Chapitre 40
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 40 : Confusion
──────
Dans l’obscurité épaisse, Johan restait immobile, hébété. Une foule de pensées lui traversaient l’esprit.
Qu’est-ce que je suis censé faire, bordel… ?
Le soleil s’était couché et Johan n’allait pas tarder à se transformer en démon.
Une foule de gens assisterait à sa transformation.
Johan ne pouvait en laisser aucun en vie. Pour survivre, il devrait tuer des innocents.
La nausée lui monta à la gorge.
Il ne pouvait pas se résoudre à se couvrir les mains de sang.
Depuis qu’il habitait ce corps, il avait participé directement ou indirectement à plusieurs meurtres, mais il ne pouvait pas se résoudre à en commettre un pareil.
Les gens devant lui étaient innocents, opprimés et sans défense. Ils s’étaient même montrés bons avec lui.
Dès qu’il les massacrerait, Johan perdrait définitivement son humanité.
Il passerait le reste de sa vie en démon cruel.
Johan se prit la tête à deux mains.
« … Putain. »
S’il ne voulait pas renoncer à son humanité, il devait laisser les témoins en vie.
Un jour, il risquait de payer cette décision de sa vie.
En serait-il capable ? Pour être honnête, il n’en savait rien. Il n’avait ni la résolution de massacrer tous les colons qui défrichaient le feu devant lui, ni celle de laisser des témoins derrière lui et de partir.
Pris dans un dilemme atroce, il n’arrivait pas à se décider.
Il avait l’impression que son crâne allait éclater.
Alors qu’il restait là, incapable de bouger, quelqu’un s’approcha prudemment de lui.
« M-mon seigneur, est-ce que tout va bien ? »
C’était le vieil homme qui avait pris soin de Johan.
Johan se tourna brusquement vers lui, le visage empreint de peur.
À l’idée qu’il pourrait devoir tuer le vieil homme, Johan se mit à trembler.
« Votre humble serviteur vous aurait-il offensé d’une quelconque manière… ? »
Perplexe face au comportement de Johan, le vieil homme s’inclina profondément.
C’était une manière de traiter avec les nobles qu’il avait apprise avec l’expérience.
Plutôt que de chercher à comprendre la raison de leur humeur et de risquer de les irriter, mieux valait baisser la tête ainsi : en général, cela donnait de meilleurs résultats.
Le comportement du vieil homme prit Johan au dépourvu.
Il ne percevait chez lui aucune émotion comme la peur ou l’effroi.
C’était pareil lorsqu’il regarda autour de lui.
Les gens qui observaient Johan n’exprimaient que de la méfiance et de la confusion. Ils n’éprouvaient ni peur ni dégoût envers les démons.
C’était étrange.
Le soleil s’était couché, il aurait donc dû se transformer en démon. Du point de vue des colons, ils auraient dû en découvrir un parmi eux, sans prévenir.
Au minimum, ils auraient dû pousser des cris.
Pourtant, il n’y avait pas le moindre remue-ménage.
Quoi… ?
Johan examina aussitôt ses paumes.
Elles n’étaient pas noires. Il ne voyait que sa peau pâle et ses petits doigts.
Quand il toucha son visage, il ne sentit que la douceur de sa peau.
Aucune carapace aussi dure qu’une armure.
Ce n’était pas un corps de démon.
Le choc se répandit dans tout son corps, comme s’il venait d’être frappé par un marteau.
Johan resta là, hébété, un long moment.
* * *
Dès qu’il reprit ses esprits, Johan retourna à la cabane.
… Je ne me suis pas transformé en démon.
Même si le soleil s’était couché, il était toujours humain.
Depuis qu’il habitait ce corps, rien de pareil ne s’était produit.
Quelle pouvait en être la raison ? Une possibilité lui vint aussitôt à l’esprit.
Le corps démoniaque est-il mort ?
Il avait été transpercé par la Lance sacrée Espada et était mort.
C’était tout à fait possible.
La Lance sacrée Espada laissait aux démons des blessures permanentes et brûlait sans relâche leur corps grâce à une concentration élevée de pouvoir sacré.
Cette terrible relique sacrée était restée fichée dans le corps de Johan jusqu’au bout.
Aussi robuste qu’un démon puisse être, il lui serait difficile d’éviter une blessure mortelle. Il ne serait pas étonnant qu’il soit mort.
Cette idée fit naître en lui un faible espoir, mêlé à une légère inquiétude.
Est-ce que je pourrai vivre en humain, désormais ?
L’espoir de ne plus avoir à feindre le mal et l’inquiétude quant à ce qui l’attendait se déversèrent en lui d’un seul coup.
L’idée de ne plus devoir se comporter en démon était assurément réjouissante.
Le problème, c’était la suite.
Alors que sa survie immédiate était incertaine, pourrait-il se préparer à la Fin imminente dans le corps d’un jeune humain ?
Johan en doutait. Bien sûr, il y avait peut-être un moyen, mais la tour qu’il avait bâtie jusque-là s’effondrerait à coup sûr.
Il devrait reprendre tous ses plans depuis le début.
Et ce n’était pas tout.
Sa relation avec Ilea était elle aussi menacée.
La Sorcière s’intéressait certainement à Johan parce qu’il était un démon. Si le Johan démoniaque avait disparu, il ne pouvait exclure qu’elle change complètement d’attitude à son égard.
Selon la situation, il pourrait devoir supporter l’hostilité d’Ilea.
C’était un poids énorme.
Le contrat qu’ils avaient conclu posait également problème.
Aux termes du contrat, Ilea devait protéger Johan.
Elle avait passé contrat avec Johan sous sa forme démoniaque. Si le Johan démoniaque était mort, elle risquait de payer le prix de son incapacité à respecter le contrat.
Autrement dit, Ilea était peut-être déjà morte.
Bien sûr, cette hypothèse ne tenait que si le Johan humain et le Johan démoniaque étaient deux êtres distincts.
Si les deux étaient considérés comme un seul et même être, Ilea ne mourrait pas, même si le Johan démoniaque avait péri.
Après tout, Johan, sous sa forme humaine, était toujours en vie.
Johan ravala un gémissement.
Rien n’était certain.
Pour commencer, il ignorait même si le Johan démoniaque était mort ou vivant.
Est-ce que je devrais d’abord retrouver Ilea ?
Si elle était morte…
À cette pensée, Johan fronça les sourcils.
Une étrange sensation d’oppression le saisit. Imaginer la mort d’Ilea le mettait mal à l’aise.
Était-ce parce qu’il regrettait de perdre l’occasion d’utiliser les pouvoirs de la Sorcière, ou parce qu’il s’était attaché à elle, d’une manière ou d’une autre ? Johan n’en savait rien.
Il poussa un long soupir.
Pour l’instant, bougeons.
À rester assis là à s’inquiéter toute la journée, il n’obtiendrait aucune réponse.
Pour résoudre les problèmes auxquels il avait pensé, il lui fallait davantage d’informations et de preuves.
Johan fit aussitôt appeler le vieil homme.
« Pourrais-je voir votre petit-fils ? »
« Bien sûr, mais pour quelle raison… ? »
« Votre petit-fils m’a sauvé, alors j’aimerais le récompenser. J’ai aussi quelques questions à lui poser. »
« Dans ce cas, je vais le faire venir tout de suite. Toutefois, mon petit-fils est encore jeune et sans instruction ; il risque de vous offenser. Je vous prie de lui pardonner, mon seigneur. »
Le vieil homme alla jusqu’à s’incliner devant Johan pour lui témoigner son respect. Même en tenant compte de sa façon de traiter les nobles, c’était excessif.
À bien y réfléchir, il avait toujours été ainsi.
Le vieil homme avait témoigné beaucoup de bienveillance à Johan dès le début, alors qu’ils venaient à peine de se rencontrer.
Johan en comprit la raison après un bref instant de réflexion.
L’Œil du Grand Saint.
À cause de la Sainte Relique implantée en lui, tout humain qui croisait son regard éprouvait une grande bienveillance à son égard.
C’était un pouvoir extrêmement utile.
La bienveillance d’une personne pouvait parfois valoir une fortune, et Johan pouvait tirer parti de cet avantage sans trop d’efforts.
Les démons le haïraient pour cela, bien sûr, mais au vu des avantages de la Sainte Relique, c’était un prix qu’il pouvait accepter de payer.
Dissimulant sa satisfaction, Johan répondit :
« Ne vous inquiétez pas. Faites-le venir, je vous prie. Je ne suis pas du genre à m’attacher aux convenances. »
Le vieil homme lui répondit avec un sourire détendu.
« Alors, veuillez patienter un instant. Je vais le chercher. »
* * *
Peu après le départ du vieil homme, un petit garçon crasseux s’approcha de la porte de la cabane.
Même si c’était chez lui, il n’osait pas entrer.
Il resta dehors, hésitant, tout en surveillant l’humeur de Johan.
Johan lui dit :
« C’est chez toi. Pourquoi restes-tu là ? Entre. »
Ce n’est qu’alors que le garçon s’approcha lentement de Johan.
« P-pardon. »
À peine entré dans la cabane, il tomba à genoux et baissa la tête. Il n’osa même pas croiser le regard de Johan.
Il semblait éviter délibérément ses yeux.
Johan trouva son attitude étrange, mais ne lui demanda pas pourquoi.
« Je devrais d’abord te remercier. Merci d’avoir pris soin de moi. Sans toi, j’aurais pu finir dévoré par des bêtes ou tomber entre les mains de bandits. Je te récompenserai généreusement. »
Le garçon se contenta de baisser encore la tête sans répondre. Son corps tremblait par moments.
Johan reprit :
« Tu n’as pas l’air à l’aise ici. Je vais aller droit au but. J’ai quelques questions à te poser. »
« J-je répondrai sincèrement. »
« Comment t’appelles-tu ? »
« Je m’appelle Raon. »
« Très bien, Raon. As-tu remarqué quelque chose d’inhabituel près de la rivière où tu m’as trouvé ? »
« Quelque chose d’inhabituel… ? »
« Le cadavre d’une créature étrange, une énorme lance, un miroir aussi grand qu’une personne, par exemple. N’importe quoi. As-tu vu des objets ou des phénomènes que tu n’avais jamais vus auparavant ? »
Il parlait du cadavre du Johan démoniaque, de la Lance sacrée Espada et de l’exemplaire original du chapitre treize du Livre sinistre, dans cet ordre.
« Je suis désolé, mais je n’ai rien trouvé de tel. Le sac, là-bas, était le seul bagage que vous aviez, mon seigneur. »
Le garçon désigna un coin de la pièce.
Le sac à dos de Johan s’y trouvait.
« J-je ne l’ai pas ouvert. »
« Il n’y avait rien d’important à l’intérieur, mais tu as bien fait. Tu es un enfant bien élevé, à bien des égards. »
« Non. Je suis seulement désolé de ne pas avoir pu vous aider. »
Johan secoua la tête.
« Tu en as déjà fait assez. J’ai une dernière question. Sais-tu lire une carte ? »
« Mon oncle chasseur me l’a appris, alors j’en connais un peu. »
« Parfait. »
Sur ces mots, Johan sortit une grande carte de son sac à dos.
« Peux-tu me montrer où tu m’as trouvé ? »
Le garçon se mit à examiner attentivement la carte.
Au bout d’un moment, il posa l’index sur un point.
« C’était par ici. »
Johan claqua la langue.
Je suis toujours à l’intérieur de la Formation de scellement du pouvoir sacré.
Après que Gawain l’avait frappé et qu’il était tombé dans la rivière, il avait dû s’arrêter sur la berge, non loin de là.
Autrement dit, cet endroit se trouvait dans la zone de recherche de l’Église du Grand Saint.
Ils pouvaient arriver dans ce village à tout moment.
Johan demanda :
« Et ce village, où se trouve-t-il ? »
Le garçon fit glisser son index sur la carte et désigna un point.
« Ici. »
Johan fronça les sourcils.
« Tu es sûr que c’est bien là ? »
« Oui. »
Ce village se trouvait à au moins quinze kilomètres de la berge où Johan s’était effondré.
« Tu m’as porté jusque-là ? »
Le garçon devant lui était minuscule. Il semblait avoir à peu près l’âge de Johan, mais sa constitution était bien plus frêle.
Ce garçon chétif n’aurait pas pu porter Johan sur quinze kilomètres.
Pas en quelques heures seulement.
« Réponds-moi. Est-ce vraiment toi qui m’as déplacé ? »
« O-oui. »
Le garçon répondit d’une voix tremblante, la tête basse.
« Tout seul ? »
« Eh bien… »
Johan le fixa un moment avant de parler.
« Relève la tête. »
Le garçon redressa le haut du corps, mais évita toujours le regard de Johan.
« Regarde-moi dans les yeux. »
Le garçon n’arrivait pas à soutenir le regard de Johan. Il promena les yeux autour de lui, anxieux, puis les baissa de nouveau.
Johan trouva cela étrange et lui saisit aussitôt le menton pour lui relever la tête. Ce n’est qu’alors que leurs regards se croisèrent.
Johan demanda :
« C’est vraiment toi qui m’as porté tout seul ? »
Dès qu’il eut fini sa question, le visage du garçon se déforma brusquement.
Une voix inconnue s’échappa de sa bouche.
« Ah, ah ! Je ne veux pas regarder tes yeux. Ça me donne envie de te défier et de te mettre en pièces. »
Ce n’était pas la voix du garçon.
Contrairement à tout à l’heure, ce n’était qu’un cri atrocement désagréable.
Surpris, Johan lâcha le menton du garçon.
Au même instant, les yeux du garçon perdirent leur couleur. Comme de l’encre qui se répand dans l’eau, des ténèbres d’un noir de jais recouvrirent le blanc de ses yeux.
« Ô Grande Fin ! Permets à cette vile créature de t’arracher les yeux ! »
La main du garçon se tendit lentement vers Johan.
Elle visait l’Œil du Grand Saint.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>