Chapitre 64
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 64 : Le Mausolée Moonshadow (6)
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« J’ai mangé le fruit ! A-alors, parlez-moi plutôt… »
À ces paroles effrontées de Raguel, tous les monstres se figèrent, stupéfaits.
Ils se tournèrent tous vers lui.
Leurs yeux reflétaient toutes sortes d’émotions.
La perplexité, la rage, la frustration, le ressentiment, la stupeur, le désespoir, le chagrin… Leurs émotions déferlaient sans retenue.
Les démons se rassemblèrent autour de Raguel, les uns après les autres. Grimpant les uns sur les autres, ils l’encerclèrent complètement.
On aurait dit qu’il était prisonnier d’un immense dôme.
Dans ses ténèbres, seuls luisaient des yeux couleur jade.
— Ah, ah ! Cet humain détestable nous a même pris notre dernier espoir !
— Ouvrez-lui le ventre et éventrez-le !
— Attendez ! Regardez-le de plus près !
— S-ses oreilles !
— C’est impossible !
Le soupçon et le doute commencèrent à se mêler aux voix jusque-là pleines de rage.
— Un Elfe !
— C-comment est-ce possible ?
Des murmures s’élevèrent. L’agitation se répandit.
Raguel était terrifié et tendu, mais il attendit en silence. D’après ce que Mapheltan lui avait dit, ils ne tarderaient pas à réagir d’une certaine façon.
— Un frère qui a échappé à la Malédiction de la Lune ! Impossible !
— Un Elfe pur ne peut pas exister !
— C’est une illusion ! Déchirez-le et tuez-le !
Tous les Elfes de ce monde avaient sombré dans la démonie.
Ils ne pouvaient plus se reproduire ; il leur était donc impossible d’engendrer des Elfes ordinaires.
L’Arbre-Monde, qui était tombé au rang d’Apôtre, n’échappait pas à la règle.
Autrefois, l’Arbre-Monde avait engendré des Hauts-Elfes, mais il avait désormais perdu toute capacité à se reproduire.
En somme, aucun Elfe pur ne pouvait exister à cette époque.
Pourtant, une anomalie était apparue.
Un Elfe — et même un Haut-Elfe — se tenait là, devant eux tous, sans se cacher.
Les démons ne pouvaient que rester perplexes.
— On le tue ?
— Évidemment !
— Attendez ! Ce n’est pas à nous d’en décider !
Au moment où ils commencèrent à se quereller, une voix chargée de ressentiment retentit quelque part.
« Reculez, mes frères. »
Même au milieu du vacarme, cette voix étrange imposait une présence indéniable.
Dès qu’elle s’éleva, les démons qui encerclaient Raguel en dôme se dispersèrent dans toutes les directions.
L’espace autour de lui se dégagea de nouveau.
Raguel déglutit avec peine.
Devant lui se dressait une obscurité plus profonde que celle de Mapheltan.
Un être semblable à une ombre debout sur le sol plat fixa Raguel droit dans les yeux.
Dans les bras de Raguel, Zalkarin murmura doucement :
« Un Elfe noir. Celui dont End a parlé. »
Les yeux de l’Elfe noir luisaient d’un éclat jade, comme ceux de Raguel, et ses oreilles étaient dressées.
Une pression indescriptible émanait de son corps maigre et décharné.
L’Elfe noir était fondamentalement différent des autres démons du mausolée.
Ayant été un Haut-Elfe, il dégageait toujours une aura intimidante, même après avoir sombré dans la démonie.
L’air autour d’eux s’alourdit.
L’Elfe noir ouvrit lentement la bouche.
« Tout cela n’aura servi à rien. Cinq cents ans d’efforts réduits à néant. »
Les Elfes avaient porté la Graine de l’Arbre-Monde pendant cinq cents ans.
Ils avaient voulu la faire pousser pour en tirer un nouvel Arbre-Monde.
Tout ce projet s’était évanoui dans le néant.
À cause du garçon qui se tenait devant eux : Raguel.
L’Elfe noir le regardait d’un air vide. Il n’y avait dans ses yeux ni haine ni colère, mais de la résignation.
Il semblait même étrangement détaché.
Le visage tendu, Raguel prit la parole avec hésitation.
« C-ce n’est pas vrai. Un Haut-Elfe est né de la graine. »
L’expression de l’Elfe noir ne changea pas.
« Par Haut-Elfe, tu veux parler de toi ? »
« … Oui. »
« Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? »
« Si j’existe, alors un jour, nos frères renaîtront sur cette terre. Des Elfes purs, libérés de la Malédiction de la Lune. »
L’un des yeux de l’Elfe noir se plissa.
« Tu viens de dire “nos” ? »
« E-enfin, je suis un Elfe, moi aussi, maintenant… J’ai vu vos souvenirs et votre douleur. Je comprends vos blessures… »
L’Elfe noir interrompit les paroles décousues de Raguel.
« Mes frères et moi sommes des démons. Nous ne sommes plus des Elfes. Nous ne cherchons qu’à anéantir l’humanité. Rebâtir le peuple elfe ? Le faire renaître ? Tout cela n’a aucune importance. »
Raguel répondit d’une voix tremblante :
« C’est un mensonge. Sinon, pourquoi auriez-vous porté la Graine de l’Arbre-Monde pendant cinq cents ans ? »
« Un attachement qui persiste. Une obsession. De toute façon, la graine n’aurait jamais germé. Ce cimetière désolé ne peut rien nourrir. »
« M-mais… ! »
« Tout cela n’était qu’un faux espoir. Ce n’est que maintenant que la graine a disparu que je m’en rends compte. »
L’Elfe noir semblait quelque peu soulagé.
« Il reste une chance ! Un jour, je ferai sûrement de cette terre… »
« Fais comme tu veux. Inutile de me l’annoncer. »
L’Elfe noir se mit à dépasser Raguel.
« O-où allez-vous ? Je n’ai pas fini de parler ! »
« Jeune Elfe, je ne te ferai pas de mal. En revanche, le démon cornu doit payer. Il a probablement aussi la Clé de Narak, n’est-ce pas ? »
Dès que l’Elfe noir eut fini de parler, l’agitation gagna les démons.
— Nous allons enfin pouvoir sortir de cette prison ?!
— Déchiquetons ces humains détestables !
— La vengeance ! Le jour de la vengeance est arrivé !
Maintenant que la graine avait disparu, ils n’avaient plus aucune raison de rester dans le mausolée.
Il leur suffisait de récupérer la Clé de Narak pour s’enfuir.
Comme les autres démons, ils vivraient désormais pour précipiter la fin de l’humanité.
Tout se déroulait comme Mapheltan l’avait prévu.
Il n’y avait qu’un seul problème.
Les démons voulaient la mort de Mapheltan.
Il fallait empêcher cela.
« … Vous comptez me tuer ? »
L’Elfe noir se retourna et regarda Raguel.
« Comme je l’ai dit, je n’ai pas l’intention de te faire du mal. »
Raguel était le dernier Elfe de ce monde.
L’Elfe noir ne pouvait se résoudre à le tuer.
Au fond de lui, il aspirait encore à retrouver la gloire du passé.
Raguel rouvrit lentement l’œil qu’il avait gardé fermé.
L’image d’un esprit malveillant armé d’une faux était gravée dans son œil gauche.
« Si vous tuez Mapheltan, je ne serai pas en sécurité non plus. C’est mon maître, et je dois le protéger. »
En plus du Contrat de subordination, Mapheltan et Raguel avaient également conclu un Pacte de protection.
Ils étaient le cœur l’un de l’autre.
Tout comme Ilea et Mapheltan.
L’Elfe noir plissa les yeux.
« … Le démon cornu t’a donc complètement manipulé. »
Tant qu’il ne se résoudrait pas à tuer Raguel, l’Elfe noir aurait du mal à s’en prendre à Mapheltan.
Raguel prit la parole :
« A-allez-vous m’écouter, maintenant ? »
Raguel voulait les placer sous les ordres de Mapheltan.
À condition, bien sûr, de parvenir à les convaincre.
Mapheltan lui avait dit de ne pas insister sur ce point.
L’Elfe noir répondit : « Nous n’avons rien à nous dire. Si le démon cornu compte se servir de toi pour me contrôler, je le tuerai, même si je dois pour cela te perdre. Même chose s’il refuse de me remettre la Clé de Narak. »
Cette déclaration calme était sincère.
Raguel ne savait pas comment convaincre l’Elfe noir.
Au moins devait-il atteindre son objectif secondaire.
« … Et s’il vous remettait la Clé de Narak de son plein gré ? »
« Alors, il ne se passerait rien. »
L’Elfe noir voulait tuer Mapheltan dans tous les cas, mais la vie de Raguel changeait la donne.
L’Elfe noir était prêt à faire un pas en arrière.
À condition, bien sûr, de recevoir la Clé de Narak.
Raguel inspira profondément.
« Très bien. Tenez votre promesse, s’il vous plaît. »
« Où est la clé ? »
Raguel indiqua la direction d’où il venait.
« Mapheltan l’a. Il vous attend probablement. »
Sans répondre, l’Elfe noir se retourna et s’éloigna.
D’innombrables démons le suivirent.
Raguel s’effondra sur place.
La tension retomba.
Zalkarin sortit la tête des bras de Raguel.
« Pas mal pour un gamin. À présent, End s’occupera du reste. »
* * *
Dans la forêt grise, Mapheltan était adossé à un arbre géant pourri et regardait au loin.
Une ombre d’un noir d’encre s’approchait lentement.
Après cinq cents ans de décomposition, un Elfe noir reste un Elfe noir.
L’énergie démoniaque émise par l’Elfe noir était d’une qualité remarquable.
Selon les critères des démons cornus, l’Elfe noir serait un démon de haut rang, doté d’au moins trois cornes.
L’Elfe noir s’arrêta devant Mapheltan.
« Où est la clé ? »
« Pourquoi tant de hâte ? La prochaine pleine lune n’aura lieu que dans plusieurs jours. Discutons d’abord. »
La porte de Narak ne s’ouvrirait qu’au retour de la pleine lune.
À peine Mapheltan eut-il fini de parler que l’Elfe noir disparut.
Bon sang !
Avant qu’il ait pu réagir, l’Elfe noir le saisit à la gorge et le souleva dans les airs.
« Jeune démon, cesse de jacasser et donne-moi la clé. Je n’ai aucune envie d’écouter tes absurdités. »
Une intention meurtrière brillait dans les yeux couleur jade de l’Elfe noir. Il peinait à contenir sa colère.
Malgré la douleur, Mapheltan retroussa les lèvres en un sourire.
« Qu’est-ce qui te fait peur ? Tu te méfies de moi, parce que tu crains que je te fasse changer d’avis ? Ha ha ! C’est ridicule ! Toi qui as vécu une éternité, tu as peur d’un gamin comme moi ! »
L’Elfe noir plissa brusquement les yeux.
Il projeta Mapheltan au sol.
Un bruit sourd retentit tandis que des cendres s’éparpillaient dans l’air.
« Je devrais d’abord te faire taire. »
Une masse de lumière noire commença à se condenser dans la main de l’Elfe noir.
Mapheltan leva nonchalamment les deux mains.
Dans l’une d’elles reposait une petite dalle de bois.
La Dalle du cœur de bois. La clé de la Première Zone de Narak.
L’Elfe noir s’avança à grands pas et tendit la main.
Alors qu’il s’apprêtait à saisir la Dalle du cœur de bois, Mapheltan prit la parole.
« Une Sorcière a dû venir ici il y a quelques mois. »
Lorsqu’Ilea était venue à Narak, elle avait également recueilli de la Sève de l’Arbre-Monde.
À l’évocation de cette journée, l’Elfe noir se figea un instant.
« Une Sorcière ? »
Mapheltan eut un sourire en coin.
« Oui, une Sorcière. Tu as envie de discuter, maintenant ? »
L’Elfe noir arracha la Dalle du cœur de bois des mains de Mapheltan.
Bien qu’il eût obtenu ce qu’il voulait, il resta planté sur place.
« Tu es allié à la Sorcière ? »
Mapheltan haussa les épaules à sa question.
« Tu disais ne pas vouloir jouer le jeu. On dirait que tu as déjà changé d’avis. »
L’Elfe noir fronça les sourcils. Son mécontentement était manifeste.
« Réponds à la question, jeune démon. »
« Disons que nous sommes assez proches pour que le mot “alliés” ne suffise pas à décrire notre relation. »
Après tout, ils partageaient leurs vies.
« Serais-tu le Familier de la Sorcière ? »
Mapheltan eut un sourire en coin.
« C’est l’Arbre-Monde, pas moi. »
Le regard de l’Elfe noir vacilla.
« … Jeune démon, qu’est-ce que tu sais ? »
« Au moins plus que toi. »
Lorsqu’Ilea était venue à Narak quelques mois plus tôt, elle avait conclu une sorte de contrat avec l’Arbre-Monde.
En échange, l’Arbre-Monde était devenu le Familier de la Sorcière.
L’Elfe noir savait seulement que l’Arbre-Monde était devenu le Familier de la Sorcière, tandis que Mapheltan connaissait jusqu’aux termes de leur accord.
Ilea ne le lui avait pas dit directement, mais il ne pouvait pas l’ignorer, puisqu’il avait lu l’œuvre originale.
L’Elfe noir était visiblement ébranlé.
« Parle. Pourquoi la Mère de la Terre s’est-elle soumise à la Sorcière ? »
La Mère de la Terre désignait l’Arbre-Monde, Alquines.
Les lèvres de Mapheltan s’étirèrent en un long sourire.
« Les paroles seules ne suffiront pas. »
« Cesse de faire l’insolent et… »
« Faisons un marché. Qu’est-ce que tu m’offres ? »
Un sourire glacial se dessina sur le visage de Mapheltan.
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