Chapitre 37
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 37 : Scribe du Livre sinistre (2)
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Après avoir quitté le château du seigneur, Johan chevaucha toute la journée. Après le coucher du soleil, il vola jusqu’à frôler l’effondrement.
Au prix d’un immense effort, il atteignit son objectif.
Il avait complètement quitté le territoire de Myatro.
Ça devrait suffire.
Il n’avait plus la force de bouger.
Il devait se reposer.
Quelque part au sud-ouest, Johan s’installa parmi les ruines d’un vieux château.
Adossé à un pilier de pierre à moitié détruit, il déplia une carte.
J’ai parcouru un sacré bout de chemin.
Il se trouvait déjà à plusieurs centaines de kilomètres du château du seigneur.
Il essaya de déterminer sa position exacte, puis renonça.
Il y avait quelque chose de ridicule à voir un démon noir comme la nuit étudier minutieusement un bout de papier.
Johan poussa un long soupir et leva les yeux vers le ciel nocturne.
« Au moins, la vue est belle. »
Des étoiles parsemaient l’immense voile de la nuit. On aurait dit des bijoux éparpillés sur du papier noir.
Le spectacle était d’une beauté incomparable, mais Johan n’éprouvait rien.
Il préférait le ciel brumeux, sans la moindre étoile. Les jours où il prenait les objets artificiels dérivant dans l’espace pour des étoiles lui manquaient.
Il voulait rentrer chez lui.
Un sourire amer lui échappa.
Il n’avait pas assez de temps pour se préparer à affronter Kaiaje, et pourtant, le voilà qui s’abandonnait à de telles pensées. Il devait être épuisé mentalement.
C’était normal. Depuis qu’il avait pris possession de ce corps, il n’avait pas dormi correctement une seule fois.
Une fois cette affaire réglée, Johan décida de se reposer une journée entière.
Cela arriva à cet instant fugace où il relâcha sa vigilance.
Le sol trembla à plusieurs reprises.
Les étoiles dans le ciel nocturne se mirent à vaciller, elles aussi.
Le ciel et la terre frémissaient comme s’ils luttaient pour contenir une existence insoutenable.
Johan se redressa brusquement.
Ses yeux rouges se fixèrent sur l’horizon.
Un petit point entra dans son champ de vision.
« Déjà… ? »
Quand il s’en aperçut, il était trop tard.
Cette présence écrasante se trouvait déjà juste devant lui.
La bourrasque arriva un instant plus tard.
Les derniers piliers et les décombres du château en ruine furent projetés dans toutes les directions.
Johan fut emporté à son tour et s’écrasa contre un mur du château.
Du sang noir jaillit de sa bouche.
Hum… Il haleta.
Son corps glissa le long du mur et s’effondra au sol.
Au même instant, une voix majestueuse, semblable au rugissement d’une bête sauvage, retentit.
« Je suis venu voir la Treizième Fin. Conduis-moi à elle. »
Une gigantesque bête magique se dressait devant Johan.
Son corps massif recouvrait le ciel nocturne et était aussi grand qu’une forteresse. Ses ailes s’étendaient jusqu’à l’horizon.
Sa crinière noire comme la nuit ondoyait comme si elle était vivante.
Ses yeux rouge sombre brillaient d’un éclat féroce.
C’était Kaiaje, l’Archidémon Scribe du Livre sinistre, dont le corps était celui d’un lion noir et les ailes celles d’un aigle.
Sa majesté écrasante opprimait le ciel et la terre.
Johan gémit sous cette pression.
… Il est encore plus terrifiant que Beris.
Même un Apôtre divisé en dix morceaux ne pouvait rivaliser avec l’Archidémon qui lui faisait face.
D’après l’œuvre originale, les démons dont le rang dans le Royaume inférieur se comptait en dizaines dégageaient une présence d’une tout autre nature.
Cette description n’avait rien d’exagéré.
Tandis que Johan grimaçait sous la pression, Kaiaje frappa le sol du pied.
La terre trembla comme si elle allait se briser.
« Petit démon, tu ne m’entends pas ? »
Johan ne protesta pas : il n’était pas un petit démon.
Pour Kaiaje, un petit démon et un jeune démon devaient se ressembler comme deux gouttes d’eau.
Peut-être agacé par le silence de Johan, Kaiaje poussa un rugissement tonitruant.
Johan eut l’impression que ses tympans allaient éclater.
Il reprit son souffle.
S’il me prend de haut, c’est fini.
Kaiaje était un démon qui ne jurait que par la force et la violence. Dès que Johan serait catalogué comme faible, même un Apôtre deviendrait une proie.
Il devait agir et montrer qu’on ne pouvait pas le prendre à la légère.
Il avait un modèle parfait à imiter.
L’Apôtre Beris.
Johan se remémora la façon dont Beris parlait et se comportait avec les êtres inférieurs.
Le plus arrogant possible. Avec une assurance à fendre les cieux.
Beris avait fini par tomber à cause de cette arrogance, mais c’était le moment d’adopter une telle attitude.
Johan soutint le regard de Kaiaje.
Luttant contre la pression, il parvint à peine à ouvrir la bouche.
« … Quelle insolence. Aux pieds de qui crois-tu te tenir pour ouvrir cette gueule puante ? »
Le silence retomba aussitôt.
Sans dire un mot, Kaiaje fixa Johan.
Un échange de regards tendu s’ensuivit.
Johan fut saisi par l’envie de tordre tout son corps.
Mais il ne bougea pas d’un cil.
Le premier à parler ou à bouger perdrait.
Du moins, c’était ainsi que Johan voyait les choses.
Le silence se prolongea un bon moment.
Kaiaje bougea le premier.
Il se mit à gratter le sol de sa patte avant.
Le geste était incompréhensible.
Il trace une Formation corruptrice ?
Il préparait peut-être une malédiction.
Johan était tendu, mais ne bougea pas. Il se contenta de regarder Kaiaje d’un air parfaitement détendu.
Un instant plus tard, Kaiaje recula de quelques pas.
Des lettres avaient été gravées dans le sol.
Quand Johan les lut, un rire creux lui échappa.
─ Accorde-moi la permission de parler.
Son stratagème avait fonctionné.
Kaiaje n’ouvrait plus sa gueule puante à la légère.
Il témoignait d’un certain respect envers un Apôtre.
Mais cela ne suffisait pas.
Une permission ? On dirait plutôt un ordre.
Selon la façon de l’entendre, le ton était autoritaire.
Johan fronça les sourcils.
« Insolent. Commence par te mettre à ma hauteur. »
Kaiaje dominait Johan du regard. Vu sa taille, c’était inévitable, mais Johan ne pouvait pas le tolérer.
Il jouait le rôle d’un Apôtre arrogant.
Beris trouverait cette situation insultante.
Kaiaje gronda à voix basse. On aurait dit de la lave en ébullition.
Il était furieux.
Johan prit la parole.
« Tu as beau être intelligent, tu n’es qu’une bête. Quelle déception. »
Crac. Crac.
Le grincement de ses dents résonna.
Johan claqua la langue et détourna le regard.
Au même moment, Kaiaje abaissa lentement son corps.
Ses immenses ailes retombèrent au sol et son ventre toucha la terre.
Une bête aussi grande qu’une forteresse s’allongea devant Johan.
Leur regard n’était toujours pas à la même hauteur, vu la taille colossale de Kaiaje, mais cela ferait l’affaire.
Johan ouvrit la bouche.
« Tout chez toi est lamentable. Je n’ai même pas envie de te corriger. Mon temps est précieux ; expose brièvement tes affaires, puis va-t’en. »
Une lueur de rivalité passa dans les yeux rouge sombre de Kaiaje. Il ne pouvait accepter qu’un jeune Apôtre dépourvu de la moindre dignité lui parle ainsi.
Il ne voulait pas baisser la tête.
Archidémon depuis mille ans, il voulait montrer au petit démon devant lui l’abîme qui les séparait.
Malgré son envie, Kaiaje ne pouvait agir à la légère.
Tout était dans l’attitude de Johan.
Une assurance proche de l’arrogance, un calme inexplicable et un regard qui méprisait les êtres inférieurs. Chacune des paroles et des actions du jeune Apôtre dégageait une aura semblable à celle des douze autres Apôtres.
Kaiaje promena son regard sur tout le corps de Johan.
Il le dévisageait avec une insolence extrême.
Johan réfléchit.
Je devrais lui faire remarquer ?
Vu son attitude jusque-là, il aurait dû se mettre en colère.
Aucun Apôtre n’aurait toléré le comportement de Kaiaje.
Mais Johan n’était pas un Apôtre. Plus exactement, il n’avait pas conscience d’en être un.
Il n’était qu’un acteur ; il n’avait donc pas le choix et devait peser le moindre de ses gestes.
Si je le provoque davantage, il pourrait recourir à la force.
Cette pensée lui traversa l’esprit et Johan claqua la langue.
Si un acteur ne parvenait pas à se glisser dans son rôle, le public finirait forcément par comprendre que tout n’était que du cinéma.
Pour Johan, l’essentiel était que personne ne découvre sa véritable nature.
Comme il avait joué au démon depuis qu’il avait pris possession de ce corps, il n’avait plus qu’à imiter un Apôtre.
Jusqu’ici, ne s’en était-il pas mieux tiré que quiconque ? Il avait caché sa faiblesse, dissimulé son identité et joué le rôle d’un véritable démon.
Désormais, il jouerait celui d’un Apôtre.
« Insolent. »
Johan balança le bras. Ses longues griffes rouges effleurèrent les yeux de Kaiaje.
Elles ne laissèrent pas la moindre égratignure.
Kaiaje gronda à voix basse et baissa les yeux.
« Si tu n’as rien à faire ici, disparais. »
Dès que Johan eut fini de parler, Kaiaje se redressa lentement.
La bête debout sur ses deux pattes arrière était assez grande pour masquer le ciel nocturne.
Il va attaquer ?
Johan était quelque peu tendu. Il n’avait aucun moyen de lui tenir tête.
Même en utilisant les reliques prises dans les Archives interdites, il ne pourrait que gagner une occasion de s’échapper.
Je n’ai pas eu assez de temps pour me préparer.
La situation était imprévue ; Johan devait donc surmonter cette crise grâce à son seul instinct et à sa vivacité d’esprit.
Alors qu’il s’apprêtait à sortir une relique de son sac à dos, Kaiaje prit la parole.
« J’ai quelque chose à te proposer. »
Kaiaje saisit le vide de ses deux pattes avant.
Un spectacle étrange se produisit.
Kaiaje déchirait le ciel nocturne comme une feuille de papier.
Une fissure rouge sang s’ouvrit dans l’air, telle une blessure.
Johan soupira intérieurement, soulagé.
Ça s’est bien passé.
Une plaque de verre de la taille d’un homme tomba de la fissure.
Kaiaje parla.
« Le treizième chapitre du Livre sinistre : le livre de la Tromperie et du Chaos. »
La plaque de verre rectangulaire atterrit à la verticale devant Johan.
Des lettres noires étaient inscrites sur sa surface transparente.
─ Ô Mal absolu, lève la tête. Chantons la Treizième Fin.
D’autres phrases y étaient consignées, mais l’attention de Johan se détourna des inscriptions.
Un miroir ?
Le verre reflétait l’apparence de Johan.
Le démon avait disparu.
À sa place se tenait un jeune garçon.
… Pourquoi, alors qu’il fait nuit ?
À cette heure-ci, le miroir aurait dû refléter sa forme démoniaque.
Johan y réfléchit un instant, puis prit la parole.
« Pourquoi prend-il cette forme ? »
Sa question soulevait deux interrogations.
D’abord, pourquoi le Livre sinistre avait-il la forme d’un miroir ?
Ensuite, pourquoi le miroir le reflétait-il sous forme humaine ?
Kaiaje ouvrit la bouche.
« Le Livre sinistre prend une forme qui représente l’identité de l’Apôtre. Réfléchis à l’utilité d’un miroir. »
Johan regarda le Livre sinistre.
Un objet qui reflète celui qui se tient devant lui.
C’était la seule utilité qui lui venait à l’esprit.
Johan prit un air grave.
« Toi aussi, tu peux voir mon apparence dans le miroir ? »
Si Kaiaje pouvait voir Johan sous forme humaine, cela poserait de sérieux problèmes.
« Seuls les Apôtres peuvent toucher l’original du Livre sinistre. En tant que Scribe, je me contente d’y consigner les méfaits. Je ne peux pas interagir directement avec lui. »
En parlant, Kaiaje battit des ailes à plusieurs reprises.
Une plume noire se détacha et flotta dans les airs, avant de se transformer en une minuscule fée.
« Un écrivain qui consignera tes méfaits à ma place. »
Johan connaissait déjà bien ce principe.
Un démon inférieur qui consignait la vie d’un Apôtre. Si la créature écrivait dans le Livre sinistre, les mêmes mots apparaissaient automatiquement dans chaque exemplaire.
Autrement dit, tous les humains possédant un exemplaire apprendraient les actions de l’Apôtre.
Johan claqua la langue.
« Mes actes seront révélés au monde entier. »
« Tu reliras chaque phrase. Rien de ce que tu ne souhaites pas voir consigné ne le sera. »
« Voilà une bonne nouvelle. »
« J’en ai terminé. »
Kaiaje déploya ses immenses ailes.
Des ombres noires comme la nuit recouvrirent les deux horizons.
Tandis qu’il s’élevait lentement dans les airs, Kaiaje ajouta :
« Souviens-toi d’une chose. Ne les laisse pas prendre le Livre sinistre. »
« Les laisser ? »
Kaiaje tourna les yeux vers les montagnes lointaines.
« Les insectes se sont rassemblés. »
Au même instant, il prit son élan et s’envola.
Une bourrasque déferla comme un typhon.
La gigantesque bête magique occupa tout le ciel nocturne.
Depuis les hauteurs, Kaiaje lança :
« Commet des méfaits dignes de ton rang et gagne en puissance. Le Mal absolu ne t’a pas encore reconnu. »
Il rugit et fila dans les airs. L’espace se déchira et se fendit sur son passage.
Puis un cri retentissant s’éleva.
« Bloquez d’abord sa voie de fuite ! »
« Encerclez-le ! »
Une lueur blanche se répandit sous les pieds de Johan.
Des formules d’un blanc éclatant se dessinaient.
Un cercle magique de puissance sacrée.
Un sort d’immobilisation anti-démon.
L’Église du Grand Saint était déjà arrivée.
Des clercs apparurent les uns après les autres.
Ils étaient tous enveloppés d’une vive lumière blanche.
Tendu de peur, un prêtre fixa Johan et marmonna :
« Cette chose ne peut tout de même pas être… »
« C-Corne blanche ! »
Un jeune démon à la corne blanche. Le sujet d’un rapport incroyable qui affirmait qu’il avait traité l’Apôtre Beris comme un chien.
L’Église du Grand Saint l’avait provisoirement baptisé Corne blanche et avait même formé une équipe d’enquête.
« Ne l’approchez pas ! »
« Gagnez du temps ! »
Ils devaient retenir Corne blanche jusqu’à l’arrivée du gros des troupes.
Johan poussa un long soupir.
Encore un obstacle.
Il s’empara du Livre sinistre et s’envola en un instant.
Au même moment, d’innombrables chaînes foncèrent sur lui.
C’étaient des sorts de puissance sacrée jaillis du cercle magique.
« Attrapez-le ! »
« Ne le laissez pas s’échapper ! »
La fuite ne serait pas si facile.
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