Chapitre 27
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 27 : Apôtre Beris (1)
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Johan et Gaf chevauchèrent à vive allure pendant une demi-journée avant de rattraper le groupe de pèlerinage.
Le groupe s’était installé sur une haute crête et se préparait à camper.
Même dans l’obscurité de la nuit, le campement était remarquablement lumineux.
Leurs robes cléricales et leurs tentes militaires luisaient d’une lueur blanche, chargée de puissance sacrée.
Une zone sûre, entourée de puissance sacrée. La plupart des démons ne pouvaient même pas s’approcher de la crête.
Johan ne faisait pas exception. L’Anneau de Kazan l’empêcherait de brûler vif, mais au moindre contact avec la puissance sacrée, son identité serait révélée.
Dès que l’Anneau de Kazan absorberait la puissance sacrée, les membres du clergé remarqueraient que quelque chose clochait.
Tout le monde serait sur ses gardes. Aucun démon ne pourrait leur échapper.
« On n’ira pas plus loin. Gaf, ne t’approche pas davantage. »
Johan parlait depuis un sommet, en face de la crête.
Gaf renifla.
« Tu appelais ça de la peinture phosphorescente à deux sous, mais on dirait que toi aussi, tu as peur de la puissance sacrée. »
« Si j’avais peur, je ne serais pas là. Occupe-toi plutôt de toi. On doit bientôt bouger. »
Gaf regarda la crête. Près d’une centaine de soldats y étaient postés. Des prêtres capables de manier la magie sacrée et de monstrueux Saints Chevaliers devaient aussi se trouver parmi eux.
Ils étaient censés attaquer ce groupe, à eux deux ?
Quel que soit l’angle sous lequel il envisageait la chose, ils n’avaient aucune chance de l’emporter.
Le visage de Gaf s’assombrit.
Johan eut un petit rire.
« Tu es nerveux ? »
« Comment tu peux être aussi détendu ? »
« Parce que j’en suis certain. »
Johan ouvrit son sac et en sortit un pot recouvert de talismans.
C’était une relique enveloppée d’énergie sombre. Rien que la regarder fit frissonner Gaf.
Johan prit la parole.
« Comme je te l’ai dit, on n’a pas grand-chose à faire. On détourne leur attention avec cette relique, puis on vole le cercueil du Grand Saint. C’est tout. »
« Qu’est-ce qu’il y a là-dedans, au juste ? »
Une tension, inhabituelle chez Johan, se lisait sur son visage.
Il répondit à voix basse :
« Le Douzième Apôtre de la Fin. Plus précisément, un fragment de l’Archidémon Beris. »
Gaf fronça les sourcils.
« Beris ? Celui des Écritures ? »
« C’est ça. Le démon que le Grand Saint Marziel a mis en pièces il y a cinq cents ans. Comme tu le sais, l’âme de Beris a été divisée en dix fragments, dispersés sur tout le continent. »
« Et l’un de ces fragments est dans ce pot ? »
« Exactement. »
« … J’arrive pas à y croire. »
« Regarde par toi-même. »
Au même instant, Johan arracha les talismans.
Les talismans formaient un sceau de haut niveau, mais l’usure du temps l’avait rendu inopérant.
Personne n’avait entretenu le sceau depuis des siècles.
La négligence des chefs de la Maison Myatro avait eu des conséquences terribles.
Les générations suivantes n’avaient eu d’autre choix que de payer le prix de ce devoir abandonné.
Le sceau céda en un instant.
Dans l’œuvre originale, une Sorcière avait invoqué un Archidémon sur cette terre. Cette fois, c’était un demi-démon.
Il ne s’agissait que d’un dixième de l’âme de Beris, mais les conséquences dépassaient tout de même ce que de simples mortels pouvaient endurer.
Une fumée noire s’éleva du pot, et Gaf s’effondra au sol. Le sang lui coula sans fin du nez et des yeux.
Johan fut secoué de tremblements comme un tremble.
La malveillance libérée écrasait l’espace alentour comme la gravité.
Un hurlement atroce retentit.
« Kiha ha ha ha ! Seulement cinq cents ans ? Pour celui qui existe depuis l’éternité, ce n’est qu’un instant ! Marziel ! Regarde-moi ! J’ai brisé mes chaînes et me suis de nouveau manifesté sur cette terre ! La prophétie de l’Apocalypse s’est encore accomplie ! »
La voix semblait contenir la mort elle-même. Les oiseaux des montagnes perdirent la vie et tombèrent du ciel.
Les arbres et le sol alentour se mirent à pourrir.
La nature elle-même perdait sa vitalité.
Johan et Gaf se bouchèrent les oreilles et gémirent. La pression était si écrasante qu’ils ne parvenaient même pas à relever la tête.
Le démon manifesté était d’un tout autre ordre.
Même divisé en dix morceaux, Beris dégageait une majesté qui réduisait les mortels à l’état d’insectes.
… C’est aussi terrible que prévu.
Dans l’œuvre originale, même Ilea ne pouvait regarder Beris en face. Même une Sorcière qui commandait aux démons avait été écrasée par son statut de proie.
Naturellement, Johan ne pouvait pas non plus résister à la majesté de Beris.
C’était tout simplement normal.
Pourtant, quelque chose d’inattendu se produisit.
Johan relevait lentement la tête.
C’était douloureux, mais étrangement, pas assez pour le tuer.
D’après l’œuvre originale, il n’aurait pas dû pouvoir bouger le petit doigt. Pourtant, il bougeait avec plus d’aisance qu’il ne l’aurait cru.
L’œuvre originale exagérait-elle ?
Mais l’état de Gaf était trop pitoyable pour que ce soit le cas.
Gaf avait la tête plaquée contre le sol et se tordait de douleur.
L’œuvre originale n’avait rien exagéré.
Les mortels ne pouvaient même pas poser les yeux sur un Apôtre de la Fin.
Alors pourquoi… ?
Alors que la confusion s’emparait de lui, la malveillance se rapprocha de Johan.
Une voix semblable au grincement du métal contre le fer lui transperça les tympans.
« Curieux. Qu’es-tu ? »
Ce n’est qu’alors que Johan put voir la véritable forme de Beris.
Être bizarre vêtu d’une robe grise, Beris remua son grand nez crochu en fixant Johan de ses yeux fendus à la verticale.
La bouche de Beris, bien trop petite par rapport à ses yeux et à son nez, s’agitait sans cesse, comme s’il mâchait quelque chose.
La scène était profondément dérangeante.
« Je t’ai posé une question, insecte. Qu’es-tu ? »
Chaque syllabe pesait sur Johan de tout son poids.
Résistant à la pression, Johan ouvrit la bouche.
« Mentir ne servirait à rien avec toi, alors je vais te dire la vérité. Moi-même, je ne sais pas ce que je suis. Mais il y a une chose dont je suis sûr : c’est moi qui t’ai libéré. »
Les traits du visage de Beris se crispèrent légèrement.
Beris était mécontent que Johan lui parle sans lui témoigner de respect.
Son orgueil avait été blessé.
Un démon qui ne respectait pas un Archidémon. Un mortel qui résistait à la présence d’un Apôtre. Johan était un être absolument incompréhensible.
Même Johan avait du mal à comprendre ce qui se passait.
… Est-ce qu’il y avait dans Inmarok un détail que j’ignorais ?
Quelle que soit leur race, les mortels étaient voués à ressentir de la peur et de la révérence devant les êtres transcendants.
Johan était différent.
Il souffrait sous la pression, mais ne ressentait ni peur ni révérence.
Même un dixième d’Apôtre possédait une présence au-delà de toute compréhension, et pourtant, pour une raison ou une autre, elle avait peu d’effet sur Johan.
Il ne comprenait pas pourquoi.
Même s’il y réfléchissait maintenant, il ne trouverait pas de réponse.
Pour l’instant, il devait se concentrer sur la situation présente.
Beris prit la parole.
« … Tu as brisé mon sceau ? Très bien. Je vais accorder à un simple insecte comme toi l’honneur de conclure un marché avec moi. Exprime ton souhait. »
Beris était l’Apôtre qui régissait les contrats.
Avant d’être scellé, Beris avait laissé dans le monde un sort permettant de conclure un contrat.
Il accordait à quiconque brisait le sceau le droit de conclure un marché avec Beris. Autrement dit, Johan pouvait passer un contrat directement avec un Apôtre.
Quoi qu’il puisse offrir ou recevoir, c’était une occasion unique pour un mortel.
Il pouvait demander un corps qui ne vieillirait jamais ou exiger qu’on lui enseigne une grande magie.
Il pouvait même se contenter de richesse et de gloire.
Le mortel devait donner quelque chose en échange, mais, à vrai dire, l’Apôtre ne recevrait rien.
Rien de ce qu’un mortel pouvait offrir ne pouvait intéresser Beris.
Un contrat avec Beris était appelé un marché, mais pour un mortel, cela revenait à obtenir le droit de formuler un vœu.
Johan prit la parole.
« Là-bas. Tu vois cette crête ? »
Beris remua son nez crochu.
« Les chiens de Marziel. Une espèce plus tenace que les cafards. Même après cinq cents ans, ils se rassemblent toujours en essaims. »
« Il y a parmi eux une femme aux cheveux roux. Elle s’appelle Shaperia. Anéantis-la complètement. C’est ma condition. »
Beris cligna de ses yeux fendus à la verticale.
« C’est tout ? »
« Oui. »
« Je ne comprends pas. »
« Je le répète : anéantis-la complètement. Tu as jusqu’à minuit, ce soir. »
Beris poussa un rire aigu.
« Gaspiller une occasion qui ne se représentera jamais de toute ta vie… Tu es vraiment stupide, mais je te trouve assez intéressant. Aussi, je te garderai à mes côtés. En échange de l’anéantissement de cette garce avant minuit, deviens mon Thrall. Tu acceptes ? »
Beris exigeait la soumission de Johan en échange du contrat.
Tous les démons voulaient devenir le Thrall d’un Apôtre.
Il n’avait aucune raison de refuser.
En fait, il n’aurait pas été étonnant que Johan demande à Beris de faire de lui son Thrall dans le cadre du contrat.
Johan hocha la tête.
« D’accord. Dès que Shaperia sera anéantie, je deviendrai ton Thrall. »
Toujours étendu au sol, Gaf gémit et lança un regard noir à Johan.
Si Johan devenait le Thrall de Beris, Ilea finirait forcément mêlée à l’Apôtre, elle aussi.
Un Apôtre n’avait qu’un seul objectif.
L’extinction de l’humanité.
Sans avoir son mot à dire, sa fille contribuerait à ce mal terrible.
Gaf trembla en s’efforçant de bouger.
Quel sort l’attendait, lui et sa fille, désormais ?
Il n’arrivait même plus à l’imaginer.
Il regrettait chaque instant.
C’était sa soif de retrouver sa fille qui les avait menés jusque-là.
Alors que Gaf riait amèrement dans son coin, de l’énergie démoniaque jaillit du corps de Beris.
La fumée tourbillonnante s’insinua en Johan.
Une sensation étrangère s’installa dans sa poitrine.
Le contrat était conclu.
Gaf regardait la scène avec désespoir.
Beris poussa un rire aigu.
« Peut-être devrais-je commencer par corriger ta façon de me parler ? »
« Je ne suis pas encore ton Thrall. Occupe-toi d’abord de Shaperia. Si tu échoues, tu en paieras le prix. »
Il existait peut-être une chronologie où Beris échouait, avec une chance sur des centaines de millions, voire des billions.
Dans ce monde-là, Beris aurait à subir des représailles karmiques inimaginables.
Si un Apôtre qui régissait les contrats ne pouvait même pas tenir une promesse faite à un simple mortel, cela signifierait qu’il avait perdu sa raison d’être.
Beris n’aurait pas pu se plaindre, même s’il avait été effacé.
Beris éclata d’un rire dément.
« Kiha ha ha ha ha ! Tu as dit que j’échouerais ? Quelle créature divertissante ! Regarde bien et grave-le dans ta mémoire ! Contemple la toute-puissance de celui qui sera ton maître ! »
Beris s’élança dans les airs en un instant. Sa robe grise flottait au vent.
Beris baissa les yeux vers Johan et déclara :
« Je reviendrai pour corriger tes manières ! »
Puis Beris se dirigea droit vers la crête.
Ayant remarqué le tumulte, le groupe de pèlerinage se préparait déjà au combat.
Dès que Beris fut parti, la pression qui écrasait l’espace autour d’eux disparut aussi vite qu’elle était venue.
Mais Gaf ne parvenait pas à se relever.
Il ne pouvait que sombrer dans le désespoir et l’impuissance, tout en se raillant amèrement.
Johan prit la parole.
« Beris est parti. Ressaisis-toi et relève-toi. »
Un mortel qui faisait face à un Apôtre subissait un violent choc psychologique.
La réaction de Gaf était tout à fait normale.
Gaf parla à voix basse.
« … Je comprends enfin ce que tu as l’intention de faire. »
« De quoi tu parles ? »
« Tu veux tuer tous les humains. »
Johan fronça les sourcils.
« Pourquoi je ferais ça ? »
« Alors pourquoi es-tu devenu le Thrall d’un Apôtre ? »
Gaf avait les yeux emplis de haine : Johan avait entraîné Ilea là-dedans.
« Je ne suis pas le Thrall de Beris. »
« Arrête de jouer sur les mots ! »
Une fois Shaperia anéantie, Johan deviendrait le Thrall de Beris.
Beris ne pouvait pas échouer.
« Ce n’est pas jouer sur les mots. Je n’ai aucune intention de servir un Apôtre. Si tu ne me crois pas, je passerai même un contrat avec toi, en mettant ma vie en jeu. »
Gaf fixa Johan avec attention. Ses yeux, qui brûlaient de haine, se remplirent de confusion.
Quoi qu’il arrive, Shaperia mourrait et Johan deviendrait le Thrall de Beris.
Rien d’inattendu ne devait se produire, et pourtant Johan le niait.
Johan hocha la tête.
« Maintenant que j’y pense, je comprends pourquoi tu as pu te méprendre. Tu ne sais rien de Shaperia. »
« Alors explique-moi. »
Johan secoua la tête.
« Pendant que Beris sème le chaos, on doit voler le cercueil du Grand Saint. Si on ne bouge pas maintenant, on ratera notre chance. En plus, ça m’ennuie de tout t’expliquer. Je ne suis pas obligé de te raconter quoi que ce soit. »
Gaf eut un rire sans joie.
« Tu nous avais appelés partenaires. Alors, c’était du baratin. »
Les partenaires partageaient naturellement leurs opinions.
Si l’un d’eux gardait tout pour lui, ils ne pouvaient pas se prétendre partenaires.
Pour la première fois depuis qu’il parlait avec Gaf, Johan se sentit pris au dépourvu.
Il m’a bien eu.
Johan prit la parole.
« D’accord. Puisqu’on est partenaires, je partagerai les informations avec toi à partir de maintenant. En échange, tu devras aussi me considérer comme un partenaire. On doit se respecter mutuellement. »
Gaf se releva en époussetant ses genoux.
« Je déciderai en fonction de la suite. »
Johan eut un petit rire et se plaça derrière Gaf.
« Je vais le répéter une dernière fois : je n’ai absolument pas l’intention de servir qui que ce soit. »
Sur ces mots, Johan glissa les bras sous les aisselles de Gaf.
Avant que Gaf ait pu dire quoi que ce soit, Johan s’envola.
Ils se dirigeaient vers la crête, qui s’était déjà transformée en enfer.
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