Chapitre 3
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 3 : Putain de sang-mêlé
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« Mmph, mmph ! Mmph ! »
Un râle étranglé s’échappa de la bouche du chef du village.
« Tu vas avouer ? »
Dès que Johan posa la question, Gaf relâcha le visage du chef du village.
« S-Sale bâtard, Gaf ! Qu’est-ce que tu fous ?! »
Même débarrassé de son bâillon, le chef du village ne se laissa pas faire.
« Réponds-lui ! »
« C’est une manœuvre pour nous dresser l’un contre l’autre ! Gaf, ne laisse pas le démon jouer avec toi ! »
Johan claqua la langue.
« Ta mauvaise conscience te pousse à mordre. »
Puis il regarda Gaf.
« Tu ne trouves pas ça plus laid qu’un démon ? »
Gaf fronça les sourcils.
« Je veux l’entendre de ta bouche. Parle. »
« Ce serait préférable. Le chef du village compte clairement jouer les innocents. »
Le chef du village poussa un hurlement hystérique.
« Bouchez-vous les oreilles ! Ce sont des murmures malfaisants ! »
Le sourire de Johan s’effaça. Une voix grave s’éleva de sa bouche.
« Ilea est au château du seigneur. »
Au même instant, le chef du village se raidit peu à peu. Une sueur froide lui perla au front.
« Ça vous concerne tous. Écoutez attentivement. »
Tous les regards se tournèrent vers le démon nouveau-né.
« Les filles disparues ont été offertes au seigneur en guise de vierges tributaires, sous la supervision du chef du village. »
Il fit cette révélation d’un ton calme.
Le chef du village, décontenancé, resta muet. Ce petit tas de chair venait de dévoiler sa honte. Comment ? C’était incompréhensible.
« C-Chef du village, c’est vrai ? »
« Dis quelque chose ! »
« Chef du village ! »
Aucune réponse ne vint.
Gaf s’avança à grands pas.
« … Explique-toi. »
L’homme imposant baissa les yeux vers le chef du village. Presque deux têtes plus grand, il était terriblement intimidant.
« C-C’est un piège. »
La voix du chef du village tremblait.
« C-C’est le démon qui nous joue un tour. »
Johan haussa les épaules.
« Fouille la maison du chef du village. Tu y trouveras quelque chose. »
Puis il ajouta :
« Tu peux aussi interroger les hommes qui le fréquentent d’habitude. »
Trouver des preuves serait facile. Le chef du village n’était pas particulièrement méticuleux. Dans l’histoire originale, il avait fini par être démasqué.
Johan n’avait fait qu’avancer cette journée-là.
« Je te le demande une dernière fois ! As-tu enlevé ma fille ? »
Le rugissement de Gaf résonna dans le grenier. On aurait dit une bête sauvage.
« J-Je… »
Accablé, le chef du village ne parvint pas à continuer.
« Pourquoi tu ne réponds pas ? Réponds-moi ! »
Le chef du village se mordit violemment la lèvre. Puis il cria :
« Je n’avais pas le choix ! »
Gaf porta la main à l’épée qu’il avait à la ceinture.
« J’ai recueilli un mendiant de merde, et voilà comment tu me remercies ! Gale ! Tonya ! Jod ! Ramenez-vous, tout de suite… ! »
Avant que le chef du village ait pu finir, un arc presque invisible fendit l’air. Un bruit de lame glaçant retentit aussitôt.
La tête du chef du village tomba, inerte.
Le corps décapité s’effondra lentement.
Gaf avait tranché la tête du chef du village d’un coup d’épée.
Les fermiers rassemblés sur place se figèrent d’horreur. Au milieu de leurs cris, des pas précipités résonnèrent, puis s’éloignèrent.
Ils devaient être les gardes de la porte principale. Gale, Tonya et Jod, c’est ça ? Qui qu’ils soient, ils étaient forcément les hommes de main du chef du village.
Johan désigna la porte.
« Gaf, poursuis-les et tue-les. »
Ils représentaient un risque. S’ils s’enfuyaient dans un village voisin et répandaient la nouvelle qu’un démon se trouvait ici, Johan aurait de gros ennuis.
Il devait étouffer le problème dans l’œuf.
Oui, c’était parfaitement rationnel…
Johan ressentit un malaise étrange.
Le meurtre ne lui inspirait aucune répugnance. Même la décapitation à laquelle il venait d’assister ne lui avait pas semblé particulièrement importante.
C’était sûrement un effet secondaire de la possession d’un demi-démon.
Gaf baissa les yeux vers Johan.
« Putain. Tu veux qu’ils crèvent juste parce qu’ils savent ce que tu es ? »
Cette décision était dénuée de toute humanité. Johan lui-même fut surpris par ses propres paroles, mais son esprit continua de raisonner froidement.
« Si l’Église du Grand Saint l’apprend, je mourrai. Toi aussi. Nos destins sont liés, Gaf. »
Gaf tourna la tête. Son regard se posa sur les fermiers tremblants.
« Alors tu comptes les tuer eux aussi ? »
Plusieurs personnes supplièrent, désespérées.
« G-Gaf, épargne-nous. Ma vieille mère se retrouverait seule. »
« Je t’en prie. Mon fils ne te suivait-il pas partout ? »
« N’oublie pas qui a construit ta maison ! »
Johan répondit sans expression :
« À part les gens réunis ici, quelqu’un d’autre dans le village sait ce que je suis ? »
Gaf secoua la tête.
« Ils sont tous là. Les autres ne savent rien. »
Une dizaine de personnes s’étaient rassemblées dans le grenier. C’étaient probablement des villageois qui prenaient les décisions importantes, ou des gens qui avaient assisté par hasard à la naissance d’un demi-démon.
À y réfléchir froidement, les tuer tous aurait été la bonne décision. Il y avait de fortes chances qu’ils deviennent une menace plus tard.
Mais Johan ne voulait pas en arriver là.
Au fond, je suis humain.
Il ne pouvait pas laisser la malveillance le dévorer et perdre Kim Johan. Il se rappelait sans cesse qui il était.
Au moins, il ne ferait pas de mal aux innocents.
Johan promena son regard sur les villageois.
« Taháran est un village qui a donné naissance à un demi-démon. Si l’Église du Grand Saint le découvre, vous perdrez l’endroit où vous vivez. Certains d’entre vous finiront sur le bûcher, au nom de la culpabilité collective. »
Les endroits où naissaient des démons étaient exterminés au nom de la purification. Les proches d’un demi-démon étaient naturellement voués au bûcher eux aussi.
« Vous voulez subir un tel sort ? »
Rien que d’y penser, c’était terrifiant. Plusieurs personnes étouffèrent un gémissement.
Johan hocha la tête.
« J’en doute. Vous n’êtes pas assez idiots pour creuser vos propres tombes. »
Il marqua une pause et observa leurs réactions. L’inquiétude se lisait sur tous les visages.
« Ne faites pas ces têtes-là. Il vous suffit d’effacer cette journée de votre vie. C’est très simple. »
Le démon se mit à murmurer.
« Une fois que nous serons partis, mettez le feu à ce grenier. Puisque c’est l’enterrement du chef du village, laissez les corps tels quels. Les preuves disparaîtront, et même vos souvenirs restants se disperseront dans la fumée. »
L’incendie qui s’était déclaré la nuit dernière engloutirait cette journée.
« Au lever du soleil, reprenez vos habitudes. Labourez les champs, semez vos graines, puis, tout à coup… »
Le démon esquissa un sourire doux.
« Vous trouverez une fille blottie dans vos bras. »
Les fermiers étaient complètement déconcertés.
« U-Une fille ? »
« Ne me dites pas que vous allez nous les rendre ! »
Il aurait été plus prudent de les lier par des contrats, mais c’était impossible. Johan avait épuisé toute son énergie démoniaque en passant un accord avec Gaf.
« J-J’ai entendu ça aussi. »
« Comment allez-vous nous rendre nos filles… ? »
Sans se soucier de leurs espoirs persistants, Johan regarda Gaf.
« Alors, débarrassons-nous du reste. »
Un soupçon passa dans les yeux de Gaf.
Un démon qui faisait semblant d’être clément ? C’était sans doute ce qu’il pensait.
Johan fronça légèrement les sourcils.
« Tu comptes rester planté là ? Les fuyards ont déjà dû prendre de l’avance. »
Gaf rengaina son épée.
« Aucun des trois ne sait monter à cheval. »
À cette époque, rares étaient ceux qui savaient monter à cheval.
« Toi, c’est différent. La Compagnie mercenaire de Kandea devait être une cavalerie. »
Qu’est-ce que ce démon nourrisson savait au juste ? Gaf n’y comprenait rien.
« … Tu lis dans le passé ? »
« Je l’ai lu avant. Plus maintenant. »
« C’est déplaisant. »
« Arrête de te plaindre. Grâce à ça, tu retrouveras ta fille. »
Gaf plissa les yeux.
« Ilea n’est pas encore devant moi. »
Johan ricana.
« Et pourtant, tu veux bavarder. Qu’est-ce qui te rend si détendu ? »
Gaf fusilla Johan du regard, puis lâcha un bref soupir.
Quoi qu’il arrive, sa fille passait avant tout.
Alors qu’ils s’apprêtaient à quitter le grenier, Johan prit la parole.
« J’allais oublier. »
Puis il désigna un coin de la meule de paille.
« Emmène cette femme aussi. »
Une femme était accroupie dans un coin, complètement hébétée.
Gaf ricana.
« Les démons savent donc aussi aimer leur mère ? »
L’ourlet de sa jupe était taché de noir. N’importe qui aurait compris qu’elle était la mère qui avait mis au monde le demi-démon.
« Pense ce que tu veux. Dépêche-toi. »
« Ce n’était pas prévu par le contrat. »
Johan fronça les sourcils.
« Arrête de discuter. Ça touche directement à ma survie. »
Au sens large, c’était vrai. Les informations qu’il pourrait tirer de cette femme constitueraient le fondement de ses préparatifs pour l’avenir. Si les événements suivaient l’intrigue originale du roman, Johan mourrait à coup sûr.
Il devait trouver un moyen de changer le cours des choses.
D’abord, il devait retrouver le démon qui avait couché avec cette femme. Grâce à lui, il pourrait découvrir la lignée de ce corps.
« … Quelle excuse pratique. »
Gaf marmonna, résigné. Puis il s’approcha et hissa sur son épaule la femme qui avait accouché. Vidée de toute énergie, elle ne réagit pas.
« Allons-y. »
Sans répondre, Gaf se mit en route. Il quitta le grenier, le démon dans une main et la nouvelle mère jetée sur l’autre épaule.
* * *
L’aube commençait à poindre. La lumière du matin s’éleva derrière les collines et répandit une douce chaleur.
L’heure des tâches de la journée était venue.
Les fermiers sèmeraient leurs champs, les forgerons martèleraient des plaques de fer et les chasseurs vérifieraient les pièges qu’ils avaient tendus la veille.
Johan, lui, était accablé d’une telle faiblesse qu’il lui était impossible de travailler. Cela avait commencé après qu’il eut vu le soleil.
À présent, il arrivait à peine à remuer les lèvres.
Clop, clop.
Les cahots inconfortables lui donnaient le vertige.
Quel abruti. Il aurait dû m’attacher plus solidement.
Le paquet suspendu au cou de Gaf se balançait dans tous les sens. C’était beaucoup trop fragile pour protéger un bébé aussi délicat.
Johan leva les yeux vers Gaf.
« … »
Arrête-toi et refais le nœud ! Il aurait voulu crier, mais aucun son ne sortit.
Les mots ne faisaient que tourner dans sa bouche, comme du charabia.
Pourquoi cela lui arrivait-il ? Dès que Gaf comprit que quelque chose clochait, son expression changea.
« Ils se sont servi de leurs petits cerveaux de rat. Ces sales rats. »
Il talonna son cheval.
L’énorme cheval de guerre s’élança à travers les roseaux.
« Arrêtez de vous cacher et montrez-vous ! »
Il cherchait les trois fugitifs, les hommes de main du chef du village. Ils avaient prévu qu’on les poursuivrait et s’étaient cachés dans les roseaux, mais ils ne pouvaient pas échapper aux talents de pisteur d’un mercenaire.
Ils avaient laissé des traces là où les roseaux avaient été écartés.
Gaf cria :
« Battez-vous comme des hommes et crevez ! »
Au même moment, les roseaux devant eux se mirent à tomber.
« Bande de lâches. Vous fuyez jusqu’au bout. »
Ils avaient couru dans la même direction, puis s’étaient dispersés en éventail.
S’ils se séparaient, peut-être que l’un d’eux au moins survivrait. Tel devait être leur plan.
Gaf fit tourner son cheval vers la droite.
Il comptait s’occuper d’abord de celui-là.
« Hue ! »
Il s’élança et le rattrapa en un instant.
« Gale ! Sale vermine ! »
Le premier fuyard se retourna. Depuis son cheval, il croisa le regard de Gaf. Déjà imposant, celui-ci paraissait encore plus massif à cheval.
« G-Gaf ! A-Attends… »
Vlan.
La tête de l’homme s’envola dans les airs. Des gouttes de sang éclaboussèrent le visage de Gaf.
Sans ralentir, Gaf se lança à la poursuite de sa prochaine cible.
Il avait couru vers le centre. Gaf le rattrapa rapidement et l’abattit de la même façon.
Enfin, Gaf fit face à l’homme qui courait vers la gauche et mit pied à terre.
Il s’avança et demanda :
« Tonya, pourquoi tu as fait ça ? »
Le troisième fuyard avait déjà renoncé à s’enfuir.
Il leva son épée.
« J’avais besoin d’argent. Je ne chercherai pas d’excuses. »
« Oui, ça te ressemble bien. »
Tonya poussa un cri de guerre. Il chargea Gaf et abattit son épée à la verticale.
Son attaque était puissante, mais il ne parvint même pas à égratigner Gaf.
Gaf repoussa simplement son épée d’un coup de lame.
« Adieu. »
Gaf lança son épée en avant. L’énorme lame transperça la gorge de Tonya.
Floc.
Le sang jaillit.
Tonya fut secoué de spasmes. Gaf repoussa son corps d’un coup de pied et retira son épée.
Le cadavre s’écroula au sol.
Après avoir secoué le sang de sa lame, Gaf baissa les yeux vers Johan.
« Voilà. Toutes les bouches sont réduites au silence. »
Aucune réponse ne vint.
« Ça te suffit, maintenant ? »
Le démon resta silencieux.
Gaf fronça les sourcils et examina Johan de plus près.
Quelque chose clochait. Les tatouages rougeâtres avaient disparu sans laisser de trace. Ses cornes pâles aussi. Même l’énergie démoniaque qui l’entourait s’était évanouie.
Le sang-mêlé maléfique avait disparu. À sa place se trouvait un bébé doux et pâle qui babillait.
Gaf douta de ses propres yeux.
« Qu’est-ce que… ? Ha. »
Un rire creux lui échappa. Alors, voilà ce que signifiait être un demi-démon ? C’était absurde.
Tandis qu’il le fixait, un vieux souvenir lui revint.
Le jour où il avait trouvé Ilea, abandonnée.
Elle était si potelée et si jolie.
Gaf chassa aussitôt cette pensée.
Comment pouvait-il voir sa fille en un demi-démon ? C’était la pire erreur qui soit.
Se reprochant cette idée, Gaf tendit le paquet à la mère.
« … Au moins, laisse-le téter. »
Puis il monta à cheval et repartit au pas.
Il entreprenait un voyage avec un foutu demi-démon.
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