Chapitre 93
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 93 : Voie de fuite
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« Ne revenez plus ici. »
Après cette remarque glaciale, Gaf tourna les talons et s’éloigna.
Son attitude était inhabituelle. Il s’était montré beaucoup trop brusque.
Shaperia baissa la tête.
Il a dû apprendre qui je suis vraiment.
Elle était une espionne de l’Église du Grand Saint. Elle s’était introduite en secret dans le château du seigneur et avait trompé tous ceux qui s’y trouvaient.
À présent qu’ils le savaient, n’importe qui aurait été en colère.
Même Johan, pourtant si bon, avait dû être furieux de cette trahison.
Shaperia poussa un long soupir.
Elle avait trahi ceux qui l’avaient traitée avec bonté. Elle n’avait fait qu’accomplir son devoir, mais cela ne suffisait pas à effacer sa culpabilité.
Elle se sentait désolée pour tous ceux qui vivaient au château, Johan compris.
Tandis que les épaules de Shaperia s’affaissaient, un garçon lui prit prudemment la main.
« Vous êtes une bonne personne, chevalier sacré. »
Le garçon s’appelait Raon. C’était le petit-fils du chef du village de cultivateurs itinérants sur brûlis, et l’enfant que Zalkarin avait autrefois possédé.
Johan l’avait sauvé quand la Possession avait failli permettre à l’Église du Grand Saint de l’emmener.
Shaperia regarda Raon.
« Je ne suis pas chevalier sacré, et je ne suis pas une bonne personne non plus. »
Elle avait été apprentie chevalier sacré. En vérité, elle avait même perdu ce statut. Comme son pouvoir sacré avait disparu, Shaperia n’était désormais plus qu’une simple soldate sacrée.
Raon secoua la tête.
« Les Écritures disent que ceux qui protègent les autres sont des chevaliers sacrés. Vous nous avez protégés jusqu’ici. Ça fait de vous une chevalière sacrée. Et une bonne personne. »
Le sud-ouest se trouvait à des centaines de kilomètres du territoire directement administré par Myatro.
Le voyage était si long que les dangers les guettaient à chaque détour.
Des esprits maléfiques inférieurs étaient apparus à plusieurs reprises, et des bandes de voleurs leur avaient barré la route.
Chaque fois, Shaperia s’en était occupée.
Sans elle, les cultivateurs itinérants sur brûlis ne seraient jamais arrivés sains et saufs sur les terres de Myatro.
Shaperia caressa doucement les cheveux de Raon.
« Merci. Ça me réconforte un peu. »
Raon lui adressa un grand sourire.
En le voyant, Shaperia ne put rester sans rien faire.
Elle devait au moins permettre aux cultivateurs itinérants sur brûlis de rencontrer Johan.
Ils avaient fait tout ce chemin. Elle ne pouvait pas simplement les renvoyer chez eux.
Shaperia releva aussitôt la tête.
Son regard suivit Gaf qui s’éloignait.
« Attendez, s’il vous plaît ! Juste un instant ! »
Shaperia se mit à courir et rattrapa rapidement Gaf.
Gaf se tourna vers elle. Son visage était toujours aussi fermé.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis occupé. »
« Écoutez-moi un instant, s’il vous plaît. Ça ne prendra pas longtemps. »
Gaf fronça les sourcils.
« Si c’est à propos de votre espionnage, inutile de chercher des excuses. Je connais déjà toute l’histoire. »
Sur ordre de Johan, Gaf avait surveillé Shaperia de près.
Il avait entendu toutes ses conversations avec l’inquisiteur hérétique.
Shaperia prit la parole.
« C’est autre chose. Avez-vous vu les migrants tout à l’heure ? »
Un peu plus tôt, une quarantaine de personnes se tenaient avec Shaperia.
Gaf les avait évidemment remarquées.
« Oui. Pourquoi ? »
« Peu importe ce qu’il advient de moi. Permettez au moins qu’ils rencontrent Sir Johan… non, le baron. Le baron a promis de les accueillir parmi ses sujets. Il leur a donné sa parole. »
Le visage de Gaf se crispa légèrement.
« Le baron n’a pas le temps de se préoccuper de questions aussi insignifiantes. »
La voix de Shaperia s’emplit d’indignation.
« Insignifiantes ? Ils ont marché pendant des jours depuis la Zone de quarantaine du Sud-Ouest, en se fiant uniquement à la parole du baron. Leur survie en dépend. Ne balayez pas ça d’un revers de main. »
Gaf poussa un long soupir.
« Vous savez combien de cultivateurs itinérants sur brûlis et de vagabonds arrivent ici chaque jour ? Si nous les accueillions tous, le territoire ferait faillite. »
Depuis que Johan s’était installé au château, la réputation de Myatro ne cessait de grandir.
Cette année, la maison baronniale n’avait même pas prélevé d’impôts auprès de ses sujets.
À cause de ces rumeurs, beaucoup de gens affluaient sur le territoire.
Johan ne pouvait pas tous les accueillir.
Shaperia se sentit frustrée.
« Ceux qui m’accompagnent ne sont pas de simples cultivateurs itinérants sur brûlis. Ce sont les bienfaiteurs du baron. »
« Des bienfaiteurs, comme ça ? »
« Oui, des bienfaiteurs. Ils ont pris soin du baron quand il s’est effondré près de la rivière, et en échange, il les a autorisés à s’installer ici. »
Gaf réfléchit un instant. Il lui semblait que Johan lui avait déjà raconté quelque chose de semblable.
Il conserva toutefois son ton raide.
« Je vais vérifier auprès du baron. Si c’est encore un mensonge, sachez que nous adresserons une protestation officielle à l’Église du Grand Saint. »
Shaperia était une espionne de l’Église du Grand Saint. Il était possible que le groupe qu’elle avait amené en fasse également partie.
En tant que capitaine de la garde, Gaf devait les examiner avec soin.
Le visage de Shaperia s’adoucit.
« Je vous demande pardon pour ce qui s’est passé. Veuillez également présenter mes excuses au baron. »
Gaf se retourna en direction du château du seigneur.
« Inutile de vous excuser. Vous ne faisiez que suivre les ordres de l’Église du Grand Saint, après tout. En attendant, restez au village. Je vais voir le baron et je reviendrai. »
Gaf s’éloigna d’un pas vif.
Dès qu’il entra dans le château du seigneur, ses portes se refermèrent lourdement.
Les soldats en gardaient l’entrée, pareils à un mur de fer.
Shaperia trouva cela étrange.
La maison baronniale avait-elle toujours été aussi recluse ? En deux mois, le château avait beaucoup changé.
Shaperia l’observa en silence.
Elle avait beau y réfléchir, l’atmosphère n’avait plus rien à voir avec celle d’autrefois.
* * *
Johan était assis dans son bureau, le regard perdu dans le vide.
Ses yeux se posèrent sur le plafond noirci. Il était profondément entaillé par endroits et s’était effondré en plusieurs points.
Des débris tombaient parfois d’en haut.
Tout cela portait les traces d’un combat.
Ilea et Gawain avaient ravagé le château de fond en comble.
Cela lui donnait un sacré mal de tête. Il avait assuré à Ilea qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, mais en réalité, il n’avait aucune idée de la manière de réparer le château.
… Je devrais l’abandonner et en construire un nouveau ?
C’était peut-être la bonne solution.
S’il faisait venir des ouvriers pour réparer le château, l’emplacement des Archives interdites risquait d’être révélé au grand public.
Construire. Oui, il vaut mieux en bâtir un nouveau.
Ce bâtiment resterait l’ancien château, et il en ferait construire un nouveau.
Johan réprima un grognement et se mit à écrire une lettre.
Il comptait puiser un peu dans la fortune du comte.
Le comte ne pourrait probablement pas refuser la requête de Johan.
Après avoir écrit pendant un moment, Johan brisa soudain sa plume.
Il se prit brusquement la tête entre les mains.
Idiot. Le château n’est pas le problème le plus urgent.
Le plus grave, c’était Gawain.
Il avait beau se creuser la tête, il ne trouvait aucun moyen de s’occuper de lui.
S’il s’obstinait à penser à la reconstruction du château, c’était sans doute pour fuir le vrai problème.
Il avait si mal à la tête qu’il voulait échapper au problème de Gawain.
Ne l’évite pas. Je dois d’abord empêcher la corruption de Gawain.
L’œuvre originale n’offrait aucune solution non plus.
Johan devait en trouver une lui-même.
Il remit lentement de l’ordre dans ses idées.
La corruption de Gawain était le contrecoup de celle qui avait transformé la Lance sacrée en Lance redoutable.
Et s’il purifiait la Lance redoutable pour lui rendre sa forme de Lance sacrée ?
Johan secoua la tête.
Il était impossible de purifier une Abomination corrompue.
C’était ainsi que les choses avaient été établies dans Inmarok.
Johan se prit de nouveau la tête et s’abîma dans ses pensées.
Ses préoccupations se prolongèrent un bon moment.
Combien de temps passa ? Quelqu’un entra dans le bureau.
Johan sortit de ses pensées.
« Entrer sans même frapper… »
« Il n’y a pas de porte. Je frapperais où ? »
Gaf s’appuyait contre l’encadrement de la porte en regardant Johan.
Comme il l’avait dit, la porte elle-même avait été soufflée.
Johan claqua la langue.
« Ce n’est plus qu’un tas de ruines. Alors, qu’est-ce qu’il y a ? »
Gaf répondit calmement.
« Shaperia est arrivée. »
« Elle est arrivée plus tard que je ne le pensais. »
Gaf eut l’air quelque peu perplexe.
« Vous vous attendiez à ce que cette femme revienne ? »
Par décret royal, toutes les enquêtes sur la maison baronniale avaient pris fin.
La mission de Shaperia, qui consistait à surveiller la maison baronniale, s’était donc achevée elle aussi.
Gaf ne voyait aucune raison pour elle de revenir sur le territoire à présent.
Johan hocha la tête.
« Je lui ai promis d’ouvrir la porte de Narak. Elle croit qu’en se rendant au site sacré enfoui à Narak, elle pourra retrouver le pouvoir sacré qu’elle a perdu. »
Ce n’était que superstition. Il n’existait presque aucun moyen de retrouver un pouvoir sacré perdu.
Gaf demanda :
« Vous comptez rencontrer Shaperia ? »
Johan réfléchit un instant.
Il avait autorisé Shaperia à rester auprès de lui pour surveiller les agissements de l’Église du Grand Saint.
Il n’avait plus aucune raison de le faire.
Garder Shaperia dans les parages ne lui apportait rien.
Johan prit la parole.
« Renvoyez-la. Même le temps que je passerais à la rencontrer serait perdu. »
« Et les cultivateurs itinérants sur brûlis venus du sud-ouest ? »
Johan le regarda comme s’il ne comprenait pas de quoi Gaf parlait.
Gaf lui expliqua brièvement qui ils étaient.
Alors seulement, Johan s’en souvint.
« Donnez-leur des terres et des maisons. Je leur dois la vie, alors je dois les remercier. »
Gaf acquiesça.
« Je renverrai Shaperia et j’accueillerai les cultivateurs itinérants sur brûlis. C’est bien ce que vous voulez ? »
Johan ouvrit la bouche, puis la referma.
Attends.
Une idée venait de lui traverser l’esprit.
Si je me sers de Shaperia…
Shaperia et Gawain avaient plusieurs points communs.
Leurs talents, d’abord, se ressemblaient.
Tous deux étaient aimés du Grand Saint.
Peut-être pouvait-il se servir de Shaperia pour purifier Gawain.
Johan se leva.
« J’ai changé d’avis. Je vais rencontrer Shaperia. Tout de suite. »
Gaf s’était désormais habitué aux changements d’avis soudains de Johan.
« Vous préparez encore quelque chose. »
« Conduis-moi, c’est tout. Je t’expliquerai plus tard. »
Gaf ne répondit pas et lui fit signe de le suivre.
Ils descendirent aussitôt au village.
* * *
Dans la salle commune du village, Shaperia buvait le thé que lui avait servi le chef du village en attendant Gaf.
Plusieurs villageois étaient venus la voir.
La nouvelle qu’elle était chevalier sacré s’était déjà répandue.
Il était rare de croiser un chevalier sacré dans un village isolé du sud.
Les villageois ne pouvaient qu’être curieux.
Ils ont tous l’air heureux.
Tous ceux qui étaient venus affichaient un visage radieux.
Cela n’avait rien à voir avec l’atmosphère d’il y a deux mois.
Un simple changement de seigneur peut faire une telle différence.
Alors qu’elle s’émerveillait, du bruit s’éleva à l’entrée de la salle.
« Monseigneur, cela fait longtemps ! »
« Vous allez bien ? »
« Venez nous voir de temps en temps, je vous en prie ! »
« Un veau est né, cette fois. J’aimerais vous l’offrir, monseigneur ! »
Accueilli par tous, Johan entra dans la salle commune du village.
Shaperia se leva et rajusta ses vêtements.
Pour une raison ou pour une autre, elle jugea nécessaire de lui témoigner le respect qui convenait.
Leurs regards se croisèrent.
Shaperia inclina la tête.
« Sir Johan… non. Salutations, baron. »
Johan s’approcha d’elle, le visage impassible.
Shaperia se sentit un peu tendue. L’atmosphère qui entourait Johan lui parut pesante, sans qu’elle sache pourquoi.
Il parla calmement.
« Dame Shaperia, cela fait longtemps. »
Le visage de Shaperia prit un air solennel.
« Merci d’avoir accepté de me rencontrer. Je vous présente mes sincères excuses pour tout ce qui s’est passé. »
Johan eut un petit rire. La tension se dissipa aussitôt.
Il tapota légèrement l’épaule de Shaperia.
« Si vous êtes désolée, vous pourriez m’accorder une faveur ? »
Notes :
« Ancien château » et « nouveau château » forment en coréen un jeu de mots avec une expression qui signifie « flexibilité ».
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