Chapitre 143
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 143 : La frontière
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La frontière sud était parfois ravagée par des Esprits maléfiques inférieurs et des bandits.
Ils s’en prenaient avec ruse aux petits villages, et comme les localités situées aux confins du territoire étaient mal défendues, leurs habitants ne pouvaient que se laisser piller.
Les pertes financières et humaines étaient toujours considérables.
Pour un seigneur qui devait percevoir des impôts, c’était une perte majeure.
Il fallait bien trouver un moyen de se débarrasser des Esprits maléfiques inférieurs et des bandits ; pourtant, la maison du baron avait négligé le problème pendant plus de dix ans.
La faute en revenait à l’incompétence de Gryan Myatro.
Gryan était avide, mais ne savait pas comment prendre soin de son territoire.
Il ne cherchait que le profit immédiat et considérait comme une perte la moindre pièce dépensée pour la frontière.
En revanche, il percevait toujours les impôts sans faute.
La souffrance de ses gens lui était parfaitement indifférente.
Résultat : la plupart des fiefs vassaux de Myatro avaient fait faillite.
Ils n’avaient pas résisté aux rigueurs de l’hiver.
Les rues étaient jonchées de corps, morts de froid ou de faim.
La situation n’avait changé que depuis un an.
Ces derniers temps, les choses étaient un peu différentes.
Même en hiver, les habitants étaient encore en vie.
Ils avaient certes faim et froid, mais ils ne mouraient plus.
Ils le devaient à leur nouveau seigneur.
Johan Myatro avait exempté d’impôts tous les fiefs vassaux cette année.
Il leur avait au moins garanti le droit de survivre.
Cet hiver, personne ne mourut de faim.
En revanche, davantage de gens périrent sous les lames.
Les bandes de brigands retranchées dans le Sud avaient été particulièrement actives cette année.
Dès qu’elles avaient appris que le seigneur ne percevait plus d’impôts, elles avaient sauvagement attaqué les villages frontaliers.
D’innombrables hommes qui avaient résisté y avaient laissé la vie.
Les femmes avaient été emmenées de force, tandis que les vieillards avaient connu une fin misérable.
Un petit enfer s’abattait sur toute la frontière sud.
« Bon, on remballe ! Hé, arrêtez de les tuer ! Laissez-en assez en vie si on veut continuer à les plumer l’année prochaine ! »
« Chargez les jeunes femmes dans cette charrette ! »
« Ne mettez pas le feu à quoi que ce soit ! Contentez-vous de leur foutre un peu la trouille ! »
Vingt bandits avaient mis un village sens dessus dessous.
Le village n’avait ni milice ni gardes ; ses habitants ne pouvaient donc que subir, impuissants.
Les lamentations et les cris n’en finissaient pas.
« N’emmenez pas ma mère ! Je vous en prie ! Pitié ! »
Un bandit à la barbe hirsute repoussa la fillette d’un coup de pied.
« Dégage ! Ton tour viendra l’année prochaine, salope ! Profites-en pour engraisser ce corps rachitique ! Qu’on ait de quoi s’agripper ! Hahaha ! »
La fillette s’effondra au sol en sanglotant, mais les bandits n’éprouvèrent aucune pitié.
Ils se contentèrent de rire et de bavarder.
« On l’embarque aussi, celle-là ? »
« Pourquoi faire ? Elle sera bien plus mûre l’année prochaine. Les gamins grandissent vite ! Hahaha ! »
« Espèce d’ordure ! T’es complètement taré, sérieux ! »
Ils ne valaient pas mieux que des démons. Ils avaient déjà renoncé à leur humanité.
« Repli ! On rentre à la forteresse ! »
« Ne faites pas les idiots, ne laissez rien derrière vous. Emportez le butin ! »
Les bandits bruyants commencèrent à se retirer en bon ordre.
Après tant de raids, ils avaient acquis une certaine expérience.
Tous les vingt se dirigèrent d’un même pas vers la sortie du village.
Alors que la clôture de bois grossièrement assemblée apparaissait, l’un d’eux pencha la tête.
« Chef, vous voyez ça, là-bas ? »
Une femme se tenait à l’entrée du village.
Ses cheveux roux se détachaient nettement sur l’immense étendue de neige blanche.
Le plus imposant des bandits prit la parole.
« … Des cheveux roux, et une armure légère en fer ? »
C’était le chef des bandits.
« Oui, c’est bien ça. Ce serait la femme dont parlent les rumeurs ? »
Depuis peu, une étrange rumeur circulait dans la frontière sud.
Une femme aux cheveux roux abattait les gens sans pitié.
Partout où elle passait, le sang rouge s’étalait sur la neige comme une ombre.
C’est pour cela que les habitants de la frontière l’appelaient l’Ombre rouge.
L’Ombre rouge. Une ombre rouge.
Le lieutenant baissa la voix.
« Je crois que c’est elle. L’Ombre rouge. »
Un des hommes déglutit péniblement.
« … Qu’est-ce qu’on fait ? »
L’Ombre rouge avait exterminé d’innombrables bandes de brigands dans le Sud.
Le nombre de morts avoisinait déjà la centaine.
Les rumeurs étaient suffisamment fondées pour mettre les bandits sur leurs gardes.
Le chef tira une longue machette.
« Ombre rouge ou démon rouge, ce n’est qu’une femme. Et puis, c’est une beauté qu’on ne croise pas dans un trou perdu pareil. »
Il se lécha les lèvres.
L’Ombre rouge était tout à fait à son goût.
« Comme toujours, chef, vous ne perdez jamais votre sang-froid. Puisqu’on est là, autant l’embarquer elle aussi. »
Le chef renifla.
« Ne te fais pas d’idées. À partir d’aujourd’hui, l’Ombre rouge est ma femme. »
Le subordonné claqua la langue, déçu.
« … Évidemment. Comme vous voudrez. »
Le chef eut un sourire en coin et fit quelques pas en avant.
« Hé, salope aux cheveux roux ! »
L’Ombre rouge s’avança lentement à son tour.
Son regard balaya les environs.
« Vous êtes vingt en tout ? Ça ira. »
Sa voix calme porta sur l’étendue enneigée.
Le chef afficha un sourire lubrique.
« Quelle voix, douce comme celle d’un rossignol ! Fais-moi entendre ça dans mon lit ! Hahaha ! »
L’Ombre rouge le dévisagea avec mépris.
« Vous avez tous la même façon répugnante de parler. »
Le chef grinça largement des dents.
« Cette expression est parfaite ! J’en ai déjà la chair de poule ! »
L’Ombre rouge se mordit la lèvre.
Le dégoût lui remonta dans la gorge.
Elle inspira profondément.
Après avoir repris son calme, elle parla d’une voix posée.
« Je suis Shaperia. En tant que chevalière adoubée par le Veilleur de Narak, je vous condamne à mort pour avoir porté atteinte à ses biens et à la sécurité de ses sujets. Cette mission m’a été confiée par mon seigneur et cette procédure est légale ; elle ne contrevient pas à la loi du Grand Saint. »
Shaperia tira lentement l’épée à sa ceinture.
Une Aura translucide s’éleva le long de la lame, comme une onde de chaleur.
Ses yeux rouges brillèrent à travers l’Aura comme le soleil.
Une volonté de combattre écrasante submergea l’étendue enneigée.
La neige commença à fondre sous sa chaleur.
Tous les bandits reculèrent malgré eux.
La puissance dégagée par une chevalière inspirait une peur instinctive aux gens ordinaires.
Le visage du chef se crispa.
Il serra les dents.
« … D-De l’Aura ? Vous êtes vraiment une chevalière ? »
Tous les chevaliers étaient des monstres.
Aussi nombreux fussent-ils, les simples humains ne pouvaient pas leur tenir tête.
Et parmi ces chevaliers, Shaperia était d’une puissance écrasante.
Elle prit appui sur le sol et s’élança dans les airs.
L’espace d’un instant, elle se découpa devant le soleil.
Les bandits fixèrent le ciel, hébétés.
Une voix calme leur parvint d’en haut.
« Allez en enfer. »
Leur vision vacilla brusquement.
Le monde bascula autour d’eux.
Un bref sifflement de lame retentit.
Shaperia retomba au sol.
Aussitôt, des gerbes de sang jaillirent de toutes parts.
Les corps décapités tombèrent les uns après les autres dans la neige.
Des têtes aux yeux grands ouverts roulèrent sur le sol.
Seul le chef était encore debout.
Il dévisagea Shaperia, stupéfait.
« Q-Qu’est-ce que… ? »
Tous ses hommes étaient morts.
On les avait décapités comme des condamnés allongés sur le billot.
Son esprit n’arrivait pas à comprendre ce qui venait de se passer.
Shaperia s’avança à grands pas vers lui, pétrifié.
Le chef avait l’air d’avoir vu un fantôme.
Il recula, terrorisé, et tomba dans la neige.
Un gémissement étrange s’échappa de sa bouche.
Shaperia baissa les yeux vers lui.
« Je reporte votre jugement pour l’instant. Conduisez-moi à votre forteresse, à votre repaire. »
Elle débarrasserait la frontière de tout le mal qui y régnait.
Elle accomplirait les ordres de son seigneur sans la moindre erreur.
Voilà comment Shaperia, si stricte, s’acquittait de son devoir.
* * *
Mapheltan se dirigeait vers les confins du territoire pour retrouver Shaperia.
La vie à la frontière était plus rude qu’il ne l’avait imaginé.
Les habitants avaient toujours faim, et les Esprits maléfiques inférieurs comme les bandits étaient encore nombreux.
On ne pouvait pas rebâtir du jour au lendemain une région négligée pendant des décennies.
Mapheltan poussa un profond soupir.
« … À mon retour, je devrais envoyer des provisions et des soldats. »
Dans quelques mois, le territoire de Myatro deviendrait un duché.
D’innombrables invités de marque viendraient lui rendre visite.
La frontière d’un pays ne pouvait pas rester dans un état aussi lamentable.
Il fallait au moins la rendre présentable.
Je devrais demander de l’aide à Marcano.
Leur argent permettrait de restaurer la frontière de Myatro.
Mapheltan hocha la tête pour lui-même.
Il appuyait le menton sur sa main et s’apprêtait à se perdre dans une nouvelle réflexion lorsqu’une voix plaintive retentit quelque part.
« P-Pitié. Épargnez-moi. »
Mapheltan se tourna vers la voix.
À ses pieds, un homme se tordait de douleur.
Mapheltan fronça les sourcils.
« Comment se fait-il que tu sois encore en vie ? »
L’homme avait été transpercé par la Lance redoutable Turabak.
La Lance maléfique infligeait aux humains des blessures impossibles à guérir.
Un trou béant lui ouvrait le ventre.
Et pourtant, il n’était pas mort.
« J-Je vous donnerai cette forteresse. Je vous céderai toute la richesse que j’ai amassée. Pitié, laissez-moi la vie sauve ! »
C’était un bandit qui sévissait à la frontière, et cet endroit était leur repaire.
Non, ce n’était plus qu’un tas de ruines.
Mapheltan avait entièrement détruit la forteresse.
En cherchant Shaperia, il était tombé sur la bande de brigands et l’avait exterminée.
Il n’avait aucune raison de les épargner ; Mapheltan les avait donc tous tués.
En y regardant de plus près, il restait un survivant.
Mapheltan posa sans expression le pied sur la tête de l’homme.
Le crâne se fendit.
Des éclats jaillirent.
Il ne ressentit rien de particulier.
Il n’en tirait aucun plaisir non plus.
Ce genre de stimulation ne le satisfaisait plus.
Mapheltan étouffa un grognement.
« … Allons retrouver Shaperia. »
Il se leva de sa chaise.
Alors qu’il s’apprêtait à partir, il entendit des pas.
Une voix familière leur succéda.
« Tu es sûr que c’est ici ? »
« Oui, c’est bien là. Épargnez-moi, je vous en prie. »
« Alors pourquoi tout le monde est mort ? Vous vous êtes entretués ? »
« Je n’en sais rien. Ce n’était pas comme ça ce matin. »
Mapheltan observa en silence l’entrée de la tente.
Les pas s’arrêtèrent brusquement.
« C’est ta chambre ? »
« O-Oui. Il y a de l’or et des trésors à l’intérieur… »
Avant qu’il ait pu finir, un bruit de lame tranchant retentit.
Une ombre sanglante broda l’entrée de la tente.
Peu après, quelqu’un écarta brusquement le pan de la tente et entra.
Les lèvres de Mapheltan s’étirèrent en un long sourire.
« Ça fait longtemps. »
La femme aux cheveux roux se raidit dès qu’elle aperçut Mapheltan.
Pendant un moment, elle resta muette.
Ce ne fut qu’après un instant qu’une voix tremblante lui échappa.
« C-Corne blanche… ? »
Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis sa rencontre avec Corne blanche.
Il avait désormais deux cornes et avait beaucoup grandi.
Son apparence avait considérablement changé depuis leur première rencontre, mais Shaperia reconnut aussitôt Corne blanche en l’être qui se tenait devant elle.
Cette présence profonde et sinistre ne pouvait appartenir qu’à un Apôtre.
Les yeux de Mapheltan se plissèrent en croissants de lune.
Il esquissa un sourire lugubre.
« Oui, ange aux ailes brisées. Comment vas-tu ? »
Shaperia avait perdu son pouvoir sacré à cause de Mapheltan.
Elle n’était plus une chevalière sacrée, mais sa détermination à détruire le Mal demeurait intacte.
Shaperia dégaina son épée.
Son Aura gronda furieusement.
Elle cria comme si elle rugissait elle-même.
« Corne blanche ! Sur quelle terre oses-tu poser tes pieds immondes ?! »
C’était le territoire de Johan.
Shaperia ne pouvait tolérer que Corne blanche souille cette terre.
Elle fonça droit sur Mapheltan.
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