Chapitre 85
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 85 : Père et fils (1)
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Se préparer à partir pour la capitale royale exigeait de nombreux préparatifs.
D’abord, Johan devait trouver quelqu’un pour gérer le territoire à sa place.
Jusqu’ici, Gaf et Ilea s’en étaient chargés.
Mais il ne pouvait plus leur confier cette tâche.
Ils partiraient avec Johan pour la capitale royale.
Ils seraient absents du territoire pendant un bon moment.
Il lui fallait donc quelqu’un pour les remplacer.
Qui pourrait convenir ? Une personne lui vint aussitôt à l’esprit.
Raguel.
Malgré son jeune âge, Raguel était méticuleux et intelligent. Toutes ses lectures lui avaient également apporté un savoir considérable. À la tête du territoire, il s’en sortirait très bien.
Il avait largement les compétences nécessaires pour agir au nom de Johan.
Il n’y avait qu’un seul défaut.
Raguel était un Haut-Elfe. La magie de dissimulation d’Ilea lui donnait une apparence humaine, mais ne pouvait pas masquer toutes les petites incohérences.
Quelqu’un d’observateur remarquerait qu’il avait quelque chose d’étrange.
Cela gênerait ses activités publiques.
C’était un défaut rédhibitoire.
Un représentant du seigneur devait rencontrer d’innombrables personnes.
Les habitants, les chefs des villages de toutes les localités, les prêtres des paroisses voisines, les autres seigneurs du sud, et bien d’autres encore. Il n’aurait d’autre choix que d’interagir sans cesse avec toutes sortes de gens.
C’était impossible pour Raguel.
Les Hauts-Elfes devaient encore rester cachés.
Johan se plongea dans ses pensées.
Quel dommage. Raguel serait parfait.
Il ne serait pas facile de trouver quelqu’un d’autre.
Il n’avait personne en qui avoir confiance.
C’était tout naturel.
Pour gouverner le territoire à la place de Johan, il fallait connaître tous les secrets des Archives interdites et savoir qui était réellement Johan.
Parmi ceux qui remplissaient ces conditions, combien seraient vraiment du côté de Johan ?
Ils ne seraient qu’une poignée.
Raguel en faisait partie.
« Hum. »
Johan voulait trouver un moyen de tirer parti de Raguel.
Après avoir longuement réfléchi, il prit la parole.
« Nous allons rester quelque temps dans la capitale royale. »
Tout le monde, dans la bibliothèque souterraine, tourna les yeux vers lui.
Ilea prit la parole.
« J’ai déjà commencé à préparer ce qu’il nous faut. J’ai envoyé un message au comte ; notre logement devrait bientôt être organisé. »
Ils ne pouvaient pas se rendre dans la capitale royale sans rien d’autre que leurs vêtements.
Il y avait beaucoup à préparer.
Des domestiques, des carrosses, du mobilier, des vêtements, une résidence, et bien d’autres choses. Pour vivre dans la capitale royale, ils devaient au moins soigner les apparences.
Les nobles de la capitale royale accordaient beaucoup d’importance à la dignité et aux convenances.
S’ils avaient l’air de pauvres souris de campagne, ils feraient mauvaise impression d’emblée.
Johan devait se bâtir une influence ; il n’avait donc pas le choix, il devait aussi prêter attention aux apparences.
Ils devaient paraître modestes sans avoir l’air misérables, élégants sans être extravagants.
Gaf prit la parole.
« Combien de temps comptes-tu rester dans la capitale royale ? »
« Un bon moment. Il n’y a pas de date de retour prévue. »
« Si tu comptes partir aussi longtemps, il faudra trouver quelqu’un d’autre pour gérer le territoire. Comme tu le sais, nous n’avons ici ni trésorier ni administrateur. Je n’ai pas assez de bras pour tout faire tout seul. »
En vérité, la gestion du territoire était dans un état lamentable.
Des bandits infestaient ses confins, et des Esprits maléfiques inférieurs continuaient d’apparaître.
Des groupes de cultivateurs itinérants qui pratiquaient l’essartage s’installaient aussi régulièrement sur le territoire sans que personne s’en aperçoive.
Ils ne connaissaient même pas le nombre exact d’habitants du territoire.
Aucun impôt n’avait été prélevé cette année, mais il faudrait commencer à en collecter l’année prochaine.
Il leur fallait du personnel pour régler tous ces problèmes.
Johan prit la parole.
« J’avais déjà l’intention de nommer officiellement un représentant. »
Gaf répondit : « Tu parles de moi ? Je préfère te le dire tout de suite, je n’ai pas les compétences nécessaires. Si nous continuons à gérer le territoire en tâtonnant, nous finirons par faire faillite. »
En vérité, ils n’avaient pas vraiment à s’inquiéter de la faillite. Le territoire de Myatro était le trésor du royaume. Si Johan vendait les trésors entassés comme des montagnes dans les Archives interdites, Myatro deviendrait la région la plus riche du royaume.
Bien sûr, Johan n’avait aucune intention de se séparer de ces trésors.
L’héritage des Archives interdites avait autant de valeur que la vie elle-même. Sa valeur ne ferait que croître à mesure que l’histoire entrerait dans sa seconde moitié. Il était hors de question de le gaspiller contre de l’argent et de l’or.
Johan regarda Gaf.
« Je sais. Le poste de représentant serait trop lourd pour toi. Il nous faut quelqu’un d’autre pour gérer le territoire. »
Ilea demanda : « Tu as quelqu’un en tête ? »
Johan tourna les yeux vers Raguel.
« Raguel. »
Tout le monde acquiesça, comme s’ils avaient compris.
« Le jeune maître ferait l’affaire. »
« Ce n’est pas une mauvaise idée. »
« Grande Fin, c’est un choix raisonnable ! »
Seul Raguel semblait déconcerté.
« J-Johan. Qu’est-ce que tu veux dire, tout à coup ? »
« Ce que je viens de dire. Tu seras le représentant du seigneur. »
« Mais quelles compétences pourrais-je bien avoir… ? »
« Tu es bien plus intelligent que tu ne le crois. Tu feras mieux que n’importe qui. »
Face à ces éloges inattendus, Raguel baissa timidement la tête.
Ilea intervint.
« C’est vrai. Il est très futé. Je m’en suis rendu compte quand nous avons joué aux échecs. »
Elle avait autrefois joué aux échecs avec Raguel, qui était aveugle.
Même sans voir, Raguel s’était très bien débrouillé.
Il jouait en mémorisant toute la suite des coups.
Cela prouvait sa grande intelligence.
Johan et Ilea ne cessaient de le complimenter ; Raguel ne savait plus où se mettre.
Il baissa encore davantage la tête.
« P-Pitié, arrêtez tous les deux. Je ne suis pas si compétent. »
Hakain, qui avait écouté en silence, prit la parole.
« Il semble avoir gagné votre confiance, mais n’y a-t-il pas un problème ? »
Ilea répondit : « Le jeune maître est un Haut-Elfe. »
Hakain connaissait la plupart des secrets et des circonstances du territoire.
Johan ne lui avait rien caché.
À la place, il avait lié Hakain par un contrat.
Hakain ne pouvait révéler à quiconque quoi que ce soit au sujet du territoire de Myatro ou de Johan.
Hakain acquiesça. « C’est exact. De plus, jusqu’à récemment, il souffrait d’un handicap. Si on le voyait soudain ainsi, quelqu’un trouverait forcément cela suspect. »
« Il y a un moyen de régler ça. Nous pouvons nous servir de Gryan. »
Ilea demanda : « Tu comptes faire de Gryan la marionnette du jeune maître ? »
Johan acquiesça.
Raguel prendrait toutes les décisions concernant le territoire, tandis que Gryan se contenterait d’exécuter publiquement les ordres de son fils.
Tant qu’ils respecteraient cette règle, l’identité de Raguel ne serait pas découverte.
Ce n’était pas une mauvaise solution.
Johan regarda Raguel.
« C’est ça. Raguel, tu t’en sens capable ? »
Raguel avait subi un traumatisme profond à cause de Gryan.
Son père l’avait maltraité depuis son enfance.
La peur lui était gravée dans les os.
Un fils qui avait subi des violences pouvait-il vraiment dominer son propre père et le tenir sous son contrôle ? Dans des circonstances normales, cela aurait été impossible.
Raguel prit la parole, l’air incertain.
« Je vais donner des ordres à Père, comme tu le fais, Johan ? »
« Exactement. Gryan deviendra ton subordonné. »
Le doute se lisait sur le visage de Raguel.
« …J’aimerais t’aider, d’une manière ou d’une autre, Johan. Si tu me demandes de faire quelque chose, je le ferai. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir tout gérer correctement. Je ne refuserai pas puisque tu me l’as demandé, mais ne me fais pas trop confiance. »
Il exprimait très honnêtement le fond de sa pensée.
Johan dit : « Pourquoi ne pas aller voir Gryan d’abord ? Il te paraîtra bien plus petit que dans tes souvenirs. »
Raguel n’avait pas revu son père une seule fois depuis quelque temps.
Rien qu’à l’idée de son père, tout son corps se mettait à trembler.
« M-Mon père ? »
« Oui. Va le voir d’abord. Si tu ne te sens toujours pas capable après l’avoir rencontré, je ne te forcerai pas davantage. »
Johan en était certain.
Raguel surmonterait sa peur de son père.
Même à Narak, il avait affronté Gryan en personne.
Il n’avait pas cédé à la peur.
Le corps et l’esprit de Raguel n’étaient plus ce qu’ils avaient été.
Il avait énormément grandi.
Raguel répondit : « Je vais essayer, mais n’attends pas trop de moi. Je ferai de mon mieux, malgré tout. »
Johan ricana.
« Ça suffit. Vas-y. »
Raguel parut un peu déconcerté.
« M-Maintenant ? »
« Pourquoi attendre ? Il faut battre le fer tant qu’il est chaud. »
Les épaules de Raguel s’affaissèrent.
« …D’accord. J’y vais. »
Il s’éloigna à pas traînants.
Sa silhouette avait l’air particulièrement pitoyable.
Johan eut un peu de peine pour lui, mais il n’y pouvait rien.
Personne ne pouvait remplacer Raguel.
Et il n’y avait aucun moyen de l’aider.
Johan ne pouvait que le soutenir en silence et espérer qu’il s’en sortirait.
Raguel quitta la bibliothèque pour de bon.
* * *
Gryan fixait la fenêtre d’un regard absent.
Son visage et ses yeux exprimaient un profond vide.
Il n’avait plus envie de vivre.
On lui avait tout pris.
Dans ce château, rien ne lui appartenait.
Gryan ne savait même pas ce qui s’y passait.
Il était devenu un homme qui n’existait pas.
Personne ne venait le voir ni ne se souciait de lui.
Même s’il mourait de faim pendant des jours, personne ne le remarquerait.
Il avait beaucoup trop maigri.
Son ventre s’était creusé et ses pommettes ressortaient.
Il dépérissait.
Personne ne remarquait qu’il changeait.
Même s’il mourait ainsi, on ne retrouverait son corps que des semaines plus tard.
Ou peut-être serait-il oublié pour toujours.
Gryan frappa violemment le lit.
« …Comment est-ce arrivé ? Comment est-ce que ça a pu m’arriver ? »
Tout était la faute de Johan, ce fils de pute de démon.
Cette créature avait piétiné la vie de Gryan.
S’il avait pu faire ce qu’il voulait, il l’aurait dénoncé directement à l’Église du Grand Saint.
Il y avait un démon sur ce territoire.
Mais il ne pouvait pas mettre cette idée à exécution.
Dès qu’il nourrissait de mauvaises intentions envers Johan, une douleur lancinante lui prenait le côté gauche de la poitrine.
Le Contrat de subordination tenait Gryan en laisse.
« Putain ! Merde ! »
Sa colère irrépressible se tourna naturellement vers une autre cible.
Cette fois, ce fut Raguel.
Ce bâtard inutile avait amené un démon sur le territoire.
Comme si être né handicapé ne suffisait pas, il avait même coupé les mains et les pieds de son père.
« J’aurais dû le tuer à l’époque ! »
Il avait trop de regrets.
Au lieu de le battre, il aurait dû le taillader avec une lame.
L’avoir épargné parce qu’il était son fils était devenu une menace pour l’avenir.
Les yeux de Gryan s’injectèrent de sang.
Il saisit une bouteille d’eau et la lança de toutes ses forces contre le mur.
La bouteille vola en éclats.
Un grand fracas retentit.
Au même instant, il entendit quelqu’un dehors.
Un cri retentit derrière la porte.
Aah !
Un bruit sourd, comme si quelqu’un était tombé par terre, suivit.
Boum !
Gryan se redressa d’un bond.
« Q-Qui est là ? »
Personne ne venait le voir ces derniers temps.
Gryan s’avança d’un pas décidé et ouvrit brusquement la porte.
Son visage se déforma horriblement.
« T-Toi ! »
Raguel était étendu par terre et levait les yeux vers Gryan.
Cela faisait des mois qu’il n’avait pas vu son fils.
Raguel parla d’une voix tremblante.
« P-Père, je voulais juste… »
Gryan connaissait bien cette expression stupide.
Son fils avait toujours eu cette tête quand il le voyait.
La main de Gryan se leva d’elle-même.
Comme par réflexe.
Raguel se recroquevilla aussitôt.
Gryan sentit sa colère, mais aussi une exaltation inexplicable.
Les souvenirs d’autrefois lui revinrent en masse.
Jadis, tous ceux qui vivaient au château se comportaient ainsi avec Gryan.
Ils le craignaient et tremblaient devant lui.
Pour la première fois depuis longtemps, son visage s’anima.
Il se sentait vivant.
Il s’abandonna au plaisir et se mit à piétiner et à frapper son fils.
Il lui lança toutes les insultes qui lui passaient par la tête.
Peu à peu, le visage de Gryan s’illumina de joie.
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