Chapitre 73
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 73 : Le domaine du comte (3)
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« À partir de maintenant, tuez-vous les uns les autres. (Z’thar Vek’tor Mhaal) »
La Parole d’autorité transperça l’esprit de tous.
Les voyous terrifiés, qui couraient dans tous les sens, affolés, se figèrent brusquement.
Leurs yeux s’injectèrent de sang.
L’ordre se répéta en boucle dans leur tête.
« Tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres, tuez-vous les uns les autres. »
Impossible d’y résister.
L’un d’eux sortit un couteau de cuisine de ses vêtements.
« A-Attends ! »
La lame s’enfonça dans le ventre d’un compagnon.
Le sang jaillit.
Ce fut le début. Ils se mirent à s’attaquer les uns les autres.
Des gourdins leur fracassaient le crâne, projetant leur cervelle dans tous les sens.
Ils se poignardaient furieusement à coups de longues brochettes.
Le sang coulait à flots.
Des cris résonnaient dans la ruelle.
La nuit sombra dans la folie.
Le chef des voyous, seul sur sa chaise, se débattit et hurla.
« Qu’est-ce que vous faites ?! Arrêtez tout de suite ! J’ai dit d’arrêter ! »
Quand il tenta de se lever, une force immense le plaqua de nouveau sur son siège.
« C’est un spectacle pour toi. Profites-en pleinement. »
Le chef des voyous tourna vivement la tête pour regarder derrière lui.
Son regard croisa des yeux rouges.
Un être d’une cruauté absolue se tenait juste devant lui.
« U-Un démon… »
La peur s’insinua jusque dans ses os. Il avait à peine assez d’air pour respirer.
Sa bouche béante refusait de se refermer.
Jamais de sa vie il n’avait éprouvé un désespoir aussi terrifiant.
Les lèvres de Mapheltan s’étirèrent en un long sourire. La peur était devenue un mets exquis.
Mapheltan empoigna le visage de l’homme gigantesque et le retourna vers la scène.
La folie continuait de se déchaîner.
Mapheltan prit la parole d’une voix glaciale.
« Combien de cris as-tu provoqués, assis ici ? C’est comme avant. Tu n’as qu’à sourire et te régaler, comme tu l’as toujours fait. »
Ses subordonnés s’entaillaient et se poignardaient entre eux.
Le sang et la chair éclaboussaient les alentours. La peur et les hurlements retentissaient sans fin.
Le plaisir commença à teinter l’esprit de Mapheltan. Il voulait s’abandonner à l’ivresse et à la joie.
Alors qu’il résistait, comme d’habitude, une question lui vint soudain à l’esprit.
… Si le plaisir vient du fait de tuer des gens mauvais, est-ce que je peux me permettre d’en profiter ?
Cette pensée lui était venue à l’improviste.
Était-ce de l’autojustification ? Il voulait céder à ses désirs et cherchait donc une excuse.
Non. Même les Saints Chevaliers et les prêtres prenaient parfois plaisir aux cris des gens mauvais.
Il n’y avait pas de raison que ce soit un problème simplement parce qu’il était un démon.
Oui, c’est ça. Ce sont des hommes mauvais qui méritent d’être battus à mort. Je ne fais que nettoyer les ordures et y trouver satisfaction.
Une lueur sauvage traversa son regard.
Le plaisir commençait à le dévorer.
Un démon avait bien du mal à rejeter ce sentiment d’accomplissement.
C’était instinctif.
Le fait qu’il y ait résisté jusqu’alors était ce qu’il y avait de véritablement anormal.
Mapheltan éclata d’un rire dément.
Au moment où il ouvrait grand les bras pour s’en délecter, un froid glacial se déversa sur lui comme une douche d’eau froide.
Tout ce qui se trouvait devant ses yeux se figea dans une teinte bleue.
Les voyous déchaînés se changèrent en statues de glace.
Ilea s’approcha et caressa doucement le bras de Mapheltan.
« Ça suffit. »
Elle claqua des doigts.
Aussitôt, toutes les statues volèrent en éclats dans un fracas !
La poussière de glace se dispersa dans l’air.
L’air froid apaisa peu à peu la folie de Mapheltan.
Il ferma les yeux et murmura :
« Je me suis couvert de ridicule. »
Ilea secoua la tête.
« Tout comme les Sorcières sont obsédées par l’inconnu, les démons éprouvent de la joie à voir souffrir les autres. C’est un instinct auquel il est impossible de résister. Le fait que tu y aies résisté jusqu’à présent est remarquable. »
Mapheltan ravala un grognement.
« Tous mes efforts n’ont servi à rien, aujourd’hui. »
Il s’était bel et bien abandonné au plaisir. Si les choses avaient mal tourné, l’irréparable aurait pu se produire.
Ilea prit la parole.
« Non. Tout le monde fait des erreurs. Même les Ascètes renommés s’écartent parfois du droit chemin. L’important, c’est de trouver le courage de retrouver ta détermination. Je t’aiderai, alors ne perds pas espoir, Mapheltan. »
Il lui était reconnaissant pour ses paroles, mais une question lui vint à l’esprit.
… Essaie-t-elle de préserver mon humanité ?
Du point de vue d’Ilea, il aurait été préférable que Mapheltan devienne un être dépourvu de sang et de larmes.
Du moins, c’était ce que pensait Mapheltan.
Mettant sa confusion de côté, il répondit :
« Merci. Quoi qu’il en soit, tu m’as évité une situation délicate. »
« Si tu m’en es si reconnaissant, accorde-moi une faveur. »
On aurait dit qu’elle allait exiger un prix exorbitant.
Mapheltan acquiesça.
« D’accord. Je t’écoute. »
« Quand tout sera fini, ne fais rien pendant une semaine environ. À te voir, tu as besoin de repos. »
Elle pensait que la crise de Mapheltan venait d’un épuisement mental.
En vérité, elle n’avait pas tout à fait tort.
Johan n’avait pas cessé d’avancer jusqu’à présent. Il devait être profondément épuisé, mentalement.
Mapheltan eut l’air perplexe.
« C’est ça, le prix à payer ? »
« Oui. Tu dois tenir ta promesse. »
Son expression était extrêmement ferme.
« … D’accord. Très bien. »
« Je suis sérieuse. »
« Tu veux que je fasse un contrat ? »
« Tu le ferais ? »
Mapheltan agita la main.
« Non. Je tiendrai parole, c’est certain. Ne t’inquiète pas. »
Ils se remirent naturellement en marche.
« Si tu en es sûr, fais le contrat. »
« Je ne veux pas faire un contrat pour une chose aussi insignifiante. Ce serait du gâchis d’énergie démoniaque. »
« C’est toi qui l’as proposé en premier. »
« C’est que… »
Leurs voix s’éloignèrent peu à peu.
Le chef des voyous, toujours seul sur sa chaise, se retourna avec précaution.
Le démon et la jeune fille étaient déjà loin.
Le voyou laissa échapper un souffle rauque.
« J-J’ai survécu ! »
Un immense soulagement l’envahit.
Tous ses subordonnés étaient morts, mais lui avait encore survécu.
Il avait toujours eu de la chance.
Dieu veillait sur lui.
Un large sourire s’étala sur ses lèvres.
Alors qu’il s’apprêtait à éclater de rire, la jeune fille qui s’éloignait s’arrêta brusquement.
Le voyou déglutit.
La jeune fille se retourna lentement.
Leurs regards se croisèrent.
Elle lui adressa un grand sourire et désigna quelque chose.
Le voyou leva les yeux vers le ciel.
Un long pic de glace tombait du ciel.
« A-Attends… »
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.
Le glaçon pointu lui transperça la bouche.
Du sang frais jaillit, puis gela aussitôt.
Le voyou mourut les yeux ouverts.
* * *
Le Royaume des Ombres entourait la ville en formant une spirale souterraine.
Plus on avançait, plus on descendait profondément sous terre et se rapprochait du centre-ville.
Par conception, la partie la plus profonde du Royaume des Ombres communiquait avec le château du seigneur, au centre de la ville.
Cet abîme était la destination finale de Mapheltan.
Ils ne l’avaient pas encore atteint.
Ils venaient tout juste de franchir l’entrée.
À un moment donné, la ruelle prit fin.
Une immense grille de fer se dressait au bout du chemin.
Un homme qui semblait en garder l’entrée prit la parole.
« Je ne vous ai jamais vus. »
Assis sur une vieille chaise en bois, il tirait sur une longue pipe. La fumée s’amassait dans sa moustache négligée, puis s’en échappait. Ses yeux las étaient dépourvus de vie.
Il semblait étrangement détaché du monde.
Ilea répondit :
« C’est la première fois que je viens ici. »
« Où est votre laissez-passer ? »
« Je n’en ai pas. »
« Alors vous ne pouvez pas entrer, madame la Mage. »
Ilea pencha la tête.
« Comment avez-vous deviné ce que je suis ? »
Elle portait un masque et une capuche qu’elle avait préparés. Même sa voix avait été modifiée.
Pourtant, le gardien avait deviné à la fois le sexe d’Ilea et le fait qu’elle pratiquait la magie.
Il expliqua :
« Les gens habillés comme vous, qui vont et viennent dans le Royaume des Ombres, sont généralement des Mages. Et votre sexe saute aux yeux. »
La capuche d’Ilea était assez ample pour dissimuler complètement les formes de son corps.
Rien ne laissait deviner qu’elle était une femme.
« Vous avez l’œil. »
« Je vous remercie du compliment, mais pourriez-vous repartir ? »
« Ce sera difficile. J’ai quelque chose à faire dans le Royaume des Ombres. »
« Trouvez un laissez-passer et revenez. »
L’homme agita la main.
Malgré son allure apathique, il se montrait étrangement catégorique.
Il ne semblait pas près d’ouvrir la grille.
Ilea marmonna comme pour elle-même :
« … Qu’est-ce qu’on fait ? »
Le gardien parut perplexe.
« Vous me demandez à moi ? Vous voulez savoir comment obtenir un laissez-passer ? »
Ilea secoua la tête.
« Non. Attendez un instant, s’il vous plaît. »
Elle posait la question à Mapheltan.
Caché dans l’obscurité, le démon Mapheltan avait entièrement dissimulé sa présence grâce à l’Autorité de l’immersion dans le crépuscule.
Il claqua la langue en observant le gardien.
… Hakain, le Démon à l’épée.
Sur les sept gardiens du Royaume des Ombres, le plus gênant se tenait justement devant eux.
Hakain comptait parmi les plus puissants du Royaume.
Ce n’était pas un monstre comme Gawain ou Azbal, mais Hakain possédait lui aussi une puissance martiale qui dépassait les limites humaines.
Si Mapheltan l’affrontait maintenant, les environs seraient réduits en ruines.
Mapheltan ne voulait pas provoquer un tel désordre.
Quelle malchance.
De tous les endroits possibles, ils avaient pénétré dans son territoire. C’était profondément irritant.
Devaient-ils chercher une autre entrée ? Tandis qu’il y songeait, une voix inconnue l’interpella.
« Ça fait longtemps, Hakain ! »
Un homme encapuchonné s’approcha en agitant la main.
Il chevauchait une sorte de bête à quatre pattes.
Hakain fronça les sourcils et marmonna :
« Tu as toujours des goûts aussi répugnants. »
En y regardant de plus près, on voyait qu’il chevauchait le dos d’un être humain.
La femme nue qui le portait fixait le sol d’un regard vide.
Son corps entier était couvert de blessures, comme si elle avait subi un terrible supplice.
« Hue ! Hue ! »
L’homme encapuchonné fouettait les fesses de la femme en approchant à la hâte.
Puis il s’adressa à Hakain :
« C’est toi qui as fait ça dehors, Hakain ? »
« De quoi tu parles ? »
« Les voyous. Ils ont été massacrés. Jusqu’au dernier. »
« Je n’en sais rien. »
L’homme encapuchonné se tourna vers Ilea.
« Alors, c’est vous ? »
Hakain regarda lui aussi Ilea.
Ilea prit la parole.
« C’est un problème ? »
L’homme encapuchonné répondit :
« Pas du tout. Mais votre travail est un peu bâclé, non ? Il n’y a pas un seul cadavre exploitable. La prochaine fois, évitez de faire plus de blessures que nécessaire. Prenez ça comme un conseil d’un vétéran. »
Pour certains Mages, les cadavres étaient des matériaux précieux.
Hakain intervint.
« Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. Entre, maintenant. »
L’homme encapuchonné sortit de ses vêtements une petite plaquette de bois.
« Oui, oui. J’y vais. »
Dès qu’Ilea aperçut le laissez-passer, elle tapa doucement dans ses mains.
Elle regarda Hakain et demanda :
« Il suffit d’un laissez-passer, c’est bien ça ? »
« Eh bien, oui, mais… »
Au même instant, un froid glacial envahit les lieux.
L’homme encapuchonné se retrouva entièrement gelé.
Il n’eut pas la moindre chance de résister.
Pour la première fois, une émotion se peignit dans les yeux las de Hakain.
De la surprise et de l’intérêt.
Ilea s’approcha de la statue de glace et déclara :
« Il n’a aucune blessure. J’ai suivi votre conseil. »
La femme qui le portait poussa un cri de surprise et roula sur le côté.
« Aah ! »
La statue de glace tomba à terre et vola en éclats dans un fracas !
Ilea déclara d’un ton déçu :
« Oh. Il est encore inutilisable. »
Elle ramassa ensuite le laissez-passer sur le sol.
Hakain prit la parole.
« … Vous avez l’air jeune, mais vous êtes impressionnante. Seriez-vous une archimage ayant accompli la Mue ? »
La Mue était un état qui permettait de transcender les limites de sa durée de vie.
Ceux qui l’avaient accomplie pouvaient prendre l’apparence de n’importe quel âge.
Ilea répondit :
« Je vous remercie du compliment, mais pourriez-vous ouvrir la grille, maintenant ? »
Elle lui tendit le laissez-passer.
« … C’est une première. »
Hakain laissa échapper un rire sans joie, puis ajouta :
« Enfin, peu importe. »
Il ouvrit la grille de fer.
Ilea sourit des yeux à l’air vide.
Mapheltan était plutôt satisfait.
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