Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 36 : Scribe du Livre sinistre (1)
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Johan se hâta de sortir de sa chambre.
Il allait retrouver sa mère biologique.
J’ai des tonnes de questions à lui poser.
Il avait l’esprit plein de questions, mais ses priorités étaient claires.
D’abord, il devait en apprendre davantage sur le démon qui avait couché avec elle.
Ce démon devait être le père biologique de Johan. Selon la nature de cet être, l’avenir de Johan changerait considérablement.
Sans raison apparente, la tension monta en lui.
Ce qu’il allait apprendre aurait une profonde influence sur son avenir.
Johan inspira profondément. Il était déjà arrivé devant une chambre, tout au bout du troisième étage du château du seigneur.
Sa mère biologique s’était isolée là, dans l’un des endroits les moins fréquentés du château.
Johan frappa à la porte.
Au même instant, celle-ci s’ouvrit lentement.
Une petite femme frêle aux yeux rougis le regarda.
Dès qu’il croisa son regard, Johan se sentit un peu étourdi. Il avait tant de questions, et pourtant aucune ne lui vint à l’esprit.
Il resta figé, les lèvres étroitement closes.
Au milieu de ce silence étrange, sa mère biologique prit la parole la première.
« … Tu as tellement grandi. »
Sa voix était empreinte d’une tristesse contenue, mais d’une clarté remarquable. Elle semblait sur le point de pleurer, pourtant son visage avait repris vie.
Elle n’était plus la même.
Elle avait retrouvé ses esprits.
La veuve qui errait, hébétée, avait disparu. Il ne restait qu’une mère inquiète pour son enfant.
Elle caressa doucement la joue de Johan.
« Je suis désolée. Pardonne à ta pauvre mère. »
Johan ne savait pas quoi répondre. Lui qui avait grandi dans un orphelinat trouvait l’existence même d’une mère étrange. Il n’existait aucun mode d’emploi pour une situation pareille.
Ce regard plein d’affection lui était tout aussi étranger.
Sans s’en rendre compte, Johan fit un pas en arrière.
La main posée contre sa joue se retira maladroitement.
« … Je n’ai encore pensé qu’à moi. Je suis vraiment désolée. »
La voix de la femme trembla de culpabilité.
Que devait-il lui dire ? Il n’en avait aucune idée.
Il voulait simplement fuir ces émotions inconnues et cette situation.
Johan lâcha la première chose qui lui passa par la tête.
« V-vous allez bien ? »
La question la prit peut-être au dépourvu. La femme regarda Johan avec une légère surprise, puis esquissa un sourire.
« Mon enfant, tu n’as pas à t’inquiéter pour moi. Il y a autre chose que tu veux vraiment savoir, mais je ne peux que te dire que ce n’est pas encore le moment. »
« … Je veux seulement savoir qui est mon père biologique. »
« Son nom est frappé d’Interdit. Je t’en prie, comprends-le. »
Un Interdit était une promesse gravée dans le monde, une loi non écrite.
Lorsqu’un être était lié par un Interdit, il suffisait de prononcer son nom pour que la mort s’abatte sur celui qui l’avait dit.
Pour l’instant, il n’avait aucun moyen de découvrir l’identité de son père biologique.
La déception se peignit sur le visage de Johan.
La femme reprit d’un air triste :
« Il n’y a qu’une chose que je puisse te dire pour l’instant. Méfie-toi du Scribe du Livre sinistre. Kaiaje viendra bientôt te trouver et te mettre à l’épreuve. »
Kaiaje, le Scribe du Livre sinistre. Tous ceux qui avaient lu Inmarok connaissaient cet Archidémon.
Kaiaje était le scribe qui avait créé et supervisait l’original du Livre sinistre, consignant les méfaits du monde entier. Le premier chapitre du Livre sinistre conservé dans les Archives interdites était également de sa main.
Johan ne put cacher son trouble en entendant le nom de Kaiaje.
« Pourquoi Kaiaje viendrait-il me chercher ? »
« Kaiaje garde ton Livre sinistre. »
« Ne me dis pas que Kaiaje compte me le donner… »
« C’est exact. Tu es le maître du chapitre treize du Livre sinistre. Dès que tu es entré en contact avec son original, ton existence a dû être révélée dans tout le Royaume inférieur. »
Autrement dit, Johan était bel et bien le Treizième Apôtre de la Fin.
Il regarda sa mère biologique droit dans les yeux.
« Qu’est-ce que tu sais, au juste ? »
Il ne parvenait pas à l’appeler « mère ».
« Un peu plus que le sommet de l’iceberg. Mais c’est tout ce que je peux te conseiller. Je te le répète, prends soin de toi. Kaiaje est un démon bien plus cruel et féroce que tu ne le crois. Si tu ne parviens pas à le convaincre, tu auras de graves ennuis. »
Johan connaissait lui aussi la véritable nature de Kaiaje.
Kaiaje était si cruel que l’Archidémon était réputé être une bête infernale.
S’il le prenait de haut, Apôtre ou non, Johan deviendrait sa proie.
« Peux-tu me dire quand Kaiaje viendra ? »
« Ce sera peut-être aujourd’hui, peut-être demain. Mais une chose est sûre : tu n’as plus beaucoup de temps. »
Johan eut l’impression de recevoir un coup de marteau.
Aujourd’hui ou demain ?
Dès que cet Archidémon se manifesterait dans le château du seigneur, tous les plans de Johan seraient réduits à néant.
Le Royaume, l’Empire et le Royaume sacré : toutes les puissances du monde braqueraient leur attention sur le territoire de Myatro.
Johan n’était pas encore en mesure de gérer une telle attention.
Il fit volte-face à la hâte.
Je dois quitter le territoire au plus vite.
Kaiaje ne devait surtout pas se manifester sur le territoire de Myatro.
Alors que Johan s’apprêtait à partir, il se retourna brusquement vers la femme.
« Une dernière chose… »
Il ne put achever sa phrase.
Ses yeux s’étaient déjà voilés.
Elle avait encore perdu la raison.
« Ha… »
Un rire amer et un soupir lui échappèrent en même temps.
C’était frustrant, et pourtant il avait le cœur lourd.
Ces émotions étaient superflues alors qu’une affaire si importante l’attendait, mais Johan ne parvenait pas à s’en débarrasser facilement.
Concentre-toi d’abord sur Kaiaje. Le reste viendra après.
Se ressaisissant, il prit la parole.
« Je reviendrai plus tard. D’ici là, prenez soin de vous aussi. »
Sur ces mots, Johan quitta la chambre.
Il comptait ne prendre que le strict nécessaire dans les Archives interdites avant de quitter le territoire.
* * *
La nuit tomba. Dès que le couvre-feu fut annoncé, les lumières qui éclairaient les rues s’éteignirent l’une après l’autre.
Le territoire de Myatro fut englouti par les ténèbres.
La seule lumière provenait de l’église, qui luisait doucement en absorbant la lumière de la lune.
Depuis une chambre d’amis du château du seigneur, Shaperia contemplait l’église du village.
« Saint Marziel, je vous en prie, donnez-moi une réponse. »
Du bout des doigts, elle traça un signe sacré.
D’ordinaire, la lumière du Pouvoir sacré aurait dessiné une étoile à cinq branches dans les ténèbres, mais pas cette fois.
Son geste sacré ne prit pas forme.
Il était dépourvu de Pouvoir sacré.
On disait que les prières sans Pouvoir sacré ne pouvaient atteindre le Grand Saint.
Devrais-je demander à un prêtre de prier pour moi ?
Prier pour les gens ordinaires était l’une des principales missions du clergé.
C’était pourquoi les nobles gardaient toujours des prêtres à leurs côtés.
Shaperia elle-même avait reçu plusieurs fois ce genre de requêtes.
Mais ce n’était plus le cas.
Elle traça de nouveau le signe sacré.
Il doit y avoir une raison. Même sans Pouvoir sacré, je ne dois pas oublier mon devoir.
Même les plus humbles pouvaient aimer le Grand Saint. Eux aussi avaient leur place dans la foi.
Et n’avait-elle pas reçu la Bénédiction du Grand Saint ? Cette épreuve qu’elle traversait devait forcément avoir un but.
Si elle se consacrait à son devoir, le Grand Saint ferait de nouveau appel à elle un jour.
Pour l’instant, elle devait se concentrer sur la mission qui lui avait été confiée.
Shaperia poussa un long soupir.
Enquêter sur le chevalier Rail était son devoir, mais cette mission était bien trop vague.
Après l’incident du Livre sinistre, la commission d’enquête de l’Église du Grand Saint avait quitté le territoire. Shaperia était restée seule pour chercher des indices au sujet de Rail.
Naturellement, elle n’avait rien trouvé.
Les spéculations sans fondement allaient bon train.
Rien de concret.
Tous les événements récents qui la concernaient soulevaient des questions.
L’apparition de l’Apôtre Beris, son éveil soudain en ange, la perte de son Pouvoir sacré qui avait suivi, la réactivation du Livre sinistre et l’apparition étrange du démon cornu. Parmi tous ces événements, c’était l’existence du démon cornu qui la troublait le plus.
Qu’est-ce que c’était, au juste ?
Un jeune démon à la corne d’un blanc de neige. Elle se souvenait encore parfaitement de la façon dont il avait traité l’Apôtre Beris comme du bétail.
Même un démon cornu n’était qu’un démon. Comment pouvait-il traiter un Apôtre avec un tel mépris ? C’était incompréhensible.
Et ce n’était pas sa seule question.
Il avait épargné Shaperia.
Il aurait très bien pu la tuer, pourtant il était simplement parti.
Aucun démon n’aurait agi ainsi dans les mêmes circonstances.
Ils n’avaient qu’un seul objectif.
L’anéantissement de l’humanité. Les démons étaient des êtres qui tuaient les humains dès qu’ils en avaient l’occasion.
Mais lui, c’était différent.
Il a dit qu’il ne voulait pas se salir les mains ?
Il avait épargné Shaperia pour une raison aussi ridicule.
Elle l’avait signalé à l’Église du Grand Saint, mais n’avait reçu aucune réponse utile.
On lui avait seulement dit qu’il serait désigné sous le nom de Corne blanche et qu’une enquête serait menée.
… Corne blanche.
Si elle le revoyait, elle lui demanderait directement pourquoi.
Alors qu’elle réfléchissait, le tonnerre gronda soudain dans les airs.
Surprise, elle regarda par la fenêtre.
Puis elle resta stupéfaite.
Le ciel nocturne se déchirait.
Une traînée écarlate fusa à travers les ténèbres qui s’ouvraient.
Un grondement assourdissant s’abattit sur la terre.
L’espace lui-même hurlait, tailladé et lacéré de toutes parts.
Les yeux de Shaperia s’écarquillèrent.
« Que se passe-t-il, maintenant… ! »
Des catastrophes survenaient un jour sur deux.
Celle-ci n’avait rien d’ordinaire non plus.
La fin avait-elle vraiment commencé ?
Un sentiment de danger écrasant commença à l’envahir.
Sa respiration s’accéléra jusqu’à devenir douloureuse.
Les grondements qui lui parvenaient par intermittence lui serraient le cœur.
Pendant un bref instant, elle resta là, hébétée.
Puis des colonnes de Pouvoir sacré jaillirent au loin.
Les églises, diocèses, monastères et autres lieux qui avaient remarqué l’étrange phénomène avaient allumé des feux de signal.
Ils appelaient à l’aide.
Comme pour répondre à leur appel, le Pouvoir sacré se manifesta dans tout le sud.
D’innombrables membres du clergé se mirent en mouvement.
Des groupes de lumières, petits et grands, poursuivirent la traînée écarlate qui barrait le ciel nocturne.
Shaperia ne pouvait pas rester inactive non plus.
Elle se prépara à la hâte.
Ayant perdu son Pouvoir sacré, elle comptait au moins recourir à la Consécration et se battre.
Sa foi et sa combativité étaient intactes.
Elle pouvait se briser, mais jamais plier.
Shaperia quitta aussitôt sa chambre.
* * *
Contrairement aux dieux, les démons exigeaient un prix précis pour exaucer les souhaits.
Pour obtenir des terres fertiles, il fallait que du sang rouge coule dans les veines d’eau. Pour une récolte abondante cette année-là, la chair humaine et les entrailles devaient servir d’engrais.
Les conditions remplies, la récompense était assurée.
Un sol riche, des cultures qui poussaient à toute allure et des récoltes bien plus abondantes que d’habitude. Le sacrifice de quelques personnes faisait le bonheur de tous.
Un seul marché avec un démon était plus efficace que cent prières.
Les humains qui en faisaient l’expérience ne pouvaient s’empêcher de vénérer les démons.
Le village de Dafone, une petite communauté agricole, en était un exemple.
Ils avaient fait de leurs terres un pays de cocagne grâce au sang et à la chair humaine.
Ce jour-là, ils priaient pour obtenir une bonne récolte.
Ils avaient préparé des colporteurs et des défricheurs comme offrandes sacrificielles au démon.
C’était encore le cas quelques heures plus tôt.
À présent, la plupart des villageois gisaient éparpillés sur le sol froid, devenus à leur tour de l’engrais.
Les cultures pousseraient, mais il ne restait personne pour les récolter.
« Quel gâchis. »
Ilea cueillit une pomme mûre sur un arbre.
Ses cheveux argentés et sa peau blanche étaient maculés de rouge, comme la pomme.
Après en avoir croqué un morceau, elle fouilla le tas de cadavres.
Elle trouva un livre noir.
C’était une copie du Livre sinistre.
« Ça ne servira à rien, mais… »
Ilea emporta le Livre sinistre. Au moment où elle se retournait pour partir, un rugissement terrible ébranla le ciel et la terre.
Le ciel nocturne se déformait.
Une présence gigantesque fendit l’espace qui se déchirait.
Après avoir évalué sa vitesse et sa trajectoire, Ilea esquissa un léger sourire.
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