Chapitre 92
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 92 : Visite
──────
Ilea s’effondra sur le sol, là où elle se tenait.
Johan se précipita aussitôt vers elle pour vérifier son état.
« Ça va ? Tu es gravement blessée ? »
La lumière avait déserté les yeux d’Ilea. Son corps entier était couvert de sang.
Elle parla avec difficulté.
« Mes jambes m’ont lâchée, c’est tout. Je ne suis pas sérieusement blessée. »
Johan ne parvenait toujours pas à se détendre.
« Alors, à qui est ce sang ? »
Ses cheveux argentés et ses vêtements d’un blanc pur étaient trempés de rouge.
Johan examina aussitôt Ilea de la tête aux pieds.
À part quelques égratignures superficielles, il ne trouva aucune blessure grave.
Les joues d’Ilea rougirent.
« T-tu ne peux pas faire ça comme ça, sans prévenir. Ce n’est pas mon sang, alors… ne t’inquiète pas, Johan. »
Johan regarda Gawain.
« Tu as été couverte de son sang ? »
Gawain gisait au sol, trempé de sang.
On aurait dit un cadavre.
Ilea acquiesça.
« C’est ça. Son Altesse s’est défendu avec une férocité incroyable. »
La voix de Johan se teinta d’inquiétude.
« Tu ne l’as pas tué, hein ? Je parle de Gawain. »
« Non. Il est toujours vivant. Comme tu me l’as demandé, je me suis contentée de le maîtriser. »
Johan poussa un soupir de soulagement.
Il avait besoin de Gawain. Sans lui, Johan aurait du mal à se préparer à ce qui l’attendait dans la seconde moitié.
« Bien joué. Tu as dû en baver. »
Ilea prit un air faussement boudeur.
« J’ai failli mourir, tu sais. Si la situation ne m’avait pas été favorable et si Son Altesse avait eu sa Lance sacrée, j’aurais probablement perdu. »
C’était une évaluation bien modeste.
En réalité, Ilea s’était elle aussi battue avec des restrictions.
Johan lui ayant demandé de ne pas le faire, elle ne pouvait pas tuer Gawain.
Elle n’avait pas pu recourir à la moindre magie mortelle.
Que se serait-il passé si Gawain et Ilea s’étaient battus à pleine puissance ?
Johan avait du mal à en deviner l’issue.
« Tu as risqué ta vie à cause de moi. Je t’en serai toujours reconnaissant. »
Ilea lui adressa un sourire malicieux.
« Tu veux me remercier, pas vrai ? »
Johan parut perplexe.
« Eh bien, oui. Tu veux quelque chose ? »
Ilea écarta soudain les bras.
« Porte-moi d’abord. Je n’ai plus de forces, mes jambes ne me portent plus. »
Johan haussa les épaules.
« D’accord. C’est bien le moins que je puisse faire. »
Ilea ouvrit de grands yeux. Elle ne s’y attendait manifestement pas.
« Vraiment ? »
Johan lui tourna le dos.
« Monte. On a une montagne de choses à faire. »
Rayonnante, Ilea passa les bras autour du cou de Johan.
Puis elle murmura doucement :
« Merci. »
« Ne me souffle pas dans l’oreille. »
« J-je ne l’ai pas fait ! »
Johan pouffa et désigna Gawain et Yuri.
« Je sais. Occupe-toi d’eux. Il faut régler leur cas avant qu’ils se réveillent. »
À peine eut-il fini de parler que Yuri et Gawain s’élevèrent dans les airs.
La magie d’Ilea était à l’œuvre.
Johan prit directement la direction du château du seigneur.
Il avait beaucoup à faire.
* * *
Sous la bibliothèque souterraine du château du seigneur se trouvaient les Archives interdites. D’innombrables reliques sacrées y étaient disposées en rangées impeccables.
La lumière émanant des reliques sacrées illuminait vivement les lieux.
Les Archives interdites étaient toujours aussi bien ordonnées.
Le château avait été à moitié détruit, mais les Archives étaient restées intactes, quoi qu’il se fût passé à l’extérieur.
Johan s’en félicita.
Si les Archives interdites avaient elles aussi été endommagées, cela lui aurait causé bien des soucis.
Il promena lentement son regard dans les Archives.
« Les dégâts ne sont pas allés jusque-là. Au moins, c’est une bonne chose. »
Ilea avait l’air abattue.
« Qu’est-ce qu’on va faire du château ? Il est complètement détruit. »
L’intérieur du château du seigneur avait perdu sa forme d’origine. On aurait dit qu’une guerre y avait éclaté.
Plus personne ne pouvait y vivre.
Johan répondit calmement.
« On peut le réparer, alors ne t’inquiète pas. »
« On dirait que tu vas devoir dépenser encore plus à cause de moi. »
« On lui enverra la facture. »
Johan regarda Gawain.
Gawain était retenu prisonnier en plein centre des Archives interdites.
La chaise sur laquelle il était assis était le dispositif de contention le plus perfectionné conçu pour les humains, tandis que les chaînes qui enserraient tout son corps étaient des reliques capables de maîtriser même les bêtes magiques antiques.
Aussi puissant que fût Gawain, il ne pourrait jamais se relever de cette chaise.
Il avait été complètement maîtrisé.
Gawain ouvrit lentement la bouche.
« …Où suis-je ? »
Son regard se posa sur Johan et Ilea.
Ses yeux brûlaient de fureur.
Johan prit la parole.
« Les célèbres Archives interdites. Le trésor du royaume. »
Il ne s’adressait plus poliment à Gawain.
Johan avait déjà révélé sa véritable nature ; inutile, donc, de continuer à jouer la comédie.
Gawain promena les yeux dans toutes les directions.
Les chaînes lui immobilisaient le cou, l’empêchant de tourner la tête pour regarder autour de lui.
Seuls ses yeux continuaient de bouger.
« Pourquoi m’avez-vous enfermé ici ? »
« Comme je te l’ai dit hier, c’est pour te guérir. »
Gawain trouva cela absurde.
« Arrête de raconter des conneries et enlève-moi ces chaînes tout de suite. »
Johan secoua la tête.
« Impossible. Tu ne sortiras pas d’ici tant que tu ne seras pas guéri. »
Gawain grinça des dents.
Puis il rugit soudain comme une bête sauvage.
« Guéri ? Qu’est-ce que tu racontes depuis hier ? Arrête tes conneries et dis-moi qui tu es ! Qu’est-ce que tu me veux, au point d’aller aussi loin ? Le comte t’a ordonné de faire ça ?! »
Johan se gratta l’oreille.
« Tu me fais mal aux oreilles. Je t’entends parfaitement quand tu parles doucement, alors calme-toi et pose tes questions une par une. »
Gawain se mit à trembler. Une fureur insoutenable le consumait.
Ilea se plaça devant Johan.
« C’est dangereux. Éloignez-vous un peu de Son Altesse, je vous prie. »
Au même instant, le pouvoir sacré jaillit du corps de Gawain.
Tout autour d’eux devint blanc.
Les Archives interdites tout entières furent englouties par la lumière.
Johan se couvrit aussitôt les yeux.
La lumière était si vive qu’il avait l’impression que ses yeux allaient éclater.
Mais c’était là toute l’étendue de ses effets.
Le pouvoir sacré ne pouvait de toute façon pas faire de mal à un humain ordinaire.
Comme il faisait jour, Johan était sous sa forme humaine.
Les efforts de Gawain étaient vains.
Son rugissement résonna dans les Archives.
Kraaaaaaah !
On aurait vraiment dit le cri d’une bête.
Johan claqua la langue et se boucha les oreilles.
On ne peut pas discuter dans ces conditions.
Gawain continua de se déchaîner un bon moment.
Il se tordait frénétiquement pour tenter de briser ses entraves.
Plusieurs chaînes cédèrent dans un Crac !
Ilea apporta aussitôt d’autres reliques et entrava de nouveau Gawain.
La scène se répéta plusieurs fois.
Ce ne fut qu’au bout d’un long moment que le silence retomba enfin.
Gawain, qui s’était déchaîné, s’était de nouveau évanoui.
Son corps entier était couvert de chaînes et de talismans.
Seul son visage était encore à découvert.
La position semblait extrêmement inconfortable, mais ils n’avaient pas le choix.
Il leur fallait aller jusque-là pour garder Gawain prisonnier.
Johan prit la parole.
« On dirait qu’il est difficile de discuter pour l’instant. Il faudra attendre que Gawain accepte la situation. »
Ilea acquiesça.
« Ce serait préférable. Laisse-moi m’occuper d’ici et retourne vite au château. »
Ils devaient encore nettoyer après le combat.
Johan remonta à la surface.
* * *
La zone de quarantaine sacrée du Sud-Ouest fut levée au bout d’environ deux mois.
Malgré ses recherches approfondies, l’Église du Grand Saint ne parvint pas à trouver le moindre indice sur le démon antique Kaiaje ou le Treizième Apôtre de la Fin.
De plus, l’Apôtre Mapheltan avait soudainement attaqué la capitale royale.
L’Église du Grand Saint n’avait plus aucune raison de maintenir la zone de quarantaine sacrée.
Après le retrait de l’Église du Grand Saint, les habitants du Sud-Ouest reprirent le cours de leur vie.
Ils réparèrent leurs maisons et leurs champs dévastés, en prévision de l’hiver.
Un groupe de cultivateurs itinérants pratiquant l’agriculture sur brûlis faisait exception.
Ils quittaient le Sud-Ouest pour se diriger vers le sud.
Plus précisément, ils se rendaient sur les terres directement administrées par Myatro.
Ils honoreraient ainsi leur promesse envers Johan.
Johan leur avait promis un endroit où vivre.
À la tête du groupe, un vieil homme prit la parole.
« Il était jeune, mais si courageux et digne de confiance. Il a aussi sauvé mon propre petit-fils. »
Shaperia, la femme aux cheveux roux, marchait à ses côtés.
« Ancien, vous m’avez déjà raconté cette histoire plus de dix fois. Je vais finir par avoir des durillons aux oreilles. »
Le vieil homme gloussa.
« Même cent éloges ne suffiraient pas. Il était vraiment à l’image du noble décrit dans les Écritures. »
Shaperia sourit doucement.
« Je ne peux pas le nier. Tous ceux qui ont rencontré Sir Johan en disent autant. Ils prétendent que parler avec lui leur inspire une étrange confiance. »
C’était grâce à l’Œil du Grand Saint.
Le vieil homme applaudit bruyamment.
« Je suppose que nous sommes tous du même avis. Toi aussi, tu es d’accord, chevalière sacrée ? »
Shaperia acquiesça.
« C’est un homme profondément pieux, comme on en voit rarement de nos jours. Il suffit de voir qu’il s’est porté volontaire pour entrer seul dans la zone de quarantaine, malgré son jeune âge. Nous le reverrons bientôt. »
Elle désigna le chemin devant eux.
Un immense château seigneurial et le village qui l’entourait apparurent à leur vue.
Le paysage enneigé était d’une grande beauté.
Les yeux du vieil homme brillaient d’espoir, mêlé à une vague inquiétude.
Il parla avec prudence.
« Il ne nous a pas oubliés, n’est-ce pas ? »
Shaperia sourit et secoua la tête.
« Sir Johan se souviendra de tout. Ce n’est pas quelqu’un qui revient sur ses promesses. »
Le visage du vieil homme s’éclaira, soulagé.
« Saint Marziel, que la lumière guide Johan sur son chemin. »
Shaperia traça elle aussi le signe de croix.
Ils pénétrèrent sans attendre sur les terres directement administrées par Myatro.
* * *
« Vous ne pouvez pas voir le baron pour le moment. »
Ils étaient entrés dans le village, mais les portes du château intérieur étaient solidement fermées.
Des dizaines de soldats gardaient chacune des entrées du château.
Shaperia était embarrassée.
« Je ne suis pas venue voir le baron. Je suis venue voir Sir Johan. »
Un soldat répondit sèchement.
« Lord Johan a hérité du titre de baron. L’actuel chef de la Maison Myatro est Lord Johan. »
Shaperia afficha un air déconcerté.
« Mais Sir Johan n’a même pas encore célébré sa majorité. »
Il ne pouvait pas devenir le chef de la maison à cet âge.
C’était la loi du royaume.
Le soldat n’ajouta rien. Il resta simplement planté devant la porte du château.
Alors que Shaperia restait là, désemparée, la porte s’ouvrit brusquement.
Un homme de forte corpulence en sortit.
Les soldats le saluèrent brièvement, puis la porte se referma aussitôt derrière lui.
Shaperia lui adressa un grand sourire.
« Gaf ! »
L’homme qui venait de sortir du château était Gaf, le capitaine de la garde.
Gaf parut quelque peu surpris.
« …Shaperia ? »
« Oui, c’est bien moi. Cela fait longtemps. »
Shaperia était revenue sur le territoire après deux mois d’absence.
Elle enquêtait récemment sur Corne blanche dans la zone de quarantaine sacrée.
L’expression de Gaf se durcit.
« En effet. Mais qu’est-ce qui vous amène ici ? »
Shaperia devait se rendre à Narak pour recouvrer le pouvoir sacré qu’elle avait perdu.
Johan lui avait clairement promis quelque chose.
Il lui avait promis d’ouvrir la porte de Narak à la pleine lune.
Shaperia prit la parole.
« Je suis venue voir Sir Johan. »
Gaf garda le silence un instant, puis répondit d’une voix sèche.
« Vous n’êtes visiblement pas au courant. Par décret royal, toute enquête sur le territoire de Myatro est interdite. Veuillez partir. »
Shaperia était elle aussi une espionne envoyée par l’Église du Grand Saint.
Elle enquêtait sur un éventuel lien entre les incidents du sud et la maison baronniale.
Shaperia se figea, stupéfaite.
« …Vous saviez qui j’étais ? »
« Bien sûr. »
« Sir Johan aussi, peut-être… »
« Bien sûr. Alors ne revenez plus ici. »
Gaf s’en alla aussitôt.
Shaperia resta immobile, les yeux levés vers le château du seigneur.
Pour une raison inconnue, un malaise étrange l’envahit.
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