Chapitre 164
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 164 : Usman (2)
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La tête tranchée de Hakain, le Démon à l’épée, avait été exposée au sommet des immenses portes du château d’Usman.
Goutte. Goutte.
Le sang coulait de son cou tranché.
Johan contempla la scène sans ciller.
« Quelle petite mise en scène adorable. »
Le cocher blêmit et balbutia : « Je le savais. Usman, ce ne sont pas des humains. Ce sont des bêtes qui portent une peau humaine. Nous n’aurions jamais dû venir ici. Nous allons tous mourir. »
Le clan Usman avait mauvaise réputation.
Leur cruauté et leur sauvagerie étaient connues dans tout le Sud.
Même les enfants qui refusaient de dormir fermaient les yeux dès la première syllabe d’Usman.
Dans le Sud, Usman était synonyme de terreur.
Johan s’adressa au cocher.
« Arrête de t’agiter comme ça. »
Le cocher le regarda, livide.
« M-monseigneur le baron, vous devez quitter cet endroit immédiatement. Ces salopards de pirates sauvages peuvent surgir d’un instant à l’autre ! »
Johan resta calme.
« Ils nous observent probablement déjà. Et ils ont sûrement tout entendu. »
Le cocher tressaillit et regarda autour de lui.
Le champ de roseaux était silencieux, mais il sentait malgré tout des regards posés sur lui.
Il se hâta de remonter sur son siège.
« Je pars tout de suite ! Montez, je vous en prie ! »
Johan ne bougea pas.
Il demeura immobile, plongé dans ses pensées.
Le cocher trouvait la situation insupportablement frustrante. S’il l’avait pu, il aurait abandonné Johan sur place et se serait enfui sans attendre.
Mais il ne pouvait s’y résoudre.
Johan était un seigneur très respecté, aimé de la plupart de ses gens.
Le cocher le respectait lui aussi sincèrement.
Après un instant de réflexion, Johan fronça les sourcils, perplexe.
« J’ai beau y réfléchir, je ne comprends pas. Usman n’a aucune raison d’agir ainsi. »
Le cocher se frappa la poitrine et s’écria :
« Monseigneur le baron ! Je vous en prie ! »
Johan était si imperturbable que le cocher en venait presque à se sentir idiot.
Une autre silhouette calme descendit alors de la voiture.
C’était Ilea.
Elle observa la tête de Hakain et prit la parole.
« Les rumeurs étaient donc vraies. Usman a des coutumes étranges. »
Johan acquiesça.
« C’est une vieille tradition. Effrayer les invités qui viennent leur rendre visite. »
Ilea sourit d’un air espiègle.
« Alors, tu as peur ? »
Johan eut un rire sans joie.
« Je pourrais bien finir par me pisser dessus. »
Le cocher les regarda tour à tour, incrédule.
Ni Johan ni Ilea ne semblaient le moins du monde tendus.
Le cocher n’y comprenait rien.
« V-vous avez été ensorcelés par des démons, tous les deux… ? »
Johan l’observa un instant avant de répondre.
« Je ne me suis pas montré assez prévenant avec toi. »
Il se pencha et ramassa une pierre.
Le cocher eut l’air perplexe.
« Pourquoi est-ce que vous… »
Avant qu’il ait pu finir, Johan lança la pierre vers le sommet de la porte.
Elle frappa de plein fouet la tête de Hakain.
Un bruit écœurant retentit.
La tête éclata sur-le-champ.
Des morceaux volèrent dans toutes les directions.
Ilea laissa échapper un sifflement admiratif.
« Ouah, bien joué. »
Le cocher fut si surpris qu’il tomba de son siège.
« Ouf ! »
Son visage heurta le sol. Quelque chose roula devant ses yeux.
C’était le globe oculaire de Hakain.
Le cocher poussa un hurlement de terreur.
Johan parla calmement.
« Regarde bien. »
Il lui tendit le globe oculaire sous le nez.
Le cocher ferma les yeux très fort.
Johan resserra sa prise.
Le globe oculaire éclata.
Crac, crac, crac !
Le bruit avait quelque chose d’étrange.
Ce n’était pas celui d’une chair écrasée, mais d’une matière dure qui se brisait.
Comme une bille de verre qui éclate.
Le cocher rouvrit lentement les yeux.
Son regard mêlait la peur au doute.
« Q-qu’est-ce que c’est… ? »
Johan répondit :
« Ce n’est pas un œil humain. C’est juste une réplique très bien faite. »
Le cocher examina prudemment le globe brisé.
En y regardant de près, on distinguait quantité de détails étranges.
Le globe oculaire était bien faux.
Le cocher tourna vivement la tête vers la porte.
« D-donc la tête accrochée là-haut était fausse, elle aussi ? »
Ilea répondit : « C’est ça. Ce n’était qu’une réplique à l’effigie de monsieur Hakain. »
Le cocher poussa un cri consterné.
« Pourquoi nous faire une pareille farce ? »
Johan répondit : « Usman a pour coutume d’effrayer les invités. »
Ilea ajouta : « Le but est de briser le moral de l’adversaire. »
Le cocher n’en revenait pas.
« Même si c’est une coutume, ils devraient savoir à qui ils ont affaire ! Comment osent-ils faire un tel affront au Veilleur de Narak ? »
L’homme, qui tremblait de peur quelques instants plus tôt, changea soudain d’attitude.
Il frappa le sol du pied, furieux.
Johan dit : « Eh bien, je suis d’accord avec toi. Pour l’instant, moi non plus, je ne comprends pas ce que cherche Usman. »
Usman était peut-être barbare, mais ses membres n’étaient pas totalement dépourvus de bon sens.
Ils comprenaient la loi du plus fort.
Ils écrasaient les faibles mieux que quiconque, mais savaient aussi s’incliner comme il se devait devant les puissants.
C’était leur ruse qui avait fait de simples pirates des nobles.
Pourtant, cette prudence ne se voyait nulle part à présent.
Usman avait osé se moquer du Veilleur de Narak.
Ils avaient insulté un membre du Conseil et l’un des personnages les plus puissants du royaume.
L’Usman d’autrefois n’aurait jamais agi de la sorte.
Du moins, c’était ce que pensait Johan.
Ilea acquiesça.
« Je suis d’accord. D’après ce que j’ai appris sur les différentes maisons au domaine du comte, le comportement d’Usman est très anormal. »
Ils auraient dû ramper et chercher à s’attirer ses faveurs, au lieu de tenter de le défier.
Johan avait du mal à comprendre les agissements d’Usman.
Il claqua la langue.
« Quelle plaie. J’ai déjà bien assez à faire. »
C’était vraiment agaçant.
Ilea prit la parole.
« On ferait mieux de repartir ? »
Le cocher approuva aussitôt.
« Nous devrions repartir, déposer une protestation officielle et leur donner une bonne leçon ! Je vous en prie, montez vite ! »
Sa voix résonna dans le champ de roseaux.
Au même moment, un inquiétant froissement, froissement se fit entendre.
Soudain, la présence d’une foule innombrable se fit sentir.
Johan balaya lentement les environs du regard.
Des hommes baraqués émergèrent un à un des hautes herbes.
Ils portaient des armures de cuir et de grandes machettes.
Tous avaient un visage menaçant.
N’importe qui les aurait pris pour des bandits.
Ils avançaient lentement de toutes parts.
La peur revint sur le visage du cocher.
Johan soupira.
Ilea parla d’un ton glacial.
« Ils dépassent vraiment les bornes. »
Le cocher cria d’une voix tremblante :
« Reculez immédiatement ! C’est le Veilleur de Narak ! Vous faites une grave erreur ! »
Un homme à l’air féroce s’approcha du cocher.
Il le repoussa négligemment.
Le cocher fut envoyé valser sans pouvoir réagir.
L’homme à l’air féroce s’avança et s’arrêta juste devant Johan.
Il le toisa d’un air impassible.
Il était aussi grand que Gaf.
Il avait une présence imposante.
Ilea demanda :
« Ce serait sans doute prématuré de les tuer sur-le-champ, non ? »
Johan répondit sans expression :
« Je veux voir un instant ce qu’ils comptent faire. »
L’homme sourit de toutes ses dents.
Il tira une grande machette de sa ceinture.
Puis il leva la lame.
Leurs regards se croisèrent.
Le cocher blêmit.
« N-non ! »
Au même instant, la lame s’abattit.
L’énorme machette fendit l’air et plongea vers le sol.
La force du coup fit voler les cheveux de Johan.
La lame le manqua et frappa la terre.
Thud !
Un claquement retentit ensuite.
Au lieu de Johan, la machette avait tranché une corde dissimulée dans les roseaux.
La corde tendue céda ; ses deux extrémités fouettèrent les côtés sous l’effet de la tension.
C’était un déclencheur.
Des pétards éclatèrent dans tout le champ de roseaux.
Le ciel se couvrit d’éclats lumineux éblouissants.
L’odeur de la poudre envahit l’air.
L’homme à l’air féroce éclata soudain d’un rire sonore.
« Quel sang-froid ! Vous êtes vraiment remarquable pour votre âge ! »
Il recula de quelques pas et s’inclina profondément.
Johan demanda sans expression :
« Qui êtes-vous ? »
L’homme répondit :
« Je suis Shylock Usman, capitaine de la Deuxième Flotte d’Usman. C’est un honneur de rencontrer le Veilleur de Narak. »
À peine eut-il fini de parler qu’une musique militaire retentit de toutes parts.
Des instruments et des mélodies de toutes sortes résonnèrent dans les airs.
Les hommes baraqués cachés dans les roseaux en sortirent en courant, dansant et chantant.
Des soldats apparurent les uns après les autres au sommet des hautes tours de guet.
Chacun jouait d’un instrument.
Tous souhaitaient la bienvenue à Johan.
Les portes, restées closes, s’ouvrirent en grand.
Un banquet battait déjà son plein dans la vaste cour.
Une foule innombrable mangeait, buvait et criait.
Tous les regards se tournèrent vers Johan.
Tout le monde se leva et agita les bras.
« Oh, c’est donc lui, le Veilleur de Narak ? »
« Il est vraiment petit et jeune. »
« Mais il en a dans le pantalon ! Je parie que sa queue est bien plus grosse que la tienne ! »
« Ha ha ! Voyons ça ! Amenez des femmes ! Ce soir, on va s’éclater avec notre noble Veilleur ! »
Des plaisanteries obscènes fusèrent de tous côtés.
C’était leur manière de souhaiter la bienvenue.
Johan s’adressa à Shylock.
« Où est Hakain ? »
Shylock désigna l’intérieur du château.
« Il profite du banquet. C’est un sacré bon vivant. Veilleur, entrez donc, vous aussi. »
Johan hésita un instant, puis s’avança.
Ilea le suivit.
À chacun de ses pas, des exclamations admiratives s’élevaient tout autour.
« Ce serait une noble de la capitale royale ? Ça se voit rien qu’à son apparence. »
« C’est une poupée ? C’est vraiment une personne ? »
« Le Veilleur ne jettera plus un seul regard aux femmes d’ici, maintenant. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Les femmes nées et élevées sur la côte ont un sacré tempérament ! Elles ont un charme que les fleurs de serre ne pourront jamais égaler ! »
« Ha ha ! C’est pas faux ! »
Malgré toute cette attention, Johan et Ilea ne réagirent pas.
Ils continuèrent simplement d’avancer en silence.
Ilea sourit doucement.
« Il y a une odeur familière, ici. »
Johan la regarda.
« … Ce serait de l’énergie démoniaque ? »
Ilea s’apprêtait à répondre lorsqu’une voix familière retentit.
« Vous voilà, monseigneur le baron. »
Hakain s’approcha de Johan, une boisson dans une main et un tomahawk dans l’autre.
Il était ivre mort.
Son visage était rouge vif.
Johan lui dit :
« On dirait que tu t’amuses bien. »
Hakain eut le hoquet.
« Oui, enfin, je voulais d’abord observer la situation. Il y avait trop d’inconnues pour agir seul… »
Johan fronça les sourcils.
« Il y a quelque chose d’étrange dans cet endroit ? »
Hakain se gratta la tête.
« Plutôt que de vous l’expliquer, monseigneur le baron, vous feriez mieux de rencontrer le vicomte Usman. C’est quelqu’un d’assez particulier. »
Johan réfléchit tout en marchant.
Le vicomte Usman ?
Personne en particulier ne lui venait à l’esprit.
Tandis qu’il y songeait, la voix d’Ilea lui parvint.
« Oh, voilà qui est intéressant. »
Ilea fixait une estrade.
Un homme chauve portant un bandeau sur l’œil s’y tenait.
Il baissa les yeux vers Johan et prit la parole.
« Je suis Nedval Usman, chef de la Maison Usman. »
Une lueur étrange s’alluma dans les yeux d’Ilea.
Elle sourit, intriguée.
« Heureusement que nous sommes arrivés avant Wolfgang. On a failli manquer notre coup. »
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