Chapitre 9
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 9 : La Sorcière
──────
« Comme c’est intéressant. »
La voix d’Ilea emplit la pièce. Elle était devenue glaciale. Si froide qu’elle lui glaça le sang.
Raguel resta muet. C’était à cause de son expression. Même s’il ne pouvait pas la voir, il l’imaginait sans peine. Son beau visage devait être terriblement déformé.
« … Une sorcière. »
Tandis qu’Ilea savourait le mot, sa voix traînante sembla peser sur Raguel. Du moins, c’était ainsi que le garçon le ressentait.
Il commença à s’inquiéter.
Il voulait changer l’ambiance, d’une manière ou d’une autre.
« J-je suis désolé. Ce n’était pas mon intention… »
« Je n’aime pas ça. »
Sa voix n’avait plus rien à voir avec celle d’avant.
« Je n’accepterai pas tes excuses. Tu m’as déjà blessée. »
Sa voix était jeune et douce. L’air glacial se dissipa en un instant.
« I-Ilea… ? »
Raguel ne parvenait pas à cacher sa confusion. Il avait du mal à suivre ces brusques changements d’humeur.
« Alors tu connaissais mon nom. Quand tu m’as crié “sorcière”, j’ai cru que tu l’ignorais. »
Ses paroles lui parvinrent à peine.
Raguel était troublé, et une autre pensée s’était emparée de son esprit.
La demande soudaine d’Ilea. Lui présenter son ami ? C’était sorti de nulle part. Ils n’étaient pas assez proches pour avoir ce genre de conversation, et Raguel n’avait pas d’amis.
Il incarnait la solitude. Tous les habitants du château en conviendraient ; Ilea ne pouvait donc pas l’ignorer.
« À quoi réfléchis-tu si intensément ? »
Ses pensées s’interrompirent.
Puis elle ajouta d’une voix douce :
« Tu n’as pas l’air effrayé, même avec une sorcière devant toi. »
À ce mot, le garçon tressaillit. Ses lèvres se mirent à bouger sans qu’aucun son n’en sorte.
« Si tu es curieux de quoi que ce soit, tu peux me poser la question. Je te répondrai en toute sincérité. »
Après un instant d’hésitation, Raguel prit son courage à deux mains. Il se redressa, inspira profondément et prit la parole.
« Ilea, je ne veux absolument pas t’insulter. »
« Quelle entrée en matière tendue. Vas-y, parle librement. »
« J-je demande vraiment juste pour être sûr. Euh… »
Comme il s’interrompait, Ilea laissa échapper un léger soupir.
« Oui, c’est bien ça. »
« C-c’est quoi ? »
« Je suis une sorcière. »
Elle ajouta calmement :
« Et toi, jeune maître, tu es un contractant. »
À cet instant, des pas résonnèrent.
Ilea se retourna. Un homme immense en armure de cuir se tenait dans l’embrasure de la porte.
« Heureux de vous revoir, monsieur. »
C’était Gaf.
Son regard vacilla en se posant sur Ilea.
Ilea se leva lentement de sa chaise.
« Un invité est arrivé, je vais donc vous laisser. »
Raguel ne parvint pas à répondre. Il resta assis, raide, figé par le choc.
Ilea adressa un doux sourire au garçon.
« Nous pourrons reprendre notre conversation plus tard. C’était agréable. »
Puis elle se détourna.
À peine eut-elle dépassé Gaf que ses pas s’arrêtèrent brusquement.
Ouuiin.
Un bébé pleura.
La panique passa sur le visage de Gaf. Ce foutu démon avait-il perdu la tête ? Il ne comprenait pas pourquoi Johan attirait l’attention sur lui.
Ouuiin.
Ilea tourna la tête. Elle fixait la cape de Gaf.
Le mercenaire réagit lui aussi aussitôt. Il pivota à la taille pour faire face à Ilea, en essayant de le cacher.
Gaf esquissa un sourire gêné.
« Parfois, je retombe en enfance. »
Ouuiin.
« C’est peut-être la voix de votre cœur. »
« J’apprends le ventriloquisme, ces derniers temps. »
« Il vous faudra une poupée, alors. »
« Ha ha, eh bien… »
Ilea frappa théâtralement dans ses mains.
« Oh, c’est donc ça ? »
Un bébé dépassait de la cape de Gaf.
Ouuiin.
« Comme il est adorable. »
Gaf ravala un grognement.
« Puis-je le regarder ? »
Il n’y avait plus moyen de lui échapper. D’un air embarrassé, il répondit :
« Ilea, non. Cet enfant… »
Le sourire d’Ilea s’effaça.
« Je dois le voir. »
Son expression s’était figée comme de la cire. Cette vision lui était si étrangère que Gaf hésita un instant.
Pendant ce temps, Ilea s’approcha du bébé.
On ne voyait que son petit visage. Il semblait attaché dans le dos de Gaf, sans doute à l’aide de sangles ou de cordons.
Elle lui sourit avec douceur.
« Bonjour. »
Après l’avoir salué, elle lui murmura à l’oreille :
« Je serai ta grande sœur, que tu sois un garçon ou une fille. »
Le bébé la regarda sans réagir particulièrement.
Ilea lui toucha la joue de l’index.
Sa peau n’était ni sèche et rugueuse comme celle d’une poupée, ni dure comme celle d’un démon. Elle était simplement potelée et douce, d’une texture tout à fait ordinaire.
D’un air étrange, elle murmura :
« Quel adorable et joli bébé. Si ordinaire. »
Gaf recula d’un pas.
« Vous avez assez vu, non ? »
Ilea hocha la tête.
« J’en ai assez vu. »
Puis elle inclina légèrement la tête.
« Ma demande était inconvenante. Merci de l’avoir acceptée. »
Gaf baissa les yeux vers sa fille, le visage empreint d’émotions contradictoires. Après un instant, il se détourna.
« Je ferais mieux d’y aller. »
Ilea désigna la chambre de Raguel.
« Ce n’est pas par là ? »
« Je me suis trompé de chemin. Je ne connais pas encore bien les lieux. »
Gaf repartit dans le couloir d’où il venait. Aujourd’hui, il ne laisserait pas Johan dans la chambre de Raguel.
Quelque chose clochait.
Ilea regarda Gaf s’éloigner.
Un aveugle, un bébé et un mercenaire. Quelle drôle de combinaison, Père.
* * *
« Le Saint Héros Kazan dit à Zepeto, le spectre du duché : “Je comprends ton désir de vengeance. Moi aussi, j’ai autrefois été consumé par le ressentiment et j’ai versé le sang d’innocents. Au bout du compte, il ne m’est resté que des regrets. Ne suis pas le même chemin que moi. Je t’en prie.” Zepeto éclata d’un rire rauque. »
La lecture du démon résonnait dans le bureau.
« Il… une lame d’un noir absolu vers Kazan… »
Clac.
Johan referma le livre qu’il lisait. Assis à la table ronde, il baissa les yeux vers Raguel.
« Tu n’arrives pas du tout à te concentrer. »
Piqué par la remarque, le garçon soupira.
« Je n’arrête pas de penser à hier. »
« Je ne t’ai pas dit de ne pas t’en faire ? Tu n’as aucune raison particulière de t’inquiéter. »
« Elle a découvert que j’étais un contractant. Comment veux-tu que je ne m’inquiète pas ? »
« Ça devait finir par arriver. On ne peut pas tromper le regard d’une sorcière. »
Après un long moment d’hésitation, Raguel prit la parole.
« … C’est vraiment une sorcière ? »
« Je te l’ai déjà dit bien des fois : oui. »
« Je ne comprends pas. »
Les sorcières étaient une race disparue.
Cinquante ans s’étaient déjà écoulés depuis la disparition de Rahel, que l’on appelait la dernière sorcière.
Elles étaient puissantes, mais la violence écrasante de l’Empire les avait réduites en miettes, comme des fourmis.
C’est ainsi que la dernière des races minoritaires avait disparu.
Désormais, seuls les humains et les démons subsistaient dans ce monde. C’étaient les seules races douées de conscience.
Et pourtant, une sorcière ? C’était difficile à croire.
Johan répondit :
« Si je voulais te faire comprendre, je pourrais en parler jour et nuit sans que ça suffise. Retiens seulement ceci : Ilea est la dernière sorcière. »
Raguel répondit d’un air boudeur :
« Mais je veux en savoir plus. »
« Je n’ai pas envie de te raconter. C’est pénible. »
Un bras de fer silencieux s’ensuivit. Les épaules de Raguel s’affaissèrent, comme s’il avait renoncé.
« Oui, enfin. Un démon qui sait tout ne se soucierait pas de ma curiosité. »
Johan ricana.
« En effet. Que tu sois curieux ou non m’indiffère. »
Alors que Johan s’apprêtait à rouvrir le livre, Raguel reprit :
« Alors, une seule question. »
Johan claqua la langue.
« Fais vite. »
« Ilea peut utiliser la magie, alors ? »
« C’est évident. »
Raguel balbutia, surpris.
« A-alors, elle a un démon sous ses ordres… »
Johan fut plutôt impressionné.
« Comment tu le sais ? »
« Je l’ai lu dans un livre. Les sorcières commandent aux démons, leur arrachent leur énergie démoniaque et la transforment en mana. »
« On dirait qu’il y a même des livres interdits dans ce bureau. Si tu te mets à raconter ce genre de choses, l’Inquisition t’embarquera. »
Raguel déglutit avec difficulté.
Johan ajouta :
« Quoi qu’il en soit, tu as raison. »
Ilea avait probablement un esclave sous ses ordres.
Raguel hocha la tête, comme s’il avait compris.
« Alors, ça explique pourquoi elle a remarqué le contrat. »
« Le démon sous ses ordres a dû le lui dire. Ou alors, elle l’a deviné elle-même. »
En vérité, les deux s’étaient produits.
« Attends. Johan a aussi rencontré Ilea hier, non ? »
« Devant ta chambre. »
« Alors, elle a dû découvrir que tu étais un sang-mêlé. »
Impossible à savoir. C’était aussi pour cela que Johan, dans son corps de nourrisson, avait délibérément attiré l’attention d’Ilea.
Pouvait-elle vraiment percer sa véritable nature ? Impossible de le savoir sans faire un essai. Dans l’histoire d’origine, aucun sang-mêlé ne pouvait passer de la forme humaine à la forme démoniaque.
En bref, il n’y avait aucun précédent.
Johan marmonna :
« Elle n’avait pas l’air de le savoir. Pas encore, du moins. »
« Tant mieux. »
« Pourquoi ? »
« Parce que les sorcières sont les ennemies naturelles des démons. »
« D’une certaine façon, ils entretiennent une relation symbiotique. »
Raguel demanda d’un air perplexe :
« Tu voudrais qu’Ilea te commande, Johan ? »
À y réfléchir, ça paraissait plausible. Même si Ilea avait découvert que Raguel était un contractant, Johan n’avait pas pris la chose au sérieux.
Il avait agi comme si peu lui importait ce qui arriverait. Ilea pouvait remonter la piste jusqu’à Raguel et découvrir aussi l’existence de Johan, pourtant le démon restait calme.
Du moins, c’est ainsi que Raguel le voyait.
Il ne pouvait y avoir qu’une seule explication.
Johan voulait se faire commander.
Johan lâcha un rire incrédule.
« Par cette gamine ? »
Raguel répondit prudemment :
« … Mais toi aussi, Johan, tu es petit et jeune, non ? »
« Sale morveux. Ce petit corps renferme le savoir de tous les âges. Je ne suis pas assez frivole pour me laisser séduire par une gamine. »
Johan marqua une pause, puis poursuivit :
« Et puis, mon temps de diablotin est révolu. »
Il baissa les yeux vers le sol du bureau.
Un immense cercle magique y avait été tracé. Une formation corruptrice, réalisée avec du sang noir. Un autel destiné à corrompre une relique sacrée.
Johan l’avait recopiée à partir d’un grimoire rapporté des Archives interdites.
Comme elle nécessitait du sang démoniaque, il s’était évanoui plusieurs fois à cause des pertes de sang, mais le résultat était satisfaisant.
Après d’innombrables essais et erreurs, la formation corruptrice parfaite avait été achevée.
Il pouvait maintenant laisser derrière lui son stade embryonnaire.
Dès qu’il profanerait l’Anneau de Kazan, Johan évoluerait.
Raguel ravala un grognement.
« Je ne sais pas ce que c’est, mais on dirait que tu prépares encore un mauvais coup. »
Le garçon aveugle ne pouvait pas voir la formation corruptrice.
« Rien de plus qu’un petit mal. »
Raguel songea à demander comment le mal pouvait avoir des degrés, mais se ravisa. Il n’y avait guère de choses plus stupides que de débattre de morale avec un démon.
« Quoi qu’il en soit, j’ai besoin d’une sorcière pour en finir. Puisque je devrai la rencontrer tôt ou tard, pourquoi m’embêter à cacher mon identité ? »
Il fallait du mana pour activer la formation corruptrice.
Johan devait trouver un mage ou une sorcière.
Les deux étaient rares.
Les mages vénéraient les démons et étaient considérés comme de grands criminels dans ce monde. Comme ils se cachaient dans les recoins les plus obscurs, Johan ne pouvait pas en trouver pour le moment.
Les sorcières étaient encore plus rares.
Il n’y en avait qu’une au monde. Par chance, elle se trouvait à proximité.
Johan devrait se servir d’elle.
Le visage de Raguel s’assombrit.
« Je n’ai aucune idée de ce que tu manigances, mais ça doit nécessiter une sorcière. »
« Ce n’est pas tout. »
« Pardon ? »
Trois conditions étaient nécessaires pour corrompre une relique sacrée.
La première, la formation elle-même, et la deuxième, le mana, étaient plus ou moins réunies.
Il ne manquait que la troisième.
Après un instant de réflexion, Johan prit la parole.
« Raguel, laisse-moi te poser une question, moi aussi. »
Sa voix était plus grave qu’avant.
Elle avait quelque chose de menaçant, sans raison particulière. Un peu inquiet, Raguel hocha la tête.
« … Oui, vas-y. »
Les yeux rouges du démon étincelèrent.
« Y a-t-il un humain que tu veux tuer, ou qui doit mourir ? »
La troisième condition exigeait un sacrifice humain.
« Choisis-en un dans ce château. »
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>