Chapitre 77
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 77 : Le domaine du comte (7)
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« Où sommes-nous exactement, Mapheltan ? »
Ilea ne parvenait pas à détacher les yeux du spectacle qui s’étendait en contrebas.
La ville était manifestement devenue un enfer, mais des traces d’une civilisation inconnue subsistaient.
Des gratte-ciel en flammes s’élevaient si haut qu’ils perçaient les nuages, tandis que des masses d’acier ailées fusaient entre les bâtiments.
D’immenses cadres suspendus à des flèches changeaient sans cesse d’images et émettaient d’étranges voix.
« Ceci est un bulletin d’urgence. Il est 15 h 42. De nombreuses entités anormales non identifiées ont été détectées au-dessus de la métropole. Les autorités militaires ont déclaré un “reflux du Labyrinthe” et ordonné l’évacuation de niveau un dans toutes les zones. Les citoyens sont priés de se rendre immédiatement dans des abris souterrains ou des zones de confinement d’urgence. Éloignez-vous des rues et des fenêtres. En aucun cas, ne regardez ni n’écoutez les formes ou les voix non identifiées. »
L’annonce urgente se répétait inlassablement.
Des explosions continuaient de retentir dans toute la ville.
L’air était imprégné d’une odeur de poudre.
Mapheltan ravala un gémissement. Il n’y avait aucun moyen d’expliquer la situation.
Il s’adressa à Ilea.
« À cause de l’Interdiction, je ne peux rien te dire moi-même. »
Ilea posa sur lui un regard calme.
« Alors, c’est l’endroit qui constitue le fondement du savoir de Mapheltan. »
Elle avait vu juste. Inmarok était un roman venu de la Terre, et Mapheltan s’était orienté dans les événements grâce aux informations qu’il en avait tirées.
Jusque-là, Mapheltan n’avait même pas pu évoquer ce fait.
L’Interdiction l’en avait empêché.
Cette fois encore, c’était pareil.
Mapheltan ne pouvait rien dire.
Si Ilea voulait connaître la réponse, elle devrait la déduire elle-même.
Mapheltan prit la parole.
« Fais confiance à ton jugement. C’est tout ce que je peux te dire. »
Ilea lui adressa un sourire étrange.
« Pour l’instant, ça me suffit. J’ai compris une chose avec certitude. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Elle promena lentement son regard sur le spectacle en contrebas.
« Ta haine envers ce monde, Mapheltan. »
Le monde s’effondrait. La violence aveugle et les massacres se poursuivaient sans fin. Tous ceux qui se trouvaient là hurlaient.
Des actes motivés par la seule destruction se répétaient.
On aurait dit qu’ils exprimaient la rage de quelqu’un.
Mapheltan ravala un gémissement.
« … Non. Je ne hais pas ce monde. »
Il aimait la Terre. Il voulait rentrer chez lui. Ses chers frères et sœurs cadets lui manquaient.
Même s’il éprouvait du ressentiment envers la Terre, ce n’était qu’un sentiment infime.
Ilea reprit :
« Tu peux encore dire ça après avoir vu ça ? »
Tous ceux qui se trouvaient au sol gémissaient de douleur.
« Cette scène n’est qu’une hallucination. Elle ne reflète pas ce que je ressens vraiment. »
Ilea secoua la tête.
« Belzarak montre des futurs fondés sur des faits. Une part de ton cœur doit forcément désirer une situation pareille. »
C’était un fait établi au sujet de Belzarak ; Mapheltan ne pouvait donc pas le nier.
« … Qu’est-ce que tu essaies de dire, au juste ? »
Ilea sourit doucement.
« Profite de cette occasion pour rejeter toute cette haine. Débarrasse-toi de chaque nœud de malveillance dans ton cœur. »
Le visage de Mapheltan se déforma.
« Tu veux que je me laisse engloutir par cette hallucination et que je détruise complètement ce monde ? »
Ilea acquiesça.
« Oui. Les occasions comme celle-ci sont rares. Lave-toi de toutes tes rancunes, et devenons purs ensemble. »
Dès l’instant où Mapheltan s’abandonnerait à cette hallucination, son esprit serait souillé.
Ilea devait le savoir.
Le visage de Mapheltan se crispa.
« Dis pas de conneries… »
« Je vais t’aider. »
Elle ouvrit soudain la paume.
Une mana bleu profond se mit à tout engloutir autour d’eux.
Alors que Mapheltan s’apprêtait à réagir, un froid glacial balaya l’air.
« Hum, kh… ! »
L’homme suspendu dans les airs gémit.
Un long glaçon lui avait transpercé la poitrine.
Mapheltan s’écria, alarmé :
« Joseph ! »
Joseph était un idiot, mais c’était le petit frère auquel Mapheltan tenait le plus.
Joseph cracha des flots de sang.
La raison de Mapheltan commença à vaciller.
Bon sang. Non.
Tout ça n’était qu’une hallucination.
Il se répéta ces mots encore et encore, s’accrochant à sa raison.
Mapheltan serra Joseph dans ses bras et tourna les yeux vers Ilea.
Ilea le regardait comme s’il était pitoyable.
« Cette expression ne sied pas du tout au Maître de tout mal. »
Mapheltan parla comme s’il mâchait des lames.
« … Qui es-tu ? »
Ilea avait voulu que Mapheltan conserve son humanité.
Il n’avait jamais compris pourquoi, mais elle s’était clairement méfiée de sa corruption.
L’Ilea qui se tenait devant lui était différente.
À présent, elle poussait Mapheltan vers la corruption.
Ilea répondit :
« Je suis tout pour Mapheltan. Je peux devenir n’importe quoi. »
Son apparence changea brusquement.
Elle prit celle de Joseph.
Mapheltan baissa aussitôt les yeux vers ses bras.
C’était Ilea, et non Joseph, qu’il tenait dans ses bras.
Elle sourit des yeux.
« Comme ça. »
Mapheltan grimaça et la jeta au sol.
Ilea souriait encore en tombant.
« … Belzarak. »
Alors qu’il s’apprêtait à se lancer à sa poursuite pour le battre à mort, du sang noir jaillit de la bouche de Mapheltan.
Une longue lame lui avait transpercé le ventre.
Joseph parla en lui enfonçant le couteau.
« Johan, je t’ai toujours trouvé complètement minable. Un pauvre type sans éveil, toujours à me donner des ordres et à me casser les pieds. Tu sais à quel point tu avais l’air ridicule ? »
Mapheltan endura la douleur et saisit Joseph par le menton.
« Belzarak, sale vermine. »
Joseph sourit d’un air déplaisant.
« Oui, tue-moi. Brise-moi la nuque. Vas-y, venge-toi de ce monde qui te méprisait ! »
Mapheltan s’accrocha désespérément à sa raison.
Il parvint à peine à relever le coin des lèvres.
« Belzarak, vide informe et inconsistant. Parasite qui ne vit que dans l’imagination, je te connais bien. Tu n’es que la saleté excrétée dans les cauchemars des autres. »
Joseph changea de forme.
Une fille inconnue apparut.
Kim Elijah. Une des petites sœurs de Johan.
« Oppa, tu peux arrêter de me toucher ? Franchement, ça me dégoûte. J’ai peur que ça déteigne sur moi et que je ne puisse pas m’éveiller non plus. S’il te plaît, disparais de ma vie. Je t’en supplie. »
Mapheltan resserra encore sa prise sur elle.
« Changer d’enveloppe ne changera pas ta nature. Tu n’es qu’une illusion pitoyable, jalouse de ceux qui ont du sang et de la chair. Pauvre imitateur, je vais te regarder tel que tu es vraiment. Montre-moi ta forme originelle. »
Le visage d’Elijah se crispa violemment.
Elle se remit à changer de forme.
Mapheltan ne laissa pas passer cet instant.
Il plongea son regard dans les yeux d’Elijah et poursuivit :
« Combien de temps encore emprunteras-tu les yeux et les bouches des autres pour prouver ton existence et parler ? Moi, le Treizième Apôtre de la Fin, je contemplerai le véritable Belzarak. Je t’accorderai le sang et la chair auxquels tu as tant aspiré et ferai de toi un être véritable. »
Elijah cessa de se métamorphoser.
Le visage grotesquement boursouflé, elle demanda :
« … Comment quelqu’un comme toi pourrait-il faire ça ? »
« Tu n’as pas le choix. La Sorcière s’est sûrement réveillée de l’hallucination, à présent. »
Ilea connaissait l’Autorité de Belzarak. Puisqu’elle avait même observé sa méthode d’attaque, elle ne pouvait pas être victime de ses hallucinations.
Le visage d’Elijah s’assombrit.
« Cette salope était vraiment une Sorcière. »
« Tu aurais dû mieux choisir ta cible. Tu me fais perdre mon temps, alors mets fin à l’hallucination. »
Mapheltan avait lui aussi presque entièrement recouvré la raison.
Il connaissait également Belzarak sur le bout des doigts et, en tant qu’Apôtre, possédait une grande résistance aux attaques mentales.
Même après avoir subi des dizaines d’hallucinations, il n’avait pratiquement aucune chance de perdre la raison.
Les attaques mentales et les Paroles d’autorité étaient plus efficaces contre les êtres inférieurs à leur utilisateur.
Même si cela continuait, ce ne serait qu’une vaine guerre d’usure.
Elijah demanda :
« Tu me donneras vraiment une forme physique ? »
Son pouvoir était utile. Le garder auprès de lui lui serait d’une grande aide à bien des égards.
Mapheltan acquiesça.
« Montre-moi d’abord ta véritable forme. »
À peine eut-il fini de parler que sa vision se brisa dans un fracas.
La chambre scellée, gris-blanc, reparut devant lui.
Une chose avait changé.
Un cercueil transparent se dressait, seul, au centre de la chambre.
La Matrice céleste. Un berceau où mûrissaient les anges.
Le squelette couché dans le cercueil était probablement celui de la comtesse.
Ilea s’approcha avec un sourire forcé. Pour une raison inconnue, son sourire avait quelque chose de cruel.
Son regard se posa sur le sol.
Une chose noire et visqueuse s’y tortillait.
C’était Belzarak. Il n’avait ni yeux, ni nez, ni bouche. On aurait dit de l’eau sale concentrée dans un égout.
Mapheltan prit la parole.
« Moi non plus, je n’ai pas trouvé ça agréable. »
Une lueur meurtrière passa dans les yeux d’Ilea.
Quel cauchemar avait-elle bien pu voir ? Mapheltan était plutôt curieux.
Ilea regarda Belzarak et demanda :
« Je suis encore en colère. Je peux le détruire, maintenant ? »
Elle laissait ainsi libre cours à ses émotions. Elle avait sûrement vécu une hallucination particulièrement atroce.
Je lui demanderai plus tard.
Mapheltan répondit :
« Retiens-toi encore un peu. Il nous est utile, pour l’instant. »
Ilea poussa un long soupir.
« Je suppose. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
Mapheltan s’assit nonchalamment sur le cercueil de verre.
« On attend le comte. »
Le but ultime de leur venue était le comte Staviana.
Ils étaient prêts à l’accueillir.
Mapheltan avait l’air détendu.
* * *
À peine arrivé au domaine, le comte se dirigea vers le sous-sol.
Il comptait se rendre directement au Royaume des Ombres.
Le sous-sol de la résidence du comte et le troisième niveau du Royaume des Ombres étaient reliés en ligne droite.
Le comte monta aussitôt dans l’ascenseur.
Quelqu’un y insuffla de la mana, et l’ascenseur se mit en mouvement.
Le comte ferma les yeux.
Yeriyan, je t’en prie, sois en sécurité.
Son cœur battait à tout rompre. Il ne pouvait même pas imaginer perdre sa femme.
La descente lui parut interminable.
Enfin, l’ascenseur s’arrêta.
« V-Votre Excellence ! »
« Attendez… »
Sans prêter attention aux adeptes du Culte du Dieu maléfique, le comte se dirigea droit vers la chambre scellée.
Il courut à vive allure.
Deux silhouettes apparurent au loin.
L’Apôtre et la Mage.
C’était ce qu’indiquait le rapport.
Mais la réalité était tout autre.
Le comte prit un air confus.
Un garçon et une fille étaient assis sur la Matrice céleste.
Il reprit son souffle et regarda de nouveau devant lui.
C’étaient bien un garçon et une fille.
Il n’y avait ni démon ni Mage.
Le garçon sourit et prit la parole.
« Cromwell Staviana. Je te propose deux choix. »
Le comte était complètement déconcerté.
« Q-Qu’est-ce que… ? »
« Premièrement, rejoindre ta femme dans l’au-delà. Deuxièmement, conclure un marché avec moi et vieillir auprès d’elle, dans cette vie. »
Ilea sourit doucement.
« Allez, choisis. Quel que soit ton choix, tu pourras rester auprès de ta femme jusqu’à la fin de tes jours. »
Johan tapota le cercueil de verre de son index.
« Réponds vite. Combien de temps comptes-tu faire attendre ta femme ? »
Le comte n’arrivait pas à comprendre ce qui se passait.
Il resta longtemps figé sur place, le regard vide.
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