Chapitre 149
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 149 : Wolfrin (2)
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À minuit, l’énergie démoniaque noire et l’aura translucide déferlèrent de concert sur l’immense étendue sablonneuse.
Des couches de sable accumulées volèrent dans toutes les directions.
Une tempête de sable balaya l’étendue désertique.
Toutes les tentes militaires dressées dans le désert furent emportées par le vent.
Les troupes du comte Wolfrin se recroquevillèrent, luttant de toutes leurs forces contre la bourrasque.
Même ainsi, elles ne pouvaient détacher les yeux du combat qui se déroulait devant elles.
L’énergie de l’épée fendait la nuit, tandis que la Lance maléfique déchirait l’aura translucide.
Les alentours s’éclairaient faiblement, avant de sombrer de nouveau dans les ténèbres.
Lumière et obscurité clignotaient sans relâche.
Le cycle se répétait à l’infini.
Une voix glaciale et malveillante résonna dans l’étendue sablonneuse.
« Bâtarde du Veilleur ! Je n’ai pas le temps de jouer avec une salope comme toi ! »
Corne blanche s’envola brusquement dans les airs.
L’énergie démoniaque noire commença à se condenser dans le ciel nocturne.
Son regard rouge balaya lentement le sol.
Il croisa celui du comte Wolfrin.
Les lèvres de Corne blanche s’étirèrent en un long sourire.
La Lance redoutable Turabak s’abattit sur le comte comme l’éclair.
Shaperia prit appui sur le sol et cria :
« Non ! Écartez-vous ! »
Un éclair noir fonça droit sur le comte.
Crîîîî !
Un bruit aigu de déchirement retentit.
Les pupilles du comte se dilatèrent.
La Lance maléfique se trouvait juste devant ses yeux.
Il ne pouvait pas l’éviter. Tout son corps s’était raidi.
Il allait à coup sûr être empalé et tué par ces ténèbres profondes.
Sa vie défila devant ses yeux.
Le comte ferma les yeux de toutes ses forces.
À cet instant, son corps s’éleva dans les airs.
Il heurta quelque chose de doux.
Une violente explosion retentit au loin.
Hors de lui, le comte murmura :
« … Alors c’est comme ça que je vais mourir. »
Une voix pressante lui répondit aussitôt :
« Ouvrez les yeux et ressaisissez-vous ! »
Quelque chose le frappa violemment à la joue.
La douleur soudaine lui fit rouvrir les yeux.
Il retrouva ses esprits en un instant.
« Q-Qu’est-ce que… ?! »
Le comte flottait dans le ciel nocturne.
Ou plutôt, Shaperia le maintenait dans les airs.
Elle l’avait sauvé de la Lance maléfique.
« Ne baissez pas les bras ! Vous pouvez encore vivre ! »
La jeune chevalière, le comte dans les bras, redescendit au sol.
Des grains de sable jaillirent dans les airs.
Au milieu des tourbillons de sable, le comte prit la parole.
« V-Vous êtes… »
« Je suis Shaperia, chevalière de la Maison Myatro et l’une des gardiennes de Narak. »
Un sceau en forme de croissant brillait sur sa poitrine.
Le comte joignit aussitôt les mains en signe de croix.
« Saint Marziel. »
Shaperia déposa le comte à terre.
« Ce n’est pas le moment de prendre tout votre temps pour faire le signe de croix. Le Treizième Apôtre de la Fin essaie de vous tuer. »
Le comte Wolfrin était sous le choc.
Son visage blêmit.
« Ô Grand Saint, pourquoi un Apôtre s’en prendrait-il à moi ? »
Shaperia prit l’air le plus calme possible.
« L’Œuf spirituel. C’est à cause de l’Œuf spirituel. L’Apôtre Mapheltan fera n’importe quoi pour mettre la main dessus. »
L’Œuf spirituel était une pierre que le comte avait achetée à un pêcheur dans la ville de Hazara.
C’était un œuf de Bête sacrée. Le comte savait parfaitement que cette pierre noire était un Œuf spirituel.
Certains nobles de l’Empire achetaient des Œufs spirituels en secret.
« L-L’Œuf spirituel ? Je ne vois pas de quoi vous parlez… »
Le regard du comte vacilla.
Shaperia répondit froidement :
« Je sais déjà que vous avez acheté un Œuf spirituel. Inutile de me le cacher, alors répondez franchement. Où se trouve-t-il ? Bien sûr, je ne vous tiendrai pas responsable de l’avoir acheté. »
L’Empire interdisait toute possession ou transaction d’objets liés aux Bêtes sacrées.
Acheter un Œuf spirituel était un crime.
Les Œufs spirituels étaient d’office classés parmi les Abominations.
Le comte déglutit péniblement.
« … J-Je suis désolé. Je n’avais pas l’intention de faire éclore l’œuf. Je voulais seulement gagner de l’argent en le revendant. »
Le visage de Shaperia s’assombrit.
« Je suis désolée, mais vous ne pourrez pas revendre l’Œuf spirituel. Tant que vous le posséderez, l’Apôtre Mapheltan continuera de menacer votre vie. »
Le désespoir envahit le visage du comte.
« A-Alors… ! »
Le visage de Shaperia se durcit.
« Remettez-moi immédiatement l’Œuf spirituel. Il ne doit pas tomber entre les mains de l’Apôtre. Où est-il ? »
Le comte hésita. Sa maison lui était aussi précieuse que sa vie, et l’Œuf spirituel était son seul espoir de la restaurer.
Il ne pouvait pas s’en séparer si facilement.
Tandis qu’il tergiversait, une voix sinistre retentit dans le ciel nocturne.
« Mortels misérables, sortez immédiatement et livrez l’Abomination ! Faites-le, et je vous promets une mort sans douleur ! »
L’Abomination désignait l’Œuf spirituel.
Même s’il s’en emparait, l’Apôtre déclarait qu’il tuerait tout le monde.
Tremblant de peur, le comte Wolfrin indiqua un endroit du doigt.
Une voiture gisait renversée sur le sable.
« C-Chevalière Shaperia. L’Œuf spirituel est là-bas. »
Shaperia hocha la tête.
« Je vais me servir de l’Œuf spirituel pour attirer l’attention de l’Apôtre. Dès que la situation se calmera, quittez cet endroit sans attendre. »
Le comte était accablé de chagrin.
Pour survivre, il n’avait pas d’autre choix que de remettre l’Œuf spirituel à Shaperia.
Cela lui faisait terriblement mal.
Alors que Shaperia s’apprêtait à partir, le comte l’interpella, animé d’un faible espoir.
« M-Mon argent ! Qu’adviendra-t-il de mon argent ? »
Le visage de Shaperia se crispa.
« De quel argent parlez-vous ? »
« … J’ai payé une somme colossale pour l’Œuf spirituel. »
« Vous n’allez quand même pas demander à la Maison Myatro de vous rembourser le prix de l’Œuf spirituel ? »
Le comte Wolfrin avait fait commerce d’un Œuf spirituel, en violation de la loi du Grand Saint.
L’Œuf spirituel lui avait attiré le malheur, et si Shaperia n’avait pas été là, il n’aurait pas survécu.
La réalité était un peu différente, mais c’était ainsi que les choses se présentaient en apparence.
Le comte ne pouvait rien demander à Shaperia.
Non, il ne devait rien lui demander.
Le visage de Shaperia se glaça.
Comprenant l’atmosphère, le comte secoua précipitamment la tête.
« R-Rembourser ? Vous m’avez mal compris. C’est à moi de vous rendre la pareille, madame. Vous m’avez sauvé la vie. »
Shaperia se détourna et répondit :
« Si vous voulez rendre la pareille à quelqu’un, faites-le pour le Veilleur de Narak, pas pour moi. Je ne fais qu’obéir à ses ordres. »
Le comte répondit d’une voix faible.
« … Compris. Saint Marziel. »
Shaperia prit aussitôt appui sur le sol.
Sa silhouette fila vers l’avant comme un éclair.
En un instant, elle atteignit la voiture renversée.
Le comte ne put que la regarder partir.
Il était impuissant.
* * *
Un rire dément résonna dans le désert obscur.
« Fascinant ! Vraiment fascinant ! Moi-même, j’ignorais que tu étais si douée pour tromper les humains ! »
Mapheltan, assis sur un rocher ocre, riait aux éclats.
Shaperia répondit d’un air calme :
« Je ferai n’importe quoi pour mon seigneur. »
Mapheltan gloussa.
« Ne change jamais d’avis. Tu auras bien d’autres occasions de servir Johan. »
Shaperia plissa les yeux, agacée.
« Ne prononce pas le nom de mon seigneur avec cette bouche immonde sous prétexte que tu fais semblant d’être proche de lui. Quand tout ça sera fini, tu redeviendras son ennemi, rien de plus. »
Mapheltan secoua la tête.
« Johan et moi finirons par nous retrouver du même côté. Les intérêts du Veilleur et les miens concordent à bien des égards. »
Chaque conversation avec Mapheltan était un supplice pour Shaperia.
Elle aurait voulu faire semblant de ne rien entendre.
Mais elle n’y parvenait pas.
Elle avait des questions à lui poser.
« … Tu répètes toujours la même chose. Corne blanche, quel intérêt as-tu donc en commun avec mon seigneur ? Pourquoi veux-tu tuer l’Apôtre Beris ? »
Le sourire disparut du visage de Mapheltan.
Il prit un air plutôt sérieux.
« J’ai l’intention de massacrer tous les Apôtres de ce monde, à l’exception de moi-même, et d’absorber leurs pouvoirs. Je deviendrai à moi seul l’incarnation même de tout le mal. »
Shaperia en resta quelque peu interdite.
« … Tu comptes devenir un Dieu démon ? »
Mapheltan déclarait qu’il deviendrait le Souverain de tous les démons et s’élèverait au-dessus de tout le mal.
Il esquissa un léger sourire.
« C’est à peu près ça, j’imagine. Les titres n’ont pas grande importance. »
Shaperia entra dans une colère noire.
« En quoi ton envie de devenir un Dieu démon pourrait-elle bien servir les intérêts de mon seigneur ? Arrête de raconter des conneries ! »
Mapheltan claqua la langue.
« Réfléchis un peu. Le Veilleur de Narak a pour mission de juger tout le mal. Johan devra lutter contre le mal toute sa vie. À sa place, tu crois qu’il serait facile d’affronter douze Apôtres ? Bien sûr que non. Il lui serait bien plus facile de m’affronter, moi, un être unique animé d’une seule volonté maléfique. »
Comme lors d’une chasse à courre, Mapheltan comptait rassembler les Apôtres en un seul endroit pour les tuer tous d’un coup.
Shaperia laissa échapper un rire sans joie.
« Quel sale jeu de mots. Tu ne penses pas un traître mot de ce que tu racontes. »
Mapheltan haussa les épaules.
« C’est vrai, difficile de me croire pour l’instant. Mais à la fin, tu loueras mon sacrifice déchirant. »
Shaperia le dévisagea comme s’il était complètement absurde.
« Un sacrifice ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tu veux dire que tu vas te porter volontaire pour jouer les méchants, puis laisser mon seigneur te tuer un jour ? C’est ça ? »
Mapheltan applaudit comme s’il était impressionné.
« Voilà un bon scénario. Je vais y réfléchir. »
Le mépris se lisait dans les yeux de Shaperia.
« Continuer cette conversation serait une perte de temps. Corne blanche, je n’ai aucune intention de me prêter à tes jeux de mots. »
Mapheltan croisa les bras et soupira.
« Quel dommage. Cette conversation me plaisait bien. »
Shaperia se leva du rocher en fronçant les sourcils.
« Arrête de raconter des bêtises. Rentrons. Narak est notre prochaine destination, n’est-ce pas ? »
Un autel destiné à accueillir l’âme de l’Apôtre Beris reposait, inactif, dans la Deuxième Zone de Narak.
Dès que l’Œuf de Dragon de Terre serait posé sur cet autel, l’Apôtre Beris se manifesterait.
Une fois Beris vaincu, leur alliance prendrait fin.
Shaperia voulait se défaire au plus vite de l’emprise de Mapheltan.
Mapheltan acquiesça.
« Nous allons dans la Deuxième Zone de Narak. Garde l’Œuf de Dragon de Terre en sécurité. »
Il invoqua le Livre sinistre.
Grâce à la magie des miroirs, ils furent tous deux transportés directement sur le territoire de Myatro.
* * *
Le soleil du matin se leva.
Le vent froid de la nuit redevint une bourrasque brûlante.
Le comte Wolfrin serra dans son poing le sable brûlant, tout son corps tremblant.
La nuit précédente, il avait tout perdu.
Il n’avait désormais plus aucun moyen de restaurer sa maison.
« Merde ! Merde, alors ! »
Un chevalier s’approcha de lui.
« Monseigneur, vous allez bien ? »
« … Pas du tout. Notre maison est ruinée, maintenant. »
L’Œuf spirituel, dans lequel il avait investi la moitié de sa fortune, avait disparu.
Le comte ne pouvait que désespérer.
Le chevalier prit un air compatissant.
« Au moins, vous avez la vie sauve. Tous les soldats aussi. C’est grâce au Grand Saint et au Veilleur du Sud. »
Le comte fixa le sable d’un air absent.
Il n’était pas mort. Il avait affronté un Apôtre et survécu.
Il aurait dû se réjouir, pourtant un vide inexplicable l’envahissait d’abord.
Un étrange malaise continuait de grandir en lui.
Il avait l’impression d’être sous l’effet d’un sort.
Le comte murmura à voix basse :
« … Une bénédiction. Ça doit être ça, je suppose. »
Le chevalier lui adressa un sourire radieux.
« C’est exact. Un jour, nous devrons rendre la pareille au Veilleur du Sud. »
En voyant ce sourire innocent, le comte sentit la colère monter en lui.
Il eut envie de frapper le chevalier.
Mais il ne bougea pas.
Il n’avait aucune raison de le faire.
Comme l’avait dit le chevalier, le comte Wolfrin avait réellement une dette envers la Maison Myatro.
Selon les usages de la noblesse, il fallait rendre une faveur reçue.
Le comte laissa échapper un soupir plein de ressentiment.
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