Chapitre 13
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon maniganceur ◈
Chapitre 13 : Le sacrifice de la Formation impure
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Frotte, frotte.
Betra était assise dans un coin sombre de sa chambre et se rongeait les ongles, comme au bord de la crise de nerfs.
Elle était terrifiée. Impossible d’oublier les yeux d’Ilea, ce soir-là. Des yeux noirs comme un gouffre sans fond. La limite entre la pupille et le blanc avait disparu, leur donnant un aspect atrocement inhumain.
Ils ressemblaient au regard du démon qu’elle avait vu autrefois dans la capitale royale.
« … Cette salope est un démon. »
Ou peut-être était-elle possédée par un fantôme. Aucun humain ordinaire ne pouvait abriter une telle malveillance.
Après avoir découvert la véritable nature d’Ilea, Betra ne pouvait plus rester au château du seigneur.
Elle devait partir avant de se faire dévorer.
Dès l’aube, elle quitterait le territoire.
Sa jeunesse était derrière elle, mais son corps était encore frais, et sa sensualité avait mûri au-delà de ce qu’elle était dans sa jeunesse.
Un seigneur de campagne finirait bien par l’accueillir.
Elle repartirait de zéro.
« … Merde. »
La raison et les émotions étaient deux choses distinctes. Une petite gamine chétive l’avait chassée de son nid. La colère montait, indépendante de sa peur. Peu à peu, le ressentiment diluait cette peur.
Pourquoi devrait-elle partir ?
Elle aimait ce territoire.
Tant qu’elle plaisait au baron, le château n’était rien d’autre qu’un terrain de jeu. Les jeunes filles offertes en tribut, qu’elle traitait comme des jouets, étaient remplacées dès qu’elles se cassaient. Les serviteurs traitaient Betra comme si elle était la maîtresse du château.
Où pourrait-elle retrouver un tel luxe ? Dans la vie misérable d’une prostituée, elle ne trouverait jamais un autre paradis pareil.
Le peu de pouvoir dont elle avait joui jusque-là la retenait ici.
Elle se rongea les ongles avec irritation.
Je ne vais pas me laisser écarter par une nouvelle venue.
Il lui fallait plutôt trouver un moyen de chasser Ilea.
Il serait difficile de demander l’aide du baron, comme elle le faisait d’habitude. Maintenant qu’Ilea avait les faveurs du baron, cela risquait d’entraîner des conséquences fâcheuses.
Il lui fallait une autre solution.
Alors qu’elle réfléchissait intensément, une idée lui traversa soudain l’esprit.
Betra retroussa un coin de ses lèvres.
Le remède parfait pour se débarrasser de cette salope possédée : l’Église du Grand Saint. L’Église du Grand Saint, ennemie naturelle des démons, saurait percer à jour la véritable nature d’Ilea.
Si Ilea était vraiment possédée, on l’enfermerait dans un monastère sous prétexte de la soigner. Et si elle avait passé un contrat avec un démon, on l’attacherait à un chevalet pour l’écorcher vive.
L’un ou l’autre lui conviendrait, mais la deuxième option était de loin la plus réjouissante.
Quand cette peau pâle ne serait plus qu’un amas de sang et de chair, Betra pourrait enfin connaître le salut.
Elle se mit à ricaner comme une sorcière.
Le lendemain matin, elle dénoncerait officiellement Ilea à l’Église par l’intermédiaire d’un prêtre. Elle leur dirait qu’une contractante démoniaque était apparue.
L’Église enverrait sûrement un Ordre anti-démon sur le territoire.
Inquisiteurs, Saints Chevaliers, prêtres exorcistes, prêtres de la Division des châtiments, et bien d’autres encore. Des gens aussi cruels que les démons jugeraient Ilea.
« Salope de démon. Ton joli minois va pourrir, maintenant. »
Ce doux fantasme chassa son anxiété et sa peur. En quelques jours, le château redeviendrait le royaume de Betra.
Tout sourire, elle se glissa dans son lit. Alors qu’elle s’apprêtait à passer une bonne nuit…
Clic, clic, clic.
Un bruit sourd retentit de l’autre côté de la porte.
La poignée bougeait par à-coups, au rythme du bruit.
Betra se redressa brusquement.
Il y a quelqu’un dehors.
On aurait dit que quelqu’un essayait d’ouvrir la porte.
Comme elle s’était sentie particulièrement mal à l’aise aujourd’hui, elle l’avait verrouillée. La porte ne s’ouvrit donc pas.
« Q-qui est là ?! »
Pas de réponse.
Seul le rythme du bruit s’accéléra.
Clic, clic, clic, clic, clic.
La poignée tremblait violemment. Bientôt, elle se mit à tressauter de haut en bas comme une folle.
Betra blêmit.
La peur qu’elle avait enfouie remonta à la surface.
Alors qu’elle allait crier, le bruit s’interrompit brusquement. Le silence retomba d’un coup.
La poignée, qui s’agitait encore furieusement, tourna lentement.
Griiiiinc.
La porte s’ouvrit lentement dans un grincement de vieux bois.
Les yeux de Betra tremblèrent violemment.
« I-Ilea… ? »
Une fille aux cheveux argentés franchit le seuil. Ses yeux bleus étaient plus froids que d’habitude.
« Tu as verrouillé la porte, mère. »
« T-tu le savais, alors pourquoi es-tu entrée de force ? »
« Parce que j’ai besoin de toi. »
« Besoin de moi pour quoi… ? »
« Plus exactement, je veux ton corps. »
Betra fronça les sourcils.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Tu le sauras bien assez tôt. »
Sur ces mots, Ilea se dirigea lentement vers le lit.
« N’approche pas ! Parle de là-bas ! »
Ilea sourit doucement à Betra, qui hurlait.
« Qu’est-ce qui te fait si peur ? »
« Je connais ta vraie nature ! Si tu approches encore, je crie ! »
Les chevaliers et les soldats du seigneur accourraient aussitôt.
Ilea s’arrêta, l’air embarrassé.
« Ma vraie nature. On dirait que tu as percé mon identité à jour, mère. Alors, qu’as-tu vu ? »
Le visage de Betra se crispa. Comme si elle avait pris son courage à deux mains, elle hurla soudain :
« … U-un démon. Tu es un démon ! »
Elle voulut appeler tout le monde pour qu’on vienne capturer le démon, mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Comme un cri sous l’eau, sa voix flotta autour d’elle avant de se disperser.
« Tout le monde dort. Ce serait impoli de crier si fort. »
Betra se tâta frénétiquement la gorge.
À un moment ou à un autre, elle était devenue incapable d’articuler le moindre mot.
Quelque chose de profondément enfoncé dans sa gorge l’étranglait.
Betra se força désespérément à vomir. Peut-être l’effort porta-t-il ses fruits, car une fumée noire jaillit de sa bouche comme du vomi.
Elle hurla comme une bête.
« Salope de démon ! Qu’est-ce que tu me fais ?! »
« Tu te trompes. Je ne suis pas un démon. Baisserais-tu la tête ? On dirait que tu m’as prise pour cette chose. »
La fumée que Betra avait vomie prenait forme. Une brume vivante, qui se tordait. L’énergie démoniaque noire se recomposa pour former une vieille femme grotesque.
« Le démon que tu as rencontré autrefois, ce ne serait pas cet enfant ? »
Betra avait vu ces orbites d’un noir de poix à travers Ilea. L’ombre profonde qu’elle avait aperçue alors était-elle vraiment le regard d’un démon ?
Betra convulsa en balbutiant :
« T-tu étais vraiment une contractante démoniaque. »
« Non. Je suis une sorcière. Et toi, tu es le sacrifice. »
L’Esprit de la Vieille fit courir sa langue le long de la joue de Betra.
Elle ne pouvait même pas crier. Sous l’effet d’une terreur extrême, les humains se raidissaient comme des pierres.
« Viens. Allons ensemble à l’autel. »
L’Esprit de la Vieille se dispersa de nouveau en fumée et s’infiltra dans le corps de Betra.
Une ombre noire de jais recouvrit ses yeux.
Elle était possédée.
Ilea regarda par la fenêtre. Cette nuit-là, la lune brillait d’un éclat sinistre.
Elle fit le signe sacré en direction de la pleine lune.
« Saint Marziel. Votre péché originel a pris racine. Veuillez continuer à veiller sur nous. »
* * *
En descendant l’escalier en colimaçon qui menait au sous-sol, Johan était plongé dans ses pensées.
Ilea est-elle déjà arrivée ?
Selon leur contrat, elle aurait préparé la puissance magique et le sacrifice nécessaires à la Formation corruptrice.
Si tout se passait comme prévu, l’Anneau de Kazan serait corrompu cette nuit.
Dès que la relique sacrée deviendrait un objet maudit, Johan évoluerait.
Mais Johan ne pouvait pas savoir quelle forme apparaîtrait, ni quelle autorité s’éveillerait.
Il n’existait aucun précédent sur lequel s’appuyer.
Un diablotin à corne blanche. Dans le roman, aucun démon n’était né avec une seule corne. Même les Apôtres de l’Apocalypse n’avaient pas bénéficié d’un tel privilège.
Et le pouvoir appelé Démon des rêves n’aidait pas davantage Johan à découvrir son identité.
Un bon nombre de démons maniaient le Démon des rêves.
Il avait bien trop peu d’indices pour deviner son espèce.
Johan n’avait pas d’autre choix que de découvrir qui il était par l’expérience directe.
Difficile de prévoir l’avenir quand je ne sais même pas ce que je suis.
Johan s’en inquiétait souvent ces derniers temps, mais aucune solution ne lui venait à l’esprit. Pour l’instant, mieux valait se concentrer sur ce qui les attendait.
Si la chance était de son côté, un ou deux indices apparaîtraient peut-être cette nuit. En échange de la corruption de la relique sacrée, un autre pouvoir s’éveillerait.
Ayant mis de l’ordre dans ses pensées, Johan prit la parole.
« Raguel. Assieds-toi là un instant. »
Le garçon aveugle, qui tâtonnait pour descendre les marches, s’arrêta.
« Pourquoi ? »
« Ne pose pas de questions. Attends, c’est tout. Ça ne prendra pas longtemps. »
Quelqu’un mourrait dans le sous-sol cette nuit. Pas d’une mort ordinaire, mais en sacrifice humain. Le choc risquait d’être trop violent pour un garçon aussi fragile.
Raguel, qui avait compris l’intention de Johan, baissa la tête.
« On est vraiment obligés de faire ça ? Même si Betra est mauvaise, elle ne mérite pas de mourir ainsi. »
« Que Betra soit mauvaise ou non m’importe peu. Elle convient simplement comme sacrifice. Ne te méprends pas. Ce n’est pas un jugement. »
« S-si tu le penses vraiment, ne serait-il pas bien plus efficace de sacrifier l’une des jeunes filles offertes en tribut ? Tu as choisi Betra parce que tu ne veux pas leur faire de mal, toi non plus, pas vrai ? »
En claquant de la langue, Johan sauta des bras de Raguel.
« Tu essaies de me juger selon tes critères. Je ne suis pas humain. Je suis un démon qui compte dévorer ce château. Betra est un obstacle, et je profite simplement de l’occasion pour m’en débarrasser. »
Johan poursuivit seul sa descente. Il marchait et courait désormais sans difficulté.
« M-mais… ! »
« Ça suffit. Je ne veux plus entendre tes paroles hypocrites. Tu ne peux même pas m’arrêter, alors tu n’as pas le droit de te plaindre. »
Ses paroles avaient peut-être fait mouche, car Raguel se raidit. La tête baissée, il ne parvint pas à répondre.
Johan ravala un grognement et se dirigea vers le sous-sol.
* * *
« Tu as l’air de mauvaise humeur. »
Ilea était déjà arrivée dans le bureau.
« Je ne suis pas différent de d’habitude. »
« Espèce de petit diablotin insolent. Ne prends pas de grands airs pour rien. »
L’Esprit de la Vieille chercha querelle à Johan, mais celui-ci ne répondit même pas.
La conversation avec Raguel avait déjà été assez inutile.
… Est-ce que j’ai été trop dur avec lui ?
En songeant au garçon, qui devait se sentir découragé, Johan éprouva un malaise étrange.
Ilea pencha la tête et baissa les yeux vers Johan.
« Johan ? »
« Où est Betra ? »
Chassant ses pensées, Johan alla droit au but.
« Là-bas. »
Ilea désigna du doigt la Formation corruptrice.
L’Esprit de la Vieille prit la parole, contrarié :
« Tu es arrivé en retard, alors cette salope s’est réveillée. Elle a fait tellement de bruit qu’on a eu quelques problèmes. »
Betra était étendue à plat ventre sur la formation grotesque, un bâillon enfoncé dans la bouche.
Ses yeux tremblaient.
Que se passait-il donc dans ce château ? Des démons, des sorcières, une Formation corruptrice, un lieu inconnu… Tout ce qui l’entourait était trop bizarre.
Elle voulait crier, mais le bâillon, solidement attaché, l’en empêchait.
Johan s’apprêtait à s’approcher d’elle quand des pas retentirent derrière eux.
« Je t’avais dit de rester dans l’escalier. »
C’était Raguel.
« J-j’ai moi aussi ma part de responsabilité… Je ne veux pas fuir et laisser les autres s’en charger. S’il te plaît, laisse-moi rester. »
« Tu vas être complice d’un acte maléfique. »
« C’est toujours mieux que de devenir un lâche. »
« Adieu, le paradis. »
« Depuis que j’ai passé un contrat avec toi, le paradis m’était déjà inaccessible. »
Johan eut un faible rire.
« Bon, fais comme tu veux. »
C’était un échange des plus étranges entre un démon et son contractant.
C’est pour cela qu’Ilea le trouvait amusant.
« C’est divertissant. »
L’Esprit de la Vieille eut l’air mécontent.
Johan désigna Betra.
« Tu es là juste pour regarder ? Arrête de traîner et fais ton travail. »
Ils avaient déjà perdu assez de temps en bavardages inutiles. Il était temps d’activer la Formation corruptrice.
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