Chapitre 17
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 17 : Johan Myatro (2)
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Une obscurité plus profonde que la nuit emplissait la pièce.
Une énergie démoniaque âcre et une malveillance déferlante s’étaient emparées des lieux.
Dans ces ténèbres que même la lumière de la lune ne pouvait percer, seuls des yeux rouges signalaient une présence.
C’étaient les yeux d’un démon. Leur éclat sinistre terrorisait les humains. Cette lueur menaçante paralysait la raison du baron.
« U-un démon. Un démon… Pourquoi y a-t-il un démon… ? C’est un rêve. Je rêve ! »
Johan étira les lèvres en un long sourire.
« Non. C’est la réalité. »
Une main noire jaillit en un instant et agrippa le visage du baron effondré.
« Regarde attentivement. Sens-le. »
Johan se pencha jusqu’à se retrouver juste devant le baron. Leurs regards se croisèrent à bout portant.
« Alors ? Tu es toujours perdu ? »
La main qui serrait la joue du baron se crispa davantage.
Son visage replet s’écrasa sous la pression, comme s’il allait éclater. De la chair débordait entre les doigts de Johan.
L’étreinte, qui se resserrait sans cesse, infligeait au baron une douleur insupportable.
« Mmph ! Mmmph ! »
Comme son corps qui gémissait, son âme se mit à convulser.
Seul celui qui maîtrisait l’Effacement de l’âme pouvait voir ce spectacle.
Affaiblie par un stress intolérable et rongée par le Démon des rêves, l’âme du baron était à la portée de Johan, qui pouvait l’extraire et la déchirer à tout instant.
Dès qu’il le ferait, le baron deviendrait une marionnette.
La première étape pour s’emparer du territoire serait accomplie.
Johan activa aussitôt son pouvoir. Sa volonté se répandit dans l’énergie démoniaque comme le sang dans les veines.
L’énergie démoniaque qui tourbillonnait dans l’air se figea brusquement. Des volutes de fumée durcie luisaient comme des faux acérées.
Elles cherchaient une âme à faucher.
Gaf et le baron frémirent devant cette vision grotesque. Aveugle, Raguel ignorait ce qui se passait, tandis qu’Ilea laissa échapper un son admiratif, comme si elle trouvait la scène remarquable.
Johan contempla l’âme en lambeaux du baron et fit claquer son index.
« Tu es mûr à point pour la récolte. »
Au même instant, l’énergie démoniaque condensée s’étira en quatre filaments. Ils ligotèrent sans peine le baron qui tentait de fuir et le soulevèrent dans les airs.
L’énergie démoniaque entrava les membres du sacrifié. On aurait dit un chevalet d’exécution destiné à l’écartèlement.
Le baron ne pouvait même pas crier. Une fumée noire lui scellait la bouche.
D’un simple mouvement de la main, Johan pouvait anéantir la personnalité du baron.
« Raguel. »
Alors qu’il ne lui restait plus qu’à franchir l’ultime étape, Johan se tourna vers Raguel.
« J-Johan… ? »
Plusieurs émotions se mêlaient sur le visage du garçon. La douleur de son lien avec son père, la joie de revoir Johan et la confusion face à la situation se lisaient toutes en même temps.
« Je compte extraire l’âme de ton père et en faire une marionnette. Pour lui, ce ne serait pas différent de la mort. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? Pourquoi ferais-tu ça à mon père… ? »
« Pour m’emparer de la Maison Myatro. »
Raguel, pris au dépourvu, eut un rire gêné.
« N-ne plaisante pas. »
« Je suis sérieux. Mais je veux connaître ton avis. Si ton père mourait sous tes yeux, qu’est-ce que tu ressentirais ? Pourrais-tu continuer à vivre comme avant ? »
Tout était arrivé si soudainement que Raguel ne parvenait pas à saisir la réalité.
« Réponds-moi. »
Johan tendit une main démoniaque vers le baron.
Le baron se débattait et hurlait comme un porc.
Désemparé, Raguel finit par prendre la mesure de la réalité en entendant les cris de son père. Il resta longtemps silencieux, puis répondit avec un calme inattendu.
« …Les gens me traitent de monstre. Comme si le fait d’être né après avoir dévoré ma mère ne suffisait pas, je n’ai qu’un œil et je boite. Si quelqu’un comme moi provoque aussi la mort de Père, je ne pourrai plus vivre comme un être humain. »
C’était Raguel qui avait fait entrer Johan au château. Tenté par la promesse que Johan lui rendrait la vue, il avait introduit un démon.
À la mort du baron, Raguel ne pourrait échapper à sa responsabilité. Il serait le fils indigne qui avait tué ses deux parents. Il ne pourrait plus jamais mener une vie ordinaire.
Le garçon se prit la tête, comme s’il souffrait.
« Si tu comptes tuer Père, alors tue-moi aussi, je t’en prie. Je ne veux pas vivre. »
Johan haussa les épaules.
« Je ne peux pas. Je ne t’ai même pas encore rendu ton œil. »
À peine eut-il fini de parler que le chevalet qui ligotait le baron disparut.
L’homme imposant tomba des airs sur le sol. Il gémit de douleur.
Ilea pencha la tête.
« Johan ? »
« Je voulais tester mon nouveau pouvoir, mais tant pis. »
« Tu ne comptes pas aller jusqu’au bout ? Il y aura des conséquences. »
« Je n’y peux rien. Je vais devoir laisser les choses en suspens. »
« …Puis-je savoir pourquoi ? »
« Je n’ai pas tenu ma promesse envers lui. Ce serait embêtant qu’il meure. »
« Pas cette excuse un peu trop évidente. »
Son visage se glaça tandis qu’elle ajoutait :
« Serait-ce par affection ? »
« Et si c’était le cas, ça poserait un problème ? »
Le visage de Johan se glaça à son tour.
Leurs regards s’entrechoquèrent. Une tension désagréable emplit la pièce.
Ilea détendit l’atmosphère d’un sourire étrange.
« Tu es singulier à bien des égards. »
« Peut-être. »
« Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »
« J’ai trouvé une méthode intéressante. »
Johan s’approcha du baron.
« Gryan von Myatro. »
Submergé par la peur, le baron ne put que trembler. Il était incapable de répondre.
« Sers-moi. »
Il exigeait qu’on voue un culte à un démon, le plus grand des tabous.
« Si tu acceptes, j’épargnerai ta misérable vie. Alors, qu’en dis-tu ? »
Le regard du baron s’agita dans tous les sens.
Un adorateur de démon ne pouvait jamais trahir son maître. Dès qu’il concluait le pacte, il devenait l’esclave du démon.
« Je te laisse cinq secondes pour te décider. Si tu ne réponds pas, je faucherai ton âme sur-le-champ. »
Johan commença à compter.
À mesure que le temps passait, la respiration du baron se faisait plus rauque.
Son attachement à la vie dévora le peu de fierté et de sens du devoir qu’il lui restait.
Le Guetteur de Narak avait disparu. Il ne restait qu’un mendiant implorant qu’on lui laisse la vie sauve.
« J-je vous servirai ! Non, maître ! Je vous servirai ! »
Le doute passa sur le visage d’Ilea.
« Johan, cette décision deviendra un lourd fardeau. »
Un pacte d’adoration laissait une preuve. Il marquait directement celui qui s’était mis à vénérer un démon.
Pour le baron, ce serait son cœur. Ayant choisi de servir un démon pour survivre, il vivrait avec la marque de Johan gravée dans sa poitrine.
À la moindre découverte de cette marque, le baron ne survivrait pas. Après avoir subi d’atroces tortures, il finirait sur le billot d’exécution.
Johan, son maître, ne serait pas à l’abri non plus. Le pacte empêchait le baron de révéler quoi que ce soit sur lui, mais des traces subsisteraient.
L’Inquisition pourrait ratisser toute la région sud pour découvrir la vérité derrière ces traces.
Johan prenait un risque considérable.
« Ça en vaut la peine ? »
« Eh bien, tout dépend du point de vue. Avec un peu de chance, je pourrais aussi y gagner quelque chose de concret. »
Ilea ne pouvait envisager que les conséquences désastreuses de cette catastrophe à venir. Elle poussa un discret soupir.
« Agis avec prudence, je t’en prie. Ta vie ne t’appartient pas qu’à toi. »
« Ne t’inquiète pas. Tu ne risques rien. »
Johan dirigea son énergie démoniaque vers le baron.
« Gryan. À partir de maintenant, tu me serviras. J’exige une obéissance absolue et une foi aveugle. Acceptes-tu ? »
Le baron déglutit. Il n’avait pas le droit de refuser. Il baissa la tête.
Johan étira les lèvres en un long sourire.
Alors, toute l’énergie démoniaque enveloppa le baron.
Le violent contrecoup mit ses vêtements en lambeaux. De la peau blanche apparut sous sa tunique déchirée.
Une marque fut gravée sur sa poitrine gauche. Un démon terrifiant brandissant une faux hurlait depuis son empreinte.
C’était la marque de Johan.
Le baron fixa sa poitrine d’un air hébété. Il était bel et bien devenu un adorateur de démon. Il lui faudrait vivre jusqu’à la fin de ses jours dans la peur de l’Église du Grand Saint.
Quel pitoyable sort pour le Guetteur de Narak.
Johan parla d’un ton indifférent.
« Demain matin, un garçon de dix ans arrivera au château. Il s’appelle Johan Myatro. C’est ton maître et l’héritier de la Maison Myatro. Accueille-le en grande pompe. »
Le baron semblait ne pas comprendre ce qu’il voulait dire.
« Demande à Ilea de t’expliquer le reste. »
Sur ces mots, Johan tourna son regard.
« Raguel. »
Le garçon tressaillit.
« À partir de maintenant, appelle-moi ton frère aîné. »
* * *
Le château du seigneur, toujours morose, était exceptionnellement animé aujourd’hui.
« J’ai été tellement surprise. Qui aurait cru que le baron avait un autre fils ? »
« Pas étonnant. J’ai poussé un cri quand j’ai appris la nouvelle à l’aube. »
Ce jour-là, le fils illégitime du baron devait se rendre au château.
Tous les habitants du château s’affairaient à le préparer pour son arrivée.
Une servante qui mettait la table demanda :
« Il est illégitime, non ? »
« C’est ce qu’on dit. C’est le Jeune Maître Raguel qui en pâtit. »
« Non. Même sans demi-frère, le jeune maître n’aurait pas pu hériter du titre. »
Les handicaps de Raguel étaient trop lourds pour qu’il hérite du titre.
« C’est le frère cadet du baron qui aurait repris le territoire. Mais ça, ce n’est plus possible. »
« Il s’appelait Kryll, c’est ça ? Quoi qu’il en soit, ses projets sont tombés à l’eau. »
« C’est son problème. Nous, il faut juste faire bonne impression auprès du nouveau jeune maître. »
« Je ne sais pas. Le Seigneur Kryll a une armée. S’il décide d’envahir le territoire, le baron ne pourra pas l’arrêter. »
« Il n’y aura sûrement pas de guerre. »
« Qui sait ? Les nobles sont capables de laisser des centaines de vies s’éteindre sans sourciller pour une simple parcelle de terre. »
Le territoire de Myatro était vaste, après tout.
Un bain de sang pouvait bel et bien éclater.
Une mine sombre assombrit le visage de toutes les servantes de la salle à manger.
« Vous bavardez encore au lieu de travailler. »
La voix retentit soudain.
« L’invité va bientôt arriver. »
C’était l’un des chevaliers du baron. Un homme blond d’une trentaine d’années, qui promena son regard acéré sur les servantes.
« Voilà pourquoi les femmes ne devraient pas se réunir. Rien n’avance quand elles passent leur temps à bavarder. »
Il secoua la tête et regarda Gaf.
« N’est-ce pas ? »
Gaf ne répondit pas. Il avait l’esprit accaparé par bien des soucis et entendit à peine les paroles du chevalier.
« Réponds quand on te parle. »
« Je suis un homme ennuyeux, alors ne me parlez pas. »
« Vous n’avez pas la moindre amabilité. Honnêtement, il n’y a pas un seul type dans ce château avec qui je puisse sympathiser. »
« Passez du temps avec le bâtard qui arrive aujourd’hui au château. Il se prêtera sûrement à vos petites plaisanteries. »
« Il est de basse naissance, alors il ne gardera sans doute pas ses distances. Après avoir vécu en mendiant, il doit être habitué aux blagues vulgaires. »
Le chevalier ricana avant d’ajouter :
« J’ai entendu dire que sa mère était une serf. Je vais bien m’amuser à le provoquer. Il y a aussi un enfant illégitime dans ma famille, alors je connais le plaisir que ça procure. »
Gaf répondit d’un ton sérieux :
« Ne dépassez pas les limites. Vous pourriez le regretter. »
Le chevalier eut l’air contrarié.
« Je crois que c’est vous qui dépassez les limites. »
Gaf était un roturier, tandis que le chevalier était un noble.
Un mur infranchissable les séparait.
Les choses auraient été un peu différentes si le chevalier avait connu le surnom de mercenaire de Gaf, mais pour l’heure, rien ne prouvait même que Gaf avait appartenu à la Compagnie mercenaire de Kandea.
Il n’avait qu’un insigne de la Compagnie mercenaire de Kandea. Un bout de bois dont l’origine était inconnue ne pouvait combler le fossé entre leurs rangs sociaux.
Gaf répondit calmement :
« Je vous donnais simplement un conseil. Si je vous ai offensé, je vous prie de m’excuser. »
« Je laisse passer pour cette fois. Mais dites-moi, avez-vous rencontré le fils illégitime ? Vous parliez comme si vous le connaissiez bien. »
Un démon méthodique et rusé. Voilà tout ce que Gaf savait de Johan.
Du moins, jusqu’à présent.
Depuis qu’il avait entendu la conversation entre Johan et Raguel la veille au soir, Gaf éprouvait un malaise inexplicable.
Ils semblaient proches. On aurait dit qu’ils n’étaient pas liés par une relation de maître à serviteur.
Raguel, au moins, parlait franchement à Johan.
Les actes de Johan étaient tout aussi étranges.
Pourquoi avait-il épargné le baron ? Il aurait pu en faire une marionnette et s’emparer du territoire.
Il avait peut-être une autre idée derrière la tête, mais en apparence, il avait agi par égard pour Raguel.
Gaf se mordit la lèvre.
Est-ce que je tombe dans son piège ?
Johan cherchait peut-être à endormir la méfiance de Gaf par des actes de bonté feints.
Il ne se laisserait pas berner.
Le chevalier parut perplexe.
« Je vous ai demandé si vous le connaissiez. C’était si désagréable ? »
Revenant à lui, Gaf adoucit son expression.
« Non. J’étais distrait un instant. On ne se connaît pas vraiment… On s’est croisés quelques fois. »
« C’est décevant. On dirait que le baron vous fait davantage confiance qu’à moi, même après six ans passés ensemble. »
Le chevalier n’avait jamais imaginé que le baron avait un fils illégitime.
« Je ne l’ai appris que récemment, par hasard. »
« Tout de même, c’est cruel. Il m’a donné une raison de me sentir trahi. Ha ha ! »
Gaf fronça les sourcils.
« Qu’entendez-vous par… ? »
Avant qu’il ait pu finir, une servante accourut et cria :
« Il est arrivé ! Tout le monde dans le couloir ! »
Les servantes interrompirent leur travail et quittèrent la salle à manger.
Le chevalier et Gaf se dirigèrent aussitôt vers le couloir.
La plupart des habitants du château s’étaient rangés en deux files face à face, le long du couloir qui menait à la porte principale.
Au fond, au centre, se tenait le baron. Il était plus pâle que d’habitude.
Il pria pour que la porte ne s’ouvre pas, mais son souhait fut ignoré, comme pour se moquer de lui.
La porte principale s’ouvrit à la volée.
Un garçon aux cheveux noirs entra, accompagné d’une dizaine de soldats. Avec ses cheveux soigneusement coupés et ses vêtements propres, Johan semblait à Gaf être une personne tout à fait différente.
Le mendiant crasseux avait disparu. À sa place se tenait un jeune maître à l’allure noble.
Les serviteurs du château inclinèrent la tête devant le nouvel héritier.
Johan passa entre eux, le visage impassible.
À mesure qu’il approchait, le baron se tortillait avec un malaise grandissant.
« Kh… Hum. »
Enfin, quand père et fils se retrouvèrent face à face, Johan esquissa un sourire en coin.
« Je suis heureux de vous voir, père. »
Le baron ne parvenait pas à soutenir le regard de Johan. Ilea lui avait tout raconté ; il savait que Johan était son maître.
« B-bienvenue… »
« Tutoie-moi. »
Le baron observait la réaction de Johan, la sueur froide ruisselant sur son visage.
« O-oui. Bienvenue. »
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