Chapitre 66
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 66 : Le Mausolée Moonshadow (8)
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L’Elfe noir resta plongé dans ses pensées un long moment.
Tandis qu’il réfléchissait à la question, Raguel retourna dans la forêt où se trouvait Mapheltan.
Raguel balaya les environs du regard avant de prendre la parole.
« … Mapheltan, tout va bien ? »
Des traces de combat marquaient les alentours. Le sol avait été éventré, et les buissons gris étaient calcinés.
Mapheltan hocha la tête.
« Tout va bien, ce n’était rien. »
Son expression était aussi calme que d’habitude.
Raguel poussa un soupir de soulagement.
« Tant mieux. »
Zalkarin surgit soudain de nulle part et lança :
« Face à la Grande Fin, même ce salaud aux oreilles noires a dû se sentir impuissant ! »
Raguel tressaillit et plaqua une main sur la bouche de Zalkarin.
« Chut ! Ils pourraient t’entendre, idiot. »
Puis il jeta un regard prudent à l’Elfe noir.
L’Elfe noir, qui était resté plongé dans ses pensées, releva les paupières.
Son regard naturellement jade se posa sur Raguel et Zalkarin.
Zalkarin se racla la gorge et détourna les yeux.
« Hum. »
« T-tu es idiot. »
Raguel, tendu de la tête aux pieds, eut le hoquet.
L’Elfe noir ouvrit lentement la bouche.
« … Laisse-moi te poser une question. »
Comme si Raguel et Zalkarin ne l’intéressaient pas le moins du monde, il fixa Mapheltan.
Raguel se frotta la poitrine, soulagé.
Mapheltan prit la parole.
« Demande ce que tu veux. »
« Que comptes-tu faire ? »
Mapheltan fronça légèrement les sourcils.
« Ne pose pas de question sans préciser ce que tu veux savoir. Demande-moi quelque chose de précis et je te répondrai. »
« Je parle de ton objectif final. Tu es allié à la Sorcière, et voilà que tu as même fait d’un Haut-Elfe ton subordonné. Que comptes-tu accomplir avec un tel pouvoir ? »
« Quelle question idiote. Je suis un Apôtre, non, un démon. L’objectif de tout démon est évident : la fin de l’humanité. Je ne suis pas très différent des autres. »
L’Elfe noir plissa les yeux.
« Tu souhaites vraiment la fin de l’humanité ? »
« On dirait un mensonge ? »
« J’ai des doutes. Si tu attendais réellement la fin de l’humanité, pourquoi te débarrasser d’une carte comme nous ? »
Mapheltan comptait envoyer tous les démons du mausolée dans la capitale, autrement dit, droit dans un brasier.
C’était se débarrasser d’une force de combat utile.
S’il voulait vraiment faire la guerre à l’humanité, Mapheltan aurait mieux fait de leur proposer autre chose.
Par exemple, une alliance.
Mapheltan répondit :
« Pour être honnête, vous avez peu de valeur en tant qu’alliés. D’abord, vous me haïssez. Ensuite, votre “idéal” n’a rien de démoniaque. J’ai besoin de pièces d’échiquier sans volonté propre, qui s’intègrent à mes plans. Des êtres aux idéaux différents des miens, comme vous, finiront par devenir des bombes incontrôlables. »
Au fond des démons du mausolée subsistait le vague rêve de rebâtir la civilisation des Elfes.
Il était désormais très ténu, mais ce désir avait de grandes chances de renaître un jour.
Selon les circonstances, leurs intérêts pourraient entrer en conflit avec ceux de Mapheltan.
Voilà pourquoi ils ne pouvaient pas faire route ensemble.
De plus, ils ne valaient pas le risque que Mapheltan prendrait en s’alliant à eux.
La situation aurait été différente s’ils avaient un potentiel comparable à celui de la Sorcière, mais, malheureusement, les limites des démons du mausolée étaient bien trop évidentes.
L’Elfe noir eut un rire sans joie.
« Alors, tu vas nous utiliser comme du matériel jetable ? »
Mapheltan acquiesça.
« Oui, c’est à peu près ça. »
Il parlait sans vergogne, sans la moindre hésitation.
Les yeux de l’Elfe noir se plissèrent en croissants de lune.
Il se mit soudain à glousser.
Bientôt, un rire sonore éclata.
Mapheltan ne comprenait pas ce qui pouvait le faire rire autant.
Pendant un moment, seul son rire sinistre résonna dans la forêt.
Ce ne fut qu’après un long moment que ses éclats de rire s’éteignirent.
Peut-être calmé, l’Elfe noir reprit la parole.
« Tu es peut-être vraiment un Apôtre. Tu es aussi fou qu’eux. »
Mapheltan haussa les épaules.
« Je prends ça pour un compliment. Alors, tu as pris ta décision ? »
L’Elfe noir se mit à marcher. Il contourna lentement Mapheltan en parlant.
« En échange de notre attaque contre la capitale, tu feras tomber la Lune et rebâtiras la civilisation des Elfes. Voilà les grandes lignes du contrat, c’est bien ça ? »
Mapheltan acquiesça.
« C’est exact. Reprenons les détails à partir de maintenant. »
Un contrat de ce genre devait préciser une échéance et des conditions détaillées.
L’Elfe noir déclara :
« Je vais le rédiger. »
* * *
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『 Article premier : Objet 』
Le présent contrat a pour objet l’engagement de Mapheltan, le Contractant, à fournir l’Autorité et les objets nécessaires au projet des Elfes — à savoir faire tomber la Lune et rebâtir la civilisation des Elfes — en échange de l’attaque de la capitale Arterium par les démons du mausolée engagés par contrat, ci-après désignés comme les Elfes.
『 Article 2 : Obligations de Mapheltan 』
Le Contractant, Mapheltan, assume la responsabilité absolue et l’obligation d’exécuter les trois dispositions suivantes.
1. Usage prioritaire des reliques sacrées et des trésors.
Si Mapheltan découvre à l’avenir un trésor ou une relique capable d’accomplir des miracles, il devra l’utiliser en priorité pour permettre la reproduction des Elfes noirs. Cette obligation primera sur sa propre survie, la guerre et les ordres du domaine apostolique.
2. Recherche active de reliques miraculeuses.
Mapheltan devra chercher lui-même, de façon continue et active, des objets renfermant des miracles susceptibles d’assurer la survie et la reproduction de la race des Elfes noirs. Cette tâche constituera une mission obligatoire faisant appel à l’Autorité apostolique, et non une simple « coopération ».
3. Destruction de la Lune.
En principe, Mapheltan ne devra en aucun cas conclure de compromis avec le Grand Saint Marziel (la Lune), les créations de Marziel, les Thralls ou son idéologie. Toutefois, un compromis temporaire sera autorisé si le contact ou la négociation avec Marziel sert une stratégie de tromperie ou d’appât visant à l’éliminer. Cependant, dès qu’une occasion concrète de l’éliminer se présentera, Mapheltan devra le faire immédiatement, sans tenir compte des conditions, des circonstances ni des sacrifices nécessaires. Tout retard ou renoncement à cette tâche constituera un motif de résiliation du contrat dans son intégralité. Les Elfes disposeront de tous les droits de représailles, notamment de punition, d’interrogatoire, d’effacement de la mémoire et d’anéantissement.
『 Article 3 : Obligation d’exécution des Elfes 』
1. Garantie d’anéantissement total lors de l’assaut contre la capitale.
Lors de l’opération d’assaut contre la capitale, première étape du contrat, les Elfes s’engagent à employer tous les moyens possibles pour se faire exterminer, de sorte qu’aucun individu ne survive. Ils ne pourront se soustraire à cette obligation en invoquant leur impuissance ; toute tentative de fuite ou de survie constituera une rupture de contrat.
2. Interdiction de descendants, de branches familiales et d’exilés.
Tous les Elfes vivant actuellement sur ces terres, y compris les lignées cachées, les transfuges, les branches familiales, les exilés et les individus de sang-mêlé nés d’une union avec une autre race, devront être recensés à l’avance et intégrés à l’opération avant le jour de l’assaut contre la capitale, afin qu’il ne reste pas un seul Elfe au monde. Cette clause est irrévocable. S’il est établi qu’un seul individu a survécu, Mapheltan sera considéré comme la victime légitime du contrat, et les Elfes paieront le prix de leur trahison.
『 Article 4 : Rupture de contrat et clause punitive 』
Ce contrat n’est pas un accord temporaire, mais un contrat perpétuel ayant pour garantie la vie, la race et l’existence entière des parties. Toute violation de l’une des dispositions ci-dessous entraînera l’effacement de la partie fautive, tandis que la partie lésée disposera d’un droit de punition illimité.
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La suite a été omise.
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Mapheltan lut attentivement les mots noirs inscrits dans les airs.
Un démon de haut rang reste un démon de haut rang.
Le contrat, rédigé jusqu’à l’article sept, était extrêmement détaillé.
Aucun des deux camps n’avait presque la moindre occasion d’en exploiter une faille.
Ces détails le mettaient légèrement mal à l’aise, mais cela n’avait guère d’importance pour Mapheltan.
Rétablir les Elfes ou faire tomber la Lune : les deux étaient ses objectifs prioritaires depuis le début.
Mapheltan hocha la tête. L’Elfe noir lui demanda :
« Veux-tu ajouter ou modifier quelque chose ? »
« Ça me suffit. Tu as été très précis. »
« C’est parce que j’ai appris deux ou trois choses auprès de lord Beris, autrefois. »
Beris, l’Archidémon Beris, qui régnait sur les contrats et était le Douzième Apôtre de la Fin. Son nom venait de surgir dans la conversation.
Mapheltan renifla et marmonna :
« Beris ? Il n’avait rien de spécial. »
Il avait autrefois pris le dessus sur Beris en se servant de Shaperia.
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Rien. Signons maintenant. »
Une énergie démoniaque noire s’éleva du bout des doigts de Mapheltan et de l’Elfe noir.
Leurs signatures s’inscrivirent sur le contrat suspendu dans les airs.
Aussitôt, le contrat se changea en brume noire et s’infiltra dans leurs deux cœurs.
L’Elfe noir déclara :
« C’est fait. Retrouvons-nous à la pleine lune. »
La porte de Narak ne s’ouvrirait qu’à la pleine lune.
Il leur restait encore une semaine entière à attendre.
« Très bien. Nous nous rassemblerons à l’entrée du mausolée. »
* * *
Le temps passa rapidement.
Le jour de la pleine lune, des monstruosités grises envahirent l’horizon.
C’étaient toutes des Elfes maudits.
À la tête de cette masse pâle, un démon noir se manifesta.
Quand il fit un pas en avant, les esprits maléfiques lui emboîtèrent le pas.
Le sol trembla, comme si ses fondations allaient s’effondrer.
Une armée maléfique était en marche.
Une multitude d’émotions traversaient leurs visages.
Espoir, colère, autodérision, haine, joie, regret, angoisse et bien d’autres encore. Chacun était habité par des sentiments différents.
Pourtant, ils ne faisaient qu’un. Malgré leurs pensées et leurs émotions divergentes, les Elfes avançaient comme s’ils partageaient un seul corps.
Une cohésion rarement observée chez les démons ordinaires.
S’ils en venaient aussi à partager les mêmes émotions, les conséquences dépasseraient peut-être l’imagination humaine.
Comme à cet instant.
Toutes les monstruosités s’immobilisèrent en même temps.
Leurs expressions, jusque-là si diverses, prirent toutes la même forme.
Méfiance et colère. Leurs visages se tordirent de haine.
Kiii !
« Ça sent l’humain ! »
« D’où est-ce qu’il a encore bien pu sortir ? »
« Trouvez-le ! Il faut le trouver ! »
Les regards qui fouillaient frénétiquement les environs se fixèrent peu à peu au même endroit.
Droit devant, un garçon se tenait seul dans la forêt grise.
Il portait un Masque-barrière et une Cape-barrière des esprits-démons, et observait les esprits maléfiques d’un air crispé.
« J-Johan, tu es sûr que ça va aller ? »
Une voix venait du mur de pierre derrière lui.
Johan ravala un gémissement.
« Raguel, il y avait une raison pour laquelle tu ne pouvais pas t’empêcher de perdre connaissance. »
Un nombre écrasant d’êtres, animés d’une haine insondable, se concentraient sur un seul humain.
Garder son sang-froid serait difficile pour quiconque n’avait pas une force mentale hors du commun.
Même Johan, qui possédait l’âme d’un Apôtre, sentit ses mains et ses pieds trembler.
Leur puanteur, leurs cris, leurs expressions et leurs gestes : tout inspirait la peur.
Il ne parvenait même pas à soutenir le regard de l’Elfe noir qui se tenait à leur tête.
L’Elfe noir se précipita sur lui en un instant et s’arrêta devant Johan.
Johan ferma les yeux.
Non par peur, mais à cause de l’Œil du Grand Saint.
Dès que l’Elfe noir croiserait son regard, il ne pourrait plus retenir son envie de tuer.
L’Œil du Grand Saint était une Sainte Relique qui attirait la haine des démons.
« … Un humain ? Voilà donc pourquoi je sentais cette odeur depuis tout à l’heure. »
La Balance de l’équivalence avait choisi de prendre fin aujourd’hui, entre tous les jours.
Johan vivrait de nouveau comme un humain le jour et un démon la nuit.
Il parla du ton le plus calme qu’il put trouver.
« Tous tes congénères sont-ils réunis ? »
« Quoi… ? »
« Article trois, clause deux. Tu ne l’as quand même pas déjà oubliée ? »
L’interdiction de laisser des descendants, des branches familiales et des exilés : tous les Elfes devaient se réunir ici sans exception.
Le visage de l’Elfe noir se crispa violemment.
L’expression, le ton et l’aura de Johan lui semblaient étrangement familiers.
Il demanda d’une voix tremblante :
« Qu’est-ce que tu es ? »
Zalkarin passa la tête hors des bras de Johan.
« C’est la Grande Fin. Puisque tu es sur le point de prendre le chemin de l’au-delà, montre un peu de respect. »
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