Chapitre 62
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 62 : Le Mausolée Moonshadow (4)
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L’obscurité s’abattit sur le sanctuaire des Elfes. Quand la graine qui avait remplacé le soleil disparut, les souterrains furent de nouveau plongés dans les ténèbres.
Seules les lueurs des yeux rouges qui clignotaient dans les airs et des regards vert jade au sol éclairaient les lieux.
Deux paires d’yeux se fixaient.
À première vue, les yeux rouges semblaient détendus. Pas les verts.
Des ombres sombres avaient terni leur éclat jadis pur et semblable au jade.
Kieeeeeek !
Tous les Elfes au sol poussèrent un cri glaçant.
Ils étaient accablés de chagrin et vidés de toute émotion. Le désespoir les submergeait. Le terrible sentiment de perte les faisait trembler.
La Graine de l’Arbre-Monde était leur unique espoir. Si elle avait germé pour devenir un nouvel Arbre-Monde, les Elfes auraient retrouvé leur gloire passée.
Leurs frères purs, épargnés par la malédiction de la lune, seraient nés. Ils auraient accompli la vengeance des Elfes contre la lune.
Ils avaient tenu cinq cents ans dans l’attente de ce seul jour.
Toutes ces années de souffrance s’étaient envolées en un instant.
Leur unique espoir avait été enseveli sous l’ombre de la lune.
Un humain l’avait avalé.
Encore un humain.
Le désespoir commença à se muer en rancœur.
Une fureur indescriptible monta en eux.
Les Elfes devinrent fous et hurlèrent. Leurs cris de douleur résonnèrent dans tout le sanctuaire.
Des centaines de démons se mirent à courir le long des racines de l’Arbre-Monde. Ils dévisageaient Mapheltan et Raguel, suspendus dans les airs.
Kieeeeeek !
Leurs corps commencèrent à se disloquer. Leurs jambes décharnées ne résistèrent pas à la force de leur charge.
Pourtant, les Elfes ne s’arrêtèrent pas. Même quand leur corps entier se brisa, ils poursuivirent leur déchaînement.
Les fragments de leurs corps en miettes se changèrent en poussière grise et se dispersèrent dans les airs.
Plusieurs bondirent à travers les cendres qui dérivaient.
Des regards meurtriers et des griffes acérées fondirent sur Mapheltan.
« Rends-nous l’humain ! »
« Ouvre-lui le ventre et sors notre mère ! »
Juste avant qu’ils ne l’atteignent, Mapheltan s’éleva dans les airs.
Plusieurs Elfes en pleine charge chutèrent, impuissants.
Même en tombant, ils ne quittèrent pas Raguel des yeux.
Une obsession insondable se lisait dans leurs regards.
Mapheltan claqua la langue en regardant Raguel.
Il n’a pas l’air près de se réveiller.
À partir de maintenant, il avait besoin de la force de Raguel.
Et, pour comble de malchance, Raguel était inconscient.
Il s’était probablement évanoui sous le choc en voyant Mapheltan sous cette forme, mais la véritable cause était le contrecoup de l’absorption de la graine.
Il faudrait un bon moment pour que la Graine de l’Arbre-Monde soit digérée.
Cela pourrait même prendre une journée entière, voire plus.
Mapheltan devait gagner du temps jusque-là.
Il condensa aussitôt son énergie démoniaque. Une hampe de lance gigantesque jaillit de sa main noire.
La Lance redoutable Turabak. C’était la seule source de force physique dont Mapheltan disposait pour le moment.
Il brandit Turabak à toute volée.
Il n’y connaissait rien aux postures raffinées ni aux techniques spéciales. Il frappait simplement de toutes ses forces.
Crac !
La hampe de la lance balaya plusieurs Elfes qui bondissaient et les envoya valser. Ils s’écrasèrent contre les racines de l’Arbre-Monde.
Le choc violent fit dégringoler les Elfes qui grimpaient sur les racines.
« Je vais vous aider, moi aussi ! »
Une chaleur s’accumula dans la gueule de Zalkarin. La créature cracha du feu. Une flamme pas plus grosse qu’une crotte de souris balaya les Elfes.
Rien ne se passa.
Des centaines, voire des milliers d’Elfes continuaient de grimper sur les racines.
Leurs cris résonnaient sans relâche.
Ça ne finira jamais.
Alors que l’irritation le gagnait, il entendit un sifflement perçant déchirer l’air.
Mapheltan baissa les yeux.
Des points serrés fonçaient vers lui.
Des flèches !
Mapheltan agita précipitamment ses ailes. Son corps échappa en un instant à la volée de flèches.
Les flèches traversèrent le vide.
Je dois d’abord sortir de cette grotte.
Les Elfes au sol bandaient déjà leurs arcs de nouveau.
D’innombrables démons bondissaient encore des racines de l’Arbre-Monde, les yeux rivés sur Raguel.
Tôt ou tard, leurs attaques finiraient par l’atteindre.
Il lui fallait plus d’espace.
Mapheltan tourna son regard vers l’entrée de la grotte.
À cet instant, le sol trembla. Les souterrains frémirent comme s’ils allaient s’effondrer.
La forêt vert sombre qui s’étendait sous eux se fendit dans un crac !
Une puanteur aigre et poissonneuse s’éleva des fissures. Peu après, une masse de chair cylindrique gigantesque jaillit de la forêt.
Un dragon terrestre fait de chair pourrie. Jadis, il avait été une bête fantastique qui cultivait les terres des Elfes.
À présent, ce n’était plus qu’un monstre corrompu.
Il ouvrit ses énormes mâchoires et bondit dans les airs.
La puanteur infecte et son rugissement monstrueux envahirent le ciel.
Mapheltan releva un coin de la bouche.
Son ouïe et son odorat étaient engourdis, son esprit sens dessus dessous, mais une issue venait d’apparaître.
Il comptait utiliser ce ver.
Mapheltan n’esquiva pas l’énorme corps qui fonçait sur lui.
Au contraire, il dressa la Lance redoutable à la verticale.
Les mâchoires du monstre se refermèrent sur Mapheltan, mais ne purent l’avaler.
La longue Lance redoutable, coincée dans sa gueule, l’empêchait de fermer la bouche.
Du sang vert sombre jaillit de son palais.
Un liquide écœurant trempa Mapheltan.
Le monstre se mit à convulser de douleur.
Son immense corps se tordit et balaya les Elfes.
Le dragon terrestre poussa un rugissement tonitruant et se contorsionna dans tous les sens. Il fit tout ce qu’il put pour avaler Mapheltan.
… Je dois tenir bon.
S’il finissait dans son estomac, tout serait terminé.
Il se dissoudrait dans ses sucs gastriques et disparaîtrait.
Mapheltan serra fermement la Lance redoutable.
Face à cette résistance désespérée, le dragon terrestre changea de méthode.
Il projeta son poids vers l’avant et fracassa ses mâchoires contre la paroi de la grotte.
Booom !
Une partie de la paroi de pierre s’effondra.
Le choc terrible frappa Mapheltan. Du sang noir jaillit de sa bouche.
« Hum, hkkk ! »
Pourtant, il ne lâcha pas la Lance redoutable. Il ne faisait qu’activer son Autorité.
« … Créature insignifiante, emmène-moi au-delà du sanctuaire. »
De l’énergie démoniaque noire s’éleva autour de lui.
L’ordre de Mapheltan se transforma peu à peu en langue démoniaque ancienne.
« Une créature insignifiante guidera la Treizième Fin à l’extérieur (Zul’mek thar’kai vel Thirzen’dal, kar’az vel uth'vakar). »
L’énergie démoniaque s’écoula de lui par vagues puissantes. Son corps tout entier fut envahi par la faiblesse.
Mapheltan atteignait ses limites physiques.
Deux fois dans la même journée, c’est trop.
L’utilisation de l’Autorité appelée Parole d’autorité était soumise à de nombreuses restrictions.
L’une d’elles était la consommation considérable d’énergie démoniaque.
Tous les Apôtres pouvaient utiliser la Parole d’autorité, mais tous ne l’employaient pas avec la même efficacité.
Donner plusieurs fois par jour des ordres précis et détaillés exigeait une maîtrise considérable.
Mapheltan était encore loin du niveau d’Apôtres tels que Garnish, le Deuxième Apôtre.
Mapheltan ravala un gémissement.
Devait-il trouver une autre solution ?
Tandis qu’il y réfléchissait, le dragon terrestre cessa de se déchaîner.
… Ce serait possible ?
Son corps se relâcha, puis il fonça soudain dans une autre direction.
Il se dirigeait vers l’entrée de la grotte.
Ça a marché !
La Parole d’autorité avait fait effet.
Privé de raison, le dragon terrestre se rua tête la première contre la sortie.
L’ouverture, minuscule par rapport à son immense corps, s’élargit en un instant.
Les décombres déferlèrent en torrent. Des morceaux de pierre brisée heurtèrent le corps de Mapheltan.
Il enveloppa aussitôt Raguel de ses ailes.
Le corps entier de Mapheltan était trempé de sang noir, mais cela n’avait aucune importance.
La priorité était de protéger Raguel.
Mapheltan tapa du pied à l’intérieur de la gueule du dragon terrestre.
« Espèce d’idiot ! Regarde où tu vas ! »
La créature ne le comprenait pas. Elle s’enfonça simplement encore plus vite dans la paroi de pierre.
Le corps de Mapheltan se couvrit entièrement de blessures.
* * *
Booom !
Les décombres volèrent dans toutes les directions. Une masse de chair gigantesque se fraya un passage à travers les fissures de la paroi effondrée.
Mapheltan retira aussitôt la Lance redoutable de sa gueule et déploya ses ailes.
Maintenant que la Parole d’autorité avait cessé d’agir, le monstre s’en prendrait de nouveau à Mapheltan.
Il devait mettre autant de distance que possible entre eux.
Le plus haut possible.
Il s’envola jusqu’au plafond du mausolée. La forêt grise s’étendait à ses pieds, visible d’un seul coup d’œil.
L’espace d’un instant, il put reprendre son souffle.
Suspendu dans les airs, Mapheltan observa Raguel.
L’apparence de Raguel avait beaucoup changé.
Ses cheveux bruns brillaient désormais d’un ambre éclatant, tandis que sa peau, autrefois rugueuse, rayonnait de vitalité.
Mais surtout, ses oreilles. Celles de Raguel s’étaient allongées en pointes acérées, comme celles des Elfes d’autrefois.
Il était désormais un Elfe. Un être unique en ce monde. Il était rené en tant que Haut-Elfe.
Mapheltan poussa un soupir.
« Alors, quand comptes-tu te réveiller ? »
Raguel devait reprendre connaissance avant le réveil de ces salauds.
Au moment où les Anciens corrompus s’éveilleraient de leur long sommeil, Mapheltan aurait du mal à survivre.
Ils étaient clairement différents des Elfes ordinaires.
Chacun d’eux était un être puissant qui incarnait sa race.
La plupart des Anciens elfes avaient été détruits cinq cents ans plus tôt, mais quelques-uns avaient survécu et étaient restés ensevelis ici.
Avec sa force actuelle, Mapheltan ne pouvait même pas espérer les combattre.
Le mieux serait de ne pas les croiser, mais…
S’il tombait sur eux, il n’aurait d’autre choix que de recourir à son ultime recours.
Mapheltan fixa Raguel.
« Alors, réveille-toi, bon sang. »
Malheureusement, son vœu désespéré ne fut pas exaucé.
L’expression de Mapheltan se déforma soudain.
Un frisson le parcourut. Son énergie démoniaque, qui avait perçu une présence malveillante, s’agita autour de lui de façon sinistre.
Déjà ?
Il baissa les yeux vers le sol.
Au milieu de la forêt flétrie se tenait un seul être qui avait encore conservé ses couleurs.
Une obscurité aussi profonde que celle de Mapheltan, peut-être même davantage, fixait le ciel.
« Putain ! »
Mapheltan fila aussitôt dans les airs.
Cette présence lointaine devait être l’un d’eux.
Son instinct le mettait en garde : il ne devait jamais l’affronter.
Mapheltan accéléra. Il comptait gagner du temps, d’une manière ou d’une autre.
Il serra Raguel contre lui.
« Tu dois ouvrir les yeux. Le plus vite possible. »
Il se mit à battre des ailes avec frénésie.
Il ne tiendrait plus longtemps.
* * *
Un esprit bouillonnait. Chaque cellule de son cerveau convulsait.
D’innombrables souvenirs et fragments d’information s’imposaient à lui.
Une histoire d’oppression et de profanation défilait comme un panorama.
Le feu et le fer ravageaient la forêt vert sombre.
Face à la cupidité et à la malveillance, la terre poussait des cris.
Le souffle des fées s’était mué en fumée suffocante, et les enfants de la nature hurlaient au lieu de chanter.
Sous la sinistre lumière de la lune, d’innombrables Elfes avaient été capturés par les humains et gémissaient de douleur.
Leurs cris résonnaient sans fin.
Raguel versa des larmes. Chaque scène qui se déroulait sous ses yeux le tourmentait.
Il ne faisait plus qu’un avec les émotions des Elfes.
Il avait l’impression qu’il finirait par haïr les humains.
Il avait même honte d’être humain.
La haine de la lune l’envahit.
Son identité commença à se déformer.
Il voulait vider jusqu’à la dernière goutte de sang rouge qui coulait dans son corps.
« Grand Saint ! Comment avez-vous pu être aussi cruel ?! »
Aucune réponse.
Tout le panorama disparut en un instant.
Peu à peu, son environnement s’éclaircit.
Il aperçut d’épaisses feuilles. Elles n’étaient pas d’un vert luxuriant, mais d’un gris flétri.
Sa poitrine lui faisait mal.
« Kh, urgh. »
Raguel se cramponna à son cœur et redressa le buste.
À cet instant, une voix sinistre lui parvint.
« … Raguel, tu as assez traîné. »
Un être féroce apparut à ses yeux. Il gémissait, appuyé contre un arbre gigantesque.
Les pupilles vertes de Raguel tremblèrent.
« M-Mapheltan… ? »
Le démon eut un faible rire.
« Oui, c’est moi. C’est la première fois que tu me vois sous cette forme. »
Le corps entier de Mapheltan était couvert de blessures.
Il était presque mort.
La peur qui subsistait dans le cœur de Raguel disparut complètement.
L’inquiétude prit sa place.
Raguel se précipita vers Mapheltan.
« Q-Qu’est-ce qui s’est passé ?! »
Mapheltan parla entre deux quintes de toux.
« J’ai eu du mal à m’occuper de toi. À ton tour, maintenant. Montre-moi que tu valais l’investissement, Raguel. »
Même à l’agonie, le démon esquissa un faible sourire.
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