Chapitre 70
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 70 : Noyau
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« Consumez donc mon familier, Mapheltan. Treizième Fin. »
Ilea s’agenouilla et sourit avec sérénité.
Mapheltan parut profondément perplexe.
Il ne savait pas comment interpréter la situation.
Les gestes d’Ilea avaient été si soudains. Comment était-il censé lui répondre ? Il avait du mal à réfléchir clairement.
Mapheltan maîtrisa son expression avant de prendre la parole.
« Je n’ai aucune idée de ce que tu as en tête. »
D’ordinaire, elle se montrait enjouée, mais quelque chose chez elle avait changé.
Ça ne ressemblait pas à une plaisanterie.
Était-elle donc sérieuse ? Mais qu’une Sorcière serve un dieu était absurde. Tout lecteur d’Inmarok aurait été du même avis que Mapheltan.
Ilea prit la parole.
« Je te l’ai dit, non ? J’envisageais d’accepter Mapheltan comme dieu des Sorcières. Je le pensais exactement comme je l’ai dit. »
Mapheltan secoua la tête.
« Les Sorcières ne servent pas les dieux. Non, pour être plus exact, elles ne le peuvent pas. Refuser toute forme de subordination n’est-il pas dans la nature de votre race ? »
Ilea ne le nia pas.
« C’est vrai. Même ce monde me donne l’impression d’être en prison. »
Toutes les Sorcières n’avaient qu’une seule aspiration, celle qui les accompagnait toute leur vie.
Percer les secrets de ce monde et s’élancer vers un royaume supérieur.
Autrement dit, elles rêvaient de Transcendance.
Elles cherchaient à dépasser jusqu’aux dieux et à s’aventurer dans l’immensité de l’univers.
Mapheltan reprit :
« Tes ancêtres étaient pareils. Tu as utilisé tout ce que ce monde avait à offrir comme un outil au service de la Transcendance. Et pourtant, tu dis vouloir me servir ? Franchement, j’ai du mal à te croire. »
Ilea esquissa un sourire et poussa un léger soupir.
« La Transcendance… Il n’y a vraiment rien que tu ignores, Mapheltan. Tu en sais probablement plus que moi sur ce monde. J’envie ce savoir. Si je conclus un Contrat de subordination avec toi, tes souvenirs et tes connaissances me seront également transmis. C’est pour cela que je veux te servir comme mon dieu. »
Grâce à un Contrat de subordination, une Sorcière pouvait regarder dans les souvenirs de l’autre partie.
Elle pouvait s’approprier chacune des expériences de son familier.
Tous les démons qu’elle avait traversés jusque-là avaient été autant de points d’expérience.
Mapheltan fronça les sourcils.
« Pour que cet argument tienne, tu devrais faire de moi ton familier, pas ton dieu. »
Ilea secoua la tête.
« Du moment qu’un Contrat de subordination est conclu, je peux accéder à l’esprit de l’autre partie, quel que soit celui qui domine. »
C’était quelque chose qui n’était jamais apparu dans l’œuvre originale.
Aucune Sorcière ne s’était jamais mise au service de quelqu’un.
Mapheltan reprit :
« Je comprends. Comme je ne deviendrai jamais ton familier, tu comptes plutôt entrer à mon service. »
Les lèvres d’Ilea s’incurvèrent doucement.
« Exactement. Ce n’est pas une si mauvaise proposition pour toi non plus. »
Mapheltan eut un rire sans joie.
Quelle devait être la force de son obsession pour la Transcendance, pour qu’elle renie jusqu’à ses instincts et se propose de devenir une subordonnée ?
Il avait du mal à le comprendre.
Il ne pouvait pas l’accepter pleinement, mais d’un point de vue pratique, la proposition d’Ilea était tentante.
Avoir une Sorcière à son service.
Cela lui serait d’une aide immense pour tout ce qui l’attendait.
Il ne pouvait s’empêcher d’être tenté.
Le malaise étrange qu’il éprouvait était une autre affaire.
Mapheltan reprit :
« Alors, laisse-moi te poser encore quelques questions. D’abord, qu’entends-tu par me demander de consommer l’Arbre-Monde ? »
« Comme tu le sais, les Sorcières peuvent décomposer leurs familiers en unités d’énergie démoniaque. Un Noyau démoniaque créé à partir de cette énergie est le meilleur élixir qui soit pour les démons. Dès que tu consommeras le Noyau démoniaque de l’Arbre-Monde, Mapheltan, tu connaîtras une croissance considérable. Ce Noyau est un gage de ma sincérité, alors accepte-le sans te sentir redevable. »
C’était ce qui le préoccupait.
L’Arbre-Monde n’était pas une chose si insignifiante qu’on pouvait se contenter de le consommer pour en faire un Noyau démoniaque.
Il devait bien avoir des usages plus judicieux.
En réalité, Ilea avait un autre objectif qu’elle voulait atteindre grâce à l’Arbre-Monde.
Mapheltan reprit :
« L’Arbre-Monde a trop de valeur pour être réduit à un simple Noyau démoniaque. Tu ne peux pas l’ignorer. Tu as une autre idée derrière la tête ? »
Ilea répondit d’un ton calme :
« Idée derrière la tête est un peu fort. Disons que c’est mon but ultime. »
« Lequel ? »
« Je veux t’offrir tout le mal. Consomme tous les démons de ce monde et renais en Mère de tout mal, Mapheltan. »
Dans l’œuvre originale, Ilea avait rassemblé une multitude de démons en un seul lieu pour créer une malveillance unique.
C’était la Mère de tout mal : les ténèbres primordiales et la malveillance aveugle. Cet être terrifiant avait conféré à la Sorcière un pouvoir égal à celui d’un dieu.
La Mère de tout mal était le fondement de la Transcendance.
Mapheltan laissa échapper un rire sec.
« En somme, tu as besoin d’un outil qui se fait passer pour un dieu. »
La Mère de tout mal n’était, au bout du compte, qu’un moyen d’atteindre la Transcendance. Elle serait utilisée puis abandonnée, comme dans l’œuvre originale.
Pour la première fois, le sourire d’Ilea s’effaça.
Elle prit la parole, l’air légèrement décontenancé.
« Un outil ? Je suis sincère… »
« Je refuse ta proposition. Utilise l’Arbre-Monde toi-même, comme tu l’avais prévu au départ. »
Dans l’œuvre originale, Ilea avait offert l’Arbre-Monde en sacrifice pour ouvrir la porte du Royaume inférieur.
Elle cherchait un réceptacle pour la Mère de tout mal.
Le petit démon Nahagrem. Cette créature avait été, à l’origine, la Mère de tout mal.
Ilea baissa légèrement la tête.
« Je ne comprends pas. Cela nous serait profitable à tous les deux. Pourquoi refuser aussi catégoriquement ? »
« Si je consomme tout le mal, mon ego et mon humanité finiront par disparaître. Il ne restera que la malveillance aveugle. Je ne veux pas finir ainsi. »
« Je peux t’aider à ne pas perdre “Johan”. »
« Et puis, l’idée que tu voies tous mes souvenirs me met mal à l’aise. »
Jusqu’où pourrait-elle fouiller ? Peut-être découvrirait-elle même tout ce qui concernait sa vie avant la Possession.
C’était peut-être une inquiétude exagérée, mais cette possibilité existait bel et bien.
Mapheltan ne pouvait s’empêcher d’hésiter.
Ilea reprit :
« … Tu allais pourtant me les confier, avant. »
Mapheltan avait essayé de lui parler d’Inmarok. L’Interdit l’avait empêché d’ouvrir la bouche.
« Ce n’est pas pareil. En quoi te donner certaines informations revient-il à te laisser voir tous les souvenirs que je possède ? »
Ilea se releva lentement.
Son expression s’était quelque peu assombrie.
« Je comprends ce que tu veux dire. »
« Tu es déçue ? »
« Un peu. Mais je comprends. Ce n’est pas encore le moment. »
« Merci de comprendre. Il vaut mieux que notre relation reste égale, comme elle l’est aujourd’hui. »
Ilea sortit quelque chose.
« Alors, je vais considérer ceci comme un cadeau pour mon partenaire en affaires. »
Une sphère noire brillait dans sa main.
Mapheltan plissa les yeux.
« Ilea, tu n’as quand même pas… »
C’était un Noyau démoniaque. Elle avait déjà transformé l’Arbre-Monde en Noyau.
Une malveillance sans fin émanait de la sphère noire.
« J’ai agi trop vite. J’aurais dû te demander ton accord d’abord. Mais accepte-le, je t’en prie. Ne te sens pas redevable. »
Elle lui disait de dévorer gratuitement l’Arbre-Monde.
Impossible de ne pas se sentir redevable.
Zalkarin observa la réaction de Mapheltan avant de prendre la parole.
« S-Si cela vous met mal à l’aise, ce misérable va… ! »
Raguel, qui observait la scène, poussa un profond soupir.
« Réfléchis, idiot. »
Il attrapa vivement le petit corps de Zalkarin.
Ilea s’approcha de Mapheltan.
« Si tu refuses même ça, je crois que je serai vraiment déçue. »
Le visage résolu, elle lui tendit le Noyau démoniaque.
Mapheltan était partagé. N’importe quel démon vendrait son âme pour obtenir ce Noyau démoniaque. Il ne pouvait pas l’accepter sans rien donner en échange.
Il ravala un gémissement.
« Je préfère te prévenir : je n’ai rien à te donner. »
« Je t’ai dit que c’était un cadeau. Je n’attends rien en retour. Si cela te pèse vraiment, tu me feras un cadeau, toi aussi, un jour, Mapheltan. »
Mapheltan contempla le Noyau démoniaque en silence, puis prit la parole.
« Je ferai de mon mieux. Mais ne t’attends pas à grand-chose. »
Il existait peu de cadeaux capables d’égaler ce Noyau démoniaque.
Ilea avait de fortes chances de ne jamais récupérer sa mise.
Elle hocha la tête.
« Je comprends. Alors consomme-le maintenant. Je l’ai créé à partir d’un Arbre-Monde dont il ne reste que la souche, mais l’effet devrait tout de même être considérable. »
Même le karma maléfique obtenu en détruisant une ville entière et en massacrant tous ses habitants ne pourrait sans doute pas rivaliser avec la croissance apportée par le Noyau démoniaque de l’Arbre-Monde.
Mapheltan n’eut d’autre choix que de l’accepter en silence.
S’il voulait grandir, il n’était pas en position de faire le difficile.
Il saisit le Noyau démoniaque et dit :
« Merci, comme toujours. Je ferai de mon mieux pour te le rendre. »
Puis il porta aussitôt le Noyau à sa bouche.
Il ne ressentait aucune répugnance psychologique.
C’était répugnant. Ça lui retournait l’estomac. Mais sa situation était trop désespérée pour qu’il se laisse aller à ce genre de dégoût.
Sans hésiter, Mapheltan avala le Noyau démoniaque.
La réaction fut immédiate.
Ses yeux rouges étincelèrent. Une fumée noire jaillit de toutes les ouvertures de son corps.
Une malveillance concentrée circula dans tout son corps.
Le plaisir et la douleur le submergèrent en même temps.
Il lui était impossible de garder la raison.
Pour ne pas se perdre, il choisit la folie.
Le corps de Mapheltan s’effondra comme une marionnette aux fils coupés.
Même à terre, il continua de convulser.
* * *
« Hum, hrrk ! »
Johan se redressa brusquement dans son lit. Comme s’il avait fait un cauchemar la nuit précédente, il était trempé de sueur.
Respirant avec difficulté, il examina son corps.
Le soleil semblait s’être levé.
Johan avait retrouvé son corps humain.
De plus, il se trouvait dans une chambre du château du seigneur.
Il ne se souvenait de rien.
Au moment où une douleur lancinante commençait à se répandre dans sa tête, une voix douce et familière lui parvint.
« Tu t’es réveillé plus tôt que prévu. »
Ilea était assise à la table près de son lit.
Dès qu’il la vit, les souvenirs de la nuit précédente lui revinrent en foule.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? Et Mapheltan ? »
Ilea fit mine d’y réfléchir.
« Hum, comment dire ? Tu es devenu plus fiable. »
« Quoi ? »
« Félicitations. Mapheltan n’est plus un démon immature. »
Cela signifiait qu’il avait évolué en démon adulte.
Il avait grandi de plusieurs années en un seul bond.
C’était assurément une bonne nouvelle.
« … Franchement, j’ai encore du mal à y croire. »
« Tu t’en rendras compte par toi-même plus tard. Tu seras satisfait. »
« Combien de temps avant la tombée de la nuit ? »
« Tu es si pressé. C’est encore le matin, tu peux te reposer aujourd’hui. »
Johan secoua la tête.
« Il reste du travail. »
« Si tu parles de l’entrée de Narak, je m’en suis déjà occupée. »
L’Église du Grand Saint, qui avait flairé quelque chose, finirait un jour par envoyer une équipe d’enquête dans la Gorge de la Mort.
Dès qu’ils détecteraient les changements à Narak, Johan aurait inévitablement des ennuis.
Il fallait en dissimuler une partie.
Ilea semblait avoir bien réglé le problème.
Johan prit la parole.
« Bien joué. Il est temps d’aller voir le comte Staviana. »
Ilea pencha la tête.
« Maintenant ? »
Johan se leva.
« Nous n’avons pas le temps de nous reposer. Prépare-toi vite. »
Cette fois, Ilea l’accompagnerait.
Elle poussa un petit soupir, comme si rien ne pouvait le faire changer d’avis.
« Juste une journée… »
« Si nous tardons, nous risquons de subir une contre-attaque. »
Le comte risquait fort de faire le lien entre l’attaque de la capitale et Narak.
Ce serait une véritable catastrophe.
Avant que cela n’arrive, Johan devait prendre les devants.
Ilea se leva à son tour.
« On n’a vraiment jamais le temps de se reposer. »
Johan hocha la tête.
« Je te donnerai tous tes congés d’un coup, plus tard. »
Sans s’en rendre compte, il traitait Ilea comme une subordonnée.
Ilea le regarda, incrédule.
« … Je croyais que nous étions égaux. »
Son murmure discret n’atteignit pas Johan.
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