisant la lumière et enveloppant le paysage d’un voile d’ombre.
La ruelle elle-même n’avait rien de particulier, mais il y avait si peu de passants que les seules personnes qu’on y trouvait semblaient louches.
Regardant devant lui, Damien ne prêtait pas attention aux regards. Certaines personnes, qui étaient auparavant sur leur téléphone, lui jetaient un coup d’œil et semblaient l’observer comme si elles le connaissaient.
[J’y arrive pas depuis… Arrête de me mettre des bâtons dans les roues.]
Oh… Elle me répond enfin, mais Auréole de Nive, je n’ai rien fait de spécial.
Attendant une réponse, Damien continuait d’avancer. Mais celle-ci prenait beaucoup trop de temps.
« Que veux-tu dire ? »
[Attends… Ce silence. Me dis pas que tu pensais que je pouvais entendre tes pensées ?]
« Pas du tout. Je me demandais juste de quoi tu parlais. »
[Ça doit être ça. Bref, je veux accéder à quelque chose, mais tu m’en empêches. Supprime ce qui te restreint.]
Damien réfléchit afin de comprendre ce qu’elle voulait dire. Puis, il se rappela la conversation qu’il avait eue avec Jia chez elle, le jour de leur rencontre.
« Apparemment, c’est un sceau et je ne sais pas qui l’a placé ici. Je ne peux pas le retirer. »
[Un sceau ? Ça ? Retire-le.]
« Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? »
[Je t’ai dit de le retirer… Regarde devant toi.]
Écoutant l’instruction, Damien regarda devant lui et vit…
Qu’est-ce qu’il fait ici ?
Un jeune homme marchait dans cette ruelle. Lorsqu’il aperçut Damien, il sembla surpris.
« Oh, Damien, c’est toi ? Que fais-tu dehors si tôt le matin ? »
« Je voulais prendre l’air. Et toi, que fais-tu dehors aussi tôt ? »
Damien l’analysa. C’était son camarade de classe, celui à qui Jia semblait avoir fait quelque chose. Il tenait une enveloppe dans ses mains.
« Oh, j’étais à l’académie, parti voir une amie… Attends, de quel droit tu me demandes où je vais ? »
Damien ne comprenait pas pourquoi il avait soudainement réagi de cette manière.
Mais tant qu’on y était…
« Oh… Je crois que Jia a manqué quelque chose. »
Se crispant, le jeune homme sembla être plongé dans une terreur terrible.
« Oh, la nouvelle ? Damien, je me rappelle que t’es proche d’elle, non ? Mardi, je vous ai vus alors que je voulais sécher les cours. »
Levant sa main gauche, il tendit à Damien l’enveloppe qu’il tenait.
« Euh… Bah, j’étais heureux de te croiser. Bye. »
Puis il reprit immédiatement sa route.
Damien ne savait pas ce que Jia avait fait à un gamin de riche arrogant comme lui. Mais c’était utile. Sa matinée n’était pas encore gâchée.
[Damien, donne-moi ce manteau et tes sous-vêtements.]
Il s’apprêtait à regarder ce qu’il y avait dans l’enveloppe, mais il s’arrêta.
D’une part à cause de la volute sur l’enveloppe…
Mais aussi…
« Auréole de Nive, c’est qu’une simple question, mais vous êtes une femme ou un homme ? »
[Hein ? Tu veux m’attribuer un genre ? Je m’en fous de la manière dont tu me vois. Réponds à ma question.]
Réfléchissant quelques instants, Damien trouvait que Nive était un nom approprié pour un homme, mais le mot “Auréole” placé juste avant lui semblait plutôt évoquer une femme.
« Bien. Laisse-moi y réfléchir. Et aussi, je t’appellerai Nive maintenant. »
[Qui crois-tu être pour faire ça ? Je ne t’ai pas donné l’autorité pour—]
« Je n’ai pas les qualifications ? Alors pourquoi tu me parles, là, maintenant ? »
Continuant à marcher, Damien arriva enfin dans le centre-ville. Il passa devant le cinéma, le regarda un instant, puis continua sa route.
Sa respiration était lourde, mais ça allait, vu la chaleur que lui apportait son manteau.
L’Auréole de Nive semblait ne plus vouloir lui parler, et il en était satisfait.
Depuis son apparition, elle ne lui avait parlé que lorsqu’elle le voulait, le laissant dans le silence lorsqu’il avait besoin d’explications ou d’aide. Je ne vais jamais m’entendre avec elle.
Arrivant à un carrefour, il aperçut Éléna, qui était avec Jia la veille.
Elle ne semblait pas l’avoir vu.
Quant à lui, il se dirigea vers le supermarché situé dans la rue d’en face.
Il avait aussi remarqué que les gens, aujourd’hui, passaient énormément de temps sur leur téléphone. Mais peut-être était-ce normal. Contrairement aux jeunes de son âge, il utilisait rarement le sien, même si certains adultes semblaient étrangement tout aussi absorbés par le leur.
Entrant dans le supermarché, il remarqua que le vigile le regardait comme pour vérifier quelque chose, mais celui-ci ne s’y intéressa pas longtemps.
Parcourant les rayons, Damien cherchait quelque chose à grignoter. La veille, il n’avait pas eu l’occasion de manger et était parti d’un coup ; une fois chez lui, il s’était littéralement effondré.
Arrivé dans le rayon des gâteaux, il prit des cookies avant de se rendre dans celui des produits laitiers.
Une fois à la caisse, il paya son paquet de cookies et sa petite bouteille de lait avec la carte qu’Arki lui avait donnée.
Après tout, les produits laitiers étaient nos amis.
Et les cookies étaient l’une des berceuses de l’enfance.
Une fois dehors, il se rendit au parc de la ville.
Assis sur un banc et dégustant ses achats, il observa son environnement.
Des familles jouaient ensemble.
Des collégiens discutaient.
Et un type louche les observait un peu trop intensément.
Il eut même la chance d’assister à l’intervention d’étudiants qui lui demandèrent ce qu’il faisait. Le visage du type louche se décomposa alors, laissant apparaître une expression de panique.
Malgré la douleur, il riait de la situation, sa petite bouteille de lait à la main.
Ahah… La tête qu’il fait.
Oui.
Cette matinée s’était bien passée.