Chapitre 86
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 86 : Père et fils (2)
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« Meurs ! Espèce de bâtard sans respect, qui as dévoré ta propre mère pour naître ! Déchet humain bon à rien ! »
Gryan rouait Raguel de coups avec une férocité sans pareille.
Il lui frappait l’arrière du crâne avec la paume et continuait à le rouer de coups de pied.
Raguel se recroquevillait sans opposer la moindre résistance.
La peur gravée en lui le dominait.
S’il tentait de fuir ou de riposter, les violences redoubleraient aussitôt.
Il en avait toujours été ainsi.
Mieux valait rester immobile et encaisser les coups, comme il le faisait à présent.
« P-Père. Je suis désolé. J’ai eu tort. »
En voyant Raguel trembler, Gryan se sentit tout-puissant.
Il avait l’impression d’être revenu dans le passé.
Les jours où tous surveillaient l’humeur de Gryan et le craignaient lui revinrent en mémoire.
Gryan s’abandonna à l’ivresse du moment.
Il frappa Raguel sans retenue.
« C’est comme ça que ça doit se passer ! Tout doit être ainsi ! Je suis le Gardien de Narak ! »
Boum ! Boum ! Boum ! Boum !
Des coups sourds résonnèrent dans le couloir.
« Pitié, arrête. Je t’en prie, pitié. »
Plus Raguel gémissait, plus les coups redoublaient de violence.
« Tais-toi ! Tu as ruiné ma vie ! Comment as-tu osé faire entrer un démon ici ?! Tu crois que la Maison Myatro est une plaisanterie ?! »
Si Raguel n’avait pas attiré un démon, Gryan gouvernerait encore son territoire en roi.
Tous ses malheurs actuels étaient de la faute de Raguel.
Alors que Gryan savourait cette violence, une rage soudaine le submergea.
Il perdit toute raison.
« Je vais te tuer ici ! C’est trop tard, mais je vais quand même remettre les choses en ordre ! »
Il se mit à battre Raguel comme s’il comptait réellement le tuer.
Il le piétina de toutes ses forces et le roua de coups de poing.
Même à bout de souffle, Gryan ne s’arrêta pas.
Le passage à tabac se prolongea.
Le temps s’étira à l’infini.
Gryan respirait avec difficulté.
Peu à peu, l’épuisement le gagnait.
Sa raison lui revint petit à petit.
Gryan sentit que quelque chose clochait.
Il avait beau frapper Raguel et le piétiner, celui-ci ne tressaillait même pas.
Il ne le suppliait plus de l’épargner.
Était-il mort ? Gryan saisit brusquement son fils par les cheveux et lui releva la tête.
Le père et le fils se regardèrent dans les yeux.
Le visage de Gryan se figea.
« Q-Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Gryan ne put s’empêcher de paniquer.
Il venait de voir les yeux de son fils.
« … Père ? »
Le visage de Gryan se déforma comme celui d’un Esprit maléfique.
« Je t’ai demandé ce que c’était ! Pourquoi tu me regardes ?! »
Raguel avait été aveugle.
Il était né avec un seul œil, que Gryan lui avait détruit par la suite.
Son fils n’était pas censé avoir d’yeux.
Alors, que signifiait ce regard limpide ? Gryan ne pouvait l’accepter.
Il saisit le visage de Raguel à deux mains.
Du bout des doigts, il appuya de toutes ses forces sur les globes oculaires de son fils.
Raguel fut secoué de convulsions.
« N-Non ! Ne fais pas ça ! »
Gryan ne s’arrêta pas.
« Ne bouge pas ! Les yeux, c’est un luxe pour quelqu’un comme toi ! »
Il appuya de plus en plus fort sur ses deux yeux.
Le cœur de Raguel se mit à battre à tout rompre.
La peur de perdre la vue l’emportait même sur celle de son père.
Sa vue était la preuve du pacte qu’il avait conclu avec Johan.
« Arrête ! »
Raguel se redressa d’un bond et repoussa les mains de Gryan.
Grincement !
Gryan sursauta. C’était la première fois que Raguel lui résistait de cette façon.
La rage s’empara de lui.
« E-Espèce de salaud ! Comment oses-tu ?! »
Il gifla aussitôt son fils.
Raguel lança d’une voix venimeuse :
« Ne touche pas à mes yeux ! »
Il repoussa Gryan avec force.
Gryan, qui avait autrefois été un géant mais n’était plus qu’un homme décharné, fut projeté en arrière et s’écrasa contre le cadre du lit.
Ghk !
La scène était d’une pitoyable absurdité.
Raguel resta figé un instant en le regardant.
Ses propres gestes l’avaient stupéfié. Il avait porté la main sur son père. C’était impensable.
Et ce n’était pas tout.
Gryan avait été projeté à plus de quatre mètres.
Raguel venait d’envoyer valser un homme adulte d’une simple poussée.
Une force qui dépassait l’entendement.
Raguel baissa les yeux vers ses deux mains.
Il possédait une telle force. Il en était profondément déconcerté.
« … Un Haut-Elfe. »
C’était le contrecoup de sa transformation en Haut-Elfe, la catégorie la plus exceptionnelle parmi les Elfes.
Raguel reporta son regard sur Gryan.
Adossé au cadre du lit, Gryan ne parvenait pas à se relever.
Il se contentait de fixer Raguel, les yeux tremblants.
La peur était manifeste dans son regard.
Raguel s’avança péniblement vers Gryan.
Plus il approchait, plus Gryan se plaquait contre le lit.
On aurait dit un homme acculé.
« N-N’approche pas. Dégage ! »
Raguel baissa les yeux vers son père, qui tremblait de peur.
Pour une raison ou une autre, Gryan lui parut minuscule.
« … Pourquoi tu m’as fait ça ? »
La voix de Raguel était devenue grave.
Gryan répondit d’une voix tremblante :
« Qu’est-ce que je t’ai fait ?! »
Raguel serra les dents.
« Même si tu me détestais, je n’étais pas ton fils ? Pourquoi m’as-tu tourmenté comme ça ?! »
Gryan observa son fils en silence.
Ses yeux fuyaient dans tous les sens.
Puis il afficha soudain un sourire obséquieux.
« J-Je suis désolé. Tout est ma faute. Je te demande pardon. »
Raguel tressaillit.
Ce brusque changement d’attitude le stupéfia.
« … Qu’est-ce qui te prend, tout à coup ? »
« Que veux-tu dire, tout à coup ? J’ai toujours regretté ce que je t’ai fait. Je voulais te demander pardon comme ça. »
Raguel ne comprenait absolument pas le comportement de Gryan.
Il prit la parole :
« À l’instant, tu essayais de me tuer… »
« Ah, non. Tu as mal compris. Je ne le pensais pas. Ton père a perdu la tête un moment. Essaie de comprendre ma situation. J’ai tout perdu. Comment pourrais-je garder toute ma tête ? »
Gryan baissa les yeux et laissa tomber les commissures de ses lèvres.
Il prit l’air le plus pitoyable possible.
Raguel était complètement perdu.
C’était la première fois de sa vie qu’il voyait son père ainsi.
Il ne savait pas quoi répondre.
« J’ai toujours été seul, comme toi maintenant. J’ai toujours été seul et malheureux. Et toi, qu’as-tu fait de moi, à l’époque ? Tu comprends ce que j’ai ressenti, maintenant ? »
Gryan hocha la tête à plusieurs reprises.
« Bien sûr que oui. Ça a dû être si douloureux. Tout est ma faute. Je veux réparer les choses, même maintenant. Il est tard, mais travaillons ensemble. En tant que père et fils, nous pouvons nous soutenir l’un l’autre. »
Raguel afficha un air perplexe.
« Travailler ensemble ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Gryan lui adressa un sourire affable.
« La marque du Maître est dans ton œil, n’est-ce pas ? Moi aussi, j’en ai une. »
Il retira sa chemise. Un tatouage représentant une faucheuse tenant une faux était gravé au-dessus de son cœur.
C’était la marque du Contrat de subordination.
Le même symbole brillait d’une lueur sinistre dans l’œil gauche de Raguel.
Raguel demanda :
« Et alors ? »
« Ça veut dire que nous sommes à égalité. Nous pouvons servir le Maître ensemble. Tu pourrais dire du bien de ton père au Maître ? »
Le visage de Raguel se décomposa.
« Mais qu’est-ce que tu racontes, là… ? »
« Cette force et cette vue, ce ne sont pas des dons du Maître ? Je veux le servir comme toi et recevoir une récompense à la hauteur. Regarde-moi, maintenant. Je n’ai plus rien. Comment ne pas devenir fou ? Aide ton père. Soutenons-nous et vivons ensemble, à partir de maintenant. »
Gryan caressa doucement la main de Raguel.
Raguel resta un moment sans bouger.
Une émotion tout à fait inconnue le submergeait.
C’était la première fois qu’il éprouvait une telle chose envers quelqu’un.
Un dégoût sans bornes monta en lui.
Raguel repoussa la main de Gryan.
« … Tu es vraiment irrécupérable. »
Gryan esquissa un sourire gêné.
« P-Pourquoi tu dis ça, tout à coup ? Les excuses de ton père ne te suffisent pas ? Je vais même m’agenouiller. Je t’en prie, pardonne-moi. »
Il se montrait d’une servilité absolue.
Gryan avait toujours été ainsi.
Il se montrait fort face aux faibles, mais rampait honteusement devant les puissants.
Même lorsque la personne en question était son fils, Gryan agissait de la même façon.
Le regard de Raguel se glaça.
« Je comprends, maintenant. Tu es un homme faible et pitoyable. Tu n’as ni fierté ni convictions. Pourquoi est-ce que j’ai eu peur de toi ? J’ai honte de mon passé. »
L’expression de Gryan se crispa légèrement.
Cela ne dura qu’un instant.
Il reprit son sourire obséquieux.
« Non, je voulais seulement… »
Gryan ne put achever sa phrase.
Une voix familière interrompit leur conversation.
« Qu’essaies-tu de nier ? Pas un seul mot n’était faux. »
C’était la voix de Johan.
Raguel se retourna.
« Johan ? »
Johan entrait dans la chambre depuis le couloir.
Johan prit la parole :
« Raguel, tu as enfin compris. Comme tu l’as dit, Gryan n’est qu’une coquille vide. Il n’y a rien en lui. Quel meilleur candidat pourrait-on trouver pour en faire un épouvantail ou une marionnette ? »
À l’apparition de Johan, le visage de Gryan se tendit.
Il n’osait même pas croiser son regard.
« … Maître, cela faisait longtemps. »
Johan eut un bref rire.
« Oui, en effet. J’ai quelque chose à te faire faire. »
« L-Laissez-moi faire. »
Johan se tourna vers Raguel.
« Raguel, veux-tu donner l’ordre ? »
Raguel prit une profonde inspiration. Rassemblant son courage, il ouvrit la bouche.
« Gryan Myatro, à partir de maintenant, tu es ma marionnette. Vis comme un épouvantail sans volonté propre, et ne bouge que lorsque tu en reçois l’ordre. »
Gryan fixa Raguel d’un air absent.
« Q-Qu’est-ce que… »
Johan tapota légèrement l’épaule de Raguel.
« Bien. À partir de maintenant, je te confie le territoire. Prends la relève d’Ilea et de Gaf. »
Raguel s’en sortirait sûrement très bien.
Raguel acquiesça.
« Je serai à la hauteur de vos attentes. »
Johan eut l’air satisfait.
« Je vais y aller. Termine de parler avec Gryan. »
Il n’avait pas l’intention de s’interposer davantage entre eux.
Raguel s’occuperait désormais lui-même de Gryan.
Après tout, son traumatisme avait complètement disparu.
Johan quitta la pièce.
Il avait autre chose à faire.
Ah.
Il devait rencontrer le Troisième Prince Gawain.
Gawain était arrivé au château du seigneur.
La perspective pesait lourdement à Johan.
Les choses ne s’étaient pas bien terminées entre Gawain et lui.
Gawain avait senti l’odeur de la Lance sacrée Espada sur Johan. Lorsqu’il avait tenté d’invoquer la Lance sacrée, le contrecoup l’avait fait perdre connaissance.
Cela remontait déjà à plusieurs mois.
Cette fois encore, il essaierait sans doute de récupérer la Lance sacrée.
Johan s’y était déjà préparé, mais cela ne rendait pas leurs retrouvailles moins pénibles.
Johan se sentait un peu mal à l’aise en présence de Gawain.
Était-ce parce qu’il se souvenait que Gawain avait failli le tuer ? Quelle qu’en fût la raison, il n’avait toujours pas envie de le voir.
Cependant, il ne pouvait pas simplement congédier un prince du royaume.
Il devait le recevoir.
Perdu dans ses pensées, Johan saisit la poignée de la salle de réception.
Après avoir poussé un soupir, il ouvrit la porte.
Gawain était assis à l’intérieur.
Dès qu’il aperçut Johan, il lui adressa un grand sourire.
« Sir Johan, cela faisait longtemps. »
Johan s’inclina.
« Johan von Myatro salue Son Altesse le Troisième Prince. »
Gawain fit un geste de la main et lui désigna une chaise.
« Inutile de tant de formalités. Je vous en prie, asseyez-vous. »
« Je vous remercie. »
Johan s’assit en face de Gawain.
Gawain prit la parole :
« Sir Johan, j’ai appris la nouvelle. Il paraît que j’ai quelque chose à vous souhaiter. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Vous avez non seulement reçu un titre, mais vous avez aussi rejoint le Conseil du Royaume. Et à un si jeune âge. »
Dès le début, le sujet était gênant.
Johan répondit calmement :
« Tout cela, je le dois à la bienveillance de Sa Majesté le roi. »
Gawain secoua la tête.
« Non, c’est inexact. Il serait plus juste de parler d’une manœuvre du comte Staviana. »
Le regard de Gawain était quelque peu acéré.
Le comte et lui étaient des ennemis jurés.
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