Chapitre 44
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 44 : Retrouvailles gênantes (3)
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L’espace autour de Johan trembla dans un grondement assourdissant. Le ciel nocturne se convulsa, comme si la mer recrachait un navire englouti, remonté des profondeurs.
On aurait dit qu’il vomissait quelque chose de trop gros pour lui.
Johan se raidit et leva les yeux.
Une brume noire s’élevait de l’espace déformé.
Impossible !
Une énergie démoniaque plus noire que le goudron. Si sinistre et familière que Johan la reconnut aussitôt.
C’était l’énergie démoniaque de Corne blanche.
« Merde ! »
Gawain était-il responsable ? Quoi qu’il en soit, il fallait l’arrêter.
Cette force qui tirait ne pouvait pas arracher Corne blanche de là.
Johan se tourna vers Gawain. Alors qu’il s’apprêtait à se précipiter vers lui, son visage se décomposa.
« Q-quoi ?! »
Du sang jaillit de tous les orifices de Gawain tandis qu’il était secoué de convulsions. Un hurlement atroce résonna dans les collines. La douleur devait être insupportable, car son corps s’effondra lentement.
Alors seulement, le grondement s’apaisa. L’espace déformé reprit sa forme normale et la nature retrouva son calme.
La brume qui s’échappait disparut elle aussi.
Malgré l’urgence, Johan se força à réfléchir.
Que faire, maintenant ? Abandonner Gawain et fuir ? Ou le soutenir et le mettre à l’abri ? Non, peut-être devrait-il lui couper le souffle sur-le-champ.
Gawain avait peut-être découvert son identité.
Des dizaines de pensées traversèrent l’esprit de Johan en un instant. Tandis qu’il cherchait la meilleure option, des cris retentirent derrière lui.
« Votre Altesse ! »
« Examinez son état ! Vite ! »
« Il nous faut un prêtre ! Demandez du renfort ! »
Plusieurs silhouettes armées passèrent devant Johan et coururent vers Gawain.
C’étaient tous des membres de la garde royale de Gawain.
En les voyant, Johan se sentit pris au piège.
Qu’avaient-ils remarqué ? Il était incapable de le dire.
Johan décida d’observer d’abord la situation.
Il resta immobile à regarder tandis qu’un chevalier qui examinait Gawain tournait les yeux vers lui.
Une chevalière aux longs cheveux noirs. L’écusson de la famille royale d’Artelga ornait la cuirasse de son armure.
Un lion aux griffes noires, brodé sur son armure, dévisageait Johan à ses côtés.
Son regard était d’une froideur glaçante.
Elle s’approcha lentement.
Johan soutint son regard, le visage impassible.
Il était tendu, mais n’en laissa rien paraître.
La distance entre eux se réduisit bientôt, et la chevalière s’arrêta devant lui.
Elle entrouvrit les lèvres.
* * *
Gawain était perplexe. Chaque fois qu’il s’approchait de Johan, les cris d’Espada s’arrêtaient brusquement. Plus il s’éloignait de Johan, plus la Lance sacrée se lamentait fort.
On aurait dit qu’elle sanglotait, le suppliant de ne pas partir.
Il ne comprenait pas pourquoi.
À moins que Johan ne possède Espada, cela aurait dû être impossible.
C’était pour cette raison qu’il avait fouillé le corps de Johan à plusieurs reprises.
Bien sûr, il n’y avait trouvé aucune trace d’Espada. Déjà, l’idée que quelqu’un puisse dissimuler une arme aussi imposante dans son corps était absurde.
Et puis, Johan n’avait pas l’air d’être du genre à cacher une Lance sacrée.
Ils n’avaient échangé que quelques mots, mais Gawain avait eu une bonne impression de lui.
Malgré son jeune âge, Johan était réfléchi et intelligent. C’était l’avis de Gawain.
Il avait le sentiment qu’un jour, une relation avec Johan pourrait lui être d’une grande utilité.
S’il en avait eu le temps, il aurait aimé discuter plus longuement avec lui.
Malheureusement, il avait quelque chose à faire.
Il devait retrouver Espada.
Au moment où il s’apprêtait à partir, Espada se remit à gémir.
Elle pleurait bien plus fort qu’avant.
Il ne pouvait pas simplement l’ignorer et s’en aller.
Au cas où, Gawain s’adressa à la Lance sacrée.
« Avant-garde qui transperce la malveillance et grave la justice, retourne au front. »
Aussitôt, les alentours volèrent en éclats. Le monde devant ses yeux se fragmenta comme un verre brisé, et l’espace qui l’enveloppait se tordit violemment.
Il n’avait jamais vécu pareille expérience.
Il avait simplement tenté d’invoquer la Lance sacrée, et voilà qu’un phénomène inconnu se produisait.
Son cerveau palpitait comme s’il brûlait.
Une douleur brûlante et terrible le saisit de la tête aux pieds.
On aurait dit un avertissement silencieux lui intimant de ne pas s’approcher davantage de l’inconnu.
Gawain ne pouvait pas ignorer cet avertissement.
Il cessa aussitôt d’appeler la Lance sacrée et supporta le châtiment qui s’ensuivit.
Des flots de sang jaillirent de son corps.
Incapable de rester conscient, il s’effondra.
* * *
La chevalière en armure s’arrêta devant Johan.
Ses yeux perçants et son menton pointu lui donnaient une allure froide.
Elle dévisagea Johan. Plus exactement, il eut l’impression qu’elle le dévisageait.
Johan s’éclaircit la gorge, mal à l’aise. La chevalière prit la parole.
« Êtes-vous blessé ? »
Il ne s’était pas attendu à cette question.
La garde royale n’avait apparemment rien remarqué. Ses membres pensaient simplement que Gawain avait de nouveau perdu le contrôle, comme la veille.
Une chance inespérée.
« Je vais bien. Mais qu’en est-il de Son Altesse ? »
« Ses jours ne sont pas en danger. »
Difficile de dire si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle.
Si Gawain avait découvert Corne blanche, c’était une mauvaise nouvelle. Sinon, c’en était une bonne.
Pourquoi Gawain s’était-il retrouvé dans cet état ? Johan ne pouvait pas en être sûr, mais il pouvait avancer une hypothèse.
Il a probablement eu un problème en essayant de récupérer la Lance sacrée.
La prière de Gawain contenait clairement le mot « retourne », et l’anomalie s’était produite dès qu’il avait fini.
Même si cette hypothèse était juste, deux questions cruciales restaient sans réponse.
D’abord, pourquoi Gawain avait-il récité une prière pour récupérer la Lance sacrée auprès de Johan ? Johan pouvait à peu près répondre à cette question.
… Il a instinctivement senti l’odeur de la Lance sacrée émanant de moi.
Il ferait mieux d’éviter Gawain jusqu’à ce qu’il ait réglé le problème de la Lance sacrée.
Ensuite, quelle était la véritable raison de l’effondrement de Gawain ? Ce grand gaillard n’aurait pas pu se retrouver à moitié mort uniquement parce qu’il avait échoué à récupérer la Lance sacrée et en avait subi le contrecoup.
Il devait y avoir une autre cause.
Pour l’instant, il n’avait aucun moyen d’en trouver la réponse.
Heureusement, une chose était devenue claire.
Fiche le camp d’ici au plus vite.
Une fois hors de vue de Gawain, il devait d’abord s’occuper de la Lance sacrée fichée dans Corne blanche.
Lorsqu’ils se reverraient, il ne fallait surtout pas que la même chose se reproduise.
S’il parvenait à retirer la Lance sacrée, il pourrait faire l’innocent au sujet de cette journée.
Johan savait ce qu’il avait à faire.
« Je suis soulagé qu’il soit sain et sauf, mais nous ne devons pas baisser la garde. Emmenez vite Son Altesse. Il semble avoir besoin de soins de toute urgence. »
« Nous avons déjà demandé du renfort. Un prêtre arrivera bientôt, ne vous inquiétez donc pas trop. »
« Je vois. Je vais donc prendre congé. Veuillez bien veiller sur Son Altesse. »
Johan s’empressa de partir, mais la chevalière l’arrêta.
« Veuillez patienter. »
« Pourquoi ? »
« J’ai quelques questions à vous poser. Je vous prie de coopérer. Je suis Yuri Jrael, chevalière de la garde royale. »
Yuri Jrael. Elle était apparue à plusieurs reprises dans l’œuvre originale.
Merde. Évidemment qu’ils n’allaient pas laisser passer ça.
Le prince s’était effondré, et Johan était le seul encore debout. La garde royale n’avait pas d’autre choix que de l’interroger.
Dissimulant son impatience, Johan répondit aussi calmement que possible.
« Je suis Johan Myatro. Je coopérerai. »
« Merci. Tout d’abord, quel est votre lien avec Son Altesse ? »
C’était une question de pure forme. La chevalière Yuri savait forcément que Johan et Gawain ne s’étaient jamais rencontrés auparavant.
« Nous nous sommes rencontrés pour la première fois aujourd’hui. »
« Je vois. De quoi discutiez-vous ? »
« Je suis désolé. C’était une affaire délicate, je ne peux pas la révéler sans l’autorisation de Son Altesse. »
Il suffisait de mentionner le comte Staviana pour alimenter toutes sortes de rumeurs.
« C’est nécessaire à l’enquête. »
« Je ne souhaite pas mettre Son Altesse en difficulté sur le plan politique. »
Yuri jeta un regard derrière elle, comme pour vérifier la réaction de ses compagnons.
Puis elle se tourna vers Johan et baissa la voix.
« … Vous parliez peut-être d’un aigle ? »
L’aigle était le symbole de la Maison Staviana.
« Son Altesse m’a dit de me méfier. De l’aigle. »
« Cela répond à ma question. J’en ai une dernière. Comment Son Altesse s’est-elle retrouvée dans cet état ? »
« Tout à coup, il a semblé voir des choses. Comme hier, il a perdu le contrôle… Non. Ce serait irrespectueux envers Son Altesse. »
Yuri ne réagit pas. Elle resta longtemps plongée dans ses pensées.
Ce ne fut qu’après un moment qu’elle reprit la parole.
« Sir Johan, puis-je vous demander une faveur ? »
Johan avait une vague idée de ce qu’elle allait dire.
Il fit pourtant semblant de ne pas savoir.
« Je vous écoute, puis je déciderai. »
Yuri hocha la tête.
« Je vous prie de garder le secret sur ce qui s’est passé aujourd’hui. »
« Ce qui s’est passé aujourd’hui… ? »
« La crise de Son Altesse. »
Exactement ce qu’il avait prévu.
Si la nouvelle se répandait que Gawain avait perdu le contrôle deux jours de suite, il ne pourrait plus rester dans le royaume.
On risquait même de l’envoyer dans l’Empire.
En tant que chevalière loyale à Gawain, Yuri devait empêcher cela à tout prix.
« Si c’est tout ce que vous me demandez, n’ayez crainte. Je n’avais pas l’intention d’en parler. »
Elle inclina légèrement la tête.
« Je vous remercie sincèrement de votre bienveillance, Sir. L’enquête est terminée. »
Yuri semblait croire que toute cette affaire était due à la crise de Gawain. Au lieu de mener une enquête approfondie, elle paraissait surtout désireuse d’y mettre fin au plus vite.
Quelle qu’en fût la raison, Johan s’en réjouissait.
Il déclara :
« Je vais donc prendre congé. »
« Faites bon voyage. Corne blanche n’a pas encore été capturé. »
« Je n’oublierai pas. »
Après de brefs adieux, Johan prit la direction du village des charbonniers itinérants.
* * *
Les démons capturés dans la Formation de scellement du pouvoir sacré n’étaient pas exécutés sur-le-champ. On les emmenait ailleurs et on les rassemblait en un seul endroit afin d’enquêter sur leurs éventuels liens avec Corne blanche.
D’innombrables convois transportant des démons se dirigeaient vers le centre de la formation de scellement.
Dans l’un d’eux, une boule de poils rouges qui était un petit démon marmonna :
« Me voilà traité comme de vulgaires Esprits maléfiques inférieurs sans nom. Savent-ils seulement qui je suis ? »
Les démons enfermés dans la même cage ricanèrent.
« Ha ha ! Un nom ? Tu as un nom, toi ? »
« Voyons… Bite-de-rat. Oui, ce bâtard doit s’appeler Bite-de-rat. »
« Un nom qui lui va bien, pour un truc aussi petit qu’une bite de rat. »
Le petit démon trembla sous leurs moqueries.
« Si vous connaissiez ma véritable identité, vous n’oseriez pas ouvrir la bouche. »
Les insultes fusèrent de toutes parts.
« Je te le dis, ta véritable identité, c’est Bite-de-rat ! Si tu veux jouer les durs, reviens quand tu seras adulte ! »
« Même adulte, ce ne sera qu’une boule de poils. À quoi ça peut bien servir ? »
« Ça pourrait séduire une ou deux filles. Parfait pour en faire du tricot. »
N’y tenant plus, le petit démon cria :
« J’ai été choisi par la Grande Fin ! Quand j’aurai réussi son épreuve, je deviendrai l’avant-garde des méfaits ! »
Un silence soudain tomba.
Tous les regards de la cage se tournèrent vers le petit démon.
S’était-il mal exprimé ? À peine le regret commençait-il à l’envahir que des éclats de rire retentirent tout autour de lui.
« Un Apôtre ?! La Grande Fin a dit qu’elle allait se servir de toi pour tricoter ?! »
« Il y a encore des Apôtres, à notre époque ? »
« Il y en a un ! Ce minable qui s’est fait battre par un humain ! »
« Ah ! Le jeune qui s’est fait transpercer par une lance et est tombé dans une vallée ? »
Les insultes contre l’Apôtre se poursuivirent, et le petit démon bondit sur ses pattes.
« Comment osez-vous parler ainsi devant la main droite de la Grande Fin ?! »
Ses poils rouges se mirent à vaciller comme les flammes d’une bougie. De l’énergie démoniaque s’en échappa.
Un démon de chair vert sombre, face à lui, retroussa les lèvres.
Les innombrables yeux incrustés dans son corps se plissèrent en croissants.
Un sourire écœurant, visqueux.
« La main droite de la Grande Fin ? Je vais te la briser. »
Le démon projeta un tentacule vert sombre vers le petit démon.
Juste avant qu’il n’atteigne les poils rouges, le monde se figea.
Un froid intense enveloppa tout.
Comme si le temps et l’espace eux-mêmes s’étaient immobilisés, tout ce qui les entourait s’arrêta.
Le convoi, qui avançait, fut cloué sur place.
Naturellement, le tentacule ne put plus s’allonger.
Une seule chose bougeait.
Quelqu’un longeait le convoi à pied.
Une jeune fille aux cheveux argentés, vêtue d’un manteau de fourrure blanc immaculé. Elle seule se déplaçait librement dans ce monde gelé et bleu.
D’une voix douce, elle s’adressa aux démons :
« Votre conversation est intéressante. Laissez-moi me joindre à vous. Que disiez-vous au sujet de l’Apôtre ? »
La jeune fille s’approcha lentement et s’arrêta devant la cage.
Le démon de chair ouvrit et referma la bouche.
Aucun son n’en sortit. Il faisait si froid que même sa voix semblait gelée.
« Oh, on dirait que tu as du mal à répondre. Tant pis. Hoche simplement ton tentacule. Tu as bien dit que l’Apôtre était un jeune imbécile, un minable, n’est-ce pas ? »
Le tentacule vert sombre, qui visait le petit démon, s’agita brièvement de haut en bas.
C’était une confirmation.
La jeune fille sourit des yeux.
« J’aime ton honnêteté. Je te laisserai mourir en paix. »
Tous les yeux du démon de chair se remplirent d’effroi.
Au même instant, la jeune fille fit claquer légèrement son index.
La cage gelée explosa. Les démons à l’intérieur furent réduits en morceaux. Des éclats de glace volèrent dans toutes les directions.
Seul le petit démon terrifié survécut. Ses poils rouges étaient raides de gel.
La jeune fille entra dans la cage et le regarda.
« Tu as reçu l’épreuve de l’Apôtre ? »
La boule de poils rouges trembla.
« Sais-tu où il se trouve actuellement ? »
Le petit démon agita sa fourrure de haut en bas.
« Si tu mens, tu ne mourras pas en paix. »
Sa fourrure continua de trembler frénétiquement.
« Je te crois. Guide-moi. »
Ilea sourit doucement.
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