Chapitre 71
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 71 : Le domaine du comte (1)
──────
Johan quitta la chambre et se dirigea droit vers le bureau souterrain.
Il avait quelque chose à vérifier avant de se rendre chez le comte.
Lorsqu’il apparut dans le bureau plongé dans l’obscurité, Raguel lui adressa un grand sourire.
« Johan ! »
Zalkarin leva également les bras pour l’accueillir.
« Grande Fin ! Je suis soulagé de voir que vous avez récupéré ! »
Ils n’avaient pas pu s’empêcher de s’inquiéter pour Johan.
Ce qui s’était passé la veille au soir les avait profondément choqués.
Mapheltan s’était soudain effondré, puis son corps avait subi d’innombrables transformations.
Son corps avait gonflé et s’était dilaté, du sang avait jailli de tous ses orifices et l’énergie démoniaque s’était déchaînée autour de lui. On aurait dit que quelque chose allait terriblement mal tourner.
Sans les explications d’Ilea, tous deux auraient sûrement fait toute une histoire.
Ilea sourit.
« Je vous avais dit qu’il n’y aurait aucun problème, non ? »
Raguel poussa un soupir de soulagement.
« Tant mieux. J’ai cru qu’il était arrivé quelque chose de terrible. »
Johan prit la parole.
« Je vais bien. Plus important, Raguel, j’ai quelque chose à vérifier. »
Raguel ouvrit délibérément de grands yeux.
« Moi aussi, je vais bien. J’y vois parfaitement et je sens la force déborder dans tout mon corps. »
Johan eut un petit rire.
« Félicitations, mais ce n’est pas ce que je voulais dire. »
Raguel se gratta la tête, embarrassé.
« Ha ha, alors de quoi s’agit-il ? »
Johan désigna la table ronde au centre du bureau.
« Active la Pierre-Miroir d’Or. »
La Pierre-Miroir d’Or était un fragment de la Lune, un minerai qui reconnaissait la lignée Myatro.
La porte des Archives interdites ne pouvait s’ouvrir qu’après la réaction de la Pierre-Miroir d’Or.
Raguel se précipita aussitôt vers la table.
« Je l’ouvre tout de suite. »
Il supposait simplement que Johan avait, comme d’habitude, quelque chose à faire dans les Archives interdites.
Après s’être fait une petite entaille à la main, Raguel posa la paume sur la Pierre-Miroir d’Or.
Rien ne se passa.
Raguel parut complètement décontenancé.
« P-Pourquoi… ? »
Il eut beau y poser la main à plusieurs reprises, le résultat ne changea pas.
Ilea intervint.
« C’est un effet secondaire de ta transformation en Haut-Elfe. »
Raguel ne faisait plus partie de la Maison Myatro.
Comme s’il s’y était attendu, Johan hocha la tête.
« Heureusement qu’on a laissé Gryan en vie. »
Même sans Raguel, Johan pouvait se servir du baron pour ouvrir les Archives interdites quand il le souhaitait.
Ilea observa Johan en silence avant de prendre la parole.
« Cette décision s’est donc bel et bien révélée utile. »
Elle avait cru que Johan avait épargné le baron Gryan par affection pour Raguel.
Johan ne l’avait pas nié à l’époque, mais il avait ajouté que cette décision pouvait aussi se révéler utile.
Ses paroles s’étaient concrétisées.
S’il avait tué Gryan ce jour-là, il aurait désormais été difficile d’utiliser les Archives interdites.
Johan releva le coin des lèvres, l’air malicieux.
« Tu vois ? Écoute-moi et la chance te tombera toute cuite dans le bec. »
Ilea lui adressa un doux sourire du regard.
« Je me soumettrai à toi. Alors, fais de moi une croyante, s’il te plaît. »
Johan s’éclaircit la gorge.
« Tu ne lâches jamais l’affaire. Va chercher Gaf. »
Ilea gonfla légèrement les joues, feignant de bouder.
« Tu ne fais que me donner du travail. »
À peine eut-elle fini de parler que de lourds pas résonnèrent dans le bureau.
Une voix familière leur succéda.
« Inutile. Je suis déjà là. »
C’était Gaf.
Il descendit dans le bureau et s’arrêta devant Johan.
Johan prit la parole.
« Tu tombes bien. J’avais besoin de toi. Il faut que je te dise quelque chose. »
Une inquiétude inexplicable passa sur le visage de Gaf.
« Qu’est-ce qu’il y a, cette fois ? »
« Je compte quitter le château quelques jours. Encore une fois. Désolé, mais continue de t’occuper du territoire. »
Gaf gérait pratiquement toute l’administration intérieure du territoire.
« Ça ne te ressemble pas. Depuis quand tu te mets à demander les choses comme ça ? »
« Il y a autre chose. À partir d’aujourd’hui, commence à t’entraîner pour ouvrir tes canaux d’énergie. »
Les canaux d’énergie étaient les voies par lesquelles circulait l’aura.
L’expression de Gaf se durcit légèrement.
« Tu le sais. Mon dantian est scellé. »
Il ne pouvait plus manier l’aura. Un démon de l’Est lui avait arraché son dantian, autrefois.
Johan reprit la parole.
« Je retrouverai ton dantian. »
Gaf était déjà puissant, mais lorsqu’il pouvait utiliser l’aura, il avait été un véritable monstre.
Il avait eu la force d’affronter seul des dizaines de chevaliers. Johan avait désespérément besoin d’un compagnon aussi puissant.
Johan et Mapheltan s’inscrivaient peu à peu dans le cours du monde. Les ennemis qu’ils devraient affronter ne feraient que gagner en puissance. Johan devait se constituer une force capable de leur tenir tête.
Gaf était quelqu’un en qui il pouvait avoir confiance et qu’il pouvait compter comme compagnon.
Une certaine confiance s’était installée entre eux, et Gaf avait un potentiel considérable.
Gaf demanda, perplexe :
« … Comment tu vas le retrouver ? »
« Il y a un moyen. Toi, concentre-toi sur ton entraînement. »
Il fallait ouvrir les canaux d’énergie de Gaf à l’avance pour qu’il puisse exploiter au mieux son dantian une fois celui-ci récupéré.
Gaf étudia le visage de Johan en silence.
Johan ne montrait aucune expression. Il ne semblait pas faire une promesse en l’air. De toute façon, il avait toujours tenu parole.
Il allait probablement vraiment lui rendre son dantian.
Au fil du temps, Gaf avait fini par éprouver une étrange confiance en Johan.
Gaf laissa échapper un petit rire.
« Je devrais te remercier ? »
Johan secoua la tête.
« Je fais ça parce que j’ai besoin de toi. Contente-toi de bien remplir ton rôle. »
Raguel acquiesça prudemment.
« C-C’est vrai. Montre-le par tes actes et rends à Johan toute l’aide qu’il t’a apportée. »
Gaf tourna les yeux vers Raguel.
Il prit la parole, visiblement sous le choc.
« J-Jeune Maître Raguel… ? »
Les yeux de Raguel brillaient d’une pure lueur de jade.
Raguel n’était plus aveugle.
Il soutint le regard de Gaf de ses yeux limpides.
Raguel répondit avec gêne.
« Voilà ce qui s’est passé. C’est entièrement grâce à Johan. »
Johan eut un petit rire.
« Gaf, tu ne t’en rends pas compte un peu tard ? »
Gaf ne put cacher son trouble.
« Mais comment… ! »
Raguel se gratta la tête.
« S-Si je reprends depuis le début… »
Johan l’interrompit.
« Je m’en vais. Vous pourrez finir de discuter entre vous. »
Puis il se détourna.
Ilea lui emboîta aussitôt le pas.
Zalkarin courut derrière eux et s’écria :
« G-Grande Fin ! Je viens avec vous ! »
Johan secoua la tête.
« Reste avec Raguel. Si tu nous suis, tu ne survivras pas. »
Le château du comte n’était pas un endroit où un simple esprit maléfique inférieur pouvait se promener à sa guise.
Les épaules de Zalkarin s’affaissèrent.
« … J’obéirai. »
* * *
Johan partit aussitôt à cheval.
Il se rendait au domaine direct de la Maison Staviana, au centre du royaume.
La distance était considérable.
Même après avoir chevauché toute la journée, il n’avait pas parcouru la moitié du chemin jusqu’au domaine du comte.
Ils devraient consacrer plusieurs jours au seul voyage.
Une fois le soleil couché, ils ne pourraient plus avancer, ce qui rendait le trajet bien trop inefficace.
Il ne pouvait pas parcourir la région centrale sous sa forme démoniaque.
La région centrale n’avait rien à voir avec le Sud.
Des systèmes de surveillance anti-démons couvraient toute la zone. On y trouvait aussi d’innombrables églises, diocèses et monastères.
S’il volait à découvert, une force de subjugation se lancerait à sa poursuite avant même qu’il s’en rende compte.
C’était terriblement contraignant.
Même si cela ne lui plaisait pas, ils n’avaient pas le choix : il leur fallait camper sur une colline voisine.
Assis sur un rocher au pied d’un versant boisé, Johan prit la parole.
« J’aimerais voyager de nuit à partir de demain. Il n’y a vraiment aucun moyen ? »
Ilea lui répondit d’en face.
« Il existe une magie qui dissimule notre présence, mais elle comporte des risques. Les prêtres les plus sensibles peuvent la détecter malgré tout. »
Johan ne tenait pas particulièrement à prendre des risques pour gagner du temps.
Il claqua la langue.
« Je suppose qu’on n’a pas le choix : il faudra avancer plus assidûment pendant la journée. »
Ilea esquissa un sourire mystérieux.
« On ne sait jamais. Mapheltan a peut-être acquis une Autorité liée à ça. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Ilea désigna le ciel.
« Regarde par toi-même. »
Le soleil achevait de se coucher.
L’obscurité s’abattit sur la montagne.
La silhouette de Johan se couvrit d’une brume noire.
Au même instant, des yeux rouges étincelèrent.
Mapheltan sentit que quelque chose clochait.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
Son corps était introuvable.
Seuls ses yeux rouges flottaient dans les airs.
Ilea prit la parole.
« J’ai été un peu surprise, moi aussi, hier. »
Comme s’il s’était fondu dans la nuit, il n’avait plus de corps sous la tête.
Mapheltan ferma aussitôt les yeux.
Même l’éclat rouge disparut, effaçant complètement sa présence.
Il n’y avait plus rien.
D’innombrables lignes de texte apparurent devant les yeux de Mapheltan.
Une Autorité qu’il venait d’acquérir retint son attention.
Immersion dans le crépuscule, le pouvoir de s’enfoncer dans la nuit.
L’Immersion dans le crépuscule différait d’une simple invisibilité. Son existence même s’enfonçait dans les ténèbres.
Personne ne pouvait percevoir Mapheltan.
Pas même la Sorcière ne pouvait le trouver.
Mapheltan désactiva l’Immersion dans le crépuscule et prit la parole.
« Tu as dû passer un sale moment. »
« Oui. Tu as disparu tout à coup, alors je n’ai eu d’autre choix que d’attendre le matin. »
C’était une Autorité extrêmement satisfaisante. Elle lui serait très utile.
« Tu as bien travaillé. À part ça, rien ne semble avoir beaucoup changé. »
« Tu veux toucher ton front ? »
Mapheltan porta une main à son front.
Il avait deux cornes.
Autrement dit, le rang même de son existence s’était élevé.
Toutes ses Autorités avaient probablement gagné un stade.
L’efficacité de la Parole d’autorité, en particulier, avait sûrement considérablement augmenté.
Mapheltan releva le coin des lèvres.
« Ilea, j’ai bien fait de m’allier à toi. Je te rendrai la pareille d’une manière ou d’une autre. »
Ilea avait largement contribué à cette progression.
Elle sourit du regard.
« Alors, tu m’accepteras parmi tes croyants ? »
Mapheltan se leva.
« Allons-y. Plus besoin de traîner. »
« Tu es un peu méchant. »
La silhouette de Mapheltan disparut en un instant.
Sa voix s’éleva dans le vide.
« Dépêche-toi, avant que je te laisse derrière. »
Ilea poussa un long soupir.
« Je suppose que je dois le suivre. Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? »
Elle s’éleva à son tour dans le ciel nocturne.
* * *
Le domaine direct de Staviana rivalisait en taille et en influence avec la capitale.
Un immense fleuve traversait la ville et se ramifiait en des dizaines de canaux qui sillonnaient tout le domaine.
Des navires marchands venus de tout le continent encombraient ces voies navigables. Les richesses accumulées grâce au commerce et aux impôts étaient aussi imposantes que les murs du domaine direct.
Ici, l’air était imprégné d’odeurs de fer, d’épices et de métal plutôt que de terre.
La nuit, les lumières des centaines de navires alignés le long du fleuve scintillaient comme des constellations. Le jour, la foule interminable et les carrosses faisaient trembler le sol.
L’argent et le pouvoir coulaient ici comme l’eau, mais c’était toujours la Maison Staviana qui décidait du sens du courant.
Les bannières ornées d’aigles qui flottaient dans toute la ville en étaient la preuve.
En contemplant cette prospérité éclatante, Ilea sourit.
« Johan, tu m’as amenée dans un endroit vraiment intéressant. »
« Je savais que ça te plairait. »
Ils observaient le domaine direct depuis une colline située en face.
Ilea reprit la parole.
« Je crois que le comte et moi allons très bien nous entendre. Je me demande quel prix le comte a dû payer. »
Dans ce parfum de richesse et de pouvoir flottait une légère puanteur.
Parmi la foule qui riait et bavardait se trouvaient des silhouettes aux sourires teintés de sang.
Une malveillance impossible à dissimuler coulait dans les canaux, mêlée à l’or.
Le regard de la Sorcière ne pouvait être trompé.
Johan prit la parole.
« Allons voir ça. »
« Avant ça, puis-je te demander une faveur ? »
« Tout ce que tu veux. »
Il avait beaucoup reçu d’elle et comptait donc accepter la plupart de ses demandes.
« Si je trouve quelqu’un qui me plaît, j’en veux un pour moi. »
Il pouvait facilement lui accorder quelque chose comme ça.
« Fais comme tu veux. »
« Merci. »
Ils se dirigèrent aussitôt vers le pont-levis.
D’innombrables voyageurs continuaient d’entrer dans le domaine direct.
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