Chapitre 14
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Traducteur/Correcteur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 14 : Évolution
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Deux des trois conditions nécessaires à l’activation de la Formation corruptrice furent remplies sans difficulté.
Un sort tracé avec du sang de démon et un sacrifice vivant. Il ne restait plus qu’à y déverser de l’énergie magique pour que l’Anneau de Kazan se change en abomination.
« Commence. »
Ilea hocha la tête et s’approcha de la Formation corruptrice. Lorsqu’elle ouvrit la paume, une lueur bleue s’en échappa et se glissa dans le sort.
Les gribouillages grotesques réagirent à l’énergie magique et s’embrasèrent d’un noir de jais.
Ayant deviné son sort, Betra se mit à secouer désespérément la tête. Elle se débattit si violemment que son bâillon se détacha dans un claquement sec.
Ilea contempla l’Esprit de la Vieille d’un visage impassible.
« Tu pourrais au moins t’occuper correctement d’une tâche aussi simple. »
« J-Je suis désolée. »
Betra s’agrippa à la jupe d’Ilea.
« P-Pourquoi tu me fais ça ? Arrête ! Je t’en prie ! »
« Tu risques d’avoir mal si tu te débats. Je vais te faire partir sans douleur, alors lâche-moi. »
Le visage d’Ilea ne laissait transparaître aucune émotion. Ni rancune, ni colère, pas même une trace de compassion. On aurait dit une fonctionnaire exécutant une tâche qui lui avait été confiée.
« J’ai eu tort ! Je ne recommencerai plus jamais ! Je le jure ! Pardonne-moi juste cette fois, je t’en prie ! »
« Ne t’excuse pas. Tu ne m’as rien fait, mère. »
Betra blêmit devant l’attitude sans âme d’Ilea.
« A-Alors pourquoi tu me fais ça ? »
« Parce que Johan t’a choisie, mère. C’est tout. »
« Qu’est-ce que tu racontes… »
« Malgré tout, tu ne trouves pas ça injuste, n’est-ce pas ? »
Betra poussa un cri de folle.
« Si, c’est injuste ! Pourquoi est-ce que je devrais subir ça ?! »
« Le mal qu’on commet à moitié laisse toujours derrière lui de la haine. Même si cela n’était pas arrivé aujourd’hui, les péchés que tu as accumulés auraient fini par te revenir en pleine figure. Certaines des jeunes filles offertes en tribut aiguisent déjà leurs couteaux. »
« Je n’ai fait que ce que le baron m’avait ordonné ! Tu le sais aussi ! Ce n’est pas ma faute ! »
« Pas besoin de te justifier auprès de moi. Je n’essaie pas de te blâmer, mère. Je te donne simplement un conseil. »
Ilea ajouta avec un doux sourire :
« Dans ta prochaine vie, deviens une véritable méchante. Fais en sorte que personne ne puisse jamais nourrir de désir de vengeance contre toi, pour ne pas être dévorée par un mal plus grand. Tu comprends ? »
Betra n’eut pas le temps de répondre. Après avoir dévoré l’énergie magique, la Formation corruptrice cracha une succession de mains noires.
« Q-Qu’est-ce que c’est ?! Éloignez-vous ! J’ai dit, éloignez-vous ! »
Des mains démoniaques d’un noir absolu s’agrippèrent à tout le corps de Betra.
« Aah, aaah ! Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas ! »
Elle se débattit frénétiquement, mais ne put résister. Une froideur glaçante l’envahit de la tête aux pieds et la tira dans la Formation corruptrice.
« Non ! Arrêtez ! »
Son corps s’enfonça lentement.
Elle était dévorée en guise de sacrifice.
« Adieu, mère. »
Dans un dernier hurlement désespéré, Betra disparut.
Après avoir englouti le sacrifice, la Formation corruptrice exhala une fumée noire. Une énergie démoniaque sinistre enveloppa la Sainte Relique au centre du sort.
L’Anneau de Kazan se mit à trembler.
Il se changeait en abomination.
Au moment où la gemme bleue sertie dans l’anneau vira au violet, une lueur traversa les yeux de Johan.
« Johan, ça te fait du bien ? »
Le petit démon était secoué de convulsions. Il gloussa, s’énerva, se noya dans le plaisir, puis sombra dans le désespoir.
Il résistait à une extase écrasante.
… Putain.
Johan s’entailla la poitrine avec ses longs ongles. Du sang noir jaillit.
L’Esprit de la Vieille, qui dansait de joie, éclata d’un rire dément.
« Petit démon, savoure ça ! Des cris pareils, ça ne court pas les rues ! »
Les cris d’agonie de Betra étaient le meilleur des festins pour un démon.
« Allez, délecte-toi ! »
Johan ne répondit pas et continua à se blesser. S’il se laissait emporter par cette excitation, il n’y aurait peut-être vraiment plus de retour en arrière. Il risquait de perdre son identité.
« Pourquoi tu souffres ? Johan est un démon. Ne résiste pas. Accepte-le. Ce sera bien plus facile. »
Dans son délire, Johan n’entendait même pas Ilea.
Elle s’approcha de lui, l’air perplexe.
« Johan ? »
Au moment où elle tendit la main pour toucher le petit démon qui se convulsait, un claquement sec retentit.
Claque !
« … Ne me touche pas. »
Johan repoussa la main d’Ilea.
Elle se figea et baissa les yeux vers le dos de sa main.
Sa peau pâle avait légèrement rougi.
L’Esprit de la Vieille fronça profondément les sourcils.
« Tu as gâché l’ambiance. Pourquoi tu es si susceptible ? »
Johan fusilla du regard l’Esprit de la Vieille. Ses yeux déjà rouges étaient maintenant injectés de sang.
« Q-Qu’est-ce que tu crois accomplir en me regardant comme ça ? »
À peine l’Esprit de la Vieille eut-elle fini de parler que le cœur de Johan se mit à battre violemment.
Le corps entier du petit démon se tordit comme un vieil arbre pourri. Toutes ses articulations se déboîtèrent dans de sourds craquements. Les tatouages rouges qui le recouvraient s’embrasèrent.
Son corps, plié selon des angles impossibles, se transformait en une nouvelle forme.
Crac…
Une ossature se dressa derrière ses omoplates. Une peau noire recouvrit la structure blanche. Comme la carcasse d’un animal dépecé à la va-vite, elle était déchirée par endroits. Un éclat noir parcourait sa surface irrégulière.
C’étaient des ailes. D’immenses ailes qui recouvraient entièrement le corps de Johan.
L’Esprit de la Vieille ne put dissimuler sa stupeur.
« Petit démon, espèce d’ordure ! »
« Je ne crois plus qu’on puisse l’appeler petit démon. »
Comme l’avait dit Ilea, il ne restait plus rien du démon nouveau-né qu’avait été Johan. La différence était aussi frappante que celle entre un insecte avant et après sa mue.
Il avait grandi jusqu’à presque atteindre la taille d’Ilea. Des muscles secs saillaient sur son corps noir, ses cornes avaient atteint la longueur du majeur d’un homme adulte et des ailes couvraient son corps.
Il avait abandonné sa forme de petit démon et renaissait en démon adolescent.
Quand son évolution prit fin, la malveillance qui bouillonnait en lui s’apaisa quelque peu.
Johan inspira profondément et examina lentement son corps.
Comme le disait le roman, j’ai bel et bien grandi. Pour l’instant, je devrais pouvoir me défendre sans problème.
L’énergie démoniaque bouillonnait dans son cœur et sa peau était dure comme une carapace. Ses muscles bien proportionnés lui procuraient à la fois force et équilibre.
Un seul problème se posait.
Sa forme humaine. Est-ce que Johan, le jour, avait lui aussi dépassé le stade du nourrisson ?
Il ignorait si la croissance d’un démon se répercutait également sur son apparence humaine.
Je ne peux pas continuer à vivre comme un nouveau-né.
Cela compromettrait ses plans.
Il devait sortir de la petite enfance d’une manière ou d’une autre. Bien manger et bien dormir ne suffiraient pas. Il ne pouvait pas rattraper l’apocalypse par des moyens honnêtes.
Johan, sous sa forme humaine, avait lui aussi besoin d’un moyen de grandir rapidement.
« À quoi tu penses si fort ? »
La voix d’Ilea le tira de ses pensées. Tenant la Sainte Relique corrompue, elle s’approcha de Johan.
« Rien d’important. Ce qui compte davantage, c’est l’Anneau de Kazan. Qu’est-ce qu’il est devenu ? »
« Il est là. »
Elle ouvrit la paume et lui montra l’abomination : un anneau serti d’une gemme violette. Autrefois artefact protecteur contre l’énergie démoniaque, il avait acquis la capacité de résister au pouvoir sacré dès qu’il avait été corrompu.
Je peux maintenant descendre sous terre sans inquiétude.
Le pouvoir sacré qui emplissait les Archives interdites ne menacerait plus Johan.
« Tu as l’air content. Il y a un instant, tu étais pourtant extrêmement susceptible. »
Le dos de la main d’Ilea était légèrement enflé lorsqu’elle lui tendit l’anneau.
« Ça a dû faire mal. »
« Si tu es désolé, passe au moins un peu de pommade. »
« Utilise ta magie. Tu la gardes pour quoi faire ? »
« Tu es vraiment froid. »
Ilea sourit et glissa l’anneau à l’annulaire de Johan.
Un peu trop grand, il s’ajusta automatiquement à son doigt. La pression, parfaitement dosée, était agréable.
Il en fut satisfait.
« Je suis peut-être froid, mais je tiens mes promesses. Je mettrai fin au contrat avec Gaf d’ici quelques jours. »
« Bien. Et qu’en est-il de ta proposition d’hier ? »
Johan avait promis de donner la Clé de Narak à Ilea en échange de leur nouvel accord.
Il ouvrit le compartiment de rangement de la table ronde.
La Clé de Narak, une carte et un journal sur la gorge, écrit par des aventuriers cinq cents ans plus tôt, apparurent.
« Prends-les. »
Ilea laissa échapper un murmure admiratif.
« Qu’est-ce que tu veux en échange ? »
« De la Sève de la souche de l’Arbre-Monde. »
Son visage prit aussitôt une expression étrange. Une lueur d’intérêt traversa ses yeux bleus.
« La Sève de l’Arbre-Monde. Elle ne serait pas très utile à un démon comme Johan. Ce serait une autre histoire si le Jeune Maître Raguel en buvait. »
Cette sève était un élixir destiné aux fées et aux humains.
« Ou elle serait utile si ce bébé que ton père a ramené à la maison en prenait. »
Ilea prononça ces mots avec un sourire innocent.
Elle me met à l’épreuve ?
Elle ne savait toujours pas que Johan était un demi-démon. Elle avait peut-être tiré des conclusions des circonstances entourant l’apparition simultanée du bébé et du petit démon, mais ce n’était que pure spéculation.
De plus, aucun demi-démon ne pouvait passer de sa forme démoniaque à sa forme humaine. Le raisonnement d’Ilea ne pouvait donc rester qu’une hypothèse.
Rien ne lui permettait de trancher.
« Si quelque chose t’intrigue, demande-le-moi directement. Ne me teste pas sans raison. »
Elle finirait bien par l’apprendre. Johan n’avait aucune raison de le lui cacher.
Ilea secoua la tête.
« J’aime les énigmes. J’aime chercher la réponse. Ce ne serait pas amusant si je l’entendais tout simplement, tu ne crois pas ? »
Les sorcières étaient un peuple qui aimait l’inconnu. La curiosité était le moteur de leur existence, et Johan était pour Ilea une source de fascination inépuisable.
Pour l’instant, elle voulait qu’il reste une énigme.
Johan haussa les épaules.
« Comme tu veux. Allons à l’essentiel. Tu peux me procurer cette sève ? »
L’Arbre-Monde avait pris racine dans la Première Zone de Narak. Le tronc du grand arbre avait été abattu depuis longtemps, mais sa souche devait encore être là.
Cela suffirait pour recueillir la sève.
« Bien sûr. Tu me donnes la Clé de Narak. »
Sans la clé, la porte de Narak ne s’ouvrirait pas. Ilea devait se rendre dans la Première Zone, et l’Arbre-Monde se trouvait sur son chemin.
Elle n’avait aucune raison de refuser la proposition de Johan.
« Bien. La pleine lune aura lieu dans trois jours, alors tu peux partir demain. »
La porte de Narak ne s’ouvrait qu’à la pleine lune. Le reste du temps, elle demeurait hermétiquement close, suivant un cycle de quinze jours entre chaque ouverture et fermeture.
Quiconque entrait dans Narak ne pouvait en sortir pendant deux semaines.
Vu la distance entre le château du seigneur et Narak, Johan devrait attendre environ trois semaines le retour d’Ilea.
Il trouvait déjà que cette attente lui ferait perdre du temps. Il ne voulait donc pas le moindre retard supplémentaire.
« Tu as l’air pressé. »
« On peut dire ça. Tu peux partir tout de suite ? »
« Je partirai dès que j’aurai réglé les affaires de Betra. Ce serait étrange que la mère et la fille disparaissent toutes les deux sans même laisser de lettre. »
« Fais ça. On se revoit dans trois semaines. »
« Prends soin de toi pendant mon absence. Tu sais que Johan est mon cœur. »
Selon le contrat, Ilea mourrait à l’instant où Johan mourrait.
« Ne t’inquiète pas pour moi. Concentre-toi sur ton retour. »
Ilea inclina légèrement la tête.
« Alors, j’y vais. »
À mesure qu’elle s’éloignait, l’obscurité regagna le bureau.
Johan ferma les yeux un instant. Des mots rouges apparurent dans sa vision assombrie.
La plupart étaient écrits dans des langues grotesques.
Il ne parvenait à en déchiffrer que quelques-uns.
Contrat avec un démon et Démon des rêves. Il possédait ces deux pouvoirs depuis le début, et une autre capacité s’était éveillée avec cette croissance.
L’Effacement de l’âme. Ce pouvoir annihilait l’âme d’une cible et transformait sa victime en marionnette dépourvue de personnalité.
Il n’avait rien à voir avec le contrôle mental. Un pouvoir comme le lavage de cerveau pouvait sans doute être annulé grâce à l’intervention d’un tiers. Mais aucun artefact ni prêtre de haut rang ne pourrait rendre son âme à quelqu’un qui avait été annihilé et changé en marionnette sans personnalité.
C’était une amélioration parfaite par rapport à toutes les autres capacités mentales.
Un seul détail le préoccupait : ce pouvoir n’était jamais apparu dans l’œuvre originale.
Pourtant, son instinct lui dictait comment l’utiliser.
Johan ouvrit les yeux.
Raguel, qui tremblait violemment, apparut dans son champ de vision.
Son âme tremblait elle aussi comme une feuille de tremble.
Je peux voir les âmes.
C’était un effet secondaire de l’Effacement de l’âme.
Johan s’approcha de l’âme tremblante.
La vue d’un sacrifice humain avait dû le terroriser.
« Je t’avais dit de rester dans l’escalier, mais tu as insisté pour descendre et te donner en spectacle. »
« N-Nous allons tomber en enfer. »
« Bien sûr que oui. Je suis un démon et tu es lié par un contrat. Tu ne comptais pas en assumer les conséquences ? »
« Si, mais là… »
« Ce n’est pas du tout excessif. Je pourrais faire pire encore. Par exemple, tuer Dieu et effacer l’enfer. »
« J-Johan ! »
« Je te dis de ne pas avoir peur. La peur et les regrets ne changent pas le destin. Tu ne préférerais pas profiter de cette vie plutôt que de passer ton temps à trembler ? »
Raguel se dégonfla.
« Comment veux-tu que je profite de quoi que ce soit dans cette situation ? »
« Je vais t’emmener faire un tour en avion. »
« C’est quoi, un avion ? »
Johan déploya largement ses immenses ailes.
Puis il attrapa le garçon par ses vêtements.
« Je vais te montrer. »
Le démon prit son envol.
« Aaaah ! »
Le cri du garçon résonna dans le bureau.
Ce n’était pas la réaction à laquelle Johan s’attendait, mais elle n’était pas si mauvaise.
Le son de ses pleurs se transformait en une nouvelle délicatesse.
Qu’il le veuille ou non, Johan devait grandir vite.
Il n’avait pas le choix s’il voulait survivre dans ce monde maudit.
« Raguel, pleure. Tu es mon casse-croûte. »
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