Chapitre 8
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 8 : La bibliothèque interdite du baron
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Terrifié, Raguel agrippa le bord de la table ronde.
La Pierre-Miroir d’Or les descendit doucement, mais le garçon aveugle ne se sentit pas en sécurité pour autant.
La situation, survenue si brusquement, était bien trop effrayante. Incapable de voir, il ne pouvait pas savoir ce qui se passait.
Johan était tout aussi inquiet, mais pour une autre raison. Le démon était sur les nerfs à cause de la puissance sacrée.
L’immense salle qui s’étendait devant lui dégageait une quantité prodigieuse de puissance sacrée.
Pour un démon, c’était un poison mortel.
… Bon sang.
Sa peau le brûlait. Plus ils descendaient, plus la douleur s’intensifiait. Il parvenait à peine à regarder cette lumière.
Toutes ces lueurs sous ses pieds provenaient de la puissance sacrée émanant de reliques saintes.
Des artefacts anti-démons, des écritures originales, la meilleure eau bénite et bien d’autres choses encore. Tous les objets sacrés capables de faire frémir un démon étaient réunis ici.
Toujours assis à la table, Johan prit une profonde inspiration.
S’il n’y prenait pas garde, il risquait de s’évanouir avant même d’avoir posé le pied dans le couloir.
« T-tu vas bien ? »
Raguel avait apparemment entendu son gémissement. Johan avait tenté de le retenir, mais en vain.
« Un humain s’inquiète pour un démon ? »
« Je ne m’inquiète pas. S’il t’arrive quelque chose, je ne pourrai pas rentrer non plus. J-je veux seulement dire que… »
Johan força un rire.
« Plus ta langue s’allonge, plus ça ressemble à une excuse. »
Le garçon se hérissa.
« Si ce n’était pas pour ça, pourquoi est-ce que je me soucierais de toi ? »
« Je plaisantais. Tu es susceptible, dis donc. »
Raguel lança à Johan un regard furieux, bien que ses yeux restassent clos.
C’était assez amusant de le taquiner.
« Je vais te ramener. Détends-toi. »
Le garçon ne répondit pas. Il sursauta simplement, surpris. Un grondement assourdissant lui frappa les oreilles, et une lourde vibration lui traversa les côtes.
La table ronde avait atteint le sol.
Un vaste espace, semblable au couloir d’une grande cathédrale, les accueillit.
« … O-où sommes-nous ? »
Même pour un garçon qui était entré des centaines de fois dans la bibliothèque, c’était une première. Il n’avait jamais imaginé qu’un niveau encore plus profond se trouvait en dessous.
Johan prit la parole.
« Voici les Archives interdites de Narak. »
« C’est donc l’endroit dont tu m’as parlé. »
« Oui. »
Il avait exigé que Raguel l’y conduise.
« Mais comment un endroit pareil a-t-il pu… ? »
« Tes ancêtres l’ont aménagé. Tu as entendu parler des Gardiens de Narak, n’est-ce pas ? »
Le garçon hocha la tête.
« J’ai lu l’histoire de ma famille. Elle disait que les chefs de la Maison Myatro veillaient sur Narak depuis des générations. »
« Ce n’était vrai que jusqu’à il y a deux cents ans. Les Myatro d’aujourd’hui ont abandonné cette tâche. Regarde ton père. Que pourrait-il surveiller avec un corps aussi massif ? »
Ce n’était pas faux, et Raguel était tout à fait d’accord, mais il avait du mal à acquiescer. Le baron restait son père, qu’il l’apprécie ou non.
« Eh bien… »
« Quoi qu’il en soit, cet endroit est un héritage des premiers chefs de la maison. Quel dommage que tu sois aveugle. À cette vue, tes yeux se seraient écarquillés. »
Des grimoires démoniaques, des écritures, des livres interdits et toutes sortes de volumes tapissaient les murs de la salle. Des reliques saintes recouvraient le sol.
Des bustes des anciens chefs de la maison se dressaient en rangs, de chaque côté. Bien sûr, seuls ceux qui n’avaient pas oublié leur devoir y étaient honorés. Aucun nouveau buste n’avait été ajouté depuis deux cents ans.
Les armures saintes drapées sur chaque statue répandaient une vive puissance sacrée. Nul besoin de chandelles. L’intérieur était déjà baigné de lumière.
Et cela faisait souffrir Johan.
« Prenons ce qu’il nous faut et partons, pour l’instant. »
« Et notre promesse ? »
« Je te lirai les livres dans la bibliothèque ou dans ta chambre. »
S’il restait plus longtemps dans les Archives interdites, il avait vraiment l’impression qu’il allait fondre.
« Suis-moi. »
Johan guida Raguel de quelques pas.
Ça doit être par ici.
Il s’arrêta devant une longue vitrine. Des bagues et des colliers reposaient sur de la soie bleue.
C’étaient tous des trésors antiques.
Il examina avec soin les étiquettes attachées à chaque objet.
Je l’ai trouvé.
L’Anneau du Saint Héros Kazan.
C’était une relique qui protégeait son porteur de l’énergie démoniaque.
À première vue, elle semblait inutile à Johan, un démon, mais c’était en réalité l’objet dont il avait le plus besoin.
Une relique sacrée corrompue acquérait des pouvoirs contraires à sa nature d’origine.
Une relique qui repoussait l’énergie démoniaque deviendrait une relique qui repoussait la puissance sacrée.
Une fois la relique corrompue et passée à son doigt, Johan pourrait entrer et sortir des Archives interdites comme s’il était chez lui.
Elle lui serait utile à bien d’autres choses encore.
Échapper à l’Inquisition, combattre les chevaliers sacrés de l’Église du Grand Saint, franchir la barrière d’un prêtre exorciste…
Quoi qu’il en soit, l’Anneau de Kazan figurait tout en haut de sa liste des objets à corrompre.
Johan tendit la main vers la relique.
À cet instant, l’anneau trembla.
Crépitement.
La puissance sacrée jaillit et parcourut le corps de Johan comme un courant électrique.
Une douleur atroce lui ravagea tout le corps.
Le démon ravala un gémissement et recula en titubant de quelques pas.
« Comme prévu. »
Il ne pouvait même pas toucher une relique sainte.
« J’aurai besoin de ton aide. »
Johan attira le bras du garçon et le posa sur la vitrine.
« Prends-le. »
Raguel ramassa l’anneau. Il le fit tourner entre ses doigts, puis marmonna tout bas :
« Du vol. »
« À qui ? »
« E-eh bien… »
Johan ricana.
« À toi. Non, ce serait plutôt du pillage. »
Toutes les reliques des Archives interdites appartenaient à la Maison Myatro, et Raguel en était le fils unique.
Le garçon prit un air incrédule.
« Comment peux-tu être aussi éhonté ? »
« Un démon est un être qui vole les humains. Pourquoi ne serais-je pas fier d’agir selon ma nature ? »
Raguel resta sans voix devant l’effronterie du démon.
Il reposa l’anneau.
« E-et si je ne veux pas t’aider ? »
« Tout ça fait partie de la guérison de ta vue. Fais ce qu’on te dit au lieu de discuter. »
« Tu essaies juste de me forcer en te servant de cette excuse… »
Johan l’interrompit.
« Alors ne le fais pas, si tu n’en as pas envie. Je me contenterai de te lire les livres comme promis. Mais tu resteras aveugle. »
Leur promesse était simple.
Si Raguel devenait les jambes de Johan, Johan deviendrait les yeux de Raguel.
Le garçon avait tenu parole en conduisant Johan aux Archives interdites. Une fois que Johan aurait rempli sa part, leur relation prendrait fin.
C’était une promesse au sens propre. Pas un contrat, mais un pacte. Leurs âmes n’étaient pas engagées en garantie.
« M-mais tu as dit que tu me rendrais la vue. »
« Tu as refusé, non ? Sans l’anneau, je ne peux rien faire non plus. »
La relique était à la fois le fondement de la progression de Johan et le moyen de rendre la vue au garçon.
Tant qu’il était prisonnier de son corps de chiot, il lui était difficile d’accomplir quoi que ce soit.
« Qu’est-ce qu’il a de si spécial, cet anneau… ? »
« C’est une relique qui repousse l’énergie démoniaque. »
« Ça n’a rien à voir avec ma vue. »
« Je n’ai pas la patience de t’expliquer chaque détail. Comme je l’ai dit, ne le fais pas si tu n’en as pas envie. »
Johan se détourna.
« Si nous avons fini de parler, partons. Rester ici plus longtemps va me rendre fou. »
Le garçon ne bougea pas. Il resta immobile, baissa le visage vers le sol et murmura :
« … Comment suis-je censé faire confiance à un démon ? »
Johan sourit.
« Un pacte plie comme un roseau, mais un contrat est plus dur que la pierre. »
Le garçon tourna vers Johan ses yeux aveugles.
« Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
« Un contrat. Un marché où ton âme sert de garantie. »
Raguel comprenait au moins le principe d’un contrat.
Johan ajouta :
« Un anneau contre une chance de retrouver la vue. »
C’était faux.
L’anneau était la pierre angulaire qui lui permettrait de dévorer l’ensemble des Archives interdites.
Le garçon n’en avait aucune idée.
Il se tenait simplement face à la tentation.
Le démon reprit :
« Quelle meilleure affaire pourrais-tu espérer ? Ne suis-je pas un démon d’une grande bonté ? Même Marziel serait impressionné. »
Le garçon tritura l’ourlet de son pantalon, le serrant et le relâchant sans cesse. Peut-être parce qu’il hésitait, il ne tendit pas la main vers l’anneau.
Johan ricana.
« Prends-le et suis-moi. Nous conclurons le contrat à la bibliothèque. »
S’il libérait son énergie démoniaque ici, une relique sacrée inconnue risquait de réagir à sa malveillance et de le mettre en pièces.
Il n’y aurait pas de fin plus lamentable.
« Arrête de faire ton difficile, tu vas finir par m’épuiser. Décide-toi et grouille. »
Dans un long rrrip, Johan arracha une feuille de parchemin à l’un des murs.
C’était une carte de Narak. Il prit aussi un petit coffret à bijoux, plusieurs journaux sur la gorge et un grimoire démoniaque.
Certains de ces objets lui serviraient de laisse pour maîtriser la sorcière.
Pour finir, il arracha une feuille à une pousse qui grandissait au milieu du couloir.
Elle devrait suffire à guérir facilement la luxation du garçon.
« Tu pourrais te dépêcher de venir m’aider ? »
Son petit corps ne pouvait pas tout porter tout seul.
* * *
Quatre jours s’étaient déjà écoulés.
C’était difficile à croire. Pour le garçon, le temps avait toujours avancé plus lentement qu’un escargot, mais ces derniers temps, il filait comme une flèche.
C’était ainsi depuis sa rencontre avec le démon.
Il passait chaque instant de veille avec lui, sans avoir le temps de se sentir seul. Il ne se sentait plus prisonnier des ténèbres.
Une vie où il avait hâte d’être au lendemain. C’était nouveau pour lui, mais c’était devenu sa réalité.
Quand viendra-t-il ?
Ces derniers jours, le démon lui lisait la vie du Saint Héros Kazan.
La veille, il s’était arrêté au passage le plus passionnant. Raguel ne l’avait pas harcelé pour qu’il continue, car il comprenait aussi la situation du démon.
C’était un demi-démon.
Un sang-mêlé qui redevenait humain au lever du soleil. Raguel n’avait jamais entendu parler d’une telle particularité. Aucun demi-démon recensé dans l’histoire n’avait subi le même désagrément que Johan.
Passer de la forme humaine à la forme démoniaque et inversement. Johan devait sûrement avoir bien des problèmes à lui tout seul.
À cause de cette particularité, Raguel et le demi-démon quittaient toujours la bibliothèque avant le lever du soleil pour regagner sa chambre. C’était devenu leur routine.
Raguel était allongé sur son lit, tandis que le demi-démon se cachait dessous. À l’aube, quelqu’un venait emmener Johan.
De là jusqu’à l’après-midi, Raguel dormait profondément.
Aujourd’hui ne faisait pas exception. Il s’était réveillé environ trois heures plus tôt ; le démon ne tarderait donc pas à arriver.
Comme prévu, la porte s’ouvrit lentement dans un vieux grincement.
Comme toujours, il y aurait des excuses. Une histoire de pardon ou de réparation en enfer.
Raguel faisait toujours semblant de dormir. Il se sentait mal à l’aise à l’idée de se retrouver face à un homme dont il ignorait tout.
Même maintenant, il faisait comme s’il dormait à poings fermés.
Tic-tac.
Le temps passa.
Même après un long moment, il n’entendit pas la voix qu’il attendait.
Il n’entendit pas non plus la porte se refermer.
Ce n’était pas comme d’habitude. Quelqu’un était bel et bien entré dans la chambre, pourtant cette personne ne faisait rien.
Était-ce la servante qui venait apporter son repas ? Non. Elle était passée depuis longtemps. Alors son père ? Cela semblait improbable. Raguel avait entendu dire que le baron restait alité parce que ses forces déclinaient.
Personne d’autre n’avait de raison de venir.
Sa poitrine se serra sans raison.
Il ne supportait plus cette anxiété.
« Euh… »
Il prit la parole le premier.
« Vous étiez réveillé, jeune maître. »
C’était une voix féminine agréable.
Et familière.
Aussitôt, Raguel se plaqua contre le bord du lit, comme s’il cherchait à fuir.
« Jeune maître ? »
Il connaissait cette fille. Elle devait être la jeune fille offerte en tribut qu’on avait amenée ici. Son visage était difficile à oublier après l’avoir vu une seule fois.
Grincement.
Le bruit interrompit ses pensées. Elle avait apparemment tiré une chaise et s’était assise.
« J’avais quelque chose à vous demander, alors je suis venue malgré l’intrusion. Veuillez me pardonner. »
Raguel ne répondit pas.
« Connaissez-vous le mercenaire qui a été engagé récemment ? »
Non. Il ne s’en était jamais préoccupé.
« Vous avez une odeur qui ressemble à la sienne, jeune maître. »
Quelle odeur ? Il ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire.
« Alors je me demandais si vous n’aviez pas tous les deux un ami peu fréquentable en commun. »
Son souffle effleura son visage. Sa voix basse reprit :
« Si c’est le cas, présentez-le-moi aussi, je vous prie. »
Raguel se rappela sa conversation avec le démon.
« Ilea viendra peut-être te voir bientôt. »
« Moi ? Pourquoi ? »
« Ne demande pas pourquoi. Souviens-toi simplement d’une chose. »
« … D’accord. »
« Tu n’as qu’à crier ça. Répète après moi. »
« … Sorcière, va-t’en ! »
Contrairement aux consignes de Johan, la voix de Raguel ne fut qu’un faible murmure.
Aucune réaction.
Seul le silence lui répondit.
L’air se refroidit.
Raguel eut le hoquet.
« Comme c’est amusant. »
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