Chapitre 59
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 59 : Le Mausolée Moonshadow (1)
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La Première Zone de Narak était également connue sous le nom de Mausolée Moonshadow.
C’était le cimetière d’une ancienne race oubliée. On y avait enterré des êtres maudits par la lune et corrompus par elle.
À l’approche de chaque pleine lune, ils se mettaient à convulser.
Ils fixaient la lune qu’ils haïssaient et grattaient frénétiquement leurs cercueils.
Leurs cris horribles résonnaient dans toute la gorge.
Crîîîc, crîîîi, crac.
Sous la pleine lune, la gorge rougie par le sang débordait d’énergie spectrale.
Les lamentations des morts résonnaient sans fin, et des hurlements glaçants emplissaient chaque vallée.
La brume qui recouvrait la gorge était de l’énergie démoniaque. Une Énergie Yin, gorgée de rancœur et de jalousie, s’élevait de tous les recoins.
Un nid de haine et de malveillance.
La Gorge de la Mort s’étendait devant lui.
Mapheltan replia ses ailes et se posa sur une immense falaise.
Un gouffre d’un noir d’encre s’étendait sous ses pieds. Des cris continuaient de monter des profondeurs de la vallée.
Raguel trembla et recula. Les innombrables hurlements horribles et les vagues de malveillance plongèrent le garçon aveugle dans la terreur.
Mapheltan prit la parole d’un ton calme.
« À un pas derrière toi, c’est la falaise. Si tu ne veux pas te jeter dans Narak, reste où tu es. »
Raguel se figea.
Il aurait préféré mourir plutôt que de tomber là-dessous.
Il murmura d’une voix tendue :
« … C’est Narak. »
Il ne voyait rien, mais tous ses autres sens frémissaient de peur.
S’il était venu ici seul, il aurait vraiment perdu la raison de terreur.
À l’inverse, le visage de Zalkarin rayonnait d’exaltation.
« Je sens une malveillance incommensurable ! D’où peut bien provenir une haine et une rancœur aussi profondes ? Grande Fin ! L’énergie de Narak s’infiltre dans le corps de ce méchant ! »
Pour les démons, Narak n’était pas différent du paradis.
Un petit démon n’avait qu’à respirer ici pour grandir.
Mapheltan ouvrit la bouche.
« De quoi parlez-vous, tous les deux ? Nous n’avons même pas encore franchi le seuil de Narak. »
Ce n’est qu’alors que Zalkarin et Raguel affichèrent la même expression.
Tous deux avaient l’air perplexes.
« Grande Fin, alors où sommes-nous, pour que la méchanceté y soit si dense ? »
« Dans la Gorge de la Mort. C’est le passage qui mène à Narak. »
Communément appelée Gorge de la Mort, c’était l’endroit où Johan avait failli être abandonné par Gaf, au début de sa possession.
Raguel tressaillit.
« … C’est déjà aussi terrible, alors qu’on n’est même pas encore à Narak ? »
Même le chemin menant à Narak était un environnement impitoyable pour les humains.
Mapheltan poursuivit d’un ton égal :
« Si tu veux faire demi-tour, c’est ta dernière chance. Une fois entrés dans Narak, vous ne pourrez plus en sortir pendant deux semaines. Si tu veux renoncer, dis-le maintenant. »
Raguel se mordit la lèvre et serra les poings.
La peur que lui inspirait Narak n’était rien comparée à celle de devoir vivre ainsi pour toujours.
Être aveugle était déjà bien assez pénible. Il ne pouvait pas non plus passer le reste de sa vie estropié, à boiter.
Il voulait un corps sain, un corps neuf.
Il ne voulait pas non plus décevoir Mapheltan.
Raguel répondit d’une voix tremblante, mais résolue :
« Je ne renoncerai jamais. J’ai déjà pris ma décision. »
Zalkarin poussa un cri admiratif.
« Pour un gamin humain, quelle réponse pleine de bravoure ! Pas étonnant que la Fin t’ait choisi ! »
Raguel répliqua, incrédule :
« Pourquoi tu m’appelles gamin ? Tu es bien plus jeune que moi. »
Zalkarin n’était encore qu’un petit démon.
Touché au vif, apparemment, le démon entra dans une colère noire.
« Q-quelle absurdité tu racontes ? Je suis un démon de plus de quinze ans ! Je suis encore un petit démon parce que je n’ai pas eu l’occasion de grandir, mais bientôt, je renaîtrai sous la forme du Feu infernal de Narak ! »
La croissance d’un démon n’était pas proportionnelle au temps. Il ne pouvait évoluer qu’en rencontrant une occasion particulière.
Raguel secoua la tête.
« Oublie le feu infernal. Tu es plus petit qu’un feu de camp. »
« Imbécile ! Même un grand brasier commence par une petite étincelle ! »
« Oui, oui. Seigneur Petit-Démon-Étincelle. »
« Espèce d’aveugle boiteux ! »
« Ça ne me dérange pas du tout. À partir d’aujourd’hui, je dis aussi adieu à cette vie, abruti. »
Le visage rouge de Zalkarin vira au cramoisi.
Ils continuèrent à se chamailler un bon moment.
Mapheltan les laissa tranquilles un instant.
Son anxiété s’est considérablement apaisée.
C’était bon signe. Une peur excessive ne pouvait que tout gâcher.
Il leur suffisait de garder un niveau de tension raisonnable.
Mapheltan prit la parole.
« Ça suffit. »
En entendant sa voix, Zalkarin eut le hoquet.
« J-je vous prie de m’excuser. Je me suis couvert de honte. »
Raguel se gratta la tête, visiblement gêné lui aussi.
« … J’ai oublié un instant où nous étions. Désolé. »
Mapheltan ricana.
« Si tu le sais, tu devrais te préparer, non ? Tu dois avoir ce qu’Ilea t’a donné. »
Raguel fouilla dans son sac et en sortit un objet.
Un masque de cuir d’un blanc immaculé apparut.
Le Masque-barrière des esprits-démons.
C’était un artefact qui bloquait l’énergie démoniaque et les influences spirituelles.
On l’appelait plus simplement un Masque-barrière.
Sans lui, un humain ordinaire aurait du mal à respirer, ne serait-ce qu’un peu, dans Narak.
Autrefois, les Veilleurs de Narak étaient eux aussi entrés et sortis de Narak en portant des Masques-barrières.
Raguel en enfila un, comme eux. Il dissimulait plus de la moitié de son petit visage.
Il s’enveloppa également d’une cape d’un blanc immaculé.
La Cape-barrière des esprits-démons protégerait sa peau de l’énergie démoniaque.
Ses préparatifs étaient presque terminés.
« Je suis prêt. »
La voix de Raguel était résolue.
« Alors, allons-y. »
Mapheltan souleva Raguel et plongea dans la vallée.
Le démon noir plana dans la gorge. Une lueur rouge le suivit, pareille à un mirage de chaleur.
D’innombrables cris et hurlements accueillirent Mapheltan.
Une quantité immense de malveillance convulsa à la vue des intrus.
* * *
Tout au fond de la gorge, sous terre, là où même la lumière de la lune ne parvenait pas, deux taches rouges clignotèrent.
C’étaient les yeux de Mapheltan.
Une lueur rouge sang fendit les ténèbres.
Il cherchait l’entrée de Narak.
Les alentours étaient noirs comme la nuit, mais cela ne posait aucun problème.
La vision d’un démon était plus perçante la nuit.
Mapheltan retroussa le coin des lèvres.
« Je l’ai trouvée. Zalkarin, viens par ici. »
Ils s’étaient séparés pour chercher l’entrée.
Zalkarin se contentait de regarder autour de lui, à distance, sans revenir auprès de Mapheltan.
Raguel dit d’une voix tremblante :
« J-je ne crois pas que Zalkarin puisse vous entendre. Il y a trop de bruit autour de nous. »
Après leur descente dans la gorge, les lamentations spectrales avaient redoublé de force. À présent, elles faisaient trembler le sol si violemment qu’il semblait prêt à s’effondrer.
Mapheltan claqua la langue.
« Ils piquent vraiment une crise. »
« … Qui ça ? »
« Les esprits maléfiques enterrés sous tes pieds. »
Les secousses venaient de ces créatures, qui grattaient et martelaient le plafond du mausolée.
Raguel eut la chair de poule et bondit en arrière, horrifié.
Pour un boiteux, il avait de sacrées capacités de saut.
« P-pourquoi se comportent-ils ainsi ? »
« Ils détestent la lune. C’est pourquoi, à chaque pleine lune, ils lèvent les yeux vers le ciel et entrent dans une rage pareille. »
La lune symbolisait le Grand Saint Marziel.
« … Le Grand Saint les a punis ? »
« En quelque sorte. Pour être plus précis, ce sont des êtres maudits par le Grand Saint. »
Raguel déglutit péniblement.
« S’ils ont provoqué la colère de la lune, ce sont les pires des pécheurs. Et nous sommes sur le point de les rencontrer. »
Mapheltan haussa les épaules.
« Tu le découvriras quand nous y serons. Qui sait ? Ils sont peut-être plus à plaindre que tu ne le penses. »
« Quoi ? À plaindre ? Qu’est-ce que vous voulez dire… »
« Découvre-le par toi-même et fais-toi ton opinion. »
Mapheltan tourna la tête.
Dans son champ de vision se dressait un arbre ancien à la forme grotesque.
Son tronc immense était tordu comme un corps pétrifié sous la torture, et son écorce était couverte de marques semblables à des ecchymoses.
Il n’avait ni branches ni feuilles.
Il ne restait que la base de l’arbre colossal.
C’était l’Arbre-Monde.
C’était aussi le portail vers la Première Zone de Narak.
Mapheltan contempla silencieusement l’arbre gigantesque.
Même réduit à sa base, l’Arbre-Monde était d’une taille écrasante.
Il dépassait largement les vingt mètres de haut, et sa largeur occupait une partie entière de la vallée.
Il devait vraiment toucher les nuages, il y a cinq cents ans.
C’était ainsi qu’il avait été décrit dans l’œuvre originale, et Mapheltan partageait entièrement cet avis.
Alors qu’il se perdait un instant dans ses pensées, Zalkarin s’approcha et prit la parole.
« Grande Fin, vous avez trouvé l’entrée ! »
« Apporte la clé. »
La créature sortit quelque chose d’un sac plus gros qu’elle.
« La voici. »
L’objet remis à Mapheltan était une dalle de bois.
On l’appelait communément la Dalle du cœur de bois.
C’était un artefact fabriqué en arrachant le cœur de bois de l’Arbre-Monde.
L’Arbre-Monde se souvenait encore de la douleur de ce jour-là.
À l’apparition de la Dalle du cœur de bois, une sève verte se mit à couler de l’écorce de l’Arbre-Monde.
On aurait dit qu’il versait des larmes de sang.
Sans s’en soucier, Mapheltan plaqua la Dalle du cœur de bois contre l’Arbre-Monde.
Aussitôt, la surface de l’arbre ancien se fendit.
Son écorce se plissa et se tordit en une forme bizarre.
Un visage hurlant apparut au centre de l’Arbre-Monde.
De la sève coulait tristement de ses paupières tombantes. Un cri strident jaillit de sa bouche béante.
Kiiiiiiiii──── !
Raguel se boucha aussitôt les oreilles.
C’était inutile.
Le cri terrible lui transperça les tympans et résonna dans son esprit.
Raguel s’effondra au sol, pris de panique.
« A-arrêtez. Je vous en prie, arrêtez. Arrêtez, je vous en supplie ! »
Le garçon sensible se mit à ressentir le chagrin et la douleur de l’Arbre-Monde.
Il n’avait jamais entendu un cri aussi désespéré de toute sa vie.
Il ne pouvait pas le supporter sans perdre la raison.
« Non, arrêtez. Ne pleurez plus. Je vous en prie, je vous en prie. »
À l’inverse, Zalkarin ne parvenait pas à contenir sa joie.
Ses yeux brillaient tandis qu’il jubilait.
« Pleure encore ! Souffre jusqu’à vomir du sang ! La Grande Fin te regarde ! Agenouille-toi devant elle et implore sa clémence ! »
Mapheltan éprouvait lui aussi du plaisir.
Lui aussi était un démon, et la souffrance des autres l’exaltait.
… Putain.
Mais il résista.
Il se mordit la langue et se griffa la poitrine.
S’il cédait à cette excitation, il aurait l’impression qu’il n’y aurait vraiment plus de retour en arrière.
Ça ne va pas.
Mapheltan s’empressa de soulever Raguel.
Il comptait quitter les lieux.
Il plongea aussitôt dans la bouche de l’Arbre-Monde.
Il pénétra dans la Première Zone de Narak, le Mausolée Moonshadow.
* * *
Une mélodie lugubre parvint à ses oreilles.
« Enfants qui errez dans la forêt, quand la lune pâle se lève, cachez-vous dans l’ombre de Mère. »
Raguel tourna la tête vers le son.
« Car des chasseurs se tapiront dans l’ombre de la lune, à l’affût de leur proie. »
La voix grotesque se rapprochait peu à peu.
« Ils vous prendront au piège dans des filets tressés avec des morceaux arrachés à Mère. »
Le garçon aveugle ne voyait rien.
« Ils vous arracheront vos larmes avec des broches taillées dans Mère. »
Dans les ténèbres absolues, la peur envahit lentement Raguel.
« Méfiez-vous, car ce sont des bêtes qui restent affamées même le ventre plein. »
La chanson se rapprochait de toutes parts.
Il n’y avait nulle part où fuir.
« Ce sont des voleurs aveuglés par la cupidité, qui dérobent notre forêt et notre souffle. »
Peu importe combien de fois il tournait la tête, les ténèbres impénétrables étaient tout ce qui accueillait le garçon aveugle.
« Avant qu’ils ne deviennent plus forts encore, affamons-les. »
Alors que Raguel s’apprêtait à hurler, la chanson s’interrompit brusquement.
Quelque chose de froid lui saisit la joue.
Raguel se figea, stupéfait.
Un cri, presque un hurlement, éclata juste devant lui.
« Veilleur de Narak ! Je sens l’odeur de ces choses détestables ! »
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