Deux jours étaient passés.
Lorsque Damien s’était évanoui, il ne s’était réveillé que quelques heures plus tard. Il avait mal partout, et Jia l’avait aidé. À son grand désarroi, son cœur entrait parfois en systolie sans qu’il puisse le contrôler. Lorsque cette dernière entrait en contact avec sa Source d’existence, une explosion du cœur se produisait, lui infligeant une douleur considérable. En cours, il avait surpris plus d’une fois ses camarades de classe et avait passé de longs moments à l’infirmerie.
Cette douleur familière, qui ne lui posait autrefois aucun problème, était devenue une urgence permanente. Son corps entier en subissait les conséquences, au point qu’il ne pouvait plus l’utiliser comme avant. Ses capacités physiques avaient considérablement diminué, même si elles restaient supérieures à la moyenne.
Pendant ces deux jours, hormis les moments où ils se retrouvaient, notamment chez elle, Damien et Jia n’avaient pratiquement pas passé de temps ensemble. À l’académie, les gens venaient naturellement vers elle, discutaient avec elle et lui apprenaient toutes sortes de choses.
Lui, Damien, restait à l’écart.
Le harcèlement à son encontre avait repris de plus belle. Autrefois, il se faisait frapper une à deux fois par jour ou subissait quelques humiliations, mais cette fois, ils ne s’arrêtaient plus. Pire encore, ils avaient intensifié les choses.
Son état ne lui permettait déjà plus d’endurer ce qu’il subissait habituellement. Son réveil avait été difficile après son évanouissement, et la douleur familière, désormais omniprésente, ainsi que les irrégularités de son cœur dès qu’il relâchait son attention, ne faisaient qu’aggraver les choses. Heureusement, il avait toujours possédé une capacité de régénération fulgurante, et sa Source d’existence semblait améliorer continuellement aussi bien cette capacité que son corps.
À peine arrivé à l’académie, un groupe d’étudiants s’en était pris à lui. Dans son état, chaque coup lui faisait plus mal qu’autrefois.
À la pause de midi, d’autres étaient venus. C’étaient des lycéens de deuxième année.
Ils avaient eu la délicatesse de le laisser terminer son repas. Certains discutaient même entre eux et lui posaient parfois quelques questions. Lui, qui avait déjà du mal à tenir correctement ses couverts, leur en était presque reconnaissant.
Mais lorsqu’il eut terminé et qu’il sortit de la cafétéria, à peine s’était-il éloigné de celle-ci que certains l’avaient déjà encerclé. Il n’eut pas le temps de réagir qu’ils commençaient déjà à s’amuser à lui asséner divers coups sur le corps, jusqu’à le faire tomber. Une fois à terre, ils le piétinèrent avant de lui asséner plusieurs coups au ventre. Son repas lui remonta aussitôt dans la gorge. Il se retint de vomir et ravala difficilement ce qui lui était remonté.
Tout l’après-midi fut identique.
Et le lendemain fut encore pire.
Il avait eu énormément de mal à gérer tout cela.
La veille encore, il avait reçu un coup à la poitrine et, au même instant, son cœur avait explosé, provoquant un arrêt cardiaque.
À cette vue, ceux qui le frappaient avaient immédiatement pris la fuite.
Après tout, voir quelqu’un cracher du sang sur le sol n’avait rien de normal.
Qu’il le veuille ou non, son corps était incapable de fonctionner normalement. S’il ne regrettait pas d’avoir écouté Jia pour le Systolic Overdrive, il aurait aimé savoir qu’il finirait dans un tel état.
Comme après le coup de cutter reçu quelques jours plus tôt, ces blessures finiraient par se résorber. Sa régénération lui permettrait de s’en remettre assez rapidement, même si, cette fois, son état général compliquait les choses.
L’un de ses rares réconforts venait du professeur Arki. À plusieurs reprises, celui-ci l’avait envoyé à l’infirmerie lorsqu’il voyait dans quel état il se trouvait.
Damien lui en était reconnaissant. Enfin… jusqu’à ce qu’il tombe sur Lily, l’infirmière de l’académie, qui gérait presque tout l’établissement à elle seule.
Après tout, Damien regrettait presque d’y avoir été envoyé.
Elle était brutale et agissait comme si c’était normal. Elle lui avait tellement serré les bandages à certains endroits qu’il en était presque plus énervé contre elle que contre ceux qui l’avaient frappé.
Il avait connu pire. Pourtant, cette fois, il n’était pas près d’oublier la douleur.
Il comprit pourquoi si peu de personnes osaient se blesser à l’académie ou préféraient éviter l’infirmerie, au risque d’aggraver leur état.
Jia, de son côté, restait plus longtemps à l’académie. Elle avait discuté avec de nombreux professeurs et en avait appris davantage sur les élèves.
Elle profitait de l’attention qu’on lui accordait pour poser des questions. Au premier abord, elles paraissaient banales, mais finissaient presque toujours par revenir à Damien, Miki ou aux jumeaux.
Elle savait utiliser l’art de la discussion à son avantage.
Parfois, cependant, elle ne ressemblait plus vraiment à une lycéenne curieuse, mais davantage à quelqu’un qui cherchait volontairement certaines informations.
C’était ce qui expliquait la méfiance de quelques personnes.
La plupart d’entre elles, elle avait réussi à les gérer et à obtenir ce qu’elle voulait.
D’autres, en revanche, semblaient davantage impliquées dans les affaires des jumeaux.
Celles-là prenaient peur. Le professeur Charles, notamment, était sur ses gardes et avait extrêmement mal réagi lorsqu’elle avait abordé le sujet. Jia avait ressenti sa détresse.
Elle ne les forçait pas.
Elle changeait simplement de sujet, tout en restant suffisamment longtemps pour observer leurs réactions.
Elle reçut également les informations qu’elle avait demandées à son camarade de classe.
Étrangement, il en avait énormément, et surtout, elles étaient accompagnées de nombreuses preuves : photos, messages, documents. Elles concernaient aussi bien certains professeurs que des personnes beaucoup plus influentes dans la ville.
Elle lui demanda naturellement d’où tout cela provenait. Son camarade lui répondit qu’il tenait ces informations d’une fille de l’académie.
Vu la qualité des preuves, tout cela n’avait certainement pas été réuni en seulement deux jours.
Jia fixa longuement son camarade.
Ce dernier pâlit immédiatement. Pensant qu’elle n’était pas satisfaite, il lui promit de chercher davantage d’informations.
Ce n’était pas ce qu’elle voulait faire, mais elle ne comptait certainement pas refuser.
Elle obtint également une liste des élèves qui recevaient directement des ordres des jumeaux.
En comparant cette liste avec ses propres observations et les quelques élèves qu’elle avait déjà corrigés, elle remarqua rapidement quelque chose.
Leurs déplacements n’étaient pas naturels. Ils suivaient une logique précise, comme s’ils répondaient à des ordres. Et cette organisation semblait particulièrement efficace.
De plus en plus d’élèves avaient cessé de s’en prendre aux autres. Non pas parce qu’ils étaient devenus meilleurs, mais parce qu’ils avaient peur de Jia.
Elle en avait déjà tabassé une partie, et sa réputation semblait désormais la précéder.
Finalement, elle comprit une chose.
La corruption et ce genre d’activités étaient beaucoup trop profondément enracinés dans l’académie pour être arrêtés pendant le temps qu’elle passerait ici.
C’était regrettable.
Mais quelqu’un finirait par s’en charger.
À la fin de ces deux jours arriva le troisième, vendredi, le dernier jour de la semaine.
Damien était parti bien avant elle ce matin-là. Ils n’avaient donc pas fait le trajet ensemble. Il n’allait clairement pas bien, mais cela ne l’inquiétait pas particulièrement.
Elle avait déjà remarqué sa capacité de récupération anormale, et sa Source d’existence semblait continuer à renforcer son corps ainsi que cette capacité.
Durant la journée, elle ne le voyait qu’en cours. Entre les différentes pauses, il semblait avoir couru, sûrement pour échapper à ses harceleurs.
Dans son état, ce n’était probablement pas une bonne idée. Pourtant, elle en était satisfaite, on apprenait toujours mieux dans des conditions réelles.
Plus tard, cela lui serait utile.
⸻ ❖ ⸻
À la fin de la journée, Jia rangeait tranquillement ses affaires lorsqu’une de ses camarades de classe s’approcha d’elle.
« Alors Jia, tu y as réfléchi ? »
Jia leva les yeux vers elle.
Cette fille s’appelait Éléna et constituait l’un des principaux soutiens du réseau des jumeaux.
Autrefois, elle avait entretenu une relation avec un professeur. Mais celui-ci avait fini par commettre une faute qui avait mis un terme à leur histoire. Éléna avait alors cru pouvoir tourner la page, jusqu’à ce qu’il se serve de leur passé commun pour la contraindre à lui accorder certaines faveurs qu’elle n’aurait jamais consenties autrement.
Peu à peu, ces faveurs l’avaient entraînée bien plus loin qu’elle n’aurait pu l’imaginer, jusqu’à la mettre en contact avec le directeur d’agenda de la plus grande banque de la ville.
« Un peu. Mais sans te mentir, je préfère rester à la maison. »
« Allez quoi. C’est seulement pour le week-end. »
« C’est vrai, mais je pense avoir plusieurs choses à préparer pour la semaine prochaine. »
Mécontente, Éléna se rapprocha davantage et commença à l’aider à ranger ses affaires.
« Et si je t’offrais quelque chose ? »
Jia prit quelques secondes pour réfléchir, puis accepta. Éléna semblait connaître énormément de choses, et il y avait justement une question qui l’intéressait.
« Je me demandais… qui est Damien ? »
« Oh, le garçon de notre classe ? C’était l’ancien représentant de l’académie. »
Voyant l’intérêt de Jia, elle poursuivit immédiatement.
« Lorsqu’il est arrivé ici, le professeur Arki l’a recommandé pour représenter l’académie. La proposition a été acceptée et il est rapidement devenu le symbole de l’établissement aux côtés de Miki Akasaka. »
« J’ai déjà entendu ce nom. Mais qui est-il exactement ? »
« Lui ? Tu vois Damien ? »
Elle réfléchit quelques secondes.
« Ils se ressemblent un peu. Aujourd’hui, Miki est le représentant de l’académie. Mais ce n’est pas tout. Il représente également le pays dans plusieurs compétitions internationales, possède un prix Nobel de la paix et s’est fait connaître pour ses combats contre diverses injustices, le harcèlement, les discriminations et les violences faites aux femmes.
Il a une image presque parfaite. Et dans les compétitions auxquelles il participe, il est connu pour son fair-play. »
« Alors pourquoi n’était-il pas représentant a la place de Damien ? »
« C’est simple. Les deux étaient amis. Ils fonctionnaient selon une logique particulière, Damien était la tête d’affiche, tandis que Miki organisait tout derrière. »
Prenant le cahier de mathématiques de Jia, elle le lui tendit.
« Mais ne crois pas que Damien n’était là que pour faire joli. C’était même l’inverse. Il le surpassait dans presque tous les domaines, au point que beaucoup se demandaient pourquoi le professeur Arki ne l’avait pas choisi pour représenter le pays à l’international. »
Ayant terminé de ranger les affaires de Jia, les deux jeunes filles prirent leurs sacs avant de quitter la salle de classe.
« Mais sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi, Damien a fini par démissionner de son poste. »
Elle haussa légèrement les épaules.
« Miki a alors pris sa place. »
Jia, qui l’écoutait attentivement, appréhenda ce que ses paroles pouvaient impliquer. Cela devait forcément être lié à la mort de ses parents et ces trafiquants d’organes.
« On dirait qu’il n’a pas apprécié cette décision. Après ça, il semblerait qu’il ait demandé aux jumeaux de s’occuper de Damien… ou qu’il les ait simplement laissés faire. Je ne sais pas vraiment. »
« Pourquoi ? »
« Personne ne le sait vraiment. »
Elle réfléchit quelques instants, cherchant une réponse à donner à Jia, mais n’en trouva aucune.
« Enfin… c’est ce qu’on raconte. »
« Le changement a été rapide. Il s’est construit un réseau, noué des relations avec des personnes importantes de la ville. Et avec le temps, ses activités sportives et ses participations aux compétitions internationales ont pris de plus en plus d’importance. Son influence, elle aussi, ne cessait de grandir. »
Elle marqua une pause
« Puis, peu à peu, certains professeurs ont commencé à se montrer particulièrement indulgents avec lui. Du moins, c’est ce que beaucoup ont remarqué. Certains vont même jusqu’à penser qu’il les aurait achetés. »
La jeune fille secoua la tête.
« La direction était pourtant considérée comme la meilleure que l’académie ait connue depuis des années. Et malgré ça… certains vont jusqu’à soupçonner qu’elle aussi aurait fini par céder. »
« Ce Miki Akasaka accepte-t-il de faire du mal aux autres ? »
Restant silencieuse quelques secondes, comme si elle cherchait la meilleure manière de répondre.
« Oui. »
Puis elle ajouta ensuite
« Mais pas comme les jumeaux. »
Jia attendit la suite.
« Les jumeaux aiment faire souffrir les gens. Miki, lui… Je ne sais pas. On dirait plutôt qu’il fixe une limite. Et que lorsqu’elle est dépassée… il agit. »
Elles commencèrent à descendre les escaliers.
Éléna hésita. Elle frotta le dos de sa main contre le bas de son uniforme, comme si elle cherchait à se donner une contenance.
Jia l’observa sans rien dire. Elle devait la laisser poursuivre à son rythme, sans la presser.
« Il y a quelque temps, un garçon nommé Antoni a violé une élève. Après un différend avec elle, il a également diffusé les vidéos un peu partout. Il est même allé jusqu’à en afficher sur certains murs de l’académie. »
La voix d’Éléna devint plus basse. Quelque chose dans sa manière de parler semblait dépasser le simple malaise que lui inspirait cette histoire.
Jia le ressentit.
« Quand Miki l’a appris… Tout le monde a compris que quelque chose allait arriver. »
« Et ? »
« Antoni a disparu pendant plusieurs heures. »
« Puis il a réapparu dans la cour.
Les jumeaux l’avaient retrouvé.
Ils l’avaient ramené. »
Une professeure passait par là croisa leur chemin. Jia lui jeta un coup d’œil avant de la saluer, puis reporta son attention sur Éléna, qui poursuivit.
« À ce moment-là, plusieurs centaines d’élèves étaient déjà présents. Personne ne savait vraiment ce qui allait se passer.
Mais personne n’était parti non plus. »
Elles continuèrent à marcher.
« Antoni était à genoux. Les jumeaux le tenaient, et devant lui se trouvait Miki. »
Éléna marqua une courte pause.
« Je me souviens surtout de son regard. Le même regard que Damien avait autrefois.
Celui du représentant. Calme. Froid.
Comme si tout ce qui allait suivre était déjà décidé. »
« Puis ? »
« Quelqu’un lui a apporté une épée en bois. Miki l’a prise et a frappé Antoni à la tête. Une seule fois, avant de reposer l’arme. »
« Antoni était déjà dans un état lamentable. Le coup avait été si violent qu’il était tombé immédiatement. Miki était fort, après tout. »
« Tout le monde pensait que c’était terminé… Mais non.
Il lui a brisé les jambes, une à une. Les cris étaient horribles, il l’avait forcé à se relever. Chaque fois qu’il tombait ou ne semblait plus y arriver, il recevait de nouveaux coups, puis Miki le relevait, jusqu’à ce qu’il ne puisse presque plus tenir debout. »
Elles arrivèrent au rez-de-chaussée. Éléna devait terminer son récit avant de quitter l’académie. Elle ne voulait pas aborder ce genre de sujet à l’extérieur.
« Ensuite, il lui brisa les bras. Après ça, quelqu’un lui a apporté une bouteille. Je ne sais pas ce qu’elle contenait, mais Miki lui en a versé le contenu dans les yeux, et Antoni avait tellement hurlé que certaines personnes ont fini par quitter la cour. »
Elle détourna légèrement le regard vers la porte d’entrée de l’académie.
« Puis Miki a commencé à partir. »
Jia remarqua immédiatement ce détail. Il y avait forcément une suite.
« Mais ? »
« L’un des jumeaux, Karter, lui a dit qu’il avait oublié quelque chose. »
« … »
« Alors Miki s’est arrêté. Il a fait demi-tour et a demandé qu’on lui fasse subir la même chose. »
La jeune fille serra légèrement son sac.
« C’est à ce moment-là que son regard m’a fait peur. Pas parce qu’il était en colère, ni parce qu’il semblait fou. C’était pire.
Il n’avait aucune expression, son visage ne dégageait aucune émotion, l’hésitation n’existait plus. Il suivait simplement une logique que lui seul comprenait.
Et il avait le même regard que Damien. Celui qu’il avait lorsqu’il représentait encore l’académie. »
« Miki a-t-il dit quelque chose ? »
« Quelques mots seulement. »
Se remémorant clairement la scène, Éléna inspira lentement et essaya d’incarner du mieux qu’elle pouvait Miki.
Elle se rappelait la manière dont les jumeaux l’avaient positionné. C’était assez similaire au début de la vidéo filmée par Antoni, avec Miki debout devant lui, le regardant avec une expression neutre.
« Tout comme tu les as écartées… Nous faisons de même. »
« Tu ne réalisais pas ce que cela provoquerait. »
« Tu lui as arraché quelque chose… Je ferai pareil. »
Elle resta silencieuse quelques secondes, puis ajouta :
« Pourtant, tu le savais. »
« Tu en avais conscience. »
« Et malgré ça, tu as dépassé la limite. »
Les souvenirs de cette scène étaient toujours aussi clairs, Miki qui écrasait encore et encore son pied contre l’entrejambe d’Antoni, les cris de ce dernier qui commençaient peu à peu à s’éteindre. Le silence de toutes les personnes présentes permettait à chacun de prendre pleinement conscience du bruit et de la violence des coups qui lui étaient portés. Les jumeaux, tout en le maintenant, gardaient les yeux braqués sur la scène. Xander ne semblait plus pouvoir y faire face, contrairement à son frère Karter, qui continuait d’observer.
Lorsqu’il s’arrêta, sa seule préoccupation fut son pied, taché du sang de sa victime. Il n’accorda pas la moindre attention à Antoni et s’éloigna, comme s’il venait simplement d’accomplir une tâche ordinaire.
Tous les regards braqués sur lui le regardaient sans qu’aucun n’intervienne. Seules sa personne et la tenue du représentant meublaient l’acte de ce moment. Quiconque présent n’était légitime à suspendre l’arrêt de sa cadence.
Une fois complètement partie, les membres du conseil exécutif aidèrent les jumeaux à transporter Antoni, tandis que les professeurs, eux, n’agirent que bien plus tard.
Heureusement pour Miki, le professeur Arki n’était pas présent ce jour-là, n’apprenant cet événement que plus tard.
« Que s’est-il passé après ? »
« Rien. Le lendemain, Miki a été convoqué dans le bureau de la directrice. Tout le monde pensait que c’était fini pour lui, qu’il allait être définitivement exclu ou qu’il ne serait plus représentant. Mais il n’a pratiquement reçu aucune sanction. Rien de plus qu’une simple exclusion temporaire. »
Arrivées devant la porte de l’académie, les deux jeunes filles se dirigèrent vers la sortie.
En apercevant Damien qui attendait un peu plus loin, Éléna se dit qu’il était peut-être temps de partager avec Jia tout ce qu’elle avait appris.
« Je te conseille d’éviter Damien. J’ai appris de certaines personnes que Miki lui en voulait. Il est presque intouchable et, s’il décide de te prendre pour cible… j’ai peur d’imaginer ce qui pourrait arriver. »
Jia la regarda de son expression habituelle et se contenta d’un simple signe de tête.
« Relance-moi pour l’heure. Sinon, à demain. »
Accélérant légèrement le pas, Jia rejoignit Damien, puis tous deux prirent la route.
Éléna les observa s’éloigner. Elle se souvenait encore de lundi, lorsque Damien était sorti du lycée et qu’elle avait préféré partir au cinéma.
Elle baissa légèrement les yeux.
« Et moi qui disais que ce serait hypocrite de me soucier de lui seulement maintenant… Au final, j’avais juste peur. »
En se dirigeant vers la sortie, elle jeta un dernier regard à l’académie avant d’entamer son week-end.
C’est alors qu’elle aperçut une jeune fille entrer dans l’établissement. Elle fronça légèrement les sourcils.
« Hein… Elle ressemble à quelqu’un, mais à qui ? »
⸻ ❖ ⸻
Dans les couloirs, le silence régnait.
Il n’y avait plus aucun élève, et le peu de professeurs encore présents profitait d’un répit après cette longue journée.
L’académie avait pour habitude de fermer ses portes à vingt heures. Elle possédait une grande bibliothèque où les étudiants pouvaient venir réviser ou simplement lire.
La cafétéria restait également ouverte, mais les repas y devenaient payants après les cours, à des prix délirants. Pour un étudiant issu d’une famille modeste, s’y attarder n’était donc pas vraiment envisageable.
« Et voilà pour toi. Reviens me voir demain. »
En sortant de l’infirmerie, une jeune fille se dirigea vers les escaliers.
Elle quitta ensuite le bâtiment avant de se rendre à la bibliothèque.
Celle-ci était grande et magnifique. Des rangées de livres s’étendaient à perte de vue, donnant à l’endroit une atmosphère calme et presque apaisante.
En entrant, elle passa devant la réception.
« Oh, j’ai cru qu’aujourd’hui, tu n’allais pas venir. Ça aurait été la première fois. »
« Pas de bol. Puis les cours à l’académie sont difficiles. Je suis seulement en deuxième année, alors je me prépare déjà pour la dernière. »
« Fais attention quand même. Tu es jeune et tu ne profites pas suffisamment. Ça fait quand même un an que tu viens ici tous les jours, même pendant les vacances. »
« Ne vous en faites pas. Je profite à ma manière. »
« Si tu le dis… »
Après cette courte conversation, elle se dirigea vers les escaliers et monta jusqu’au deuxième étage.
Depuis cette hauteur, il était facile d’observer le premier étage ainsi que le rez-de-chaussée.
Ne voyant pas ce qu’elle cherchait, elle commença à parcourir son étage.
Tout en avançant, elle prit plusieurs livres au hasard sur les étagères, dont un qu’elle affectionnait particulièrement.
Après avoir presque fait le tour, elle remarqua enfin la raison de sa venue.
Enfin… la deuxième raison.
Un jeune homme était assis à une table et lisait quelque chose.
Elle s’approcha de lui avant de s’installer en face.
« Bonsoir. »
Le garçon leva les yeux vers elle, puis observa les livres qu’elle avait apportés.
« Tu devrais arrêter. C’est quoi, ce livre que tu as encore pris ? L’Art du meurtre ? Sérieusement ? »
« Ce n’est pas ton problème. Puis, j’ai toujours aimé ce genre de choses. »
Il reprit sa lecture.
Un court silence passa avant qu’il ne reprenne la parole.
« Ouais, ouais… Bref, ça s’est passé comment, cette semaine ? »
« Normal… Seulement, un garçon qui courait un peu partout, complètement paniqué, m’a demandé si j’avais des informations sur les jumeaux ou sur tout ce qui leur était lié. »
« Et qu’est-ce que tu as répondu ? »
« J’ai dit que oui. Je lui ai donné quelques petites informations, mais il m’a demandé si j’en avais davantage. Il a même dit qu’il me paierait. »
Se détachant de sa lecture, le garçon la regarda intensément.
« Attends… Ne me dis pas que tu as accepté. »
« Si tu veux, on peut faire moitié-moitié. Tu auras quinze mille. »
« Quoi ? Mais c’est qui, ce bouffon, pour te les acheter aussi cher ? »
« Je ne sais pas. Mais il était vraiment dans une situation difficile. Il m’a dit qu’il me recontacterait s’il avait besoin de plus d’informations. »
« Bon sang… Bref, ce n’est rien. »
La jeune fille le regarda quelques secondes avant d’ouvrir son livre et de commencer à lire à son tour.
« Sinon, tu as fait quoi cette semaine ? »
« Moi ? Rien de bien spécial. Je suis parti régler quelques affaires. Je suis aussi passé un moment à l’académie. »
« Pour les cours ? »
« Non, pour la cafétéria. Si seulement tu savais… Ils ont mis du cabillaud au menu. Qui serait assez stupide pour se priver de ses oméga-3 ? »
« Je n’aime pas le cabillaud. »
Le jeune homme fronça les sourcils.
Il n’avait clairement pas apprécié ce qu’il venait d’entendre.
« Tu es encore trop petit. Tu ne connais pas les bonnes choses… »
Il reprit calmement :
« Aussi, j’ai vu une fille avec des cheveux assez particuliers. Ils étaient blond polaire. »
« Oh, tu veux parler de la nouvelle dont tout le monde parle ? Elle est dans la classe de celui qui m’a demandé des informations. »
« Oh… Je comprends mieux ce qui s’est passé, alors. Je l’ai aussi croisée dehors, en train de courir avec Damien Rowen, quand je faisais des courses dans une supérette. »
« Tu vas me dire que tu les as vus se battre aussi ? »
S’arrêtant de lire, le jeune homme leva les yeux et fixa la jeune fille.
« Tout à fait. Et franchement… c’était magnifique. »
Il referma son livre.
« Bref, je m’en vais. »
Se levant, il rangea le livre qu’il tenait entre les mains.
« Tu prépares ce moment ? »
« Ouais. À plus. »
Alors qu’il s’éloignait, la jeune fille observa son dos avant d’essayer de reprendre sa lecture. Mais son cerveau n’arrivait plus à réfléchir correctement, et son corps commença peu à peu à se réchauffer.
« Il devrait arrêter de me fixer comme ça… Ça fait effet… »
⸻ ❖ ⸻
En quittant les abords de la plage, un jeune homme marchait dans un quartier résidentiel avant de s’arrêter devant une maison. Après une semaine mouvementée, il sortit ses clés et entra.
Enfin chez moi…
Damien ne pouvait même plus émettre le moindre son. Il avait beaucoup trop mal pour parler. Mais, fort heureusement, son principal atout restait sa capacité à réfléchir.
S’appuyant contre le mur, il faisait attention à chacun de ses pas.
Lui et Jia s’étaient séparés dans le centre-ville.
Elle avait des choses à faire, et Damien avait déjà suffisamment squatté chez elle.
Elle avait insisté, affirmant que cela ne la dérangeait pas et qu’elle avait encore plusieurs choses à lui raconter.
Mais Damien n’avait pas la tête à ça.
Il avait donc fini par rentrer chez lui.
Aujourd’hui, il avait réussi à semer tous ceux qui voulaient le frapper. Mais le contrecoup était immense.
Ses jambes tremblaient. Sa respiration était difficile et douloureuse. Et, surtout, son corps continuait d’agir de manière anormale.
Jia semblait savoir ce qui lui arrivait.
Et ce n’était clairement pas le Systolic Overdrive qui en était la cause, mais cette douleur familière qui s’intensifiait de plus en plus.
Une fois arrivé au salon, il remarqua qu’il venait de recevoir un message. Damien sortit donc son téléphone.
Malheureusement, ce simple mouvement suffit à surcharger sa respiration.
Son cœur réagit immédiatement, provoquant l’activation du Systolic Overdrive. Une explosion traversa alors son corps, d’une intensité incomparable à celle des précédentes.
Damien tomba en arrière.
Son corps se tordit violemment sous l’effet de la douleur. Du sang coulait de sa bouche et de son nez, et son corps était complètement paralysé.
Sa vision commençait déjà à disparaître, tandis que sa Source d’existence semblait circuler de plus en plus vite, au même rythme que son sang et son adrénaline.
Merde…
Je n’aurais pas dû refuser l’offre de Jia…