Chapitre 162
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 162 : Le deuxième Noyau démoniaque
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Mapheltan quitta la Gorge de la Mort dès qu’il eut échappé à Narak.
Il se hâta vers le château seigneurial de Myatro.
L’ancien château, à moitié détruit, apparut à sa vue.
Le château seigneurial avait été entièrement ravagé lors du combat entre Gawain et Ilea, et n’avait toujours pas été réparé.
Mapheltan atterrit au sommet d’une tour et poussa un long soupir.
Les forces de subjugation arriveraient bientôt au château seigneurial de Myatro.
Il y aurait sans doute un banquet ou une fête.
Les célébrations dureraient peut-être même plusieurs jours.
Après tout, l’Apôtre Beris était mort. L’occasion méritait bien d’être célébrée.
Tout le monde boirait et festoierait, mais Mapheltan ne pouvait pas se réjouir sans réserve.
À vrai dire, la situation le préoccupait un peu.
D’abord, le château était dans un état lamentable.
Il était déjà vieux et délabré. À présent, il avait été si durement ravagé qu’il ressemblait à des ruines.
Son atmosphère avait aussi quelque chose de sinistre.
Une personne particulièrement sensible aurait pu croire que le château seigneurial était un repaire de démons.
Si quelqu’un comme Wolfgang, capable de détecter les plus faibles traces d’énergie démoniaque, s’en apercevait, Johan se retrouverait assurément dans une situation délicate.
Il restait beaucoup trop de traces démoniaques dans le château seigneurial de Myatro.
Mapheltan ravala un grognement.
La subjugation s’est achevée bien plus facilement que prévu.
Dans des circonstances normales, l’opération aurait fait d’innombrables victimes.
Même en cas de réussite, les blessés se seraient comptés par centaines.
Les forces de subjugation auraient filé tout droit vers le diocèse du Sud pour les faire soigner, sans avoir le temps de festoyer.
C’était le plan initial.
Mais la réalité en avait décidé autrement.
Shaperia avait jugé Beris à elle seule.
Personne n’avait été blessé.
Les forces de subjugation n’avaient même pas eu l’occasion de dégainer, et leur ardeur au combat bouillonnante n’avait trouvé aucun exutoire.
La cible vers laquelle elle se tournerait était évidente.
Le château seigneurial de Myatro. Les forces de subjugation s’y rassembleraient et videraient les greniers de Johan.
Mapheltan claqua la langue.
La situation se compliquait de toutes parts.
Il n’avait ni les moyens ni la place pour nourrir et loger plusieurs milliers de soldats.
Johan était peut-être membre du Conseil, mais, en réalité, ce n’était qu’un pauvre baron des confins.
Est-ce que je devrais tous les renvoyer ?
Fermer les portes du château serait la meilleure solution, mais Johan y perdrait la face.
On le traiterait probablement d’avare mesquin.
Johan avait encore beaucoup à accomplir en politique ; une mauvaise réputation lui serait donc assez préjudiciable.
Il me faut une solution. Je devrais d’abord en parler à Ilea.
Elle faisait parfois preuve d’une ingéniosité remarquable et trouvait de bonnes solutions.
Mapheltan comptait s’en remettre à elle.
Il déploya aussitôt ses ailes.
Puis il se dirigea vers le sous-sol du château seigneurial.
* * *
Comme toujours, la bibliothèque souterraine était sombre et humide.
Les environs étaient noyés dans les ténèbres, mais cela ne gênait pas leurs occupants.
La vision d’une sorcière n’était pas entravée par une chose aussi insignifiante que l’obscurité.
Les démons voyaient mieux dans le noir, et les yeux d’un Haut-Elfe émettaient leur propre lumière, éclairant son champ de vision.
L’obscurité posait bien quelques problèmes au Démon à l’épée, mais il ne lisait pas de livres, de toute façon.
Il se contentait de s’appuyer contre les étagères et de profiter du calme ambiant.
Raguel, qui griffonnait fébrilement quelque chose, prit la parole.
« Dix jours. Il en reste exactement dix. »
Ilea, qui lisait, acquiesça.
« Dans dix jours, Johan sera probablement devenu un héros. Le héros qui a sauvé le monde de la douzième apocalypse. »
Une expression anxieuse passa sur le visage de Raguel.
« … C’est vrai. Johan réussira sans aucun doute. »
Ilea referma son livre d’un coup sec et sourit.
« Tu t’inquiètes, Jeune Maître ? »
Raguel répondit avec prudence : « Pour être honnête, un peu. »
Zalkarin s’immisça dans leur conversation.
« Inquiet ? Ha ! Même éprouver de tels sentiments est irrévérencieux ! Il n’y a pas d’échec sur la voie de la Grande Fin ! Tu ne l’as toujours pas compris ? »
Hakain, qui était appuyé contre une étagère, ouvrit lentement les yeux.
« Eh bien, il réussira très probablement. Wolfgang en personne, le Gardien du Nord, est en marche. Jeune Maître, ne vous inquiétez pas. »
Ilea lui adressa un doux sourire.
« C’est vrai. Beris n’a nulle part où fuir. Cette subjugation va probablement encore accroître la renommée de Johan et le rapprocher de son objectif immédiat. L’année prochaine, Johan pourrait vraiment devenir duc-roi. »
Johan voulait devenir roi.
Raguel le savait bien.
À ses yeux, Johan était véritablement fait pour être roi.
Raguel murmura à voix basse :
« … Le Grand-Duché de Myatro. »
Ilea prit un ton taquin.
« Tu auras beaucoup plus de travail qu’en ce moment, Jeune Maître. Johan te refilera sans aucun doute toutes les tâches pénibles. »
Une ombre passa sur le visage de Raguel.
Ses épaules s’affaissèrent.
« Je suis probablement condamné à travailler jusqu’à ma mort. »
Hakain esquissa un sourire en voyant son air abattu.
Zalkarin gloussa.
Ilea éclata de rire.
« Pardon. Je ne devrais pas rire, mais ta réaction est amusante, Jeune Maître. »
Raguel poussa un profond soupir.
« Vous êtes impossibles. Ce n’est pas vous qui allez devoir vous en occuper. »
Tous lui offrirent quelques paroles de réconfort, sans conviction.
Alors qu’ils bavardaient, l’ambiance retomba brusquement, comme si quelqu’un avait jeté un seau d’eau glacée dessus.
Une lourde présence envahit le sous-sol.
Tous tournèrent les yeux vers l’escalier, surpris.
Des pas résonnèrent.
Raguel se leva d’un bond, le visage tendu.
Personne ne venait d’ordinaire à la bibliothèque à cette heure.
Ilea murmura à voix basse :
« … Est-ce que ce serait Mapheltan ? »
C’était impossible.
Il aurait encore dû se trouver à Narak.
Raguel demanda, l’air perplexe :
« Mapheltan ? Ça ne peut pas être… »
Avant qu’il ait pu finir, une voix familière retentit.
« Je savais que vous seriez tous réunis ici. »
Une silhouette terrifiante apparut. Ses yeux cramoisis illuminèrent la bibliothèque souterraine.
Tous sursautèrent.
Ilea s’approcha aussitôt de Mapheltan.
« C-Comment es-tu déjà ici ? Qu’est-il arrivé à Beris ? »
Mapheltan promena son regard sur l’assemblée.
« Nous avons quelque chose à discuter. Je vais vous expliquer brièvement, alors écoutez bien. »
Il leur raconta rapidement tout ce qui s’était passé ces derniers jours.
* * *
Après avoir entendu toute l’histoire, Ilea prit un air grave.
« C’est un problème de taille, c’est certain. Quoi qu’il arrive, Wolfgang ne doit pas venir au château seigneurial. »
Ilea avait rencontré Wolfgang dans le Royaume des Ombres du comté de Staviana.
Wolfgang était véritablement un monstre qui dépassait les limites humaines.
S’il découvrait les secrets du château seigneurial, tout ce que Johan avait bâti s’effondrerait comme un château de sable.
S’ils n’avaient pas de chance, toutes les personnes présentes pourraient y laisser la vie.
Mapheltan ravala un grognement.
« Je suis d’accord. À bien y réfléchir, mieux vaut renvoyer les forces de subjugation. »
Une réputation pouvait se reconstruire.
Ils ne pouvaient pas sacrifier l’essentiel au secondaire.
Ilea reprit : « Commençons par envoyer quelqu’un auprès du comte Staviana. Il saura gérer la situation avec tact. »
Le comte était digne de confiance.
Il défendrait sûrement Johan comme il se doit.
Mapheltan acquiesça.
« Hakain, tu devrais tout de suite… »
Raguel l’interrompit brusquement.
« A-Attendez un instant ! »
Tous se tournèrent vers lui.
Raguel exprimait rarement une opinion avec assez de force pour interrompre quelqu’un.
Zalkarin cria :
« Petit insolent ! Comment oses-tu l’interrompre ?! Excuse-toi sur-le-champ ! »
Mapheltan arrêta immédiatement le petit démon.
« Non, laissons-le parler. Raguel, tu as quelque chose à dire ? »
Raguel s’exprima d’une voix hésitante :
« I-Il y a peut-être moyen d’organiser le banquet, après tout. »
Mapheltan parut intéressé.
« Tu as une meilleure solution ? »
« Le vicomte Usman est venu récemment au château seigneurial. Ils ont dit vouloir nouer de bonnes relations avec le seigneur Johan et que nous pouvions leur demander de l’aide quand nous en aurions besoin. »
Mapheltan réfléchit un instant.
Usman.
La Maison Usman régnait sur la côte sud.
Jusqu’à il y a quelques siècles, ils n’étaient que des pirates, mais ils avaient reçu des titres de noblesse en échange de leur loyauté envers le roi.
Leur fondateur, issu du peuple, les avait empêchés d’accéder à la politique centrale, mais leur maison avait beaucoup d’influence dans le Sud.
Mapheltan connaissait lui aussi un peu les Usman.
Il demanda, incrédule :
« Le chef de la Maison Usman est venu en personne ? »
Raguel acquiesça.
« Oui. Ils se sont montrés très amicaux. Nous avons aussi reçu pas mal de cadeaux. »
Mapheltan eut un rire sans joie.
Je sais qu’ils sont plutôt brutaux. Ils sont plus opportunistes que je ne le pensais ?
Dans l’histoire originale, ils avaient causé d’innombrables problèmes.
En raison de leurs origines de pirates, les Usman étaient cruels et belliqueux.
Ils lançaient souvent des raids sur des terres étrangères et provoquaient des incidents diplomatiques.
Pourtant, ils s’étaient rendus dans un autre territoire avec des cadeaux plutôt qu’avec des épées.
Mapheltan trouvait cela étrange.
À vrai dire, lorsqu’il monterait sur le trône de duc-roi du Sud, Mapheltan comptait s’occuper d’abord de la Maison Usman.
Leur immense littoral était une véritable poule aux œufs d’or.
Un territoire aussi précieux était gaspillé entre les mains de pirates.
Mapheltan prit la parole.
« On dirait que le chef actuel de la Maison Usman a de grandes ambitions politiques. »
La Maison Usman avait toujours voulu accéder à la politique centrale.
Bien sûr, cette ambition avait toujours été contrariée.
Le Conseil et les dirigeants du Royaume ne considéreraient jamais de simples pirates comme des nobles.
Quelle que soit l’étendue de leur pouvoir, les Usman ne restaient qu’une bande de criminels.
Mais les choses pourraient changer s’ils obtenaient le soutien de la Maison Myatro.
Johan était alors la personne la plus influente du Royaume, et la Maison Myatro, la maison la plus puissante.
Comme ils étaient tous deux liés au Sud, le vicomte Usman ne pouvait que chercher à se rapprocher de Johan.
Raguel ajouta : « Si nous nous allions au vicomte, nous pourrions régler cette affaire. »
Mapheltan releva le coin de la bouche.
« Raguel, tu nous as tirés d’affaire. Bien joué. »
Raguel sourit timidement. L’avenir l’inquiétait un peu, mais il était heureux qu’on reconnaisse ses capacités.
Hakain se leva.
« Ma mission est toute trouvée. Je vais aller voir ces sales pirates sans tarder. »
Mapheltan acquiesça.
« Envoie Gaf auprès des forces de subjugation. »
Il fallait aussi prévenir les forces de subjugation.
La fête aurait lieu dans une ville de la côte sud.
Ilea sourit doucement.
« Ça tombe bien. »
Mapheltan prit un air satisfait.
« Il ne reste plus qu’une chose à faire. »
Il sortit de sa robe une petite gourde.
Les yeux d’Ilea s’illuminèrent.
« Tu as réussi ? »
Mapheltan eut un léger rire.
« J’ai réussi à la sceller à l’intérieur, d’une manière ou d’une autre. »
L’âme de Beris était enfermée dans la gourde.
Mapheltan comptait la transformer en Noyau démoniaque et l’absorber.
Ilea prit la gourde avec précaution.
« … On commence tout de suite ? »
Ses yeux pétillaient d’impatience.
Mapheltan haussa les épaules.
« À voir cette expression, je suppose que je ne peux pas remettre ça à plus tard. »
Les sorcières étaient fascinées par l’inconnu.
Elle s’apprêtait à s’occuper d’un Apôtre, l’inconnu incarné.
Elle ne pouvait qu’être exaltée.
Ilea sourit.
« C’est vrai. Je vais l’invoquer tout de suite. »
Du mana bleu profond enveloppa la gourde.
Une fumée noire comme la poix s’éleva de son goulot.
Un hurlement effroyable envahit la bibliothèque souterraine.
Raguel sursauta et bascula de sa chaise.
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