Chapitre 161
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 161 : Rédempteur (10)
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Quelques dizaines de minutes plus tôt, dans le Monde dans le miroir, Mapheltan était profondément impressionné.
Shaperia acculait sans relâche l’Apôtre Beris.
Grâce au pouvoir du soleil, elle engloutissait entièrement les ténèbres.
Beris ne parvenait même pas à opposer une résistance digne de ce nom.
La créature avait perdu toute volonté de se battre.
L’issue était déjà décidée.
Shaperia avait gagné.
Elle avait mis fin à l’une des Fins du monde.
Avec pour seul atout un corps mortel.
Shaperia était désormais une héroïne dont l’Histoire se souviendrait.
Son nom serait transmis aux générations futures, à jamais.
Mapheltan eut un petit rire.
« Tu l’as vraiment fait, Shaperia. »
De temps à autre, un être humain dépassait toutes les limites et toute logique.
En un instant, ces personnes pulvérisaient les idées et les plans des gens ordinaires.
Le bon sens de Mapheltan venait bel et bien de s’effondrer.
Le génie de Shaperia l’avait réduit en miettes.
Mapheltan sourit.
« J’ai bien fait de te choisir. »
Autrefois, malgré les risques énormes, il avait accepté Shaperia comme chevalière.
Il avait pris une arme à double tranchant.
Au bout du compte, il avait fait le bon choix.
Shaperia était l’épée la plus acérée du monde.
Selon la manière dont on s’en servait, elle pouvait devenir une lame précieuse, plus valeureuse que tout le reste.
Mapheltan était certain de savoir la manier comme il fallait.
Alors qu’il savourait sa satisfaction, un trou s’ouvrit dans le ciel.
La Porte de Narak s’était temporairement ouverte grâce à la puissance martiale de Wolfgang et à la Magie des contrats de Beris.
Les deux monstres avaient brièvement enfreint l’Interdiction de la Lune.
Mapheltan se leva d’un bond.
Ce n’était pas le moment de se perdre dans ses pensées.
Il devait agir sur-le-champ, lui aussi.
Quelle plaie.
Mapheltan sortit du miroir et leva les yeux vers le ciel.
Beris fuyait désespérément en direction de la faille.
Une lumière éclatante le poursuivait avec acharnement.
Mapheltan se dissimula grâce à l’Immersion dans le crépuscule et déploya ses ailes.
Je dois sortir avant que la Porte de Narak ne se referme.
S’il manquait cette occasion, Mapheltan resterait seul prisonnier de Narak pendant une dizaine de jours.
Une telle situation le mettrait dans une très mauvaise posture.
Personne ne pourrait gérer les suites de la soumission de Beris.
Seul le Veilleur de Narak pouvait superviser la crise démoniaque qui avait éclaté dans le Sud.
À partir de maintenant, « Johan » était nécessaire.
Le rôle de Mapheltan touchait presque à sa fin.
Il s’envola aussitôt et s’engouffra de force dans la faille céleste.
Des milliers de soldats l’attendaient.
Ils faisaient tous partie de l’armée de soumission.
Évidemment, ils ne voyaient pas Mapheltan.
Dissimulant complètement sa présence, Mapheltan s’éleva plus haut dans le ciel.
Il lui restait une dernière tâche à accomplir.
Il sortit de sa robe une petite gourde.
Il devait recueillir l’âme de Beris.
Comme il l’avait fait avec l’Arbre-Monde, il comptait en tirer un Noyau démoniaque.
Du haut des airs, Mapheltan pointa l’ouverture de la gourde vers le bas.
Une Volonté rémanente d’un noir d’encre hurla en se faisant aspirer dans la gourde.
C’était l’âme de Beris, jugé par Shaperia.
C’est fait.
À peine son objectif atteint, Mapheltan fila dans le ciel nocturne.
Sans se retourner, il quitta le Pays de la Mort.
Il était temps d’agir dans le corps de Johan.
* * *
« Je dédie toute cette gloire à mon seigneur. »
Sous le clair de lune, Shaperia posa un genou à terre et baissa la tête.
Elle tenait dans une main l’énorme tête de Beris.
Une expression de désespoir absolu s’était figée sur son visage boursouflé.
Beris avait péri en versant des larmes de sang noir.
Le reste de son corps s’effondra en une pluie noire.
Beris était bel et bien fini.
Son corps avait disparu et Mapheltan avait emprisonné son âme.
Le rideau était tombé sur la Douzième Fin.
Tout le mérite revenait à la Maison Myatro.
Et la principale artisane de cette victoire se tenait là.
Dans le lourd silence, quelqu’un se mit à applaudir.
Peu à peu, d’autres voix se joignirent aux applaudissements.
Bientôt, le Pays de la Mort retentit d’acclamations tonitruantes.
Ouah !
Tous crièrent le nom de Shaperia, émerveillés.
Ils couvrirent d’éloges l’héroïne dont l’Histoire se souviendrait.
Shaperia ne réagit pas. Elle aurait pu répondre à leurs acclamations, mais resta immobile.
Cette attitude impressionna encore davantage certains d’entre eux.
Les cris scandant le nom de Shaperia redoublèrent.
D’innombrables clameurs firent trembler le Pays de la Mort.
Shaperia se contenta de fixer le château seigneurial de Myatro, le visage grave.
… Mon seigneur, je vous en prie, ne pardonnez pas cette initiative que j’ai prise de mon propre chef. J’accepterai volontiers toute punition.
Le résultat avait été magnifique, mais le chemin pour y parvenir n’avait pas été facile.
À cause de Shaperia, Johan, si pieux, avait été contraint de pactiser, même indirectement, avec le maléfique Mapheltan.
Elle avait souillé l’âme de son seigneur.
C’était ce que croyait Shaperia.
Une ombre passa sur son visage.
Elle n’entendait même plus les acclamations qui scandaient son nom.
Son esprit était trop embrouillé par d’innombrables pensées.
Alors qu’elle restait figée comme une statue, les acclamations s’interrompirent brusquement.
Un vieux clerc vêtu d’une robe blanche immaculée leva le bras pour imposer le silence.
Sa voix grave et puissante retentit.
« Silence ! Tout le monde, silence ! »
Comme si ses paroles étaient une Parole d’autorité, tous les membres de l’armée de soumission se turent.
Le silence retomba.
Le vieux clerc se mit en marche. À chacun de ses pas, des dizaines de chevaliers en armure sacrée l’accompagnaient.
La foule s’écarta devant lui comme les eaux de la mer Rouge.
Le vieux clerc s’arrêta devant Shaperia.
Écartant ses longs cheveux blancs, il lui tendit la main.
Plus exactement, il tendait la main vers la tête de l’Apôtre Beris.
Juste avant que sa main ridée ne touche Beris, Shaperia retira vivement le bras.
La main ridée fendit maladroitement l’air.
Le vieil homme perdit l’équilibre et vacilla légèrement.
Un Saint Chevalier le soutint aussitôt et lança froidement à Shaperia : « Voici le cardinal Eharam, de l’Église principale du Royaume sacré. Montrez-lui du respect. »
Les cardinaux étaient les plus hauts dirigeants de l’Église du Grand Saint ; ils n’étaient que dix sur tout le continent.
Leur autorité égalait celle d’un roi.
Même une héroïne ayant vaincu un Apôtre devait le respect à un cardinal.
Shaperia se releva.
Calant la tête de Beris sous un bras, elle traça une croix de sa main libre.
« La chevalière Shaperia salue Votre Éminence. »
Le cardinal traça lui aussi une croix.
« Shaperia, héroïne que les Écritures consigneront. C’est un honneur de vivre à la même époque qu’une personne telle que vous. Que le clair de lune vous éclaire toujours. »
Shaperia s’inclina profondément.
« Vous me faites trop d’honneur. Je n’ai fait que remplir mon devoir de chevalière. »
Le cardinal hocha la tête avec un sourire bienveillant.
« En effet, vous avez accompli la tâche qui vous avait été confiée. À présent, votre rôle est terminé. Laissez la suite à l’Église du Grand Saint. »
Eharam tendit de nouveau la main vers la tête de Beris.
Shaperia recula.
« Je ne peux pas vous la remettre sans l’autorisation de mon seigneur. »
Avant le départ de Shaperia pour Narak, Johan lui avait remis un petit pot et ordonné de récupérer l’âme de l’Apôtre Beris.
Ce pot se trouvait actuellement en possession de Mapheltan.
Mapheltan avait promis d’exécuter l’ordre de Johan à la place de Shaperia.
Avait-il vraiment accompli sa tâche ?
Impossible de le savoir pour l’instant.
Rien n’ayant été confirmé, Shaperia ne pouvait pas remettre à la légère les restes de Beris à quelqu’un d’autre.
Le corps pouvait être nécessaire pour en extraire l’âme.
Pour l’heure, seule la tête de Beris subsistait.
Shaperia comptait donc l’emporter au château seigneurial.
Le sourire bienveillant du cardinal se fendilla.
Eharam fronça les sourcils.
« Le corps d’un Apôtre est une Abomination. Votre seigneur, le Veilleur de Narak, aurait-il l’intention de s’emparer d’une Abomination ? »
Shaperia fut légèrement décontenancée.
« Non. Mon seigneur voulait simplement… »
Le cardinal l’interrompit.
« Ne suscitez pas de soupçons inutiles. Remettez immédiatement ces restes du Mal. Seule l’Église du Grand Saint peut s’occuper d’une Abomination. »
Les Saints Chevaliers la fixaient avec insistance.
Shaperia ne pouvait pas contester les paroles du cardinal.
Son esprit se vida.
Elle était particulièrement démunie dans ce genre de situation.
Alors qu’elle restait paralysée, incapable de choisir quoi que ce soit, une voix inconnue intervint.
« Il n’est pas nécessaire de remettre cela à l’Église du Grand Saint. Le Veilleur de Narak supervise toutes les crises démoniaques qui surviennent dans le Sud, et la Maison Myatro détient la principale autorité en matière d’enquête. Les restes de Beris constituent la preuve la plus importante de cette affaire ; seul le Veilleur de Narak peut donc s’en occuper. »
Un autre vieil homme, le comte Staviana, sortit de la foule.
Des soldats et des chevaliers en grand nombre l’escortaient.
Le cardinal Eharam tourna les yeux vers le comte.
L’air légèrement contrarié, il prit la parole.
« Cela fait longtemps, comte. Et pourtant, nos positions s’opposent une fois de plus. »
Le comte inclina la tête.
« Je regrette d’avoir provoqué des tensions. J’espère que vous accepterez mes excuses. »
Le cardinal reprit :
« Les opinions peuvent diverger, mais dans cette affaire, la réponse est déjà décidée. Selon la Loi sacrée, seule l’Église du Grand Saint peut s’occuper d’une Abomination. Vous le savez aussi bien que moi. »
Le comte répondit calmement :
« Le décret de la Lune prime sur la Loi sacrée. Les droits du Veilleur de Narak relèvent d’une règle non écrite, établie directement par la Lune, d’une Interdiction qui régit cette terre depuis avant même que la Loi sacrée ne soit codifiée. La Loi sacrée a beau être sacrée, elle ne saurait être plus solennelle que le décret de la Lune. »
Le cardinal hocha lentement la tête.
« Voilà donc le cœur du différend : savoir si les droits du Veilleur de Narak relèvent d’une Interdiction ou d’une simple coutume. La discussion promet d’être intéressante. Comte, ne vaudrait-il pas mieux changer d’endroit pour en parler ? »
Eharam présentait cela comme une discussion, mais proposait en réalité un marchandage politique.
Cette solution convenait également bien mieux au comte.
Alors qu’il s’apprêtait à accepter, quelqu’un cria à pleins poumons.
Un rugissement bestial retentit.
« Qui ose voler le trophée d’un guerrier ?! »
Tous les regards se tournèrent dans la même direction.
Un vieillard colossal s’avança à grands pas.
Le comte soupira et marmonna : « … Ça recommence. »
Wolfgang se planta entre le cardinal et le comte.
Le cardinal leva les yeux vers lui.
« B-bonjour, Wolfgang. Cela fait trente ans ? »
Le sourcil de Wolfgang tressaillit.
« Wolfgang ? Tu m’as appelé Wolfgang ? »
Une sueur froide perla sur le front du cardinal.
« Ha ha, pourquoi tu recommences ? Il y a du monde qui nous regarde. »
Wolfgang saisit le cardinal par la nuque.
Puis il le souleva de terre.
Les Saints Chevaliers dégainèrent aussitôt leurs épées.
Des dizaines d’épées sacrées pointèrent vers Wolfgang.
Wolfgang n’y prêta aucune attention.
Les yeux dans ceux du cardinal, il lança :
« Eharam. Petit chiot, quand tu es né, j’avais déjà repris trois territoires sacrés. J’ai vu passer plus de cinq papes. Tu crois pouvoir me traiter en égal simplement parce que tu as pris un peu d’assurance ? »
Wolfgang avait vécu plus de cent cinquante ans et accompli d’innombrables exploits.
Il était l’Histoire vivante, un héros sacré toujours en activité.
Même l’empereur de l’Empire n’osait pas le prendre de haut.
Cardinal du Royaume sacré ou non, Eharam ne pouvait pas se prétendre son égal.
Le cardinal déglutit.
« J-je vous prie de m’excuser si je vous ai offensé. Posez-moi, je vous prie. »
Wolfgang claqua la langue.
Tenant toujours le cardinal en l’air, il beugla :
« Que tout le monde ici m’écoute ! Aujourd’hui, nous avons vu une Fin périr, et tout le mérite revient à la Maison Myatro ! Ce gamin de Johan Myatro a osé me faire venir jusqu’ici pour rien, mais je veux bien passer l’éponge ! Profitez-en, vous aussi ! C’est jour de fête ! Mangez et buvez ! Dévorez la viande et descendez l’alcool de la Maison Myatro ! »
Tous levèrent leurs épées et leurs lances en poussant des acclamations.
« « « Ouah ! » » »
Wolfgang cria de nouveau :
« Maison Myatro, ouvrez vos greniers sur-le-champ ! Payez pour avoir fait venir jusqu’ici nos valeureux guerriers pour rien ! Étanchez leur ardeur guerrière avec de la viande et de l’alcool ! »
Désormais, tous les soldats se rendraient au château seigneurial de Myatro.
Des milliers d’hommes robustes videraient les réserves de Johan.
En vérité, Johan n’avait pas assez de richesses pour tous les nourrir.
Le comte Staviana soupira.
Le comte devrait assumer seul tous les frais du banquet.
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